CHAPITRE V
ferme voisine à Estrem pour faire manger les chevaux ; à peine avons-nous touché le foin et Tavoine, que Tordre de rejoindre l'endroit d'où nous venons est donné.
Les Allemands essaient de prendre le village, par le côté Est, grâce au pont qu'ils ont pris avant-hier, mais nous avons un renfort de cyclistes, et la quatrième division s'amène. Nous tiendrons; la position est bonne. Le beffroi de la mairie vient de s'écrouler. Nous regagnons Estrem.
Trois heures passées dans une tranchée sans les manteaux. M... et moi avons si froid que nous nous serrons l'un contre l'autre, partageant un mouchoir de laine pour nous en couvrir la figure. Nous cantonnons à Calone sur la Lys.
Et c'est ainsi jusqu'au 17, date a laquelle nous rentrons en Bel(jique en passant par Bailleul, Outersteene et Locre.
Ce n*est plus l'entrée triomphale par la belle matinée d'août; c'est une marche sur des ruines et paimi des décombres.
A Outersteene pourtant, nous sommes accueillis par une touchante manifestation de confiance et d'enthousiasme : devant l'école, un vieil instituteur branlant et cassé a rangé une vingtaine de petits gosses de sept à dix ans, qui nous regardent passer en chantant la Marseillaise de toute la force de leurs poumons, pendant que le vieillard bat la mesure.
Le village n'était évacué que depuis trois jours, et c'est de devant leui-s maisons, en partie effondrées et encore fumantes, que partait ce chant, ce cri lancé de toute la-* force d'un élan sincère et spontané.