‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 60 sur 100 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

plein feu. Je le suis sans comprendre, M... est là aussi.

Un instant après, nous sommes quatre, avec un officier de hussards ou de chasseurs qui arrive en courant. Toute ma vie je verrai ce dernier : jeune, élégant, joli g^r(;on, et si net, avec son calot bleu de ciel crânement posé de travers. A deux mètres de moi, il ouvre la bouche pour parler, mais avant d'avoir émis un son, il tombe foudroyé d'une balle sous l'oreille.

Le capitaine, qui était à côté de moi, fait un pas en avant pour se mettre enfin à Tabri. A peine Ta-t-il fait, ce pas, qu'une balle l'atteint, et je pousse un cri de rage en le voyant tomber comme une masse.

Feignant d'être blessé ou mort pour tromper l'ennemi et faire cesser le feu, je tombe aussi et nous roulons tous deux dans le fossé profond.

Il n'y a pas une minute à perdre : u M . . . , vite, vite, pas la peine de s'occuper du lieutenant de chasseurs, il est moil, mais le capitaine vit peut-être encore, il faut le transporter. » M. . . , qui a dégrin([olé après moi, me croyant atteint, soulève la tète, moi les pieds. Une grêle de balles passe en rafale au-dessus de nos têtes. Nous restons bien cinq minutes ainsi, et nous nous épuisons en efforts inutiles à tenter d'emporter ce corps inerte. Impossible même de le remuer à cause de son poids, dans la position accroupie et incommode où nous nous trouvons.

Pas un instant il n'a repris connaissance; une fois les yeux se sont ouverts, puis les paupières ont battu et la tête est retombée lourdement, molle et sans vie.

Nous ne pouvons song^er à l'emporter. Le feu est insensé. M... et moi, restés les

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