CHAPITRE VI
manteau bleu. Sans parler, il nous fait sig^e <|ue nous pouvons enfin battre en retraite. II était temps, l'ennemi nous débordant de tous côtés.
Le peloton cou il vers lui et le dépasse. Je reste à ses côtés avec M... Jamais, comme alors, je nai senti la force irrésistible du Destin. Il était écrit que je devais rester avec lui jusquà la fin.
Tous trois nous g^ag^ons une ferme en pleine crête. A 400 mètres s'avance une compag^nie allemande. Le capitaine arrache une carabine des mains d'un retardataire qui passe en fuyant, et se retourne pour tirer. Fidèle au serment que je me suis fait, mais comprenant que notre vie ne tient qu'à un fil, je tire un chargeur à ses côtés. Je vise comme je peux, malgré le manteau qui me gêne, et je tape dans le tas. Une seconde après, la riposte alle-
mande émiette le mur de la ferme, passant entre le capitaine et moi, à deux doig;ts de nos têtes.
J'implore M. de T... de ne pas s'exposer davanta^^e. A quoi sert cette folie héroïque de rester seul devant un bataillon ennemi qui s'avance? Le rég^imentest déjà loin sans doute, mais nous pouvons peutêtre le rejoindre en rampant dans un fossé profond qui lon^e la route.
Cependant la haine de l'ennemi semble gronder dans son cœur; il me répond :
« C'est trop dommaf]^e d'abandonner une pareille cible ! » EnBn, n'ayant plus de cartouches, il se décidée battre en retraite, tranquillement, sans courir, défiant le monde entier de sa haute taille et de sa carrure de beau soldat français; mais au lieu de lonjjer le fossé du côté de la routi oil nous nous trouvons, il traverse en