‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 63 sur 100 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

me ramène D... » et l'un après l'autre, sans hésiter, cinq dragons quittent leurs abris et s'élancent dans la fournaise pour tomber chacun d'eux au bout de quelques mètres et se remplacer immédiatement.

Tout le régiment y aurait passé, si le colonel n'avait fait cesser cette obéissance héroïque.

Mais que se passe-t-il? Parmi le fracas de la bataille, des notes claires, qu'un trompette lance vers le ciel, immobilisent un instant les combattants, après un sursaut d'étonnement. Ce sont les notes irrésistibles de la charge. Nous nous retournons tous, et un spectacle frappe nos yeux, d'une grandeur indicible.

Le 1" escadron, à pied, la lance à la main, charge la trombe de fer et de feu qui s'abat sur lui, pour permettre au reste du régiment de se replier. Le refi-ain obsé-

daiit mailèle les tempes, comme des chocs de flammes. Nous restons hypnotisés, et le colonel, debout, inconscient des balles (jui le frôlent, re^jarde, les bras croisés sur la poitrine, ses admirables soldats, mus par un instinct de dévouement fraternel presque surhumain, se fondre dans la fournaise pour retarder un instant la marche de l'ennemi, et permettre à leui*s camarades d'échapper à son étreinte, et de crosses larmes d'or(|ueil et de peine coulent le lonfj de ses joues tannées.

Quand une fois dans sa vie on a eu le privilè(je de voir une telle chose, on ne Toublie jamais.

Maintenant nous travei*sons la voie ferrée en rampant. Les mitrailleuses fauchent les champs de betteraves autour de nous connue fa ucheniit un nisoir. Nous sommes sept à preudi*e ce chemin-là, et nous |)a»-

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sons tous les sept je ne sais comment, sans être touchés. Nous nous (> lissons ensuite entre les sections d* infanterie qui s'avancent en tirailleurs de tous côtés, et quelques minutes après nous dévalons derrière une crête, à l'abri, sauvés, jusqu'à une petite masure où nous restons longtemps terrés, et d'où nous pouvons encore tirer sur l'ennemi en montant au grenier.

9 Iteiwes, — Le feu de mousqueterie diminue graduellement. Nous ne quittons la ferme que quand l'artillerie commence son duel. Les obus s'approchent vraiment trop près, et la maison qui nous protège menace de s'écrouler sur nous.

Nous recherchons les chevaux à deux kilomètres de là, et nous allons nous établir en retraite, pour manger et nous reposer. Comme je i-attrape la colonne au

petit trot, je compte 47 chevaux en main ; cela veut dire 47 hommes tombés. Au peloton D..., manquent l'officier et 14 hommes sur 28. Nous avons perdu un commandant, deux capitaines, deux lieutenants et bien des camarades, mais nous avons permis à deux corps d'aimée d'arriver.

Nous avons tenu une poignée d'hommes contre trois divisions; c'est une belle page pour le régiment !

Mon manteau fait le tour de l'escadron. Une balle a traversé l'étoffe quatre fois sur la poitrine, au-dessous du cœur, une autre deux fois au bras, trois auti'es, deux fois sur les côtés.

Huit jours après, des nominations avaient lieu pour i*emplacer les gradés moi-ts glorieusement ce jour-là, et j'étais

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