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CHAPITRE VIII

soufflent dans leurs binious un air sauvage et lamentable, refrain éternellement pareil, plainte déchirante que nous entendions depuis longtemps, devenant plus forte et plus pénétrante à mesure que le cortège s'approche, et qui donne une note étrangement exotique à ce décor vieillot de petite ville française.

Au moment où le cercueil paraît, les soldats écossais, qui forment la haie d'honneur, exécutent un étrange mouvement :

on voit les fusils décrire un arc de cercle très lent; tous les bras droits tendus forment un trait ininterrompu tout autour de la place, puis chaque homme finit par avoir les bras croisés sur la plaque de couche du fusil, dont le canon est appuyé par terre.

Têtes basses, ils ont l'air d'un bas-relief de pleureurs antiques. Le cercueil, qu'enveloppe un drapeau, est posé sur Taffût

d'un canon. Tout cela est très simple et très émouvant.

Aux gémissements sauvafjes des binious écossais qui se sont tus, répondent nos claires trompettes de dragons dont le son est en lui-même comme un métal et incelant, et qui sonnent jusqu'au moment où la dépouille du maréchal est déposée dans l'hôtel de ville.

Après la cérémonie, qui demeure invisible pour nous, vingt et un coups de canon tonnent, tirés par les batteries qui sont en arrière de la place. Un arc-en-ciel immense et net comme un ti-ait de pinceau coupe le ciel d'un demi-cercle parfait et ininterrompu. Symbole de paix, il plonge directement sur les batteries, et la flamme des canons s'allume contre son écran irisé.

Un officier anglais vient dire au colonel que la cérémonie est terminée, et nous

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