CHAPITRE VIII
rentrons à Clarques sous la pluie battante (jui recommence à tomber.
De lon^jues semaines se passent, pendant lesquelles la cavalerie, devenue inutile par suite de la saison et de la nouvelle guerre de tranchées, reste inactive loin du front, dans des cantonnements de repos boueux.
On nous envoie à tour de rôle dans les tranchées pour huit ou dix jours; des autobus nous y emmènent (1).
Quand nous revenons au siège du régiment, nous y menons la vie de quartier. L'union admirable, qui nous rend tous frères sur la ligne de feu, a des tendances à se relâcher parmi les petites mesquineries du métier; les jalousies du temps de
(1) J'ai raconté un de ces épisodes dans le chapitre précédent.
paix se réveillent dans l'inaction forcée où nous sommes quand notre tour de service ne nous appelle pas loin des chevaux au combat à pied. Pour cette raison, et désireux de voir du nouveau, de revivre les heures d'ivresse auxquelles on finit par s'accoutumer comme à un élément nécessaire à la vie, préférant enfin faire le métier de fantassin avec de vrais fantassins connaissant leur métier, équipés conmie il convient, plutôt que de me résigner à devenir un « dragon à pied » , ce qui m'a toujours paru un peu déplacé, je fais ma demande pour passer sous-lieutenant dans l'infanterie aussitôt que paraît la circulaire ministérielle concernant les sous-officiei*s de cavalerie.
Quinze joui*s après, ma demande est agréée.
CUAPITKE VIII 1»!
Vlamertinghe^ 22 février 1915. — J'ai été nommé sous-lieutenant le 3 février. Le 22 était à Volckerinkove. C'est M. de V... qui m'a annoncé ma nomination, et quelques heures après j'étais expédié avec les nouveaux promus : F..., M... et P..., sur le quartier général de la 5* division, et de là à Poperinghe au quartier g^énéral du 9* corps.
Malgré la résolution prise de mon plein gré, j'ai quitté le 22" en proie à un chagrin insurmontable. C'est une page de tournée, quelque chose de fini qui ne reviendra plus. J'ai passé devant mes hommes, tous ces camarades à côté de qui j'ai marché, j'ai dormi, je me suis battu pendant six mois ; je leur ai serré à tous la main, et je suis parti à cheval par un beau soleil, sans tourner la tête.
Affecté au 90' de ligne, du 4 au 22
j'ai suivi un peloton d'instruction à Vlamertin^he, avec des Saint-Cyriens nouvellement promus. Quinze jours de vie monotone et tranquille. Le peloton s'est dissous le 21. Le 22 au matin, j'ai rejoint le 90* de li^ne et le soir nous partions pour les tranchées (1).
23 février, dans les tranchées. — Les tranchées que j'occupe me plon^^^ent dans un amusement sans pareil. Départ à
8 heures et demie et 18 kilomètres à faire.
A Ypres nous fiai son s une halte de quelques minutes sur le hord du trottoir devant les célèbres Halles aux di-apiei^s. Je re(jarde avidement autour de moi, désireux de fixer les imag[es qui se succèdent
(l)J'y suis resté avec des intervalles de repos et de demi-repos jusqu'au jour où j'ai été bless<^, le
9 mai.