‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 85 sur 100 · CHAPITRE VIII SOT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII SOT

g[Outte de san^j plaque sur la terre fauve une étoile presque rose, et suit le cortèjyc jusqu'à la tombe.

Voilà à peu près ce qu'a été la vie au jour le jour pour toute l'armée, pendant les mois d'hiver. Bien que monotones, j'ai tenu à transcrire ces quelques passages de mon journal quotidien, à titre de documents.

C'est au printemps que l'armée engourdie s'est réveillée, a étiré ses membres et a compris qu*une ère nouvelle allait cotainencer. Des changements s'accomplissaient dans le plus grand mystère. Des nouvelles, venues on ne sait d'où, circulaient.

Quand le 30 mars nous quittons la Belgique, des hypothèses extravagantes prennent corps. On parle de la Haute-Alsace,

de TArgonne, des Dardanelles ou de la Turquie. Les moins belliqueux veulent croire à un repos du côté de Lyon, mais personne ne sait rien, et chaque jour nous descendons vers le Sud-Ouest, ignorant jusqu'au cantonnement où nous coucherons le soir.

C'est ainsi que nous passons Saint- Omer, Arneke, Pihera, Blingel, Frévent, Avesnes-le-Comte, etc., et que nous approchons d'Arras dont nous apercevons un matin l'hôtel de ville avec son beffroi, se profilant dans une vapeur bleue contre le ciel, spectral et mutilé.

En passant à Arneke le 8 avril, nous défilons musique en tête devant le g;énéral F... Une fois le rég[iment passé, ii fait appeler les ofBciers. Nous lui sommes tous présentés et il nous fait former le cercle pour nous adresser un bref discours.

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Écouter le général c*est éprouver un choc, une conunotion qui bouleverse. Il martèle des mots, il scande des phrases d'une manière qui fait presque mal. Sa parole est une flagellation, on en éprouve une sorte de courbature morale; son regard vous agrippe, vous tient. Il vous accule, et puis il vous écrase.

D'abord il nous parle de notre mission, de l'utilité d'entraîner les hommes en vue de fatigues prochaines : u Refaites-leur des bras, refaites-leur des jambes, refaitesleur des muscles, refaites-leur des reins. » Des qualités, vous en avez, tirez-les du fond de vos bottes s'il le faut, pour les faire monter jusqu'à la tête. Je ne veux pas de gens qui se disent animés de bonne volonté. La bonne volonté, ce n'est pas assez ; il faut des gens qui veulent arriver,

et qui arrivent. »

Il y a des lambeaux de phrases qui restent g^i'avés dans mon cerveau comme une brûlure, phrases hachées, courtes, ponctuées d'un geste cassant, d'un regai'd indescriptible : « Si vous voulez renverser ce mur, n'émoussez point la pointe de vos baïonnettes dessus ; il faut le casser, ce mur, le briser, le renverser, le piétiner et marcher sur les ruines, car votis allez marcher sur des ruines. Si nous neTavons pas encore fait, — et ici sa voix est brusquement tombée, prenant presque une intonation mystérieuse — cest que îious 11* étions pas prêts. Il nous manquait les explosifs, les bombes, les g^renades, les minenwerfei-s que nous avons maintenant.

Et nous allons pouvoir fi^apper, car nous allons avoir un stock dont vous ne pouvez même pas vous faire une idée. L'ennemi , nous allons F inonder, le frapper partout à

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