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CONSIDÉRA TIONS GÉNÉRALES SUR LES SOCIÉTÉS RELIGIEUSES

L'origine des différentes sectes religieuses qui se partagent le monde de l'Islam semble appartenir à une souche unique : dans le principe, une seule confrérie a existé et donné naissance à toutes les autres qui se sont greffées sur elle, comme les branches d'un arbre étendant ses rameaux dans toutes les directions.

L'Orient est le berceau de ces sociétés musul-

mânes, et l'oiû présume que la première croisade les troura constituées au moment même de la prise de Jérusale\n ^15 juillet 1099).

Pour résister avec plus d'énergie aux efforts de rOccident, qui S6 précipitait sur la Palestine, et pour relier dans un but Commun les éléments hétérogènes et disparates qui divisaient les États musulmans, les sectaires se réunirent en un seul faisceau, destiné exclusivement à combattre les chrétiens. A cette cause, il faut attribuer Tunité d'action qui, à partir de Salah Ed Din (Saladin), se fit remarquer dans les entreprises des Sarrazins contre leurs adversaires.

Cette période nous semble une des phases les plus dignes de l'attention et de l'étude, au point de vue de l'histoire des Croisades, et jusqu'ici elle n'a été que fort peu mise en relief. En présence de ce carbonarisme, qui enrôlait tous ceux qui voulaient vaincre ou mourir dans la guerre sainte, les croisés sentirent leur faiblesse : également composés de nationalités diverses, où les Latins, formant la majorité, étaient eiusi^mêmes divisés par des querelles intestines, préjudiciables à la défense du Saint-Sépuïcre, ils eonqM*irent bien vite qu'il fallait résister aux muh^mélans en employant leurs propres armes. Cette ddée a donné

naissance à la formation des ordres de Saint-Jeaade- Jérusalem fil 13) et du Temple (1U8), qui furent de vraies sociéÉes religieuses, telles que les Arabes les entendent encore aujourd'hui, c'est-àdire des milices combattant pour la religion et le triomphe de la foi. La doctrine seule établit la différence : les uns guerroyaient au nom du Christ, les autres au nom du Koran.

Il nous paraît difficile de faire admettre, en thèse générale, que le mot ouird (rituelj a donné naissance au mot ordre, tel que nous le comprenons dans la question qui nous occupe. Et cependant, si Ton ne veut pas reconnaître que les chrétiens l'ont emprunté aux musulmans ou les musulmans aux chrétiens, l'on est obligé d'avouer que cette expression fait partie du vocabulaire des mots premiers qui ont la même signification dans toutes les langues.

D'après les dictionnaires, Ordre désigne toute compagnie dont les membres font vœu de vivre soibs certaines règles. De là, ordre religieux et ordre militaire.

Les chevaliers du Temple, de Sain t-Jean-de- Jérusalem, etc., formaient des sociétés à la fois religieuses et militaires.

Chez les musulmans^ les sectes ou confréries

ne sont pas autre dipse et affectent ces deux caractères^ dans le sens absolu du mot.

A la fin des Croisades, lorsque les chrétiens eurent été chassés de la Palestine, les Sarrazins, enorgueillis de leurs victoires, dues en partie au fanatisme des Khouan de Tépoque, laissèrent à leurs confréries la faculté de s'étendre et de se multiplier. C'est ainsi qu'elles vinrent se fixer dans la Barbarie, dans le Maghreb El Aksa et même en Espagne, où elles se rencontrèrent avec les chevaliers de Calatrava et de Saint-Jacques, qui se couvrirent de gloire dans les guerres de la Péninsule, jusqu'à la chute de Grenade et l'expulsion des Maures .

Nous allons esquisser à grands traits la nomenclature des principaux grands maîtres des ordres musulmans qui, comme nous l'avons dit plus haut, descendent d'une branche unique, fondée sans doute par les Sou fi ou Sa fi (du grec Sophoï), ces continuateurs des Néo-platoniciens et des Gnostiques. Ces philosophes musulmans ont établi une école panthéistique, dont les principes essentiels sont que Dieu seul existe^ qu'il est dans tout, et que tout est lui-même ; que tous les êtres visibles et invisibles en sont une émanation ; que le paradis, l'enfer et tous les dogmes des religions posi-

tives ne sont que des allégories dont le Sofi a la clef; qu'il n'existe réellement pas de différence entre le bien et le mal^ puisque tout se réduit à l'unité, et qu'ainsi Dieu est, en réalité, l'auteur des actions de rhomme; que l'âme est préexistante au corps et j est renfermée comme dans une cage; que la mort, qui doit être souhaitée, est l'anéantissement en Dieu ; que la principale occupation du Sofi doit être de méditer sur Tunité et de gravir successivement tous les degrés qui conduisent à la perfection idéale.

Ce spiritualisme forme V essence des doctrines enseignées par toutes les sectes religieuses 4 ceux de leurs initiés qui peuvent les comprendre. Ce nombre est restreint et la masse des adeptes ne forme qu'un troupeau, malléable à volonté dans la main des chefs.

Le Sofi le plus connu, celui dont la théologie mystique a donné naissance à la plupart des ordres répandus en Algérie, se nommait Cheikh Sid Ali Ech Chadeliy originaire de Chadel, mort dans le courant du mois de Dou el Kâda de l'an 656 de l'hégire (octobre 1258 de l'ère chrétienne).

Ses principaux disciples furent :

Sid Mahmoud El Kourdi^

Sid Ahmed El Bekri,

Sid El Hafnaoui,

Sid LBTifi'ïïioi/ïïty

Sid Ahmed ben Abdallah, surnommé El Yamani,

Et Sid El Arbi ben Abdallah.

Les quatre premiers ont donné leurs noms à des théories mystiques mitigées, mais les deux autres se mirent à la tête du mouvement puritain et intransigeant, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi.

A ce dernier groupe appartenaient :

1" Cheikh Ali ben Abderrahman El Djamel, originaire de Fez, qui eut pour disciple Moulay El Arbi Ed Derkaouï, et que Ton peut considérer comme le fondateur de la secte des Derkaoua. Il a composé^ à Tusage de ses adeptes, un livre assez volumineux, traitant du mysticisme pur, et recommandant, en termes très clairs, la désobéissance au gouvernement existant, quel qu'il soit. Il mourut vers la fin du XVIIP siècle;

2" Moulay El Arbi Ed Derkaouï, né au Djebel Zebeïd (Maroc) et mort vers 1815. Son successeur et son élève, Si Abd El Kader ben Chérif, eût ren-

versé le gouveroemwt turc àms la pr^yiace d'Oran^ sans TénergiQ du Bey Mohammed ;

3* Cheikh Sid B^i K^sem El Ou/rir, né h Fçz ;

4* Cheikh Sid Ahmed El Bddaouï, né à Fez également ;

5® Cheikh Sid Uoha/inmed El Madani, originaire d'Eil Médina ; a fondé ï Messïata^ dans la Tripolitaine^ une zaouïa importante où il a fait de nombreux adeptes;

6** Cheikh El Arbi ben Atya, originaire des Oulad Sidi Bou Abdallah, de la Mina. Après avoir créé une zaouïa dans TOuarensenis , ce cheikh se retira chez les Oulad Naïl. Il est mort à Tunis, où il avait été transporté sur sa demande par le gouvernement français, en 1849 ;

7* Moussa bou Hamar, né au Caire et mort à Zâatcha ;

9" L'ordre des Senoussïïn, dont nous avons parlé précédemment et que Ton peut considérer comme une tige issue des Derkaoua. L'agitateur Si Mohammed ben Abdallah^ originaire des Oulad Sidi Cheikh, avait reçu Vouird à La Mecque, où il

rencontra Si Mohammed Es Senoussi, C'est Tancien chérif de Laghouat et d'Ouargla ;

9^ Si Ahmed ben Ali ben Chabira, des Cheurfa de Bon Sâada, a été l'un des propagateurs les plus ardents de la doctrine du cheikh Es Senoussi^ et a laissé des disciples dans le cercle de Bou Sâada.

A la tête des ordres mystiques mitigés^ l'on cite :

1** Moulay Tayeb, dont les adeptes ont leur quartier général à Ouazzan^ dans le Maroc ;

2* Cheikh Moulay El Hadj El Arbi ben Sidi Ali ben Ahmed;

3* Sid Ahmed ben Touhami El Hachemi, originaire des Hachem R'riss (Mascara). Il a tenté; vers 1848-1849, de soulever les tribus du Sud; pris dans la r'azzïa dirigée contre Sid £1 Arbi, il a été envoyé, avec ce dernier, à Tunis;

4* Moulay Abd Es Selam, chef actuel des Khouan de Moulay Tayeb. (Il a épousé une Anglaise) ;

5® Cheikh Abd Er Rahman Bou Koubrïn ;

6^ Sid Mohammed ben Àzzouz, chef de zaouïa dans les Zîban ;

T Sid Mustapha, fils du précédent et frère de Si £1 Hassen^ khalifa de Témir Abd £1 Eader, dans le Sud de la province de Constantine; il a une zaouïa à Nefta^ dans le Djerid tunisien ;

8* Cheikh Sidi Ali ben Amor ;

9* Cheikh Sid El Mokhtar ben Azzouz, originaire des Oulad Djellal, cercle de Biskra, mort vers 1860 à Sidi Ehaled ; mokeddem très influent, très révéré des Oulad Allan^ des Sahari et des Oulad Naïl, qui chaque année visitaient en grand nombre sa zaouïa et lui apportaient la âîara. Ce sont les khouan du cheikh £1 Mokhtar qui ont été les auteurs de l'échauffourée de Djelfa en 1 86 1 (affaire Bon Chandouka). Une fille du cheikh £1 Mokhtar avait épousé Si Chérif bel Harech, bach-agha des Oulad Naïl^ tué par les cavaliers de Bou Dissa, sous les murs de Djelfa, le 12 octobre 1864;

10* Cheikh Sid Ahmsd Et Tidjani, qui créa Tordre le plus puissant du Sahara^ à partir du Maroc jusqu^à la Tunisie ; on prétend mêm>e que le Bey de Tunis en est un adepte. Le fondateur de cette confi*érie, scMsmatique de celle de Moulay Tayéh, après

avoir créé une zaouïa à Fez, a été expulsé dn Maroc, sur la demande du chef de l'ordre de Moulay Tajeb, siégeant à Ouezzan. Sid Ahmed Et Tidjani se retira alors^ vers la fin du siècle dernier, à Bon Semr'oun, chez les Oulad Sidi Cheikh B'oraba, puis à Âïn Madhi, où, de simple cheikh de zaouïa, il finit par devenir chef du pouvoir temporel que ses descendants ont conservé jusqu'à présent ;

11'' Sid Mohammed El Àîd bm El Hadj Ali Et fidd'ani, chef de la zaouïa de Temaçïn (1).

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