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Étapes vers le crépuscule

Celui que la tempête effare Et que le flot porte aux récifs, Fait d'abord voile vers ce phare :

La clarté de tes yeux pensifs ;

Celui qui, pour l'âpre bataille Que l'homme livre au sort, n'a pas D'armure forgée à sa taille.

Implore l'abri de tes bras !

f O Mort! Isis au front farouche, Ange à l'œil calme, au glaive nu, Qui veilles, le doigt sur la bouche, Debout au seuil de l'inconnu !

Ouvre-moi ton palais de rêves, Sur mes yeux las pose ta main, Pour leur cacher l'éclat des glaives, Aux combats d'hier et de demain ;

Donne-moi ton baiser d'amante, Doux, puissant comme l'opium, Porte du ciel, Vierge clémente, Consolairix affliclorum )

Donne, Miséricordieuse, Au Cœur épris d'éternité, L'ombre de tes jardins d'yeuses Et la fraîcheur de ton Léthé »

Mais toi tu détournes la tête, O Déesse auguste 1 et tu dis :

(i O toi que tente la conquête De mes paisibles paradis,

O cœur timide qui t'affliges Au premier revers qui t'atteint, Et qui trembles, pris de vertige, Sous la rude majn du Destin !

Toi qui prétends quitter dès l'aube, L'arène où tu n'as pas lutté, Et cacher aux plis de ma robe, Ta paresse et ta lâcheté,

Si tu veux goûter la vendange De mes vergers aux fruits de miel, Accepte le duel avec l'Ange Qui garde les chemins du ciel !

Matelot, brave les orages, Dompte la colère des flots, Pour qu'ils te portent aux rivages Des tranquilles Eldorados.

O guerrier ! subis sans murmure Le baptême de la douleur, Que ton cœur et que ton armure, Reçoivent la trempe des pleurs !

Lutte, avant de tomber, et sache Vivre avant de vouloir mourir.

Car ma paix n'est pas due au lâche Qui ne sut pas la conquérir,

Car je méprise les étreintes Tremblantes des adolescents, Il me faut des amants sans crainte, Aux coeurs hardis, aux bras puissants

Car celui même à l'âme forte

Que la souffrance modela,

— Quand pour lui j'entr'ouvre la porte

Des demeures de l'au-delà, —

Reste tremblant devant le porche Sombre béant sur l'inconnu, Sous lequel sans guide et sans torche, Il doit s'engager, seul et nu,

Bien que là bas son œil découvre L'Eden dont il était banni, L'Aube éternelle au ciel qui s'ouvre Sur l'abîme de l'infini ! »

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