ZOHAR
Là-bas, quelque part, loin de la terre, S'étend, silencieux à jamais.
Un pays de calme et de mystère Un séjour d'élyséenne paix,
Où vivent dans un reflet d'aurore Les âmes qui s'en viendront souffrir Sur la terre, aux temps dormant encore Parmi les brumes de l'avenir.
Or, chacune, quand son heure sonne, L'heure de l'inévitable exil, Chacune paraît au pied du Trône Où siège le Saint — béni soit-il ! -
« O Maître ! j'étais heureuse et pure, Là-bas, dans l'élyséen séjour.
Dans le calme des limbes qu'azuré L'éternel rayon de ton amour.
Après les clartés pourquoi la fange,
Et la nuit des terrestres hivers,
Et l'horreur du corps de chair que mange
Le hideux fourmillement des vers? »
Telle elle gémit aux pieds du Maître, Et Lui, le Très-Saint, Lui, Jéhovah, Dit : Il le faut, sache te soumettre, Ainsi je le veux, ma fille, va 1 »
Et la pauvre âme connaît l'angoisse De vivre, traînant loin des cieux clairs Ses ailes convulsives que froisse L'implacable étreinte de la chair.
Elle souffre, elle défaille ou lutte, Doutant de Dieu, maudissant le sort.
Et gardant à peine, dans sa chute.
Le vague espoir du céleste essor;
Un jour, cependant, par un mystère De clémence adorable à jamais, Elle s'en ira, loin de la terre, Au séjour d'élyséenne paix;
Elle remontera, la pauvre âme, Vers le ciel éternellement bleu.
Où tout est clarté, joie et dictâme, Car la mort est un baiser de Dieu !