LE JARDIN
C'était un jardin qu'emplissait la paix Du silence et des ombrages épais, Sous un ciel tendrement couleur d*opale, Sous des cieux exquisément apalis Qui versaient sur les roses et les lis La molle clarté de la lune pâle.
Or, reine de ce léthéen séjour,
De ce mystique paradis d'amour,
Elle s'en venait, languissante d'extase,
F'rêle et charmante, et traînant les flots lourds,
Les flots lourds de la soie et du velours,
Et des nuages miroitants de gaze.
Et les étoiles, là-haut dans les cieux, Enviaient la douceur de ses doux yeux ; Et les fleurs du jardin féerique et vaste Avaient les parfums troublants de sa chair, Et de ses cheveux si fins où le clair De lune tremblait comme un baiser chaste !
Et par les sentiers, moi je la suivais Le cœur affranchi de désirs mauvais, Sous lescieux de lapis tendre et d'opale Sous le dais du ciel si paiement bleu, J'allais, enviant seulement un peu Les chastes baisers de la lune pâle.
Là, tous mes rêves je les contemplais Réalisés en féeriques palais.
En des palais faits de nacre et d'ivoire. Où je la menais, où ses cheveux lourds Avaient les reflets moelleux des velours, Et sa chair les chatoiements de la moire.
Sous ses pas d'enfant, toutes les ferveurs De mon grand amour éclosaient en fleurs Splendides qu'elle cueillait une à une, Troublée un peu par leurs parfums puissants Qui montaient vers elle comme un encens Plus doux que les baisers froids de la lune.
Or, voici qu'elle a quitté pour jamais Ce paradis de léthéenne paix,
Et les cieux autrefois couleur d'opale, Maintenant, de lourds nuages voilés Ne versent plus aux palais écroulés Du Rêve, la clarté de l'astre pâle.
Mais là, plus doux que le parfum des lis Et que la clarté des cieux apalis, Flotte encore un parfum impérissable :
Les fleurs de mon amour ne meurent pas, Et jamais plus l'empreinte de ses pas Ne s'effacera sur l'herbe et le sable.