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LA CHEVAUCHÉE DU RÊVE

Ils sont partis vers l'or des horizons nouveaux,

Cavalcadant avec de folles caracoles ;

Ils sont partis, ayant au front des auréoles

Où s'empourprent les crins épars de leurs chevaux.

Le souffle rauque des buccins et des trompettes, Les hennissements des farouches étalons Gonflent la soie et le velours des gonfalons Ondoyant comme sous un souffle de tempête ;

Cherchant aux cieux profonds à leurs yeux familiers L'étoile qui les guide au pays de la gloire, Et claironnant en des clairons d'or leur victoire Future, ils vont, les intrépides Chevaliers.

Ils sont partis, ayant au front des auréoles Où s'empourprent les crins épars de leurs chevaux, Ils sont partis vers l'or des horizons nouveaux, Cavalcadant avec de folles caracoles.

Voici que tout à coup la fanfare du cor Eclate, alerte comme un oiseau qui s'essore, Car apparaissent aux lointains couleur d'aurore Les hauts châteaux surgis en des Espagnes d'or,

Les hauts donjons qui, sur les monts et par les plaines, Dressent leurs tours dans l'orbe des fossés profonds, Où, sous la garde de dragons et de griffons, Rêvent d'amour les indolentes châtelaines.

Ainsi qu'un flot de sang la pourpre du soleil Coule et rougeoie aux flancs éclatants des enceintes D'or pur gemmé d'escarboucles et d'hyacinthes Qui gardent aux vainqueurs des trésors non pareils.

Les éperons pressent les chevaux blancs d'écume ; Mais tout à coup, ainsi qu'un féerique décor. Les hauts châteaux surgis en des Espagnes d'or S'évanouissent sous un suaire de brume !

Et maintenant les chevaucheurs mornes et las S'en reviennent, désespérément nostalgiques. L'œil encore ébloui de visions magiques, Et, lamentable, le cor va, sonnant un glas.

A travers d'éternels et mornes crépuscules, Vers de froides Thulés où le flot des Léthés Embaumerait d'oubli leurs cœurs déshérités, Ils vont, silencieux, piteux et ridicules !

Mais les Regrets, meute ardente qui hurle et mord, Leur barre le chemin du paisible Royaume Où leurs cœurs 4;orturés trouveraient le seul baume Qui les délivrerait du poids des rêves morts.

A jamais ils iront, fantômes nostalgiques. Vers de froides Thulés hâtant leurs chevaux las, Au son d'un cor lamentable sonnant le glas Des bonheurs entrevus aux horizons magiques.

Le glas des rêves chers qui hantaient leurs cerveaux, Jadis quand ils partaient, le front ceint d'auréoles, Cavalcadant avec de folles caracoles.

Au chant du cor rythmant le pas de leurs chevaux I

CIEL n HIVER

Dans le ciel rose, jaune et bleu, taché de vert,

— Or et cuivre qui peu à peu se vert-de-grise, — Comme un vieux souvenir dans un cœur agonise, Meurt tristement le reflet du soleil d'hiver;

Et de l'est, jonché, croirait-on, de lilas mauves,

— Lourd, énorme, comme une masse de granit, — Lentement, pesamment monte vers le zénith

Un nuage aux bords empourprés de clartés fauves.

O ciel livide ! ô ciel horrible ! ô ciel meurtri !

O fidèle miroir d'un cœur endolori

Que le pesant fardeau de l'existence accable !

Etre autre ou n'être pas ! Hors du monde implacable, Hors de soi-même, oh! fuir à jamais ! oh ! mourir. Ne plus rêver, ne plus aimer, ne plus souffrir !

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