‹ Étapes vers le crépusculeChapitre 26 sur 53 · PAYS DE REVE · texte numérisé non relu

PAYS DE REVE

C'est un pays morne de moi seul connu, Un pays de brumes, peuplé de fantômes, Là-bas, quelque part dans les sombres royaumes D'Au-delà, d'où nul jamais n'est revenu.

Souvent, sur les ailes des rêves funèbres, J'aborde, spectre tremblant sous son linceul. En ce pays morne connu de moi seul.

En ce pays de l'Empire des Ténèbres.

Des sables, des monts, et des flots et des flots Assaillant les rocs aux nébuleuses cimes ! Dans les profondeurs immenses des abîmes, Râlent des soupirs vagues et des sanglots.

Le ciel qu'enlinceule une éternelle brume Est lourd et gris ainsi qu'un vaste plafond ; Si bas est la brume qu'elle se confond Avec le flot qui lui jette son écume.

Des astres s'y heurtent en de durs cahots, Des astres dont la lueur crépusculaire A travers la brume, vaguement éclaire Ce monde en proie au primitif chaos !

En ce monde étrange dont le ciel, les astres Et la mer qui sanglote éternellement Disent un terrible, un divin châtiment Accompli par d'expiatoires désastres,

En ce monde j'erre des nuits et des nuits, Et je cherche, par le crépuscule blême, Une que je sais, et que j'aime et qui m'aime. Et qui toujours m'échappe et que je poursuis.

Et, dans ce désert, dans cette ombre éternelle,

Jamais je ne l'approche ni ne la vois :

Le linceul des brumes étouffe ma voix

Et je sens qu'elle est pourtant là qui m'appelle.

Je marche des nuits et des nuits, et longtemps Ma poursuite en vain se hâte et se prolonge ! Pas plus qu'en la vie, en ce lugubre songe, Hélas ! je ne l'aperçois et ne l'entends I

Car on n'entend que le râle des abimes,

Et la plainte des vents et celle des flots

Qui sanglotent d'expiatoires sanglots,

Comme des damnés que tourmentent leurs crimes.

C'est une Géhenne qui souffre. - Où cela? Là-bas, là-bas, hors du temps, hors de l'espace Et du monde apparent qui rêve et qui passe, Là-bas, là-bas, quelque part dans l'Au delà !

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