CHAIR LASSE
Les lis et les lilas qu'un souffle frais balance Ont de chastes parfums dont défaillent les sens: Ils évoquent en moi des pensers innocents D'amour rêvé plus que vécu, dans le silence.
Mais toi tu n'aimes plus, en tes mornes ennuis, Que les rouges parfums des fleurs de serre chaude Qui se meurent dans le boudoir discret où rôde Comme un vague relent des plaisirs de tes nuits.
Ton corps que nulle volupté ne rassasie,
Et que tenaillent les désirs mal apaisés,
A ces parfums, ainsi qu'aux flammes des baisers,
Ton corps meurtri d'amour se pâme et s'extasie';
Et sur tes seins, tandis qu'au fond du divan bas Tu rêves, nue, à quelque trahison de femme, Tes cheveux éployés sont comme une oriflamme. Sur le corps d'un soldat tombé dans le combat !
i: AU MOME D AMOUR
Depuis que j'ai goûté la saveur de tes lèvres, Et senti le pouvoir de tes regards charmeurs, Le souvenir des voluptés dont tu me sèvres Est le supplice dont je vis et dont je meurs !
Tes yeux ! lacs de lumière où mon âme s'est prise ! Tes lèvres! jardin fauve où fleurit le baiser! Ton étreinte ! calice où ne peut s'apaiser Le torturewit désir dont mon être agonise!. .
Quel aimant est ton corps qu'on ne puisse le fuir? Quel baume, quel poison, quel philtre est ta caresse, Qu'on n'en puisse épuiser ni dissiper l'ivresse Profonde et triste au point qu'on en voudrait mourir i
Je sais que tu ne m'as jamais donné, sans doute, Qu'un de ces faux-semblants d'amour sans lendemain, Comme on donne, suivant les hasards de la route, Une aumône au passant qui vous tendit la main ;
Et je ne t-'en veux pas, sachant que tu m'oublies, Et que, quand tu liras ces lignes que j'écris, Ton joli rire seul, va répondre à ces cris D'un cœur qui se défend en vain de ces folies.
J'accepte Tironie et j'accepte l'oubli^ Et que cette heure où tu fus mienne ait été brève, Puisque tu m'as donné d'être ivre du seul rêve Où, pour un temps, l'ennui de vivre s'abolit !
Et j'emporte à jamais, comme un puissant dictame, Le souvenir toujours tendre, toujours vainqueur. Du doux et triste émoi qu'ont versé dans mon cœur Tes yeux de nuit, tes yeux de ciel, tes yeux de flamme