‹ Étapes vers le crépusculeChapitre 43 sur 53 · ROSA MYSTICA · texte numérisé non relu

ROSA MYSTICA

Je veux aller vers les blondes grèves, Vers la paix léthéenne des champs D'azur, où, pleins de fleurs et de chants, Les- paradis mystiques des rêves Dorment dans la langueur des couchants ;

Je veux aller vers toi. la Madone, La seule, l'adorablement bonne, Vers toi qui, seule, connais et dis Le mot qui console et qui pardonne Et qui redime les cœurs maudits !

J'escaladerai les rudes cimes Que hantent, la nuit, les noirs démons, Mais où les roseurs des matins blonds Sont comme des sourires sublimes Où s'attendrit la fierté des monts ;

Je fleurirai de mon sang les givres Où ruissèlent la pourpre et les cuivres Des soleils, et les déserts hideux Où tarasques, licornes et guivres Guettent le pèlerin hasardeux.

Mais, victorieux des embuscades Des démons tentateurs de la chair, Brûlé par les flammes de l'éclair Et saignant des rudes escalades, Je surgirai, pâle, en ton ciel clair !

J'arriverai près du sanctuaire.

Vainqueur des angoisses du calvaire.

Mais souillé des péchés de jadis, Ainsi qu'un mort traînant son suaire Qui s'arrête au seuil du paradis;

Je m'agenouillerai sur les marches du Temple, Simplement, ardemment, suivant le bon exemple Des fervents de l'espoir, et des humbles de cœur, Je m'agenouillerai^ fervent^ humble et vainqueur!

O Temple que ton sourire baigne Comme un rayon pâle et caresseur, De paix, de mystère et de douceur !

O But suprême et mystique où règne Une aube d'ineffable candeur !

A toi, je dirai, blanche Madone, La seule, l'adorablement bonne, Mes regrets des chastes paradis, Et mon âme triste qu'abandonne L'essaim des purs espoirs de jadis ;

Mes luttes, mes doutes, puis ma haine Du monde où mon orgueil s'abolit, Et la soif du calme et de l'oubli Qui me ramène vers toi, Fontaine Que le flot pur des Léthés emplit !

Et tu seras douce, ô Salvatrice !

Au pèlerin meurtri du cilice Et qui saigne du cœur et du front, Et ta main me tendra le calice Où mes lèvres se purifieront !

Mon âme que l'amour faisait lâche, Noyée aux effluves de tes yeux, Aimants et creusets mystérieux, Refleurira comme un lys sans tache Qui reflète la splendeur des cieux I

Les fantômes des magiciennes Dont les philtres de ferveurs païennes Troublèrent mon cœur, tu les feras S'enfuir des Demeures léthéennes Au geste exorciseur de tes bras !

Et, rédimé par la prière et par le jeûne,

Eternellement pur, éternellement jeune.

J'entrerai dans ton Temple où l'âme sans remord -

De l'idéal rêvé cueille le lotus d'or ! . M

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