PARADIS PERDU
Oh ! l'enfance t oh ! les cœurs jeunes et purs où brûle La foi naïve et sans faiblesse des élus, Où l'espoir divin chante ainsi qu'un angélus Sonnant à l'aube dans un rose crépuscule !
Oh ! les âmes vierges du joug de la raison ! Les âmes qui, nouvellement épanouies, Revolent aux clartés à peine évanouies Sur l'aile d'une simple et pieuse oraison,
Et, parmi l'azur virginal ou les portiques
De nuages surgis aux horizons lointains,
Voient la pourpre des soirs ou l'or clair des matins,
Illuminer le seuil des paradis mystiques !
Ah ! songes puérils et charmants^ dans lesquels Passent confusément les SaiRts graves et calmes, Et les Vierges, et les Anges parmi les palmes, Sveltes^ ainsi qu'en l'or des antiques missels !
Comme les ans, ces visions du premier âge
Ont fui, parmi les souvenirs tristes et chers,
Ainsi que la patrie en la brume des mers
Sombre aux yeux du proscrit voguant loin du rivage !
Où donc la paix du cœur et le calme des soirs Versant l'apaisement à l'âme endolorie ? Où donc la retrouver, la céleste Patrie, Seigneur! que tu promis jadis à nos espoirs?
Hélas ! par quelle longue et douloureuse voie, Monterons-nous dans ta Lumière où nos douleurs Doivent s'épanouir en adorables fleurs D'impérissable extase et d'immuable joie ?
Où nous verrons, comme une brume aux feux du jour, Le cortège hideux des passions humaines, Tous nos désirs, tous nos amours, toutes nos haines S'évanouir enfin devant l'unique amour?
Hommes sans foi, dont l'âme hélas ! n'est plus ravie A toi, par la prière et par le repentir, Le Rêve ni la Mort ne peuvent nous rouvrir L'Eden céleste dont nous exila la vie !
C'est en vain que je cherche aux horizons lointains La chère vision des radieux portiques Entr'ouverts sur le seuil des paradis mystiques, Dans la pourpre des soirs ou l'azur des matins !
L'orgueil de la raison et les assauts sans trêves Du doute en ont éteint la gloire à mes regards ; Je ne vois plus passer que des spectres hagards Dans le ciel ténébreux et morne de mes rêves ;
Et, pour avoir voulu mordre aux fruits défendus De la science, ainsi que l'Homme aux temps bibliques, Je chemine au hasard, clamant aux cieux tragiques Mes stériles regrets des paradis perdus!