APAISEMENT
Berce-moi longuement de musiques dolentes Qui murmurent comme des sources coulant lentgs Et reflétant un ciel tendrement apali, Comme la voix du souvenir presque aboli ; Berce-moi longuement de musiques dolentes
Où je reconnaîtrai les soupirs de mon cœur Modulés par ta voix, ô mystère ! ô douceur! Et se mêlant, — troublant et magique amalgame, — A tes plaintes, à tous les frissons de ton âme Devenus une voix perceptible à mon cœur !
Frémissant avec des froufrous d'ailes frôleuses. Les longs accords sont comme des voix douloureuses D'outre-tombe. Dans l'air les souvenirs troublants, Comme des anges long-voilés de voiles blancs. Frémissent avec des froufrous d'ailes frôleuses.
L'âme s'essore hors du réel ; — rien, plus rien Que le murmure cher du chœur aérien ; Et bientôt, au dessus des voix magiciennes, Au dessus du relent des douleurs anciennes, L'âme s'essore et plane libre, — rien, plus rien !. .
Rien qu'un air parfumé, lumineux et sonore ; Rien, plus rien que des champs illimités d'aurore, Où l'âme rêve, ivre d'espace, sans remords, Et goûte la béatitude de la mert.
Dans un air parfumé, lumineux et sonore.
Rien ! Maintenant la vie exécrable a pris fin : L'âme a repris son vol vers le calme divin, Sur les ailes de la douloureuse harmonie Distincte à peine comme un râle d'agonie ; Rien ! Maintenant la vie exécrable a pris fin î. .
Berce-moi longuement de musique dolente, Où l'âme goûte une agonie exquise et lente, Qui dissipe en larmes d'extase dans nos yeux, Nos muettes douleurs, et les emporte aux cieux... Berce moi longuement de musique dolente !
Dors, ô pâle Psyché ! dors ; aux blêmes lointains, Un reflet tendre, avec des douceurs d'angélus, Chante la fin des jours de lutte révolus, Et le suprême adieu du soleil qui s'éteint.
Longtemps, par les cieux dont les pourpres et les ors Vibraient comme un appel des ardeurs de la chair, Longtemps, brûlée aux flammes vives de l'éclair, Tu t'épuisas, pauvre âme, en stériles essors.
Maintenant bois, oh ! bois l'oubli dans les pâleurs Du soir plein des senteurs léthéennes des fleurs, Et du chuchotement des souffles attiédis;
Pour longtemps, pour toujours ! clos tes pauvres yeux las, Tes yeux incendiés aux flammes des midis, Et dors, extasiée au parfum des lilas !
Table