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les caractères infantiles vont disparaitre pour étre remplacés par les caractères acromégaliques. On trouve done chez Ernest un type très net de passage du gigantisme infantile au gigantisme acromégalique.
Chez le Grand Charles, au contraire, la persistance des cartilages épiphysaires explique l'existence d'un gigantisme sans acromégalie, s'accompagnant d’infantilisme.
En effet la non soudure des épiphyses appartient normalement à l'enfance ; tant que cet état persiste, la morphologie générale sera celle de l’enfant : l'accroissement de la taille se fera, même jusqu'à des limites inusitées, mais toujours sur le modele de l'enfant.
Quand, au contraire, la soudure des épiphyses sera apparue, les proportions se modifieront et le géant infantile prendra des proportions nouvelles, celles de l'acromégale.
On ne peut done admettre que deux formes de glgantisme :
l° le gigantisme infantile ;
2° le pigantisme acromégalique.
M. Sante de Sanctis n'admet pas cette opinion.
Pour lui : « Les résultats d’un examen radioscopique ne suffisent pas pour faire une forme clinique : car on peut être géant à un âge où, normalement, les épiphyses ne sont pas soudées. Dans ces cas on est un enfant géant et non un géant infantile; le fameux Charles nouveau-né était déjà un géant.
« MM. Hudovernig et Popovitz ont rapporté le cas d'un gigantisme précoce chez un enfant de 5 ans et 9 mois qui avait la taille de 15 ans et des poils au
MAN ARS pubis. Ce qui est le signe vraiment fondamental dans le gigantisme, c'est la taille excessive pour l’âge du sujet, Et vraiment ce caractère n'appartient pas à l'infantilisme! C'est au point que M. Brissaud a mis en lumière qu'un des caractères principaux de l’infantile était la diminution du processus ostéogénique, l'arrêt de croissance, la petite taille.
« Nous devons ajouter que pas un géant de haute stature, soi-disant infantile, ne présente de véritables caractères infantiles. |
«... C'est vers l'adolescence, vers 15 ans, que l’enfant croît suivant les proportions des géants. Ceci peut paraître subtil, car on est enfant jusqu'à 17 ans. Mais dans l’infantilisme classique les caractères du développement squelettique sont ceux de l'enfance. »
«... M. Launois et Roy disent que chez les géants il y a du puérilisme mental; Woods Hutchinson, que leur état mental ne dépasse pas celui de l'enfance. C’est inconstant. Il suffit de lire pour se convaincre que le puérilisme est l'apanage de quelques-uns seulement. La timidité, caractéristique de l'enfant, n'existe pas chez le géant. »
Pour ces motifs, M. Sante de Santis n admet pas l'opposition des termes : gigantisme infantile et gigan- -tisme acromépalique. Il trouve plus correcte la classi- - fication suivante du gigantisme :
1° Gigantisme par hyperactivité ostéogénique — sigantisme simple ;
2° Gigantisme par anomalie ostéogénique.
« Le gigantisme simple s'accompagne assez souvent d'arrêt de développement génital, où mental, ou la-
ryngé, et cette forme peut se transformer en acromégalie avec symptômes myxœædémateux.
« Dans ces cas de combinaison de gigantisme avec arrêts de développement, avec acromégalie, il y a simplement des troubles de sécrétion de plusieurs glandes, Il est courant, en effet, de trouver, à l’autopsie de géants, plusieurs glandes lésées. »
Au fond, M. Sante de Sanctis, malgré sa résistance à l’idée d’un gigantisme infantile, est d'accord avec M. Brissaud.
Son argument de l'existence de géants non adultes d'âge, présentant naturellement tous les caractères de l'enfance et entre autres la non soudure épiphysaire, n’a pas de valeur : car le même géant, lorsqu'il sera arrivé à l’âge adulte, M. Sante de Sanctis ne peut affirmer qu'il ne conservera pas ces attributs de l'enfance.
L'existence d'organes génitaux développés avec l'apparition précoce des caractères sexuels secondaires, est évidemment une anomalie aussi bien chez un infantile que chez un géant simple. Maïs ce n’est pas là un signe suffisant pour nier l'infantilisme : de même que l’atrophie génitale ne suffit pas pour faire de l'infantilisme, l'existence d'organes génitaux normaux ou même excessifs ne permet pas de nier l’infantilisme.
Pour M. Sante de Sanctis, comme pour M. Brissaud, un infantile est de petite taille, un géant de grande taille. M. Brissaud, cependant, dit que la petitesse est un des caractères fondamentaux de l’infantilisme parfait, mais ce n'est pas un caractère indispensable.
On peut devenir infantile à 13, 14 ans et avoir déjà
er une taille très supérieure à la moyenne des adultes.
Le psychisme du géant ne serait pas celui de l’enfant parce que la timidité n'existe pas chez lui. Mais tous les enfants ne sont pas timides; et d’ailleurs s’il est vrai qu'aucun géant n'est timide, la plupart présentent des défauts bien enfants : la vanité, la vantardise poussées à l'excès, la légèreté, la paresse.
Quant à la division de M. Sante de Sanctis, elle correspond exactement à celle de M. Brissaud ; le gigantisme simple étant le gigantisme infantile auquel M. Sante de Sanctis supprime justement le caractère infantile. Mais il dit que « le gigantisme simple s’accompagne assez souvent d'arrêt de développement génital, ou laryngé, ou mental », C’est dire qu'il s’accompagne fréquemment de signes d’infantilisme.
IL est certain que l’infantilisme du géant n’est pas parfait; d’abord parce.que nous savons que, sans être géant, on peut présenter certains des caractères de l'enfant sans être un infantile parfait, et puis parce que la cause qui entraîne le gigantisme entrave probablement l'apparition, modifie l'aspect de certains caractères de l’infantile.
Nous dirons done, avec M. Brissaud, que le gigantisme infantile existe, mais en faisant toujours celte restriction de forme, quiest d'ailleurs celle de M. Sante de Sanctis, qu'il n'y a pas et qu'il ne peut y avoir chez les géants d’infantilisme parfait, mais seulement que les géants présentent des arrêts de développement des organes génitaux, du larynx, de l’état mental, etc.
Ceci étant établi, devons-nous rattacher à la même
Ur
lésion hypophysaire ces deux états coexistants : gigantisme et infantilisme ?
On tend aujourd'hui à croire quele gigantisme infantile relève d'une lésion des glandes génitales : nous ne discuterons pas cette opinion ; cependant, nous citerons le cas de MM. Hudovernig et Popovitz où un garcon de 5 ans et 9 mois présentait la taille de 15 ans et des poils au pubis, et celui de M. Knopfelmacher, d’un enfant de 2 ans qui avait la taille d’un garçon de 5 ans et les organes génitaux d’un adolescent de 14 ans.
Il serait bien invraisemblable que de pareils testicules ne contiennent pas de cellules interstitielles
On sait au contraire que les lésions hypophysaires sont presque constantes dans le gigantisme, qu'elles ont été rencontrées dans certains cas d'infantilisme à l'exclusion de toute autre lésion glandulaire.
Ceci nous amène à cette hypothèse déjà énoncée, que peut-être ces dystrophies différentes peuvent dans certains cas dépendre d'une même lésion hypophysaire.
Il est un fait de biologie exposé dernièrement par MM. Hallion et Carrion ; c'est l'influence de l'extrait hypophysaire sur la pression artérielle au niveau de la thyroïde. Par l'injection dans une veine, chez un chien, de liquide de macération d'extrait hypophysaire à la dose de 5 à 20/100 de centimètre cube par kilo d'animal, correspondant à 3 à 10 milligrammes d'extrait sec, par l'intermédiaire de pléthysmographes appropriés, MM. Hallion et Carrion ont constaté un grand nombre de fois l'effet vaso-constricteur intense
exercé sur le corps thyroïde
Ces expériences ont justifié les essais therapeutiques pratiqués par MM. Renon et Arthur Delille et expliqué les bons effets obtenus par la médication hypophysaire dans les cas de maladie de Basedow.
Cette vaso-constriction intense dans la thyroïde entraine un ralentissement de circulation dans la glande et par conséquent une diminution de la sécrétion. Une exagération de la sécrétion hypophysaire produira sur la thyroïde le même effet vaso-constricteur que l’ingestion d'extrait d'hypophyse.
Or chez les géants l'hypophyse est volumineuse. Mais cet exces de volume est dû soit à une néoplasie, soit à un kyste... Est-il logique, dans ce cas, d'admettre un hyperfonctionnement de la glande? Nous pensons que oui. En effet, dans le cas de kyste hypophysaire il existe du fait même de son développement une période de suractivité de la glande au moment où ce kyste se forme. De même dans le cas de néoplasie, la multiplication de ses éléments, pendant tout le temps où ceux-ci ne sont pas encore dégénérés, où ils représentent le type de la cellule hypophysaire, augmente la sécrétion totale de la plande.
Qu'il y ait kyste ou surtout néoplasie, il est un temps où l'hyperactivité glandulaire est réelle : c’est à ce moment que le gigantisme se développe et que vient se superposer à lui, par le fait de l’hypothyroïdie, l’infantilisme.
Quand l'hypersécrétion hypophysaire diminuera du fait de l'envahissement de la glande par le kyste, ou de la dégénérescence des cellules cancéreuses, l’hypo-
thyroïdie diminuera aussi : il arrivera un moment où
la sécrétion thyroïdienne sera suffisante pour entrainer la soudure des épiphyses. C'est alors qu'apparaitra l'acromépalie.
En somme, l'exagération de la sécrétion hypophysaire cause le gigantisme, mais entraine en méme temps l'hypothyroïdie qui déterminera linfantilisme. Plus tard la sécrétion hypophysaire diminuant, l'hypothyroïdie disparait et en même temps se fait la soudure des épiphyses. Mais comme l'excès de sécrétion hypophysaire existe encore, quoique amoindri, l’évolution se fait vers l'acromépgalie.
Si cette succession de faits se produit chez un sujet frisant l'hypothyroïdie, l'augmentation de sécrétion thyroïdienne que nous signalions, au moment de la dégénérescence de la tumeur hypophysaire, ne suffira pas à provoquer la soudure des épiphyses et l'individu restera géant infantile sans passer au stade suivant, à
‘’acromépalie.
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Le thymus n'a pas été invoqué, Croyons-nous, comme cause de l’infantilisme. Cette glande n’a qu'une existence passagère et ne peut jouer un rôle aussi important dans le développement de l'individu.
Sa disparition, après une période de décroissance, coïncide avec le développement de l'appareil génital : c'est au moment de la puberté que la glande se transforme définitivement en lobules graisseux.
Chez l'adulte normal il n’y a plus de thymus.
Il n’en est pas toujours de même : dans certains cas on a trouvé l'existence de la glande; chez des goitreux, des idiots myxœdémateux, dans certains cas de tumeur de lhypophyse, dans l'infantilisme.
Cette conservation du thymus n’a rien de surprenant dans la catégorie de cas d'infantilisme, d’idiotie, myxæœdémateuse survenus à un âge où lethymus existe normalement. Le sujet étant définitivement fixé dans son développement, le thymus conservera son volume et sa régression ne se fera pas, tout naturellement.
Mais on a trouvé cette glande chez des malades goitreux, myxœdémateux, infantiles, dont la dystrophie n'était apparue qu à un âge où le thymus a normalement disparu d’une facon à peu près complète.
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Or tous ces malades sont des insuffisants thyroïdiens et l'idée qui vient immédiatement est que cette hypertrophie thymique n'est qu'une hypertrophie de suppléance. Glande thyroïde et thymus auraient un rôle analogue et même leur relation avec la glande génitale serait la même puisque l’action inhibitrice de cette dernière s’exercerait sur le thymus au moment de la puberté, comme elle s'exerce constamment sur la lande thyroïde.
Cette hypertrophie thymique apparaissant au cours d’une insuffisance thyroïdienne est semblable à l'hypertrophie mammaire lors de la castration (observation recueillie dans le service de M. Reclus) et à l'hypertrophie parotidienne et mammaire chez un hypothyroïdien (observation de M. Apert d’un sujet hypothyroïdien infantile qui à 36 ans, par une hypertrophie compensatrice des parotides et des glandes mammaires, a vu son insuffisance thyroïdienne disparaître.)
En 1895 un malade infantile de M. Owen ingère par erreur du thymus au lieu de glande thyroïde; l'insuffisance thyroïdienne diminue et disparaît.
Depuis MM. Cunningham, Edes, Salès, Gohem, Todd, Mickuliez, Guérin ont obtenu des succès par l’opothérapie thymique dans l'insuffisance thyroidienne.
Mais comment nous expliquerons-nous l'hypertrophie duthymus dans le cas de tumeurs de l'hypophyse?
M. Nazarri, dans l'observation que nous avons reproduite, cite le cas d'un infantile à l'autopsie du-
quel on trouva une tumeur de l'hypophyse avec un
thymus de 4 grammes et une thyroïde d’aspectnormal.
Nous avons vu l’action de l'hypophyse sur la glande thyroïde et avons soulevé l'hypothèse qu’au cas de tumeur hypophysaire non dégénérée il y avait hypothyroïdie; rien d'étonnant alors à constater l’hypertrophie compensatrice du thymus!
Si notre idée est défendable nous trouvons là encore un argument en sa faveur.
C'est là, croyons-nous, tout le rôle du thymus dans l'insuffisance thyroïdienne : quant à parler d’un infantilisme d'origine thymique, nous ne croyons pas que la question aït été jamais soulevée et ne voyons pas comment il pourrait se produire.
La glande surrénale a aussi été accusée par M. Morlat d'entraîner, dans certaines conditions, l'infantilisme.
Le sujet de l'observation qu'il rapporte dans sa thèse Infantilisme et insuffisance surrénale, a été vu par nous dans le service de M. P.-E. Launois à Tenon, en 1904.
Voici cette observation :
Émile C..., né à terme. À été atteint de diarrhée à 16 mois pendant 8 à 10 mois. À eu deux fluxions de poitrine.
Il a commencé à marcher à 3 ans.
À 13 ans incontinence nocturne d'urine.
A 14 ans les parents s'aperçoivent que le visage, le cou, les mains de Émile C... brunissent.
La coloration bronzée s'accentue : l'enfant perd ses forces, 1l continue à uriner au lit. Il est triste, sans entrain.
En 1897 (l'enfant à 1% ans) il est examiné pour la première fois. Son développement est au-dessous de la moyenne pour la taille, le système musculaire, les organes génitaux.
La coloration du visage est café au lait : la face interne des joues présente un tatouage violacé. Au cou la pPigmentation est très foncée : le tronc est peu coloré. Sur la région lombaire plaques de vitiligo. L'abdomen, la peau
des mains, le creux de l’aisselle sont bronzés. L'ongle du pouce est pigmenté dans la lunule.
L'intelligence est normale. La fatigue survient rapidement.
Le pouls est mou, dépressible, à 100.
On traite le malade par des injections d'extrait surrénal glycériné, puis par des pastilles d'extrait surrénal. Alimentation abondante. Liqueur de Fowler.
En novembre 1898 apparition de crises gastro-intestinales avec diarrhée, coliques, vomissements, anorexie, abattement. La vue baisse.
La mélanodermie a un peu diminué. Les forces reviennent, Pas d'amaigrissement : les extrémités sont froides, le pouls faible.
En 1900 le traitement opothérapique est repris et l’on fait des injections de sérum artificiel.
En 1901, dans le service de M. Launois on constate la persistance de la mélanodermie, qui est toujours très accentuée au niveau des organes génitaux. Tendance à la diarrhée. Asthénie très marquée.
Le sujet présente l'aspect infantile : le visage est petit, osseux; la peau ridée à la face mais pas épaissie.
Absence complète de poils. Ventre non proéminent, plutôt creusé. Les testicules, dans les bourses, sont petits : la verge toute petite.
L'intelligence est peu développée.
Sous l'influence du traitement, amélioration générale, augmentation de la taille.
M. Morlat conclue à l’infantilisme type Lorain « et pourtant, dit-il, il n’est entaché d'aucun signe qui permette de rattacher son état aux causes habituelles et reconnues de l’infantilisme type Lorain : alcoolisme, syphilis, tuberculose, etc. ».
Nous avons vu personnellement ce malade dans le
service de M. Launois. La pigmentation, en 1904, était très accusée, l'atrophie génitale existait toujours, les caractères sexuels secondaires n'étaient pas apparus : la taille était celle d'un enfant de 1# ou 15 ans. Mais, comme le dit justement M. Morlat, c'est un infantile type Lorain, et par conséquent, d'après notre conception de l'infantilisme, ce n'est pas un infantile.
Que l'insuffisance surrénale, dans ce cas particulier, ait été la cause de cette dystrophie, nous n’en doutons pas : il y a dans le cas d'insuffisance surrénale une perturbation telle des fonctions vitales, que le retard du développement ne peut pas ne pas se produire. Mais la cause même de cette insuffisance surrénale, cause que nous 1gnorons et dont nous ne YOYOns rien dans cette observation, pourrait être suffisante, sans faire entrer en ligne de compte l'insuffisance surrénale, pour entraver l’évolution du sujet.
Nous ne pouvons donc nous servir de cette observation pour étayer une hypothèse de l’origine surrénale de certains cas d’infantilisme.
Quant à nier à l'insuffisance capsulaire la possibilité de faire de l'infantilisme, nous ne le ferons pas; certaines relations entre les olandes surrénales, la thyroïde et les glandes génitales sont connues et permettent au contraire de penser que la surrénale peut jouer un rôle dans l'apparition de linfantilisme. On sait en effet que les glandes surrénales s hypertrophient pendant la grossesse, au moment de la puberté. Dans ces deux cas le signe visible de cet hyperfonction-
nement se manileste par la pigmentation de la peau,
ee Cle
la formation du masque de la grossesse, la croissance des poils dont le rôle ne semble consister qu'à extérioriser les pigments. La relation entre les glandes surrénales et les glandes génitales n’est done pas douteuse.
Les rapports avec la thyroïde sont moins nets, et cependant la thyroïde se modifie comme les surrénales au moment de la grossesse et de la puberté et M. Alquier a fait de nombreuses expériences qui semblent démontrer la possibilité d’une suppléance de l’une par l’autre. M. Léon Bernard dans un article sur « le Rapport des glandes surrénales dans les états pathologiques », écrit :
Quelques faits tendent à montrer les sympathies morbides entre les surrénales et les glandes génitales, le corps thyroïde et l'hypophyse; mais c'est surtout dans leurs rapports avec la croissance du corps que les synergies fonctionnelles des glandes endocrines accusent la part des surrénales; celles-ci paraissent intéressées dans certains cas d'infantilisme, de gigantisme, d'arrêts de développement.
M. Byrom Bramvwell cite le cas d’un jeune hommede
18 ans atteint d'insuffisance pancréatique et infantile.
« En décembre 1901, un garçon âgé de I8 ans et qui n'en paraissait pas plus de 11, fut soumis à notre examen. Il était de conformation parfaite, en bon état et intelligent. Sa taille était de 4 pieds 4 pouces.
Pendant 9 ans il a souffert d'une diarrhée chronique, allant 5 à 6 fois par jour à la selle. L’abdomen était saillant et tympanisé.
L'examen radiographique a montré que les cartilages épiphysaires qui doivent étre soudés entre 16 et 18 ans, ne l’étaient pas.
Pas de sucre dans les urines.
Trois variétés d'examen ont permis de reconnaitre l’insuffisance ou l'absence de la sécrétion pancréatique.
l° Les selles contenaient des matières non digérées qui diminuaient après l'injection d'extrait pancréatique.
2° A la diète lactée l'acide phosphorique de l'urine était en quantité inférieure à la normale. Après lingestion de sue pancréatique 1l augmentait considérablement.
3° L'épreuve de Sahli fut négative. Mais lorsque l'on fit l'examen de la salive, ayant donné, deux heures après la capsule mêlée aux aliments, de l'extrait pancréalique, on y trouva de l’iode une heure plus tard.
On mit donc l'enfant au traitement pancréalique en décembre 1901 et l'on continua assez régulièrement. Le
succès fut remarquable.
1° Les selles diminuèrent : il n'y en eut plus que deux par Jour, dont une consistante.
2° L'augmentation de la taille pendant les deux années qui suivirent le traitement fut de 5 pouces 3/8.
3° La conformation sexuelle, qui était infantile, se modifia : la verge et les testicules se développèrent et les poils ont poussé au pubis.
4% La physionomie, qui était celle d'un enfant, se transforma ; la voix, qui était grèle, devint plus basse et rude.
M. Bramwell pense que l'infantilisme pancréatique est une entité clinique distincte qui, comme cet examen le prouve, peut être précisée par l'administration d’extrait pancréatique.
Nous avons devant les yeux deux photographies représentant le sujet avant et après le traitement. La différence d'aspect est certainement très notable : la face est moins ronde, plus amaigrie, la tête un peu plus petite : les organes génitaux sont beaucoup plus volumineux, la couche adipeuse moins développée, le sujet plus élancé. Néanmoins nous nous demandons s’il y a bien là un cas d’infantilisme.
Tous les arguments, toutes les épreuves de M. Byrom Bramwell nous montrent d’une facon évidente la diminution ou l'absence de la sécrétion externe du pancréas; mais rien ne nous prouve l'insuffisance de la sécrétion interne !
Dans les glandes à double sécrétion, seule la sécrétion interne est importante au point de vue du développement : c’est la cellule interstitielle qui nous intéresse dans le testicule, et dans le pancréas ce sont les
ilots de Langerhans.
Néanmoins nous nous trouvons ici en présence d'un garcon de I8 ans présentant l'aspect morphologique de l'infantile et atteint d'insuffisance de la sécrétion externe du pancréas.
Peut-on admettre que cette insuffisance de sécrétion est la cause de l’infantilisme ?
Nous croyons que oui : mais rien ne dit que cet infantilisme était définitif.
Un garcon de 18 ans dont l'organisme, depuis neuf ans, a à souffrir d’une pareille perturbation de ses fonctions ne peut évidemment pas se développer comme un sujet bien portant! Son évolution se fait difficilement, lentement, mais elle progresse cependant, et elle serait probablement arrivée à la puberté sans l'intervention du traitement.
Mais il est évident que l'ingestion d'extrait pancréatique, en faisant cesser les troubles digestifs qui épuisaient le malade, a mis l'organisme dans d'excellentes conditions pour rattraper le temps perdu et la sécrétion thyroïdienne, qui languissait comme toutes les autres sécrétions, augmentant, a déterminé le développement rapide du sujet.
Nous pensons donc que, malgré sa morphologie très caractéristique, le malade de M. Byrom Bramwell n'était pas un infantile définitif parce que c'est la sécrétion externe du pancréas qui était insuffisante, parce que le sujet était à un âge très voisin de l’enlance et son état ne pouvait tenir qu'à un retard dans l'apparition de la puberté, retard que l’on rencontre dans tous les cas de misère physiologique.
Pouvons-nous maintenant admettre un infantilisme
dl 2
relevant d’une insuffisance de la sécrétion interne du pancréas ?
L’insuffisance de la sécrétion interne du pancréas entraîne la glycosurie. Or, pendant longtemps, on a cru que glycosurie et myxædème (donc insuffisance thyroïdienne) ne pouvaient coexister. MM. Hirsch, Knopfelmacher montrèrent que la glycosurie alimentaire chez le myxæœdémateux ne s’obtenait qu'avec des quantités très considérables de glycose.
M. Lorand dépancréatisait un chien : la glycosurie apparaissait immédiatement, mais disparaissait dès que l’on faisait l’ablation de la thyroïde.
Depuis, M. Alfred Gordon a observé deux myxcædémateux atteints de glycosurie et guéris par le traitement thyroïdien.
IL peut donc y avoir simultanément insusuffisance pancréatique et insuffisance thyroïdienne. De plus, un rapport étroit existe entre ces deux états puisque le traitement thyroïdien a fait cesser la glycosurie.
En tout cas, sile pancréas peut jouer un rôle dans l'apparition de l'infantilisme, c'est par sa sécrétion interne seulement, et l'insuffisance de cette dernière n’agit que par une répercussion sur la sécrétion thyroidienne.
Tel est le mécanisme qui nous semble pouvoir expliquer l’action du pancréas dans le développement de certains cas d’infantilisme.
Le rôle de la sécrétion interne de la rate dans le développement de l'individu ne semble pas très important.
Lancereaux pourtant avait beaucoup insisté dans une lecon clinique sur l’action de la rate sur le développement et montré leur influence chez les jeunes sujets.
En 1888, M. Grigoresco observait dans le laboratoire de M. Dastre que le dératement chez les chiennes supprimait la période génitale.
M. Pouchet, à la suite du dératement chez un bouc de 6 semaines, a, pendant # ans, constaté l'absence de croissance des cornes, mais les organes génitaux et les poils avaient un développement normal.
NT. Dastre, reprenant ces expériences sur des rats, des chats et des chiens, n'observait rien d'anormal dans leur développement.
Enfin M. Béclard ayant accouplé un chien et une chienne dératés, celle-ci eut des petits bien conformés.
Il en est de même pour le foie, les reins, dont la sécrétion interne ne semble pas non plus jouer un bien
grand rôle dans le développement de l'individu.
De ce que nous venons de voir il ressort que l’infantilisme est d'origine dysthyroïdienne.
Cependant quelques observations ont permis de se demander si d’autres glandes à sécrétion interne, et, en particulier, les glandes pénitales et l'hypophyse, ne pouvaient pas, lorsque leur fonctionnement est troublé, entrainer l'infantilisme.
Les rapports étroits que nous avons vu exister entre toutes ces glandes expliquent le retentissement que la lésion de l’une peut avoir sur toutes les autres et surtout sur la glande tyroïde, particulièrement sensible à toute modification survenant dans le fonctionnement de chacune des autres glandes.
Si le mécanisme qui engendre l'hypofonctionnement de la thyroïde peut, dans le cas d'insuffisance génitale ou d’hypersécrétion hypophysaire, étre exposé sous forme d'hypothèse, nos connaissances en biologie ne nous permettent pas, dans le cas de trouble de la fonction des autres glandes, de nous l'expliquer. Ce n'est qu'en se rapportant à cette loi pénérale déjà énoncée, que toutes les plandes à sécrétion interne ont entre elles des rapports étroits et que le trouble de la fonction de l’une d'elles entraîne un trouble dans le
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fonctionnement de toutes les autres, que l’on peut admettre leur rôle dans l'apparition de l'infantilisme.
Cela revient à dire que l’infantilisme relève toujours de lhypofonctionnement thyroïdien que celui-ci soit primitif, ou qu'il soit secondaire à un trouble de sécrétion d'une autre glande.
Dans les deux cas l'hypothyroïdie peut être considérée comme une manifestation dégénérative, soit que les stigmates portent essentiellement sur l'appareil thyroïdien, et lon trouve alors chez les ascendants du malade les troubles de la fonction thyroïdienne à différents stades : obésité simple, asthme thyroïdien, dystrophie chondro-fœtale, maladie de Basedow; soit qu'ils portent sur tout l'organisme, et dans ce cas on retrouve chez les parents et chez le sujet même des signes de dégénérescence psychique (M. Lemos), d'hystérie, d’épilepsie (MM. Féré, H. Meige), de vésanies diverses (M. Imoda), de la maladie de Friedreich (M. Destrées), de la chorée variable (M. Patry), de la maladie de Recklinghausen (MM. H. Meige et Feindel).