‹ État Actuel de l'InfantilismeChapitre 12 sur 14 · NOT · texte numérisé non relu

NOT

cas Où il n'était pas indiqué. Des nouveau-nés et des nourrissons dont la courbe restait stationnaire, ont, dans le service de M. Grancher, été mis aux frictions mercurielles. Ces nourrissons, ou tout au moins quelques-uns d'entre eux, n'avaient aucune tare syphilitique; dès les premières frictions la courbe de poids montait et après quelques jours de traitement, malgré la suppression du traitement mercuriel, la courbe de poids continuait son ascension définitivement.

Quelle que soit la valeur de ces arguments en face de celui de M. Hertoghe, on n'admet pas aujourd'hui que l’infantilisme type Lorain est d'origine dysthyroï-

dienne.

L'insuffisance thyroïdienne détermine suivant son dégré trois états :

L'idiotie myxœdémateuse ;

Le myxædème simple ;

Le myxœdème fruste qui, pour M. Thibierge et pour M. Brissaud, n'est autre chose que l’infantilisme.

Cette origine dysthyroïdienne de l’infantilisme est basée sur les arguments suivants :

1° L'examen minutieux des malades ne permet pas, le plus souvent, de découvrir, au palper, de plande thyroïde.

Cet argument n'a que peu de valeur, car, chezun sujet gras, la recherche de la glande est souvent impossible.

D'ailleurs on peut trouver une glande volumineuse chez un hypothyroïdien : le seul point important est que le tissu glandulaire soit intact. Or, une glande volumineuse peut ne contenir que très peu de tissu

FR pe

glandulaire, si la sclérose l'a envahie ou si elle a subi une dégénérescence kystique.

Mais la thyroïde peut ne pas être altérée et, malgré un volume normal ou excessif, être insuffisante.

C'est ainsi qu'assez souvent, au cours de la grossesse, la glande thyroïde, augmentée de volume et en hyperfonctionnement, est pourtant insuffisante, car les toxines qu'elle doit neutraliser sont en excès et supérieures proportionnellement à la quantité d'antitoxine déversée par la thyroïde dans le torrent circulatoire.

M. W.E. Fotherpill rapporte le cas d’une femme enceinte prise d'accès d'éclampsie quand elle était en travail. L'éclampsie ne disparut pas après l'extraction de l'enfant par le forceps : mais une quinzaine de jours après, l'éclampsie ayant disparu, cette femme fut atteinte de mélancolie puerpérale. Seule la médication thyroïdienne fit disparaitre ces accidents.

M. HalmaGrand, d'Orléans, en 190%, soigna aussi une femme non albuminurique qui, au cours de crises d'éclampsie, accoucha à 8 mois et demi d'un enfant vivant. Les crises nerveuses se répétant, maloré un traitement approprié, la médication thyroiïdienne fut instituée et fit rapidement cesser les crises éclamptiques : à plusieurs reprises, l'opothérapie thyroïdienne ayant été cessée, dut étre reprise, et ce n'est qu'un mois et demi après l'accouchement que la médication thyroïdienne, progressivement diminuée, put être cessce complètement.

Or, chez ces deux femmes, la glande thyroïde était nettement perceptible au palper. |

Sie

Ce qui importe, ce ne sont donc ni le volume, ni la structure de la glande, mais sa fonction.

Pourtant, si en même temps que le volume de la glande diminue, l'infantilisme apparait, l'argument reprend sa valeur. Et c’est, en effet, parfois le cas. M. Sante de Sanctis rapporte l'observation d’une jeune femme, sans tare nerveuse, qui de temps en temps devenait enfant de caractère : cette modification s'accompagnait toujours d’une diminution de volume très nette de la glande thyroïde.

Ce dernier fait nous montre que si, dans la plupart des cas, au point de vue pratique, la recherche de la glande thyroïde et l'appréciation de son volume et de son fonctionnement sont impossibles, il en est d’autres où la preuve du rapport entre l'infantilisme et le volume de la thyroïde est d’une parfaite évidence.

Quant aux recherches anatomo-pathologiques faites sur les plandesthyroïdes d’infantiles, elles n’ont rien démontré. M. Apert, dans deux cas, a trouvé des résultats très différents. Dans le premier, le tissu glandulaire se colorait mal et les noyaux n'étaient pas apparents ; dans l’autre, la glande présentait tous les caractères qu'elle a chez l'enfant, mais était normale comme volume et comme aspect macroscopique et microscopique.

> L'infantilisme survenant à la suite d’un traumatisme, d'une suppuration prolongée, comme dans le cas cité par M. Brissaud de ce sujet devenu infantile à la suite de la suppuration prolongée d’écrouelles cervicales : les thyroïdites qui surviennent très fréquemment, comme l'ont montré MM. Roger et Garnier, au

cours des maladies infectieuses.

54 L'expérimentation enfin qui est venue confirmer les résultats obtenus par la chirurgie.

L'extirpation de la thyroïde chez les animaux, celle opérée chez l'homme dans un but thérapeutique ont montré que l'absence de thyroïde entrainait le myxcœdème. Si cette extirpation est incomplète, on a du myxædème fruste, de l'infantilisme. La démonstration en a été faite en premier lieu par Gley, qui a montré que la thyroidectomie est suivie d’un arret de la croissance.

M. Hofmeister, puis M. Hertoghe font remarquer que cet arrét de développement porte surtout sur la longueur des os, le cartilage épiphvsaire restant stationnaire : M. Hofmeister donne à cet état pathologique du cartilage le nom de « Chondrodystrophia thyreopriva ».

Les expériences les plus concluantes sont celles de MM. Roger et Garnier, qui en 1901 ont exposé les résultats obtenus à la Société de Biologie.

De jeunes chiens chez qui ils ont provoqué la selerose de la thyroïde par l'injection dans les artères thyroidiennes d’une émulsion de naphtol, s'arretent dans leur croissance. Quinze jours après l'opération, tandis que l'animal témoin pèse 3,300 grammes, les opéres pesent 2,100 orammes ; ils ont # centimètres de moins conne longueur, ont le poil gris, sont maigres, chétifs et vomissent tout autre aliment que le lait.

L'examen radiographique chez ces chiens a montré la persistance du cartilage épiphysaire.

4° La thérapeutique qui, nous l'avons dit, n'a pas une valeur absolue, donne cependant, dans les cas francs

d'hypothyroidie, des résultats si rapides et parfois si

complets, que l’origine dysthyroïdienne chez ces infan-

tiles traités ne peut être mise en doute.

L'hypothvyroïdie entraine done certainement l'infantilisme, et si tous les auteurs sont d'accord sur ce point, certains cependant n'admettent pas intépralement cette idée. M. Sante de Sanctis entre autres dit : « L'infantilisme myxœdémateux est dû essentiellement, mais non exclusivement à la diminution de la sécrétion interne de la glande thyroïde. » Et plus loin dans ses conclusions : « L'infantilisme n'est pas le résultat de l’altération isolée d’une glande à sécrétion interne, mais d'une altération de la fonction de tout le système olandulaire, détermince, en apparence, par l’altération visible (anatomique) de l’une ou l’autre glande. Ilest certain que les variétés cliniques de l’infantilisme complet, incomplet ou partiel correspondent à la lésion initiale, primitive de glandes différentes. »

Que tout le système pglandulaire soit atteint dans le cas d'insuffisance thyroïdienne, nous verrons que cela est certain : les relations si étroites qui existent entre toutes ces glandes entrainent une modification d'équilibre, lorsque l’une d'elles est malade, de toutes les sécrétions. Aussi, l'existence de lésions glandulaires multiples ne prouve pas que la lésion thyroïdienne n'a pas été primitive. Enfin il est tres possible qu'à l'infantilisme s’adjoignent des symptômes indépendants de cet état résultant du mauvais fonctionnement de l'une ou l’autre glande à sécrétion interne : on peut ainsi admettre que les différentes variétés d'infantilisme dé-

pendent des lésions de glandes autres que la thyroïde.

Rien de tout cela d’ailleurs n’est en opposition avec les idées de M. Brissaud,. Le fait capital de l’origine dysthyroïdienne de l'infantilisme reste admis par tous.

Quant aux formes différentes que l'on rencontre, elles sont dues, pour Brissaud, uniquement au degré de l'insuffisance thyroïdienne, à l'âge auquel elle est apparue, et à la prédominance de certains troubles fonctionnels se manifestant par la prédominance ou l'existence isolée de certains symptômes de l’infantilisme.

Le degré d'insuffisance thyroïdienne engendre les formes : idéale, commune ou atténuée de linfantilisme; l'âge auquel elle apparait, des infantiles possédant les différentes acquisitions morphologiques et psychiques propres à chaque âge.

Enfin, la dissociation des fonctions thyroidiennes donne naissance aux différents infantilismes partiels OU aux formes, à symptômes tres apparents vYoisinant avec des symptômes atténués, que nous avons déjà vues en étudiant l'infantilisme partiel.

La question d'âge nous retiendra seulement. Si l'insuffisance thyroïdienne apparaissant de la naissance à la puberté nous semble logiquement devoir entrainer linfantilisme, il parait bien qu'après la puberté elle ne pourra déterminer qu'un état myxæcdémateux lruste avec le cortège des petits signes d'hypothyroidie, mais sans infantilisme véritable.

Deux de ces cas de myxœædème fruste survenant chez l'adulte ont été présentés par M. Gandy à la Société médicale des Hôpitaux (7 décembre 1906).

Depuis, M. Brissaud (11 janvier 1907) a présenté un

di —— cas analogue et M. Deséplise, tout récemment, a fait une thèse sur ce sujet.

La particularité qui attire l'attention c’est l’existence d’un infantilisme partiel « réversif » (M. Gandy) ou « tardif » (M. Brissaud) chez ces myxœdémateux adultes.

M. Brissaud avait déjà fait allusion à « ce myxœædème qui refait une pitoyable première enfance aux sujets atteints tardivement ». Il nous montre « l’intelligence diminuant, les tissus reprenant leur consistance colloide, les poils tombant, et la fonction sexuelle revenant à l’état neutre auquel seul se résigne l'embryon en attendant mieux ».

Mais c'est M. Gandy qui présente le premier deux infantiles « réversifs ».

Observation I

P..., âgé de 33 ans, jumeau d’un frère bien portant : n'a jamais été malade. Est marié et père de 2 enfants vivants, normaux.

En mai 1902. — Éprouve sans cause des malaises, des vertiges ; 1l a des sueurs très abondantes, de la céphalée,

En octobre 1902. — Polydypsie, polyurie; pas de sucre

dans les urines. La céphalée ne cesse pas.

- En décembre 1902. — La polydypsie et la polyurie disparaissent : mais la figure est enflée, les lèvres et les mains bleues, la langue épaisse, la peau sèche : les cheveux tombent par placards. En même temps le malade, d'une frilosité excessive, passe ses journées au coin du feu ou au lit dans un état extrême d’apathie. Les fonctions sexuelles sont abolies et le malade n’éprouve plus aucun désir vénérien.

Le 20 octobre 1906 le malade entre dans le service de

M. Gandy. Sa physionomie est celle d'un jeune homme de 18 ans, sans cheveux, sans moustache ni barbe : pâleur jaunätre, peau seche, squameuse, sans bouffissure. Pas d’adiposité. La voix lente n'est pas grêle.

Les mamelons sont petits sans couronne de poils.

La verge petite mesure 6 à T centimètres et le gland est complètement recouvert par le prépuce. Le scrotum à l'aspect de celui d'un garçon de 12 ans avec des testicules et une prostate atrophiés. Les testicules n'atteignent pas le volume d’un œuf de pigeon.

La frigidité n'a pas disparu. Absence de réflexe crémastérien avec conservation du réflexe abdominal.

L'état mental est normal : la mémoire est excellente. Le corps thyroïde n'est pas perceptible.

Le G janvier 1907 le malade succombe dans le coma. L'autopsie montre l'existence d’une glande thyroïde très atrophiée : l’isthme est presque filiforme. Son poids total est de T grammes : la plande est envahie par du üssu de sclérose contenant dans ses mailles quelques petites cellules mononuclées, amassées en ilots.

Les testicules sont petits et mous : les tubes séminifères sont réduits de diamètre et ont l'aspect d'un tube épithélial plein, sans lumière.

Observation 11

B..., âgé de 46 ans, a eu dans son enfance la rougeole, la coqueluche.

Marié deux fois : sans enfants.

Depuis 1893, à la suite de l’avulsion d'une dent, a des érysipèles à répétition. De plus est syphilitique. Vers le milieu de 1893, à la suite d’une plaie de la tête qui aurait servi de porte d'entrée au virus syphilitique, le malade se sent fatigué : il a des étourdissements fréquents et ses cheveux et ses poils tombent. En 1894, laryngite persistante avec aphonie.

nor.

En 1897, rhinite syphilhitique avec effondrement du nez,

A la même époque la chute des poils augmente.

Les organes génitaux s’atrophient et le malade n’a aucun désir sexuel.

La figure est bouffie.

Le 21 novembre 1906 M. Gandy l’examine. Le teint est jaune, pale : le visage n’est pas bouffi; les poils sont très rares, mais les cheveux normaux. La peau est sèche, plhissée. Pas d'adipose.

Les organes génitaux sont très atrophiés : la verge a 5 centimètres : le prépuce recouvre complètement le gland.

Les testicules, gros comme des olives, sont mous : la prostate est atrophiée. Les réflexes crémastérien et abdominal sont abolis.

L'intelligence est conservée.

Le corps thyroïde n’est pas perceptible,

À ces deux observations vient se joindre celle de

M. Brissaud.

Une jeune femme, à la suite d'une grossesse terminée par un accouchement avant terme, voit ses règles disparaitre, ses cheveux et ses poils tomber, ses seins diminuer de volume; le visage palit, devient bouffi; la voix est gréle et monotone; la malade est somnolente, apathique, souffre de la tête.

L'autopsie révèle l'existence d'une péritonite tuberculeuse diagnostiquée. L'utérus petit est celui d’une jeune fille : le corps thyroïde est très atrophié,

D'après ces trois observations nous voyons que ce qui domine c'est, avec la disparition de la fonction sexuelle, l’atrophie génitale portant sur le volume et la forme de la verge, des testicules de la prostate, de

l'utérus : en même temps disparaissent les caractères

sexuels secondaires : les poils tombent, les règles disparaissent, les seins diminuent de volume. Tout ce qui peut régresser, régresse. Il ÿ à une tendance et un effort remarquables de l'organisme à revenir à l’état infantile, et si certains symptômes manquent, c'est parce que les organes qui devraient se modifier sont fixés définitivement dans leur forme. C'est ainsi que la voix, le squelette, l'intelligence même ne changent pas.

Il y a donc régression vers un état infantile incomplet mais non discutable.

En même temps apparaissent les signes physiques et fonctionnels du myxœdème : le teint est pale, la peau épaissie est sèche, squameuse. Le sujet devient frileux, il a des migraines, des douleurs musculaires, et en réalité il ressemble souvent plus à un myxœdémateux franc qu'à un infantile. Aussi nous demandons-nous s'il ne vaudrait pas mieux, dans ces cas où l'infantilisme est très incomplet, remplacer les termes d’ « infantilisme réversif » ou « tardif » ou « réversion infantile » par celui de « myxædème fruste acquis de l'adulte » ?

La plupart des observations sur lesquelles se basent leurs auteurs pour soulever l'hypothèse de l'origine testiculaire ou ovarienne de l’infantilisme sont très discutables.

MM. Richon et Jeandelize (Province médicale, 23 juin 1906), sous le titre de l’Origine testiculaire possible de certains cas d'infantilisme, exposent trois observations où l’on a beaucoup de mal à retrouver le portrait de l’infantile.

Voici ces observations résumées :

Observation I

X..., castrat naturel, âgé de 55 ans, face imberbe, quelques poils seulement sous les aisselles et sur le pubis: la peau est molle et fine. Le bassin large, les membres inférieurs très longs. Le ton de la voix est élevé.

Les organes génitaux sont rudimentaires : la verge, longue de 4 centimètres, est étroite, les bourses à peine dessinées contiennent un seul testicule gros comme une noisette. Pas d'érections. Les seins ne sont pas développés.

La taille est de 1 m. 74. Les membres inférieurs mesu-

rent 97 cent. 5.

Observation II

Homme de 31 ans, ayant eu à 11 ans une inflammation douloureuse de la région thyroïdienne. Figure glabre :

physionomie jeune malgré les rides. Sourcils et cheveux rares, fins : pas de poils sous les aisselles, sur le pubis. Les seins ne sont pas développés. La peau est fine. Le thorax étroit. Les organes génitaux sont tres atrophiés : la verge mesure 2 centimètres : les testicules, gros comme une noisette, sont dans un scrotum à peine formé. Absence de vie génitale. Voix chevrotante, bitonale. Aucune déformation osseuse. Psychisme infantile.

Taille, 1 m. 54. Membres inférieurs, 89 centimètres.

Observation III

Homme de 53 ans. Appareil génital rudimentaire : testieules comme des olives: pas de bourses proprement dites; verge de 3 centimètres.

Le corps thyroïde est normal (27 grammes).

Taille, 1 m. 54. Longueur du fémur, 43 cent. 3; tibia, 38 centimètres.

Dans l'observation [ nous ne trouvons rien de l'infantile et le sujet qui nous y est présenté est un portrait presque complet de l'eunuque.

Dans l'observation IE l’origine dysthyroïdienne ne semble pas douteuse : l'inflammation de nature inconnue de la région thyroïdienne ne permet guère de chercher une autre cause à ce cas d'infantilisme.

L'observation IL enfin ne donne aucun renseignement sur le début de la dystrophie.

Mais ce que l'on doit remarquer dans ces observations, c'est la longueur excessive des membres inférieurs par rapport au tronc. En nous servant de l’obsérvation Il, qui seule se rapporte nettement à un cas d'infantilisme, voyons comment nous pouvons nous expliquer la longueur des membres inférieurs. Cette

disproportion, sur laquelle Richon et Jeandelize s'ap-

no

puient pour conclure à l'origine testiculaire, ne peutelle avoir une autre cause?

Nous savons que l'infantile n'est pas forcément un individu de petite taille : sa croissance peut se poursuivre apres l'apparition de la dysthyroïdie : il peut y avoir des infantiles de taille normale, voire même de grande taille où gigantesque. Cette croissance peut évoluer normalement et l’infantile sera alors grand mais bien proportionné. Mais dans le cas où à la dysthyroïdie vient se joindre l'insuffisance où même la disparition de la sécrétion interne du testicule, la croissance pourra évoluer comme chez les castrats et les membres inférieurs s'allonger d’une facon démesurée.

Nous aurions donc dans ces cas des infantiles dysthyroïdiens dont la croissance s’est faite, mais chez lesquels l'insuffisance de la sécrétion interne testiculaire surajoutée a déterminé la structure et les proportions eunuchoïdes. Cela est en accord avec l'hypothèse que nous avions soulevée, que les variétés d'infantilisme pourraient peut-être dépendre de la perturbation fonctionnelle de certaines glandes à sécretion interne, autres que la thyroïde, superposant son

effet à celui de l'insuffisance thyroïdienne.

L'origine testiculaire de l’infantilisme n'apparaît donc dans aucune de ces trois observations.

Au contraire, dans celles que nous allons exposer, il

est permis de poser la question.

Observation IF

MM. Achard et Demanche. (Bulletins et mémoires de la

e . € = / ñ Société méd. des Hôpit., n.38, 27.décembre 1906.)

AT

Nab..., 68 ans, entre à l'hôpital pour asystolie. Jusqu'à 25 ans, rien d'anormal. À cet âge, traumatisme du testicule suivi d'atrophie et de la chute des poils. Les désirs sexuels sont conservés ainsi que l'érection, mais pas d'éjaculation. Atrophie musculaire.

A l'examen, absence de poils, alopécie presque complète. La peau est cireuse, épaissie, ridée.

Le testicule droit est très atrophié, le gauche peu, mais il a perdu sa sensibilité normale.

La voix est grêle, aigre. Pas de glande mammaire.

L'intelligence est diminuée : pas de mémoire.

Les membres inférieurs ne sont pas grands par rapport à la taille.

Pas de corps thyroïde à la palpation.

Observation VF

MM. Vigouroux et Delmas. (Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, n. 3, p. 1907.)

Ch. E..., 44 ans, a l'aspect d’un enfant de 12 à 14 ans, vieillot. Il mesure 1 m. 27 et pèse 32 kilos. Les proportions sont exactement celles de l'enfant.

La face est glabre, la peau sèche et jaunatre, ridée aux tempes, légèrement bouffie sous les veux.

Les cheveux plantés bas sur le front sont elairsemés et fins : les sourcils existent.

Les joues arrondies et fermes donnent un aspect lunaire au visage. La lèvre inférieure un peu grosse.

Le cou est court : on ne sent, pas au palper, la glande thyroïde.

Le bassin est élargi. La peau est glabre aux aisselles, sur le pubis; il y a de l'hypertrophie graisseuse des seins, mais pas de mamelon ni d'aréole.

Les organes génitaux sont rudimentaires : la verge, Y compris le prépuce très saillant, mesure un centimètre et demi, et a la grosseur d'un crayon. Absence d’érection. Le scrotum est rudimentaire : on y sent un testicule mou

Al —

et gros comme une petite fève. Le ventre saillant est séparé de la région pubienne par un sillon courbe à concavité supérieure.

Les membres sont potelés : les doigts boudinés.

La voix est aigre, en fausset.

Mentalement, c'est un enfant, mais nullement un imbéaile ni un idiot.

? . , 2 . “ \ L autopsie a été faite très complètement : nous ne

relèverons que les lésions qui nous intéressent.

Corps thyroïde. — Il parait peu atrophié relativement : les deux lobes pèsent 6 gr. 12.

A l'examen histologique on voit les vésicules tapissées de cellules épithéliales normales et pleines de substance colloïde. Le tissu conjonetif est très peu augmenté.

Hypophyse.— Elle parait enchatonnée dans une tumeur développée dans son pédicule, d’un volume d'une petite noix muriforme, blanchätre et de consistance crétacée. Elle ne paraît pas augmentée de volume.

Absolument normale à l'examen histologique.

Testicules. — L'un d'eux est dans l'anneau. Le droit pèse 2 gr. 5, le gauche 2 gr. 6.

Atrophie scléreuse. Sur les parois ou canalicules, cellules épithéliales cubiques à gros noyau non différenciées eton ne peut distinguer ni cellules de Sertoli ni aucune cellule de la lignée séminale : spermatogonie, spermatocytes, etc.

Dans les travées fibreuses on ne trouve aucune cellule interstitielle.

L’atrophie testiculaire est nette dans les deux observations : accidentelle (obs. IV) ou congénitale (obs. V), elle s'accompagne dans les deux cas d'infantilisme.

L'effet habituel de l'absence de la sécrétion interne dutesticule n’est pas l’infantilisme. Suivant l’âgeau quel

DTA.

PA

elle s'établit, elle détermine l’eunuchisme ou le féminisme, et pour M. Rummo, lorsqu'elle est congénitale, elle entraine une dystrophie de description récente, la gérodermie génito-dystrophique ou sénilisme. Ces connaissances (les deux premieres du moins, car pour le sénilisme on n'est pas encore très documenté) sont basées sur des faits expérimentaux et cliniques. L'ablation des testicules chez les jeunes animaux s’accompagne d’un allongement excessif des membres postérieurs et d’une absence de développement des caractères sexuels primaires et secondaires; chez l'homme, la castration dans le jeune âge produit une croissance exagérée des membres inférieurs, empéche le développement génital, favorise l'obésité et arrete l'évolution de la tonalité de la voix.

A l’âge adulte, l'ossification étant terminée, le squelette ne se modifie guere et ce qui apparait surtout, c'est le développement du tissu graisseux au niveau des hanches, laugmentation de volume des seins, l'apparition de glandes mammaires nettement perceptibles, etc., tous caractères du féminisme. Un exemple frappant de cet efféminement a été observé par M. HT. Meige et par nous dans le service de M. Reclus. Un homme adulte atteint de tuberculose d'un testicule venait consulter pour une tumeur du sein. Mis en observation on remarqua que l'augmentation de volume du sein devenait de plus en plus apparente et la palpation attentive permit bientôt de constater que la tumeur était composée de tissu plandulaire. Pendant que le testicule atteint était détruit par la fonte caséeuse, la glande

mammaire du côté correspondant s hypertrophiait.

io

Cette hypertrophie compensatrice aboutissant à la suppléance d'une glande par une autre est d’ailleurs connue; elle à été notée par MM. Rogowitch, Gley, Djemil Pacha, Apert.

Ainsi eunuchisme, féminisme et peut-être sénilisme sont la conséquence d’une insuffisance testiculaire survenant à un âge différent.

Dans quelles conditions pourrait-on s'expliquer, alors que l'insuffisance testiculaire produit l'infantilisme? Ne serait-ce pas une action indirecte de la glande génitale sur le développement général, et l’intermédiaire ne serait-il pas la glande thyroïde?

Les rapports de la glande thyroïde avec les glandes génitales ne sont pas encore bien élucidés.

L'ovaire, pour MM. Porrhon et Goldstein, a une action nettement antagoniste de celle du corps thyroïde.

Ces auteurs font remarquer lhyperfonctionnement thyroïdien au moment de la torpeur ovarienne lors de la ménopause, après l'extirpation des ovaires. D'où la conclusion que l’activité ovarienne a une influence inhibitrice sur le corps thyroïde.

D'autre part, MM. Charrin et Jardry, se basant sur les mémes phénomènes, concluent à l’action synergique des deux glandes.

Ces deux opinions peuvent s'accorder : ovaire et slande thyroïde, en dehors de leur action réciproque qui consiste en une inhibition de la sécrétion de chacune d'elles, ont cependant des propriétés communes ; lorsque l’une d'elles vient à disparaitre fonctionnellement, l’autre entre en hyperfonctionnement puisque

l’action inhibitrice de la première n'existe plus, et par

ses propriétés communes, supplée à la fonction de la glande disparue.

Cet hyperfonctionnement ne pourra pourtant pas toujours se produire. Si, en effet, lors de la castration, la sécrétion thyroïdienne est déjà juste suffisante, si l'excès de travail qui lui est demandé épuise la glande thyroïde, au lieu de la suppléance nécessaire, Se produira l'insuffisance thyroïdienne. Ne serait-ce pas là le cas lorsque, à la suite de l’atrophie des glandes génitales, survient de l’infantilisme? Ne serait-ce pas la glande thyroïde épuisée par l'effort à produire ou impuissante à suppléer la fonction disparue de la glande génitale, qui engendrerait l'infantilisme ?

L'apparition de l'hypothyroidie au moment de la puberté vient à l'appui de cette hypothèse.

MM. Dupré et Pagniez citent le cas suivant :

Une fillette de 15 ans et demi, née avant terme (8 mois) de parents alcooliques, se développa toujours lentement: elle fut toujours petite et malingre.

À 5 ans fièvre typhoïde suivie d’affaiblissement de la mémoire.

À 14 ans et demi, la malade devient apathique, somnolente, l'appétit diminue, la mémoire devient moins bonne ; elle à quelques cerises hystériformes, non comitiales. A cetäge l'enfant a, à deux reprises, à 3 mois de distance, une ébauche de règles.

A l'examen, apparence d'un enfant de 8 à 9 ans bien proportionné. Facies lunaire, mouvements lents.

La peau est lisse : le tissu cellulaire est infiltré au niveau du front, du euir chevelu, du thorax etde l'abdomen. Pas de sueurs ni de sécheresse de la peau. Les cheveux sont

peu abondants, gros, cassants et courts. Pas de poils aux aisselles ni au pubis.

Lo Vulve infantile, pas de seins, pas de règles. La voix est faible, grèle.

État psychique infantile, étonnement, timidité. La glande thyroïde n’est pas palpable.

Get état myxæœdémateux a été très amélioré par l'opothérapie.

Avant son ébauche de puberté, cette fillette était malingre, gracile, débile du fait de l'alcoolisme paternel, de la naissance avant terme et de la fièvre typhoïde qu'elle a eue: c'était ce que Lorain appelait uneinfantile.

A 15 ans, au moment de l’évolution, bientôt arrêtée d'ailleurs, de la puberté, apparaissent les phénomènes myxœdémateux, et la malade devient une infantile vraie.

L'apparition simultanée de la puberté et du myxcædème est-elle une simple coïncidence?

On sait, et M. Hertoghe y insiste, que l’augmentation de volume et l'hyperfonctionnement de la thyroïde sont nécessaires à l’évolution de la puberté.

Mais encore faut-il que la thyroïde puisse satisfaire à l'effort demandé! Si elle est en état d'hyperfonctionnement latent elle ne pourra pas fournir l'effort nécessaire, et quand bien même elle y aurait réussi au début, elle s’épuisera rapidement et deviendra vite insuffisante. C’est le cas chez la malade de MM. Dupré et Pagniez; la glande thyroïde en état d'insuffisance latente a pu cependant, à deux reprises, participer à l’éclosion de la puberté, mais rapidement elle n’a plus été en état de sécréter suffisamment, et comme ce qui lui était demandé dépassait ce qu'elle pouvait donner,

elle est devenue insuffisante.

AR

Cette dysthyroïdie occasionnelle pourra d'ailleurs apparaitre en dehors de la puberté. Nous avons déja dit qu'à la ménopause la glande thyroïde, par son hyperfonctionnement, suppléait partiellement la sécrétion ovarienne, mais si la glande thyroïde en est incapable, l'hypothyroïdie pourra apparaitre.

Ceci est à rapprocher des observations de M. W.E. Fothergill et de M. HalmaGrand où des femmes enceintes avaient une glande thyroïde insuffisante pour suppléer à la fonction ovarienne diminuée.

Nous pouvons done dire que glande thyroïde et glande génitale peuvent se suppléer, et c’est le cas dans de nombreux états physiologiques: mais si la glande qui doit hyperfonctionner est incapable de remplir cette suppléance, elle devient à son tour insuffisante.

L'hypophyse a été trouvé malade dans quelques autopsies d'infantiles. Mais, presque toujours, à côté des lésions hypophysaires on trouvait une thyroïde atrophiée, seléreuse, ou des testicules sans cellules interstitielles.

Dans ces cas, il n'était pas logique de faire jouer à l'hy pophyse un rôle étiologique dans l'apparition de l'infantilisme.

Mais d’autres cas ont été publiés où, seule, la lésion hypophysaire existait. C'est alors surtout que l'on s’est demandé si l’on ne pouvait pas rendre l'hypophyse responsable de certains infantilismes.

M. Nazarri nous expose une de ces observations :

Observation 1

Un jeune homme de 20 ans, sans antécédents pathologiques, dont la croissance s’est faite normalement jusqu'à 7 ans, voit survenir à cet âge un arrêt de développement physique et intellectuel s'accompagnant de crises épileptiformes assez rapprochées.

A 20 ans, il entre à l'hôpital se plaignant de faiblesse générale, de céphalée et de fièvre irrégulière. Bientôt survinrent des accidents méningés : raideur de la nuque, torpeur, fièvre irrégulière, qui l’emportèrent quelques jours après son admission.

De

C'était un individu de petite taille (1 m. 25) avec toutes les apparences d’un enfant de 10 ans environ, bien qu'il ne présentât aucun stigmate de rachitisme.

L'autopsie montra l'existence d’une méningite suppurée, mais on trouva, de plus, au niveau de l'hypophyse, une tumeur atteignant le volume d'une grosse noix, logée dans la selle turcique notablement élargie, et comprimant à la fois le lobe olfactif et le lobe temporal du cerveau.

La tumeur était kystique et contenait un liquide riche en cholestérine : on peut retrouver dans les parois les éléments cellulaires caractéristiques de la glande pinéale.

Le thymus persistait et pesait 4 grammes; sa structure était normale, de même que celle de la glande thyroïde et des capsules surrénales. Les testicules, très petits, présentaientla structure histologique des testicules infantiles.

Une autre observation, de M. Babinski, nous montre une infantile partielle atteinte de tumeur de lhypophyse :

Observation II

Une jeune fille de IT ans présente des douleurs de tête, de plus en plus violentes, depuis 3 ans. Depuis plusieurs mois, crises épileptiformes.

La taille est normale, mais il y a de la surcharge graisseuse, les organes génitaux sont infantiles; pas de poils, pas de menstrues.

L'intelligence moyenne; la mémoire diminuée,

A l’autopsie, on trouve une tumeur de la selle tureique adhérant au corps pituitaire et englobant le tuber cinereum (Épithélioma de la glande pituitaire avec dégénérescence myxomateuse du stroma conjonetif.) Pas d'examen de la thyroïde.

M. Babinski conclut, de cette observation, à la

possibilité du rôle étiolopgique de la tumeur hypo-

physaire dans l'apparition de cet infantilisme. Mais M. Brissaud répond qu'il n'y a là que des organes génitaux petits : tout le reste (taille, squelette, intelligence, etc.), est normal; il n'y aurait donc pas infantilisme dans ce cas.

Dans la première observation, celle de M. Nazarri, les détails sur les caractères infantiles du sujet, manquent. Mais l’auteur dit que son malade a tous les signes physiques et intellectuels de l’infantile, et il est porteur d’une tumeur hypophysaire.

Voici donc un fait à consigner : la lésion de l'hypophyse dans quelques cas d’infantilisme, lésion isolée parfois, plus souvent accompagnée de lésions d’autres glandes à sécrétion interne.

Habituellement les tumeurs de l'hypophyse s’accompagnent de deux états bien spéciaux : l’acromégalie et le gigantisme.

M. P. Marie fut le premier à décrire l'acromégalie « cette affection singulière caractérisée par l'hypertrophie non congénitale des extrémités supérieures, inférieures et céphaliques ».

Depuis, les relations de l’acromégalie avec l'hypertrophie hypophysaire furent étudiées et on trouva généralement chez les acromégaliques, soit, du vivant du malade, un élargissement de la selle turcique, soit, a l’autopsie, une tumeur pituitaire.

MM. Brissaud et Henry Meige s'occupant du gigantisme, firent remarquer la coexistence fréquente du gigantisme et de l’acromégalie, et observèrent

alors les rapports qui unissaient ces deux états.

L'acromépalie, maladie de l’âge adulte, apparait souvent chez les géants. Quand il y a superposition des deux états, c’est toujours le gigantisme qui a commencé, et l’'acromégalie n’est venu qu'ensuite.

Ils concluaient donc que gigantisme et acromégalie sont une même maladie; que l'apparition de l'un plutôt que l’autre dépend d’une seule cause : l’âge du sujet.

En effet, la même cause agissant sur la croissance des os, déterminera un allongement de ceux-ci tant que les cartilages épiphysaires ne seront pas soudés. Lorsqu'au contraire, la même cause persistant, la soudure des épiphyses sera achevée, l'accroissement en longueur ne pourra plus se faire, et il se produira alors un épaississement des os.

L’acromépalisation des géants a pu être constatée et suivie chez certains sujets, et est venue confirmer cette théorie.

MM. Launois et Roy ont repris alors dans une longue étude sur le gigantisme ces conclusions et les ont développées.

M. P. Marie, néanmoins, n admet pas cette facon de voir. Pour lui, l'absence d’acromégalie chez nombre de géants, l'existence d’acromégalie sans gigantisme, sont des arguments qui ne permettent pas de croire à l'identité de ces deux dystrophies.

Mais l'absence d’acromégalie dans le gigantisme, l'existence d'acromégalie sans gigantisme ne suffisent pas pour détruire la théorie uniciste.

Un géant ne devient pas forcément acromégale parce que la cause déterminante peut disparaître au

sl —

moment de la soudure des épiphyses; d'autre part, cette même cause, si elle n'apparaît qu'à un âge où la croissance est terminée, où le squelette est définitivement fixé, ne pourra engendrer que l’acromépgalie.

Nous nous rangeons du côté de MM. Brissaud et H. Meige et admettons que gigantisme et acromégalie sont une même maladie; la lésion hypophysaire se rencontrant dans presque tous les cas d’acromépgalie, et dans presque tous les cas de gigantisme, l’un et l’autre ont une origine commune.

Or nous avons vu que dans quelques cas d’infantilisme, la seule lésion reconnue était une tumeur de la glande pituitaire.

Si la même lésion se rencontre dans l’infantilisme, le gigantisme et l’acromégalie, pourra-t-on rencontrer coexistant infantilisme et pigantisme, comme on trouve simultanément gigantisme et acromégalie?

De nombreuses observations permettent de ré-

pondre par l’affirmative :

Observation 1 (MM. Brissaud et Meige).

Ernest, 30 ans 1/2, entre, le 7 janvier 1904, à l'Hôtel- Dieu, salle Saint-Charles.

Antécédents du côté paternel : un grand-père aurait vécu 115 ans.

Antécédents du côté maternel : bisaïeul et trisaïeul de taille colossale.

A grandi surtout à partir de 7 ans. Mesurait au conseil de revision 1 m. 85 : depuis il a cessé de grandir.

Pas un poil au visage : une pilosité fort maigre au pubis etaux aisselles. Les testicules sont ceux d’un enfant de 5 à 6 ans : la verge d’un enfant de 15 ans. Le torse et

les bras sont peu musclés : les jambes sont plus vigoureuses.

La peau est fine, glabre, doublée d’une enveloppe de graisse.

Le ventre est proéminent, le bassin assez large avec épaississement graisseux aux hanches et à la partie supéro-externe des cuisses.

Les membres inférieurs sont, proportionnellement, un peu longs.

On trouve enfin quelques signes d'une acromégalie commençante.

L'examen radiographique montre que les épiphyses sont soudées.

Au point de vue psychique, c'est un vantard, qui amplifie et dramatise, un paresseux, mauvais caractère, et mal élevé.

Observation 11 (MM. P.-E. Launois et P. Roy).

Charles, 30 ans, vu dans différents services par MM. Capitan, Albert Robin, P. Marie, F. Lucas-Championnière, Papillaut, entre en octobre 1902 à Tenon.

Né très gros. À grandi progressivement mais excessivement depuis sa naissance.

A eu à 11 ans la fièvre typhoiïde.

A 21 ans mesurait 1 m. 86. Depuis l’âge de 23 ans il ressent dans les muscles inférieurs des douleurs qui vont en augmentant : en même temps apparait un genu valqum qui bientôt nécessite l'usage de béquilles.

A l'examen deux faits attirent l'attention : le genu valqum très accusé et l'absence presque totale de tout signe effectif de puberté.

La hauteur dans la station debout est de 2 m. 04 et la longueur des membres inférieurs est proportionnellement plus grande que normalement.

Le développement de l'appareil génital est tout à fait incomplet : la verge, bien conformée, est de dimensions

minimes. Les bourses peu développées renferment des testicules rudimentaires : le droit a le volume d'une amande, le gauche d'une noisette : le toucher rectal ne permet pas de sentir la prostate. Au point de vue foncetonnel, anaphrodisie absolue.

Quelques rares poils dans la région suspubienne : mais on n'en trouve pas trace sur la face et aux aisselles. La peau est glabre, fine et souple.

Le corps est enveloppé d'une couche adipeuse notable : les muscles sont peu apparents et la vigueur de son enfance à fait place à une grande faiblesse. Ses urines, par leur volume, par la quantité de chlorures et de phosphates éliminés, sont celles d’un enfant.

L'intelligence est assez développée, mais il est irascible et émotionnable, fantasque et vantard.

Les cartilages épiphysaires ne sont pas soudés.

Dans ces deux observations, le glgantisme est certain : le Grand Charles est sans aucun doute un géant; quant à Ernest, quoique sa taille ne soit pas excessive, c'est évidemment un géant aussi, et d'autant plus sûrement qu'il est en train de s’acromégaliser.

L'infantilisme n'y est pas douteux non plus : car, outre l’atrophie génitale, on retrouve le psychisme de l’enfant, les déformations des membres inférieurs, un ventre saillant, des hanches enveloppées de graisse, une peau fine, un thorax étroit, des muscles peu développés, tous caractères appartenant à l'enfant.

Néanmoins ces deux sujets présentent une différence notable. Le Grand Charles a ses cartilages épiphysaires non soudés : chez Ernest, au contraire, ils sont soudés. Aussi présentent-ils des dissemblances qui tiennent justement à l’état de leurs épiphyses. Ernest, géant infantile, estentrain de s'4cromégaliser et bientot

Page 1