‹ État actuel de la réglementation internationale du travailChapitre 20 sur 50 · BOT · texte numérisé non relu

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queslion de pain, «eine magenfrage », suivant l'expressive parole de Mgr Ketteler.

Au Congrès d’Aarau, en 1887, M. Steck, avocat à Berne,avait voulu s'opposer à l'admission des catholiques dans la Fédération ouvrière : € Peut-il être question, disait-il, de créer un être hybride qui aura la tête rouge du socialiste démocrate, le corps blanc de l’opportuniste économique et la longue queue noire ?... Un pareil monstre constituera un danger pour une politique ouvrière vraiment normale. » M. Decurtins, démocrate catholique, répondit avec cette ardente éloquence qui lui est familière : « Je suis ultra-montain de cœur et d’âme, mais dans les questions de pain je suis avec vous. Avec moi sont aussi les ouvriers catholiques ; ils agiront de concert avec vous chaque fois qu’il s’agira d'améliorer les conditions économiques de la classe ouvrière, car la faim n'est ni catholique ni protestante. C’est pourquoi, quiconque veut travailler à la solution de ces questions doit être le bienvenu, à quelque confession religieuse qu’il se rattache, qu’il appartienne à la théorie de Bakounine ou à celle de Lassalle ou qu’il croie à l’évangile du Christ... [n’y à pas lieu non plus d'oublier que, dans notre pays suisse, où nous avons de l’air et de l’espace pour les idées, où jusqu'ici il n’y a pas eu nécessité de baser les espérances sociales sur la révolution comme là où les ouvriers ont les

mains liées, les démocrates socialistes peuvent chercher la solution sur le terrain des réformes pacifiques. « . Ne nous séparons donc pas froidement et fièrement comme au temps des réformateurs Luther et Zwingle. Les ouvriers catholiques vous tendent une main loyale, ne la repoussez pas ! »

M. Decurtins n'avait pas parlé dans le désert. Il put avec MM. Curti, démocrate, Scherrer, catholique socialiste, Greulich, progressiste, fonder l’'Aberiterbund, union générale des ouvriers suisses. Tous les deux ans les délégués des Bund ont leur Tag, sorte de Parlement mobile où ils discutent les intérêts du 4° Etat. Le gouvernement fédéral verse une subvention qui sert à appointer le secrétaire général.

En 1893, à l’Arbeitertag de Bienne la Fédération résolutd’internationaliser le Congrès, c’està-dire d’y convoquer les représentants officiels des associations ouvrières de tous les pays sans distinction politique ni religieuse. Cette assemblée serait ainsi la reproduction internationale de ce qu'est pour la Suisse la Fédération ouvrière. Les délibérations porteraient sur les intérêts ouvriers etspécialementsurla législation ouvrière internationale. Mais le socialisme allemand éprouva des répugnances pour cette promiseuité avec les catholiques sociaux. Il ne faut pas mélanger le rouge et le noir ! Le Congrès international n’eut pas lieu.

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En 1897,le comité central de l'Union reprit le projet. Il adressa une convocation à tous, catholiques, protestants, démocrates-chrétiens, socialistes, socialistes-démocrates, représentants des syndicats et sociétés neutres. Les simples particuliers que la question intéressait seraient également reçus à litre d'invités avec voix purement consultative. Les membres déhbérants n'auront à remplir qu'une seule condition : «admettre que l'intervention de l'Etat en faveur de la classe ouvrière est justifiée, nécessaire et urgente; que cette intervention doit surtout avoir pour but immédiat la réduction des heures de travail, la défense du travail du dimanche et l'introduction dans la loi des dispositions protectrices spéciales aux femmes,jeunes gens et enfants ». D'ailleurs, ce ne doit pas être une profession de foi platonique, chaque adhérent « prend l'engagement de travailler sérieusement à la réalisation de la réforme sociale par l'Etat. »

En somme, toutes les nuances du socialisme; du radicalisme-socialiste et du catholicisme social furent représentées. Seuls, les socialistes français, par un étrange esprit d’intolérance, refusèrent leur concours. Dans une lettre rendue publique (1) M. Vaillant exposa les motifs de son abstention. Le Congrès était convoqué, dit-il, par des amis à qui il aurait été aise de

(4) Journal de Genève, 25 août 1897.

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donner par sa présence une preuve de solidarité, mais il n’est pas fâché de ne pas faire parti d’un Congrès « où seront des prêtres et des religieux d'opinion ou d’'habits ». En outre, les questions ouvrières semblent, à ses yeux, ressortir exclusivement aux socialistes qui doivent les discuter entre eux sans se commettre avec aucun autre parti.

De son côté, M. Pelloutier, secrétaire-général de la fédération des bourses du travail, explique ainsi les motifs d'abstention des socialistes révolutionnaires : 1° ils ne comptent plus assez sur l'Etat pour espérer de lui quelque chose de bon ; 2° la présence {signalée comme un appât) de la fraction socialiste du Reichstag « leur rappelle trop vivement le Congrès de Londres (4) ».

La Bourse du travail de Paris avait annoncé dix représentants ; d’autres bourses du travail et un certain nombre d'hommes politiques socialistes ou radicaux-socialistes avaient adhéré; au dernier moment, ils s’abstinrent tous. La France ne fut représentée que par deux délégués ayant le droit de vote : M"° Bonnevial pour la Ligue pour le droit des femmes et M. Thomine pour l’Union démocratique chrélienne de la région de Paris. Parmi les invités nous voyons figurer : MM. Finance, chef de bureau

(1) Sur le Congrès de Londres, voyez Léon de Seilhac. Syndicats ouvriers, Fédérations, Bourses du Travail, Paris, 1902, pp. 278-281.

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à l'Office du Travail, Raout Jay, professeur à la Faculté de Droit de Paris et le Musée social en les personnes de son directeur, M. Charles Salomon, et de son secrétaire, M. de Carbonnel.

Le nombre total des adhérents fut environ de 550 dont 386 délégués de sociétés, syndicats et groupes ouvriers, et 163 invités.

L'Allemagne avait envoyé ses trois plus célèbres champions du socialisme : Bebel, Liebnecht et Vollmar.

Pour l’Angleterre figuraient : Hyndeman, Quelch, Macdonald; pour l’Autriche : Adler et Bielholaik, l’un des chefs du catholicisme social ; pour la Belgique : Anseele et Vandervelde; pour la Suisse : les chefs des parlis socialiste et démocrate chrétien.

Dans la salle des séances les ecclésiastiques sont en grand nombre. On remarque aussi une petite vieille coiffée d’un chapeau pointu, c’est sous un nom d'emprunt la fameuse Vera Sassolitch qui tua d’un coup de revolver le chefde la police de Saint-Pétersbourg.

Nous ne nous étendrons pas sur la plupart des discussions et des décisions du Congrès. Ces décisions ne sont pas d’ailleurs, au dire même d’un congressisle, des mesures destinées à entrer immédiatement dans la pratique, mais un idéal vers lequel doivent tendre les législations, un programme des revendications ouvrières.

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