ESS
spéciales devront être prises pour protéger le travailleur dans les exploitations dangereuses,
La dernière partie du Congrès, la plus intéressante au point de vue du développement de la réglementation internationale dutravail, porte sur les voies et moyens de réalisation, et principalement sur la création d’un office international. Cette dernière question, nous l'avons vu, était toujours à l'étude depuis la Conférence de Berlin. Le Conseil fédéral, invité par les Chambres suisses à reprendre les négociations, avait répondu, dans un message du 16 janvier 1897, que deux Etats seulement étaient disposés à examiner le projet. Malgré ces précédents peu encourageants, le Congrès de Zurich n’hésite pas à solliciter la bonne volonté des gouvernements et l'initiative du Conseil fédéral :
« Les participants au Congrès sont invités à demander aux gouvernements par la presse et dans les Parlements la création d’un Office international pour la protection ouvrière.
« Get oflice assumerait les tâches suivantes :
a) Collectionner, éditer toutes les lois concernant la protection ouvrière et tout ce qui s'y rapporte; correspondre avec les bureaux ofliciels déjà institués.
b) Ce travail serait fait dans les trois langues, allemand, français, anglais et dans la langue originale, si elle n’est aucune des trois susnommées.
€) Publier un rapport annuel relatant l’activité des
LPS
autorités administratives et législatives en matière de protection ouvrière.
d) Donner des renseignements et indiquer les ouvrages à consulter.
e) Organiser des Congrès pour délibérer sur le développement de la législation protectrice du travail.
« Le Congrès émet le vœu que si trois Etats sont prêts à collaborer à la création de ce bureau, il soit immédiatement fondé. »
Voici maintenant la requête que l'assemblée adressait au Conseil fédéral suisse :
« Le Congrès internalional pour la protection ouvrière, tout en reconnaissant les efforts réitérés du Conseil fédéral suisse en vue de l’élaboration d’une législation internationale pour la protection ouvrière, exprime le vœu que ces tentatives soient renouvelées à bref délai et que le Conseil fédéral y emploie toute son influence. »
Une Commission permanente ayant pour but spécial de poursuivre la création d’un Office est nommée à l'unanimité. Elle se compose du bureau du Congrès auquel est adjoint M. Curti. Elle a le pouvoir de se compléter par le choix de nouveaux membres.
Le Congrès de Zurich n’eut aucun résultat direct immédiat. La Suisse ne put même pas reprendre les négociations en vue d’un office internationai. Quant aux mesures de protection ouvrière votées par le Congrès, elles semblent
souvent une exagération de celle de Berlin et sont, de ce fait, plus loin d’une réalisation pratique. Ainsi le Congrès de Zurich n’a pas hésité à aborder et à résoudre le brûlant problème du travail des hommes adultes que plusieurs puissances avaient repoussé a priori lors de la Conférence officielle.
Mais, par le caractère des représentants, par la belle harmonie qui les unit dans la plupart des débats, le Congrès manifesta clairement les vœux de la classe ouvrière : « Le Congrès (1), dit le président Scherrer dans son discours de clôture, a établi ce fait réjouissant : c’est que toutes les écoles 1c1 représentées, tous les partis et tous les groupes sociaux des peuples les plus différents poursuivent le même but. Tous nous sommes d'accord sur les revendications fondamentales de la protection ouvrière... » M. Decurtins parlant avant lui avait dit : « Cela a été un moment solennel que celui dans lequel un représentant de l'extrême gauche de notre parlement s’est écrié: « Que l’on combatte sous Île drapeau du manifeste communiste ou sous la bannière de l’Encyclique Rerum Novarum,le but que nous poursuivons sera longtemps le même.»
Sans doute, c’estune équivoque fondamentale qui a permis le travail en commun (2), car l’on
(1) Bulletin du Musée social circulaire, n° 14, série B, année 1897, p. 436.
(2) Journal de Genève, 2? septembre 1897.