MODES
Le Congrès s'ouvrit au Musée social, le 25 juillet 1900, sous la présidence de M. Millerand. Les gouvernements d'Autriche, de Belgique, des Etats-Unis, du Mexique, des Pays- Bas et de la Russie avaient envoyé des délégués officiels.
M. Cauwès, président de la Commission d'organisation, déclare voir dans la présence de ces délégués officiels un gage de puissants patronages et d’efficaces appuis au profit de Association internationale permanente que le Congrès aura certainement à cœur de constituer ({).
La législation sociale, ajoute-t-il, est l’une des manifestations sociales qui font le plus d'honneur à la civilisation contemporaine, car elle dénote le souci qu’elle éprouve d'améliorer le sort de ceux qui, par leur travail, créent tous les éléments de bien-être et réalisent tant de merveilles de force et de beauté. Un mouvement si général a de profondes causes économiques et sociales, il est la conséquence rationnelle du régime industriel moderne. Aux yeux de la plupart, l’idée ancienne du travail marchandise et du contrat de travail absolument hbre qui en découle est une idée barbare. De là naquirent d'une part les syndicats et les tradeunions, d'autre part la législation ouvrière,
(1) Voir Compte-rendu, p. 449 et suiv.
sans qu'il y ait antagonisme ni contradiction entre ces deux moyens de lutter contre les fatalités économiques.
La difficulté du problème, c’est qu'il s’agit de ne pas nuire à la force productive du pays et de ne pas dépasser les limites de l’élasticité de la production. La méthode d’observation peut seule donner des indications précises. Grâce à elle, deviendront possibles des ententes internationales — qui n’impliquent d’ailleurs nullement l'unification des lois protectrices. — Les diversités tendent d’elles-mêmes à se restreindre ; il faut constater les points de convergence et s’en inspirer.
Les partisans de la réglementation internalionale ont compris que deux choses surtout étaient importantes: échanger leurs vues et susciter un mouvement d'opinion. La périodicité du Congrès elle-même ne donnerait pas la continuité nécessaire, l'esprit de suite indispensable, d'où les tendances manifestées à constituer des unions internationales permanentes. La connaissance approfondie des lois protectrices, de leurs résultats, suppose un échange de documents, d'informations diverses, d'observations attentives.
Un office privé, ajoute encore M. Cauwès, aura l’avantage de la souplesse et préparera la voie à un office international public. « Pour le moment d’ailleurs, l'essentiel n’est pas de faire
grand ; c’est de ne pas nous séparer sans avoir, sous une forme ou une autre, créé un lien permanent entre ceux qui désirent coopérer avec quelque esprit de suite à la connaissance ét au progrès de la législation protectrice du travail. » M. Millerand prend ensuite la parole non seulement comme ministre, dit-il, mais « comme homme, comme politique profondément heu- :reux le voir triompher des idées au succès desquelles il a consacré tout ce qu’il avait de force et d'énergie (1) ». Il plaide pour la création d’un office privé: «Les gouvernements ont à se préoccuper de la répercussion que la solution d’un problème social peut et doit avoir non seulement au point de vue même des problèmes qu'ils résolvent, mais au point de vue de tous les intérêts dont ils ont la charge. Un office privé n’a pas de ces préoccupations, parce qu’il n’a pas de ces responsabilités ». 11 est vrai qu’un office privé ne peut agir que par la persuasion il ne participe pas à la puissance publique et ne peut convertir ses résolutions en décrets et en lois. Mais, répond M. Millerand, « est-ce que nous ne vivons pas à une époque où les pouvoirs publics, quelle que soit la forme du gouvernement, obéissent en définitive — et plus complètement qu'on ne le croit — à l'opinion. Donc l'important c’est de faire l’opinion ».
(1) V. Compte-rendu, p. 463 et suiv.