AGO
Ces deux discours montrent que le but principal du Congrès était la création d’un organe international.
Aussitôt après la nomination du bureau on constitue une Commission chargée d'élaborer les statuts d'une Association internationale pour la protection légale des travailleurs; les délégués français y figurent nombreux, ce sont:
MM. Jay, Cauwès, de Seillac, Fontaine, etc.
I. La discussion de la première question — /a limitation légale de la journée de travail — débute par un très clair exposé de M. Jay sur la loi française du 30 mars 1900 (1). Sous le régime de la loi de 1892 il n’y avait pas moins de quatre catégories de personnes protégées. La complexité du système était telle qu’on avait dû renoncer à l'appliquer et que le gouvernement avait donné des ordres pour qu’on se bornät à faire respecter la journée maxima de onze heures pour tout le personnel protégé. La loi de 1900 réalisera l'unification sur le pied de 10 heures par jour avec proscription des relais et équipes tournantes.
M. Bourguin, alors professeur à l’Université de Lille, a étudié les premiers effets de la loi de 1900 sur la grande industrie du nord (2). H résulte
(4) « Rapport sur la limitation légale de la journée de travail dans l’industrie française », par M. Raoul Jay (Compte-rendu, p. 85-128).
(2) Bourguin, « La nouvelle réglementation de la journée de
de son exposé que les repos simultanés n'ont soulevé quelques difficultés qu’en teinturerie où les bains de teinture semblent réclamer une certaine continuité de travail. Nulle partle travail des enfants ne s’est trouvé prolongé par l'application de la loi, car nulle part, il n'avait été abaissé à dix heures en vertu de la loi de 4892. On n’a pas assisté non plus, ainsi qu'on le redoutait, au remplacement des femmes et des enfants par des hommes adultes.
Ce progrès pouvait-on l’attendre des efforts coalisés de la classe ouvrière? Non, répond M. Bourguin, car elle est très faiblement organisée, précisément à cause de la durée du travail dans les industries textiles. De leur côté, les patrons n’auraient pas demandé mieux que de réduire la journée, mais aucun d’eux ne se sentait assez fort pour en prendre l'initiative. IIS reconnaissent que la réglementalion aura pour effet de régulariser la production et de faire obstacle à la surproduction. |
M. Luzzäti (1), par la finesse et l’inattendu de ses saillies, provoque l’hilarité générale. En ltahe, dit-il, nous avions espéré au début que l'initiative individuelle opérerait des réformes sans l'intervention du législateur. « Assurément, si les ouvriers étaient des saints et si les pa-
travail et ses premiers effets dans la grande industrie du nord de la France » (Revue d'économie politique, 1901, p. 236). (4) Compte-rendu, p. 486 et suiv.
dt
trons étaient des anges, aucune loi n'aurait été nécessaire. Mais il n’en est pas ainsi même en Italie. » Parmi les adversaires de la réglementation légale se trouvait un grand fabricant de drap qui se prétend en même temps philanthrope el « qui à composé {out un ouvrage — ajoute M. Luzzati — pour prouver que la loi proposée était un fantôme de mon imagination toujours en ébullition ». La loi votée, le fabricant de drap s’est plaint des inspecteurs du travail. « Il aurait préféré une loi privée d'agent d'exécution, une loi qui ne s’appliquât pas. »
Chose étrange, en Italie les protectionnistes en matière de douane étaient les adversaires acharnés de la protecuion du travail. « On comprend, dit l’orateur, que la société puisse ne pas protéger les marchandises ; on ne comprend pas qu'elle ne protège pas le travail et les travailleurs. » Ces mêmes adversaires prétendaient que les lois ouvrières étaient « une invention diabolique des Anglais ». M. Luzzati répond qu'il faut bénir l’égoïsme national quand il à pour résultat d'entraîner les pays étrangers dans des réformes utiles.
M. de Berlepsch, après un rapide exposé de la législation allemande sur la journée de travail, déclare que, contrairement à l'opinion émise par certain délégué, c’est, à ses yeux, la loi qui doit faire l'opinion et non la suivre. Les intéressés ont souvent des opinions préconçues.
He
Les pouvoirs publics doivent se placer sur un terrain neutre et rechercher ce qui convient le mieux à l'intérêt de la collectivité. Quand ils ont pris un parti sur une solution à adopter, ils doivent l’imposer avec énergie. L'exemple de l'introduction en Prusse de l'impôt sur le revenu est très probant à cet égard. En Angleterre, la limitation du travail des enfants et des femmes s’est heurtée au début à de très vives protestations, elles sont restées vaines et la loi a produit de bons effets.
M. de Philippovich déclare qu'il considère comme impossibles des conventions liant la protection des personnes à celle des marchandises. Son opinion est basée sur l’exemple de l'Autriche et de la Hongrie qui pourtantontentre elles une Union douanière. Les socialistes ont voulu poser comme condition de la prolongation de l’Union que les lois protectrices de Hongrie correspondissent à celles d'Autriche; ils n'ont pu réussir.
La discussion de la protection légale était restée Jusqu'ici sur le terrain critique et documentaire ; plusieurs orateurs viennent déposer des vœux sur les progrès et réformes désirables. Ces vœux portent principalement sur : la limitation légale de la journée de travail des hommes adultes — sa réduction à 10 heures — la réglementation du travail à domicile -— l’interdicüon du travail aux femmes accouchées pendant
Cote
4 semaines après l'accouchement. Un accueil chaleureux est fait par le Congrès à ces diffé. rents vœux quine peuvent être soumis au vote, puisque l’art. 9 du règlement ne permet de voter que sur les questions d’ordre intérieur et de règlement. Le président déclare qu’il constatera en quelques mots à la fin de chaque séance l'état d'esprit du Congrès sur les questions à l’ordre du jour. Sur la première question, il constate que la presque unanimité est favorable à la journée de onze heures avec réduction à dix heures dans un délai pas trop long.
Il. — La deuxième question portait sur l’Interdiction du travail de nuit.
M. Paul Pic fait l’exposé de la législation française du travail de nuit. Cette étude estreprise pour la législation allemande par le D° Max Hirsch. Il proteste contre les exceptions et notamment contre la veillée des femmes qui permet dans certains cas des journées de 13 à 14 heures.
Pour les hommes, l'expérience prouve ce que peut l’association. Les ouvriers imprimeurs allemands ont décidé que le travail de nuit leur serait payé de 30 à 50 0/0 de plus que celui de jour et ne pourrait se prolonger après minuit. Ils ont fait triompher leurs revendications.
M. Laporte montre l’inutilité des exceptions à l'interdiction du travail de nuit en France.