‹ État actuel de la réglementation internationale du travailChapitre 48 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Lorsqu'on passe en revue les progrès réalisés par la réglementation internationale depuis la Conférence de Berlin, on constate qu'ils sont dus en grande partie à l'influence de l’Association internationale pour la protection légale des travailleurs. Œuvre d'initiative privée, elle cherche à atteindre son but à la fois par le développement des législations particulières et par des accords internationaux. C’est elle qui en proclamant l'égalité de traitement de l’ouvrier étranger et du national, a favorisé la conclusion du premier traité de travail. C’est elle surtout qui a mis au point les questions du phosphore blanc et du travail de nuit des femmes et permis ainsi à tout un groupe d'Etats de s'entendre sur ces points pour diminuer dans le monde la somme des souffrances humaines.

Deux causes ont permis aux gouvernements de suivre la voie marquée : d’une part, le développement constant et parallèle de la législation ouvrière dans les principaux pays industriels ;

d’autre part, la conscience de plus en plus nette chez les dirigeants du devoir de solidarité sociale (1). Au Congrès de Paris, M. Luzatti, parlantdu travail des enfants dans les soufrières de Sicile, n’hésitait pas à déclarer que c'était là une honte pour l’humanité.

« C’est l'indice d'un progrès moral certain que cet affinement de la conscience publique et ce souci croissant dans les questions sociales (2). Le sens de la communauté, « l’esprit de la ruche », le sentiment que l'individu appartient à une communauté vis-à-vis de laquelle :l a des devoirs plus larges que celui de fournir sa contribution à la défense commune, ce sens, si vivant dans les sociétés antiques et si longtemps assoupi dans les sociétés modernes, commence à se réveiller... «.… Il faut se penétrer de ces sentiments pour supporter sans peine les inévitables sacrifices qu’entraîne toute politique de réforme sociale. A celui qu’opprime la pensée de la misère, les limitations, les mesures de contrôle, les contraintes fiscales paraissent légères, si elles ont pour objet de procurer à tous un minimum d'existence et de sécurité. Celui-là accepte volontiers sa part des obligations et des charges de la prévoyance sociale, qui les con-

(1) P. Pic, « Traité de trav. franco-ital. » (Rev. d’éc. polit., p. 22-28).

(2) M. Bourguin, Les syst. socialistes et l'évol. économ., Paris» 1904, p. 354 et 355. 4

sidère comme des mesures de salut pour la masse des hommes ; le tribut imposé aux plus favorisés lui apparaît non pas comme un prélèvement injuste qui affaiblit la société, mais comme un moyen de préserver les individus d’une injuste déchéance qui brise les énergies et corrompt une partie de l’organisme social ».

Vu, le Doyen, M. LYON-CAEN.

Vu et approuvé, Le Président de la thèse :

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