CHAPITRE I
J'ai envie de raconter une histoire. Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ? Il était une fois un petit garçon de trois ans. J'écris ce qui me passe par la tête. Mais un ordre s'impose. Tout ce qui me reste de divin, cet ordre.
Où suis-je ? A la campagne. Pourquoi pas à la ville.? Non, à la campagne.
Le jardin est à pic. Une allée descend en escalier sous les arbres. Ce lieu obscur est plein de périls. Mais voici l'ombre favorable du vieux jardinier appuyée sur un râteau.
Je suis là, mais je ne me vois pas. Mon ombre parle à son ombre.
Chaque degré de l'escalier taillé dans la terre est d'une longue enjambée et forme une petite terrasse qui est bordée d'un rondin de bois. Ou plutôt ce rondin est en ciment sculpté à l'imitation d'une écorce. Nul doute: ce con-
tact trop dur et trop froid que je ressens encore.
Une autre impression de vive fraîcheur, mais non plus sur ma main, sur ma joue. J'entre dans la maison aussi rudimentaire à mes yeux qu'un dessin d'enfant. Entre deux pièces claires il y a une séparation bizarre. De chaque côté du seuil sans porte, formé de deux piliers, on a abattu le mur jusqu'à hauteur du genou. Ce qui reste forme une banquette que je chevauche toute la journée. Cette banquette est peinte en jaune. J'appuie longuement mon visage contre sa boiserie. C'est frais.
Dans le salon les meubles sont énormes. Il y a du bleu et du rose. Je me cache derrière un canapé pour manger du sucre dérobé à l'insu de tout le monde sur la table à thé. On savoure une liberté animale dans ce gîte. Je me plais à manger salement pour me détendre de la contrainte qu'on m'impose dans le monde des grandes personnes. Je me fais encore plus petit pour fraterniser avec le chien. Mais là-haut : « Il ne comprend pas, nous pouvons parler ». Je les épie.
Derrière la maison il y a, à un étage plus élevé de la colline, une terrasse. J'entends :