CHAPITRE II
Qui d'abord sentit la fatigue ? Moi ou mes camarades ? Elle me pénétrait lentement sans que je songeasse à me l'avouer, quand une nouvelle défaveur m'engagea à mieux sentir les motifs de mon dégoût.
Je tenais peu à garder la première place; aussitôt qu'on vint à nouveau m'y inquiéter, je l'abandonnai, sans esprit de retour.
Un rival s'était levé, médiocre en classe mais dans la cour entreprenant, uniquement occupé du succès et sûr d'en être pleinement assouvi. Il usa de l'avantage qu'il avait sur moi; il avait les poings lourds.
Et moi je ne voulus pas jouer de l'esprit pour balancer sa chance. Ses ruses étaient grossières, j'aurais pu me donner la peine d'en trouver le ressort. Au contraire, je me découvris tout de suite et m'abandonnai au plus grand péril: je le défiai personnellement. Mon audace qui n'était que de l'indifférence, le démonta un instant. Il se déroba. Pendant un temps nous manœuvrâmes. Je déployais nonchalamment ma troupe devant la sienne qui grossissait.
Mais passée ma première ardeur, l'attente me faisait craindre les coups auxquels je
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m'étais d'abord offert. Les fautes que je multipliais me valaient des reproches qui me faisaient douter de moi, je me demandais s'il ne fallait pas attribuer à la faiblesse ce qui d'abord m'avait paru une magnifique lassitude. J'étais tenté de renverser ma conduite et de rattraper le temps perdu. Mais je n'en fis rien, sentant la pente dévaler sous mes pas. Des deux côtés on s'impatientait. Les enfants étaient las de s'insulter et de se menacer. A force de se faire peur les uns aux autres ils s'énervaient. Une malice inattendue se glissa dans les rangs. Dans les deux camps on se retourna contre le chef et on dénonça le mensonge de sa conduite: il excitait les autres à se risquer mais ne semblait pas pressé de combattre lui-même. Il fallait que cela changeât et qu'on sût enfin de quoi il était capable. On nous jeta l'un sur l'autre.
J'eus un moment d'émoi énorme. Et puis désespérément je me mis à taper. Dans mon inexpérience, je ne m'employais guère à parer les coups qu'on me portait. Nullement endurci je fus vite douloureux.
Mais je jouissais avec une fureur aveugle d'être dans une action et d'être sûr d'aller