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CHAPITRE II

à nouveau roi, mais modestement comme St. Louis, regrettant toujours mon oratoire. J'exerçais dès lors principalement une action religieuse.

Pour entretenir la vie spirituelle parmi nous, un aumônier avait institué des mentors. Il engageait les enfants les plus faibles à s'appuyer sur les plus forts, à les fréquenter pour se fortifier de leur exemple et s'exalter par l'émulation.

Je fus particulièrement sollicité. Quelle belle invention avait faite cet aumônier! Quelle découverte étonnante pour mon âge il me procura là! Je connus un nouveau, un grave plaisir. De jeunes cervelles venaient se mettre sous ma main. Avec une émotion sérieuse, je leur imposais mes idées.

Mais je ne m'abandonnais plus longtemps à moi-même. En se confiant à moi, les autres me montrèrent que leur âme était personnelle et peut-être aussi intéressante que la mienne. Tout d'un coup l'orgueil de connaître balaya toute vanité. Je vécus dans les autres. Je réfléchissais de longs moments sur les moyens de corriger un défaut chez l'un de mes disciples. Je m'angoissais au spectacle de ses eflPorts

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pitoyables pour s'arracher à la paresse. J'épiais l'instant psychologique où un mot de moi pouvait être décisif.

Je m'enivrais de l'ampleur croissante de ma vie. Je me sentais dominé par l'idée que les autres se faisaient de moi et par tout ce qu'ils en attendaient. Je devenais public, j'étais ouvert à tous, chacun puisait en moi. Je ne m'appartenais plus. J'en tirais beaucoup d'orgueil et je ne songeais pas d'abord à m'en lasser ou à m'en inquiéter. J'étais émerveillé par les nouveaux pas que je faisais chaque jour. Depuis ce temps, j'ai été ailleurs et j'ai oublié les secrets du pouvoir. Et pourtant quel sport plus complet, quelle plus haute règle d'hygiène que cette action qu'un homme peut déployer dans les destinées d'autres hommes ? Celui-là seul a vécu qui a su conjuguer les puissances de l'amour et de l'autorité. Il ne soupçonne rien des secrets de la création celui qui n'a jamais évolué à cet étage de la vie où la force qui, sourd dans un homme, déborde tout égoïsme et fait de tous ses gestes, de toutes ses pensées, les rites d'un amour efficace, d'une inévitable charité pour les autres hommes.

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