‹ État civilChapitre 87 sur 88 · UN UNIVERS · texte numérisé non relu

UN UNIVERS

Mille lignes tracent sa figure. Sur le papier blanc s'enchevêtrent les courbes noires.

Les couleurs se distinguent à peine les unes des autres et quand je me détourne elle s'évanouissent.

Je trace les signes de mon rêve immergé plus qu'à demi dans le sommeil, de mon action tronçonnée comme une inépuisable poignée de javelots dont chacun se brise au premier coup.

Sévère univers, il est muet. Le silence dominait placidement de ma vie: je ne savais pas que c'était le silence. Il a fallu que des hommes, mes semblables, me parlent, me communiquent l'idée du son; il a fallu qu'au concert me tenant entre mes deux oreilles étanches je visse que ces hommes se confiaient à|;des transports mystérieux pour qu'enfin je m'arrache de ces limbes. Alors je perçus un ébranlement. Jusqu'alors ma seule musique était la véhémence de mon sang et l'allégresse de ma pensée. Un souffle courut sur ces ondes sour-

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des. Je fus contrarié, heurté enfin je résonnai.

Que me vient-il de ces parages d'où je suis exilé à jamais. De brefs élans, des essors qui retombent, un vaste mouvement qui se dérobe sous moi. La musique est une somnolence qui détache mon attention de ses liens sensuels et la ravit à des terrasses où les images, les idées se succèdent selon un rythme favorable qui ne m'est sensible que par ses effets.

Je ne soupçonne pas les odeurs. Je suis moins qu'un chien.

Depuis plusieurs minutes dans une chambre, j'ignore le reproche des fleurs comme celui d'une bien-aimée. Mais qu'on les emporte à cet instant je sentirai se relâcher un nœud.

Si on ne m'avait pas dressé aux extases crépusculaires, je tournerais le dos à l'astre vénérable et j'oublierais que vers l'occident un décorateur inlassable châtie et anéantit le goût dans la profusion des couleurs.

Non, je n'ai guère dépensé de zèle à embellir les paysages mais ses seins sont inoubliables.

La sculpture, l'architecture, voilà les arts qui sont à portée de ma main. Le sexe me suggère la notion des volumes.

Je les aime, je les comprends trop pour me

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