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L^État de Californie est situé à Touest de TAmérique du Nord entre le 32® et le 40** de latitude.
Comme superficie TÉtat est à peu près aussi grand que la France.
C'est un vaste parallélogramme de huit cents milles de long sur deux cents milles de large.
Il est légèrement brisé à la hauteur de San- Francisco, comme si cette longue bande de terre fléchissait le genou devant sa capitale.
L'Etat de Californie est borné au nord par TÉtat de l'Orégon, au sud par le Mexique, à l'est par la Sierra Nevada, à l'ouest par le Grand Océan Pacifique, ainsi nommé parce qu'il est toujours en colère !
Vue à vol d'oiseau, la Californie offre le spectacle de trois zones parfaitement tranchées.
r The Coast ranges, les montagnes de la côte.
2" The San-Joaquin and Sacramento val- LEYS, les deux vallées de San-Joaquin et de Sacramento.
3' The Sierras Nevadas, les montagnes de la Sierra Nevada.
Commençons par les montagnes de la côte.
Elles consistent en une série de monts plus ou moins élevés, plus ou moins réguliers, qui s'étendent de la pointe de San-Lucas, au sud, pour se terminer, au nord, dans le territoire de rOrégon.
L'épaisseur de ces montagnes varie extrêmement, de quelques milles à peine près de San-Francisco, vers le nord elle atteint volontiers cinquante milles.
Alors ces montagnes se fractionnent. Elles laissent, entre leurs chaînons, subsister une multitude de vallées secondaires.
Leurs altitudes varient énormément. Quel-
ques-unes s'abaissent suffisamment pour laisser passer une voie ferrée, une route, un chemin, etc. Ailleurs, elles se relèvent pour atteindre des hauteurs qui les classent au rang de montagnes élevées.
Le MouNT San-Bernardino est de 8,000 pieds, le Mount Ripley est de 7,5oo pieds, etc.
Le Mount DiABLO,en face de San-Francisco, attire forcément l'attention par sa position isolée sur les confins de San-Joaquin ; ce pic n'a en réalité que 3,885 pieds anglais.
Il est le point de départ de la triangulation californienne.
Les montagnes de la côte, The Coast Ranges, sont donc une véritable barrière entre rOcéan et les plaines de l'intérieur.
Aucune rivière navigable, en Californie, ne se jette directement à la mer, car la Rivière Russe, le Klamath, ne sont en réalité que de gros torrents qui se précipitent dans l'Océan par des failles.
L'entrée du port de San-Francisco, que l'on nomme, la porte d'or^ — The golden GATE, — est une faille très profonde.
Elle est balayée sans cesse par la marée montante et descendante et par la masse des eaux du San-Joaquin et du Sacramento réunis.
Ces deux fleuves, les seuls navigables, versent leur immense volume d'eau, d'abord dans la baie de Suisin, ensuite dans celle de San-Pablo, et finalement dans la baie de San- Francisco, qui, à elle seule, est aussi grande que le Lac de Genève.
Passons maintenant à la plaine, ou plutôt aux plaines de Tintérieur, celles qui sont situées entre — The Coast. Ranges — et la Sierra Nevada.
Elles sont immenses.
Elles offrent une superficie de six cents milles comme longueur, sur une largeur de cinquante à cent milles.
Elles sont connues sous le nom de San- Joaquin et de Sacramento Valleys.
Très basses vers Tembouchure du fleuve, ces plaines sont parfois submergées, par la marée haute, qui se fait sentir jusqu'à Stockton.
Si, par une digue de cinquante à cent
pieds, Ton fermait Tentrée du port de San- Francisco, on transformerait cette immense vallée en une mer intérieure.
Ce serait quelque chose d'analogue à la Méditerranée.
Le — Golden Gâte — deviendrait un détroit de Gibraltar californien !
Aux époques géologiques, quand la Sierra Nevada émergea au sein des eaux plutoniques, rOcéan s'étendait jusqu'au pied de ce mur granitique qui s'appelle : la Sierra Nevada.
Le soulèvement des —: Coast Ranges — en fit, à l'époque tertiaire, une mer intérieure.
Des pentes abruptes de la montagne descendirent de nombreuses rivières amenant sans cesse, comme aujourd'hui, des détritus.
Avec la série des siècles passés, ces vastes étendues liquides devinrent des plaines d'alluvions.
Seules les baies de Suisin, de San-Pablo, de San-Francisco subsistent encore.
Elles se combleront un jour. Ce travail se fait sous nos yeux.
Ces plaines sont d'une fertilité inouïe.
Ce sont de véritables greniers à blé.
Des sondages ont donné vingt-huit pieds de terre végétale. Depuis vingt-deux ans on sème du froment, chaque année, sans jamais fumer le sol !
Arrivons maintenant, en dernier lieu, aux Sierras Névadas.
C'est une gigantesque épine dorsale de TAmérique du Nord. Elle sépare la Californie du Grand Désert des Lacs salés.
Sans solution de continuité, la Sierra Nevada s'étend du nord au sud, sur une longueur de huit cents milles^ sa largeur est d'environ cent milles.
Cette immense barrière est parallèle aux montagnes de la côte.
Comme altitude elle varie beaucoup.
Certaines parties de cette colossale épine dorsale s'abaissent à la côte de 7,042 pieds anglais.
C'est le col par lequel passe le grand C. P. R. R., chemin de fer, qui va de San- Francisco à New- York.
Mais les — Sierras Névadas — ont des pics
très élevés; le Mount Whitney a 1 5,000 pieds, le Mount Shasta 14,440.
Tout cela n'est-ce pas un peu la hauteur du Mont-Blanc ?
Ces montagnes sont couvertes de neige toute Tannée.
Quel est le climat, ou plutôt quels sont les climats de la Californie?
Ils sont nécessairement divers.
C'est ce que l'on verra dans le cours de ces voyages.
UflE PAt^TIE DE PLtAISIt^
C'est une partie de plaisir, en bateau, au fond de la baie de Sauceuto, que nous avons projetée entre Français.
Nous sommes nombreux : hommes, femmes, enfants, etc.
Voici quelques noms :
M. Hamelin, sa femme, son fils ; Dolet, sa femme et sa fille; M. Prou, sa femme; M. Pébilier; M"* Protois; Dupré, sa femme, sa domestique et ses six enfants ; Dumont, Theiles, Travès, A. Lebatard, Reed, Boisse, Victor Després, Menu et sa famille, etc., etc.
Le rendez-vous était pour cinq heures du matin, à l'extrémité de Meggs Wharf, à North Beach.
Une barque à voile avait été louée par nous pour nous conduire à — Reed Ranch.
On avait choisi cette heure matinale pour profiter de la marée. Si nous étions partis à cette heure convenue, la marée descendante nous eût en quelque sorte portés vers Sauce- LiTO. Elle nous eût, en outre, permis d'aborder à terre ferme^ au fond de cette baie, à Reed Ranch, le but exact de notre excursion.
Mais avec la femme, qui a toujours une dernière épingle à placer pour achever sa toilette, il ne faut pas songer à être exact. Six heures sonnèrent, puis sept heures. . ., nous étions encore là.
Enfin on met la voile.
Il est neuf heures passées quand nous parvenons au fond de la baie.
Nous arrivons juste trop tard. . . La marée est basse. . .
Là commencent nos déboires. Impossible de débarquer sur la terre ferme.
Les matelots, dans la vase jusqu'aux genoux, descendent les femmes, les hommes, les enfants, etc.
C'est pour nous une perte de temps énorme.
Quelques-uns sautent à terre et vont se loger proprement dans la boue . . .
Pendant qu'à pleines brassées les marins charrient les femmes, celles-ci poussent des cris de brebis que Ion égorge, les enfants pleurent. . .
Épouvanté par cette horde de barbares qui envahit ses joncs, le canard sauvage éperdu fuit en poussant un cri aigu.
Mais, le bouquet final, fut quand il fallut débarquer à terre M. Dupuis, qui pèse 225 livres, M. Protois,qui fait tomber la balance à 35o livres !
Ils se mirent plusieurs matelots sans y parvenir.
Je vis rinstant où on le laissait choir au fond des eaux.
Tous les passagers assistaient à cette mise à terre d'un colis vivant.
Tout le monde riait, plaisantait.
Lui ne riait pas.
Il était, au contraire, plus pâle qu'un linge.
Il tremblait qu'on ne le laissât couler à pic.
Enfin, nous voilà tous partis pour Reed
Ranch, les uns traînant les autres, co^me un troupeau de bêtes lâchées.
On nous affirme qu'il n*y a qu'un mille pour atteindre la ferme — il y en a quatre.
Tout cela, parce que nous sommes restés à mi-chemin dans le chenal.
Les imprécations des hommes commencent, les jérémiades des femmes s'exhalent sans fin, les enfants pleurent, cela va de soi.
Nous arrivons à Reed Ranch à midi, affamés comme des loups par un temps de neige.
Nous nous apercevons que les vivres sont restés sur le bateau. Les matelots les vont chercher. Cela nécessite un certain laps de temps.
Il est tard quand nous commençons à nous restaurer.
Nous nous installons tous sur l'herbe.
On déballe les provisions et Ton se met à manger avec voracité.
Car, depuis quatre heures du matin, nous sommes tous l'estomac vide.
On entend le bruit des mâchoires qui fonctionnent énergiquement, des gosiers qui avalent le vin gloutonnement.
C'est la bête humaine qui se repaît, et cela n'est pas beau !
Quand les estomacs furent pleins comme des tonneaux après la vendange, que les enfants eurent des confitures jusqu'aux oreilles, on se décida à aller visiter la campagne, qui est fort belle à cette époque de Tannée.
Ce fut le moment le plus heureux de la journée.
On loua des chevaux mexicains. On établit des courses avec enjeu.
Chacun s'amusa à sa façon.
D'aucuns — les plus paresseux — se contentèrent de se coucher sur l'herbe, rêvant les yeux ouverts.
Les plus jeunes^ les plus alertes, allèrent au loin ramasser des gerbes de fleurs, des mûres, des fraises, des framboises, etc.
La journée, ainsi, passa très rapidement, trop même, au gré de certaines personnes.
Quand on parla de retour, les uns voulaient partir tout de suite — il était six heures de l'après-midi — les autres proposaient dix heures du soir.
Les jeunes gens, les jeunes filles, qui natu-
rellement pensent que quand on prend du plaisir on ne saurait trop en prendre, n'étaient nullement pressés.
Mais les parents, vieux, rassis, un peu craintifs pour la robe d'innocence de leurs jeunes filles, qui volontiers, selon les mœurs américaines, courent à travers la forêt en compagnie de jeunes gens, craignaient, avec juste raison, qu'il n'en restât quelques lambeaux aux branches des buissons !
La proposition fut mise aux voix.
Les jeunes gens l'emportèrent.
On décida de partir à dix heures du soir.
On fit un deuxième repas.
A neuf heures on se dirigea vers le ruisseau, un peu comme à la retraite de Moscou.
Les uns suivant les autres à de grandes distances.
Les jeunes gens avaient tant de choses à dire aux jeunes filles, et celles-ci mouraient d'envie de les entendre.
LE I^EÏÏ^OUR
On met la voile, Ton part, et Ton échoue sur la vase...
On tempête, on jure, on crie, mais le bateau, ou plutôt la barque, ne veut pas avancer ; elle persiste à rester dans la vase où elle s'est creusé un énorme trou.
Notre vaisseau est immédiatement transformé en radeau de la Méduse. . .
Les figures, dès lors, s^allongent démesurément, les femmes poussent des soupirs à fendre Tâme, les enfants, perdus dans les robes de leurs mamans, pleurent, c'est leur métier.
Ils finissent par s'endormir dans les bras de leurs mères, dont les traits las sont tirés par la fatigue et le manque de sommeil.
Moi-même, qui ai affreusement mal dormi, dans la crainte de manquer le bateau, je
cherche un coin obscur dans la barque et je pique une tête derrière un paquet de cordes qui me cassent les reins.
Je dors mal.
Je ronfle au grand scandale des jeunes
filles, qui viennent me réveiller en se moquant de moi.
L'une me décoche ce trait :
« Vous avez de la chance si jamais vous « vous mariez en Californie ! Une femme ne « voudrait jamais de vous ! »
Je Tembrasse.
Elle se défend un peu.
Une deuxième m'attaque ainsi :
« Si vous étiez marié, cela serait un motif « suffisant pour que votre femme demandât « son divorce ! ... »
Je cherche à l'embrasser, mais plus fine que la première, elle me glisse dans les mains avec un grand éclat de rire que ses compagnes répercutent.
Nous sommes toujours sur la vase. . .
Il faut attendre la grande marée, celle de trois heures du matin.
Sur une des rives, à quelques pas, à la
clarté des étoiles, nous apercevons une baraque en planches qui, Thiver, sert à remiser les foins.
Comme notre barque n'est pas pontée, nous sommes mouillés par la rosée que nous envoie le ciel par trop clément.
D'aucuns proposent de descendre à terre pour tuer Theure qui ne finit jamais.
On jette une planche sur le talus et la jeunesse, insatiable de mouvement, débarque, le reste finit par en faire autant.
On allume deux bougies que Ton place dans le goulot de bouteilles vides.
Quelques Mexicains, nous sachant en détresse, sont venus se joindre à nous.
L*un a même apporté sa guitare, qui ne le quitte jamais.
Il nous fait danser un peu, à la manière des ours au village !
Vers trois heures du matin, nous nous dirigeons vers notre barque.
Nous la cherchons en vain.
Point de bateau. . .
Qu'est-il devenu?
Nous ne le sûmes jamais.
Cette fois-ci, les femmes pleurent comme des fontaines, les enfants sanglotent, les hommes hurlent de fureur.
Tout le monde grelotte.
Nous sommes transis par le froid et l'humidité qui nous pénètrent jusqu'aux os.
Nous louons une autre barque.
Nous voilà enfin partis.
Arrivés en pleine mer, un vent épouvantable se lève, le bateau, sur la vague écumeuse, danse une farandole monstre, bat des entrechats échevelés.
M. Dolet pince le mal de mer; il vomit atrocement son dîner.
Je vois le moment où tout le monde va donner de la pâture aux poissons.
Heureusement que M. Pébilier, qui s'est endormi, ronfle. . . cela met un peu de gaîté, cela sauve la situation.
Il est grand jour quand nous débarquons définitivement à San-Francisco.
Notre partie de plaisir a eu les honneurs d'un compte-rendu dans le Courrier de San- Francisco.