‹ Etat de Californie en 1870: impressionsChapitre 10 sur 43 · SÉMITE · texte numérisé non relu

SÉMITE

Pendant que les chevaux lentement gravissent les lacets d'une côte, il pousse, dans la tête un peu fantastique de Mr. Howell l'idée bizarre d'être, parmi nous, le premier qui ait bu de l'eau venant en ligne directe du Yo-Sémite.

Pour rendre la cérémonie plus théâtrale, il m'emprunte ma coupe en argent, se rend sur le bord de la rivière et, plongeant la coupe dans le courant, il l'élève vers le ciel et crie :

« O toi, onde qui descends des chutes célèbres, objet de mes longs désirs, je te sal. . . . / >►

Il n'acheva pas sa phrase.

Pour mieux puiser, il s'était aventuré sur une pierre. . .

Pendant qu'il pontifiait, le caillou traître

roula sous ses pieds, il perdit l'équilibre, fit un plongeon dans la rivière. . .

Cela mit fin à son speech.

HORNii^os

Nous couchons à Hornitos.

Le lendemain, à 4 heures du matin, il faut monter en voiture.

Un à un s*émiettent les liens qui nous rattachent à la vie policée : plus de diligence 1

On nous transfère sur un méchant char-àbancs, dont les coussins, les bancs, les ressorts même sont en bois ; la caisse de la voiture reposant directement sur Tessieu. C'est délicieux pour casser des noix!

Pour surcroît de bonheur, le cocher est brutal, grossier, insolent. Il sacre sans cesse contre les quatre rosses qui traînent, avec peine, la carriole.

Nous avons définitivement quitté la plaine.

Nous commençons à gravir les premiers coteaux, qui sont, en quelque sorte, les préludes de la montagne.

La route devient positivement mauvaise.

Les difficultés naissent à chaque pas.

A part les roches qui persistent à sortir de terre, il y a des troncs d'arbres que l'on a coupés à un pied au-dessus du niveau du sol.

Quand la roue du char en rencontre un, elle monte dessus. Elle imprime ainsi à la voiture une inclinaison fantastique.

Plus loin, c'est un ruisseau, sans pont, bien entendu.

Pour le franchir, la carriole plonge dans le lit rocailleux avec un fracas de caisse qui se brise ...

Pour donner à la voiture un élan suffisant pour remonter, le cocher fouette, hurle pour exciter ses bêtes.

Car, sans cela nous tous, bêtes, gens et véhicule, nous resterions au fond du ravin.

Tout cela ne s'exécute pas sans quelques heurts contre les parois du char. . .

Cela s appelle un voyage de plaisir!

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