‹ Etat de Californie en 1870: impressionsChapitre 9 sur 43 · JOAQUIN · texte numérisé non relu

JOAQUIN

S^OGK'POK

La ville, par elle-même, n'a rien de bien séduisant.

Elle est sise sur un sol marécageux.

Le porc se promène dans les marais d'alentour. Les moustiques, en été, tiennent en alerte les habitants paresseux.

On y pince les fièvres sous une température de ioo<* Fahrenheit, à l'ombre.

Le jour suivant, à six heures du matin, je grimpe sur la diligence. Je choisis ma place à côté de celle du cocher, pour mieux voir le pays.

Nous arrivons bientôt à Morley Ranch.

C'est une ferme perdue dans cet océan de terre nue.

A force de travail, de patience, de ténacité, le propriétaire est parvenu à faire croître autour de sa maison, qui est un. relais, un semblant de jardin.

Il puise son eau au fond d'un puits et le malheureux cheval, qui tourne la roue jour et nuit, pour donner à boire aux gens et aux bêtes qui passent, ne vole pas Tavoine et l'eau qu'il consomme. Le surplus va au jardin.

A voir ce mince filet d'eau disparaître dans le sol altéré, on comprend que ce pauvre animal n'est pas au bout de ses peines.

On lui a bandé les yeux.

On devrait bien en faire autant à la gent humaine qui le regarde. . .

En quittant Stockton, plus de route ou plutôt la plaine entière est la route; chacun passe où il veut, où il peut.

L'administration des ponts-et-chaussées n'existe pas aux Etats-Unis.

C'est aux particuliers de se tirer d'affaire comme ils l'entendent.

C'est ce que nous fîmes.

Cela avec de nombreux accidents, tels que lanières cassées, essieu rompu, etc.

Car la diligence, aux formes archaïques du siècle dernier, est suspendue sur de fortes courroies en cuir; elles sont très épaisses, très rcsistanles.

Il n'existe, au monde, aucun ressort d'acier capable d'endurer les affreuses secousses d'une lourde voiture qui pratique forcément toutes les inégalités du terrain.

Quelles secousses, mes amis, quelles secousses î

Au bout d'une heure de voyage, vos os, vos chairs sont passés à l'état de bouillie.

J'entends, au fond de la voiture, les femmes pousser des cris de douleur. Les malheureuses affirment au driver qu'elles sont brisées, moulues, qu'elles ne peuvent aller un pas de plus.

Pour les consoler, cet affreux cocher leur assure que nous n'avons plus que cent milles à parcourir.

SKEIililKGS

C'est un village.

C'est aussi le premier que nous rencontrons depuis que nous avons quitté Stockton.

Je lie connaissance avec trois voyageurs qui sont assis sur l'impériale de la voiture.

Le premier est Mr. S. S. Howell, rédacteur en chef du journal de Healdsburg, The RussiAN River Flag.

Il paraît que sa feuille de chou lui laisse des loisirs.

Jugez-en.

Il trouve le temps nécessaire pour diriger un moulin à farine, une scierie à vapeur, trois fermes, en outre il élève des vers à soie.

C'est le type parfait de cette dévorante activité américaine.

Le deuxième, son ami intime, Joseph Knowland, un marchand de planches, ne lui ressemble en rien.

C'est une nature molle, paisible, plastique, suivant la foule moutonnière, trouvant bien tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend.

Au demeurant le meilleur homme du monde, ignorant comme une carpe, allant au Yo-Sémite comme l'on se rend à la foire voisine pour y acheter un veau.

Quant au troisième, c'est une autre antienne.

Mr. Savage est d'origine irlandaise. Cest presque un latin^ il est froid, impénétrable, très instruit.

Il n'a de sauvage que son nom.

En quittant Snellings, nous traversons la Merced, rivière qui vient directement du Yo-

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