‹ Etat de Californie en 1870: impressionsChapitre 38 sur 43 · IO · texte numérisé non relu

IO

C'était bien la nature vierge dans son expression la plus étendue, dans son sens le plus féroce.

Il fallait, pour dompter de semblables éléments, des hommes vraiment énergiques, d'une trempe spéciale, d'une volonté indomptable.

C'était la loi du plus fort, du plus habile.

C'était, en un mot :

The siruggle for life.

Que pouvait bien être cette société ? cette horde de barbares? Quand on songe que, parmi cette foule hétéroclite, il n'existait ni vieillards, ni femmes, ni enfants, aucun de ces éléments qui adoucissent les mœurs, qui rendent le cœur meilleur.

Des mœurs?

Il en était bien question.

Il n'y avait pas même de lois, de codes, de force publique, d'administration quelconque.

C'était le règne du bon plaisir, de la liberté individuelle absolue, jusqu'à la licence : la justice se rendait à coups de revolver.

Point de famille, point de domicile,

rhomme campait un peu partout, ici aujourd'hui, demain ailleurs, un peu comme son frère, r/wrfïew, avec lequel il fraternisait... à coups de rifles.

Toujours bien où il n'était pas, il se déplaçait sans cesse, franchissait à pied ou avec des mulets, des distances énormes, allant de San-Francisco aux mines, pour revenir à San-Francisco ou se rendre vers d'autres régions.

Perpétuellement en mouvement, il brassait les hommes et les choses, confondant le bon et le mauvais.

Telle était la vie^ la société aux temps passés ...

MUHPHY

Ce —placer — fut découvert, en 1849, par un Irlandais, un nommé : Murphy.

Il vint avec des couvertures et quelques provisions, lava le lit de la rivière.

Il mit la main sur un morceau d'or du poids de 28 livres I

Il se crut riche !

Il descendit à San-Francisco. se lança dans les plaisirs crapuleux, s'adonna à la boisson, mangea ainsi rapidement le fruit dé sa découverte.

Il revint à Murphy, où la veine l'abandonna, végéta pendant quelque temps, tomba dans la plus noire misère.

Finalement, il mourut au bord d'un fossé.

Son nom est resté au camp.

Aujourd'hui, c'est une petite vil

C'est, tout à la fois, un centre inier et agricole.

Mais les temps héroïques sor

Le mineur, aujourd'hui, a une maison, un jardin^ une femme, des enfants, voire même une basse<our.

Plusieurs ont fait venir leurs parents, — les vieux.

Ils vivent ainsi en famille, et le mineur d'aujourd'hui est, au chercheur d*or d'autrefois, ce qu'est le cheval d'omnibus à une bête de cçurse!

C'est ici que finissent les coteaux de la plaine, que commence la Si£RRa-Névadâ.

C'est-à-dire la montagne, cette gigantesque épine dorsale de I'Amérique du Nord, qui sépare I'État de Californie du Grand Désert, appelé : Lac Salé.

C'est une magnifique forêt, parfaitement vierge.

Elle a cent milles de largeur sur une longueur de six à huit cents milles.

Elle est percée, çà et là, à de rares intervalles, d'un sentier, d'un chemin quelconque.

Une seule voie de chemin de fer la franchit, et Dieu sait aux prix de quels travaux d'art !

Là, aussi finit la zone torride.

A MuRPHY on ne connaît pas les hivers.

Les chaleurs suffocantes^ de la plaine du San-Joaquin, que je viens de traverser, n'existent point.

Pendant Thiver, c'est le printemps.

Pendant le printemps, c'est Tété.

C'est presque à mourir d'ennui que de voir, tous les jours de Tannée, un soleil qui se lève le matin, se couche le soir, al^^olu-r ment sans nuages.

C'est l'idéal des climats terrestres!

« On ne meurt pas, ici, me disait un vieux « mineur, on se dessèche, on se momifie! >

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