LA SIERRA NEVADA
Adieu les villes.
C'est bien ici que commence la montagne, la grande montagne, avec ses pins, ses sapins, ses cèdres, ses sycomores, ses tuyas, ses cyprès, ses aulnes, ses peupliers, ses coton-
niers, ses saules, ses ifs, ses trembles, ses platanes, ses marronniers d'Inde, ses madrônas, ses chênes-verts, ses genévriers, ses manzanitas, ses frênes, ses chênes-blancs^ ses avalées, ses acacias, ses lauriers bleus et roses, ses lilas rouges, bleus, blancs, violets, ses muscadiers, ses pruniers et merisiers sauvages, ses magnolias, ses rosiers sauvages, ses framboisiers, ses. mousses, ses lichens, ses fougères, etc., etc.
Et quelle forêt !
Depuis la microscopique tige, qui vient de naître, j'ai, sous la main, des pins rouges^ qui ont de i5 à i8 pieds de diamètre.
Du sol à la première branche ils mesurent cent pieds de hauteur.
Ce qui donnerait une poutre ou un plateau sans nœuds de trente mètres.
Quelle planche, mes amis, quelle planche !
Comme il fait bon être menuisier dans ce pays!
Que de richesses naturelles enfouies dans cette Sierra Nevada !
Il existe, dans cette colossale montagne, des bois de construction inépuisables, des
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vallées profondes où Thomme n'ose jamais pénétrer.
Sur les hauts plateaux, Tair est si pur, si transparent, que le ciel en est diaphane.
Partout Ton voit des grottes, des caves, des torrents, des cascades qui roulent des eaux limpides et fraîches et, dans les clairières, sous les sapins verts, s'épanouissent des herbes épaisses et lourdes, comme des moquettes.
Enfin, cette magnifique Sierra Nevada recèle, dans son sein, des rivières poissonneuses, des lacs non moins poissonneux ; le gibier sous toutes ses formes : tel que le lion, Tours gris. Tours noir, le loup, le coyote, le chat-tigre, le renard, Técureuilde bois, Télan, le cerf, le chevreuil, le lièvre, le lapin, le grouse (poules de bois), le pigeon ramier, la perdrix huppée, la tourterelle, le geai bleu, le pic-vert, le coucou, l'alouette, toute la série des petits gibiers à plume, pour finir à Toiseau-mouche, ce rubis des bois!
REGREl^S
A cette époque de Tannée, le chemin est assez fréquenté.
A part les touristes qui vont ou reviennent des gros arbres^ — The big Ti^EES, — je rencontre de nombreux bergefs conduisant des troupeaux dé bêtes à cornes ou de longues bandes de moutons.
Tous se rendent vers de nouveaux pâturages.
Sans le savoir, je suis sur la grande voie»
Tunique chemin qui mène vers Silver Mountain, Lac Tahoe, Lac Mono, White Pine, Washoé, aussi dans les Comtés de Nevada, d'ALPiNE, etc., route qui n'est praticable que quatre mois de Tannée.
Pendant Thiver, le sentier reste enseveli sous les neiges.
Même en été, on ne traverse pas la Siekra Nevada où Ton veut, mais seulement par
certains cols qui n'ont pas moins de six à huit mille pieds d^altitude.
A côté se dressent des pics de dix à quinze mille pieds de hauteur.
Obligés, qu'ils sont, de laisser paître les animaux le long des chemins, bêtes et gens ne vont pas vite.
J'en profite pour causer avec eux.
Chacun a sa petite histoire à raconter.
Ils ont découvert, accidentellement, en poursuivant un chevreuil blessé, des merveilles qui les ont stupéfiés.
A les écouter, j'ai des regrets qui me déchirent l'âme. . .
Quoi! avoir tant voyagé, en Californie, je laisse derrière moi tout un monde inconnu, dont je ne fais qu'entrevoir le seuil !
Je reste devant l'huis.
J'en vois juste assez pour éveiller en moi des désirs inassouvis, qui me montrent un bonheur auquel je ne puis atteindre dans son entier.
Quoi ! il y a de par le monde des êtres qui sont riches, que l'ennui, l'oisiveté, la satiété des plaisirs mondains rongent. . .
Ces êtres là, grâce à leur capital, pourraient venir goûter, dans les forêts, un frisson neuf, inconnu aux gens des villes. Ils pourraient, au contact de cet air pur, balsamique, retremper leurs muscles émaciés avant l'âge, régénérer une intelligence qui s'étiole. . .
Que faudrait-il pour mettre ce projet à exécution ?
Peu de chose.
Quelques vigoureux gaillards, intrépides, ne craignant pas trop les dangers et la dure.
Ils auraient soin, avant de se lancer dans Tinconnu, dans l'incertain, de se faire accompagner de quelques mules chargées de provisions pour tout Tété.
Quel beau voyage!
Que de choses merveilleuses à voir, dans cette forêt, où souvent nul pied humain ne laissa d'empreintes !
Que de curiosités à visiter en passant, que d'épisodes intéressants à raconter au retour.
Quelles chasses! mes amis.
Quelles pêches miraculeuses !
Que de beaux sites à peindre !
Quelle provision de santé pour l'avenir!
Tout cela est inconnu aux mortels des villes.
Ils ont, il est vrai, la poussière des trottoirs, la fumée des usines, les quinquets du café, les faux décors en carton de TOpéra, les boissons frelatées des clubs, Tair empesté des cours fermées, la lumière du gaz, etc., et la poudre de riz sur les lèvres des femmes fardées!
-He-
HAIif WAY HOUSE
Comme le nom l'indique, la maison est à mi-chemin entre Murphy et les Gros-Arbres.
Il y a là, un Américain venu de TEst des Etats-Unis, par voie de terre, à travers le