JOAQUIM
Si l'atmosphère n'était pas si chargée des
brumes de l'été, je verrais, derrière le Mont
DlABLO, la SiERRA-NÉVADA.
Mon imagination la devine derrière" cette longue traînée blanche qui me ferme Thorizon.
J'abandonne définitivement le chemin qui, sur l'autre versant, m'eût conduit à Half MooN BAY, petit port sur l'Océan, et je prends un sentier qui longe la crête de la montagne.
Je n'ai plus d'ombre! On a rasé la forêt.
Des vandales ont coupé les sapins.
C'est hideux !
. Les troncs d'arbres mutilés comme des bras et des jambes coupés, jetés sur le sol, me navrent.
Je ne sais pourquoi il me semble que c'est un crime d'estropier ainsi la nature : l'œil en est blessé.
Mon cœur saigne à la vue de ces hauts et fiers sapins renversés sur le sol, de leurs branches cassées, de leurs feuilles meurtries et souillées!
Je m'imagine avoir sous les yeux un champ
de batail
UNE RENCONl^RE
Le but de mon excursion est de rendre une visite à un M. Gobet, qui m'a souvent invité à l'aller voir.
Comment trouver un Ranch dans les nombreux plis des montagnes de la côte?
C'est chercher une épingle dans une botte de foin.
De chemin il n'en existe point.
Je trotte sur un sentier qui se maintient constamment sur la crête de la montagne, ne sachant nullement où il me conduit.
J'ai déjà fait ainsi une dizaine de milles.
Je suis las, depuis le matin que je marche.
Brusquement, je tombe en arrêt devant une cabane de bûcherons.
Elle est occupée par un homme et une femme, tous les deux fort surpris de voir devant eux un quidam en costume de ville, un sac à la main.
Après un bout de conversation, je leur demande des renseignements sur le Ranch Gobet.
Selon leur dire, j'ai encore quatorze milles à parcourir et la perspective certaine de me perdre dans les bois, par conséquent de coucher au pied d'un sapin.
Je consulte ma montre.
En tirant ma ligne droite sur la prochaine station Red Wood City, j'ai juste le temps d'attraper le dernier train pour San-José.
C'est ce que je fais.
Mais, pour cela, il n'y a ni route ni sentier.
Je me laisse glisser sur les cailloux, par un couloir qui sert à faire descendre les billes de sapins jusqu'à la plaine.
, Ce n'est pas précisément une course agréable. . .
J'y laisse un peu de mes chaussures et un morceau de mon pantalon !