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L'AMÉRICAINE

J'espère que l'Américaine ne discourt pas sur la politique, ne joue pas aux cartes, ne s'enivre pas?

Pour cela non.

Toutes, mollement étendues sur des — Rocking chairs — des chaises berceuses, les rideaux hermétiquement fermés, pour ne pas abîmer leur teint aristocratique, car, sachezle bien, toutes les Américaines sont aristocratiques — c'est une maladie commune à l'espèce — les Américaines, dis-je, parlent de chiffons, de toilettes, d'elegant bonnets, de chapeaux élégants, etc.

Elles font aussi un peu de médisance, sans cela elles ne seraient point filles d*Ève !

Voyons! vous n'êtes pas raisonnable?

Que voulez- vous qu'une femme, comme il faut^ A LADY, fasse après avoir dpnné, à sa toilette du matin, de l'après-midi, du soir, des soins tout particuliers.

Se promener?

Vous n'y songez pas !

Les chemins sont atrocement mauvais, pleins de vilains cailloux qui roulent sous vos pas.

Il y a aussi le soleil, ce soleil si cruel pour le teint, qui noircit le visage, qui parfois fait aussi sortir des boutons!

Et puis, la course en voiture, jusqu'ici, les a complètement brisées.

Si encore on pouvait se promener parmi les gros arbres en buggy ? Cela serait d'un certain genre. On ne craindrait pas de se dégrader.

Il y a bien des ânes, des mulets?

Mais ces affreuses bêtes sont si rough, si rudes ! leur marche est si cahotante !

Quant à aller à pied ?

« Whom do you take me for ! »

Pour qui me prenez-vous? demanderait avec hauteur une Américaine.

On reste dans le parloir de l'hôtel, les volets soigneusement fermés.

Cela est meilleur ton.

UNE INVl^A^lON

« Young manf I play you a game of ^f. pocker for a drink or for a cigar?

Jeune homme, je vous joue une consommation ou un cigare, me dit un aimable Swell qui était assis près de moi sous la véranda vitrée de Thôtel, et qui bâillait affreusement, pendant que je contemplais ce magnifique tableau étalé devant moi, rêvant les yeux ouverts, à tout ce que la nature tient en réserve dans son sein, pour ceux qui savent la comprendre et Taimer !

Je regardais mon interlocuteur, un gamin de dix-huit ans, qui fumait un cigare énorme.

Le sourire sur les lèvres, il attendait ma réf>onseàsa gracieuse invitation, car, pour un Américain, adresser le premier la parole à un autre — sans avoir été préalablement introduit — est une faveur toute spéciale.

Je lui réponds que je n'ai jamais joué aux

cartes de ma vie, que je ne fume pas, que je ne bois pas de liqueurs.

Ce qui est exact.

Cela lui parut une monstruosité, bien autrement plus grande que celle des gros arbres.

Comme le Parthe, en s'en allant, avec dégoût, il me décocha ce trait mordant :

« You dont smoke^ you dont play, you dont drink!

« You are not a man, you are a woman! »

Vous ne fumez pas, vous ne jouez pas, vous ne buvez pas !

Vous n*êtes pas un homme, vous êtes une femme !

Historique.

Sous ce sanglant affront, il ne me reste plus qu'à quitter la région des gros arbres. . .

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