II
Le fer et l'acier sont l'objet d'une exportation également croissante : leur montant fut en iS'io de neuf cent soixante mille livres, d'un million vingt-cinq mille livres en 1821, et d'un million cinquante - neuf mille livres en 1822. Les produits de nos manufactures de glaces, de poterie^ de cuivre et de bronze, ainsi que plusieurs autres objets moins importans , présentent un accroissement égal sur les années précédentes. En 1820, la valeur officielle des objets de ces fabrications anglaises exportés fut de près de trente-trois millions; en 1821 de trente-siept millions huit cent dix-huit mille livres; en 1822, ce même montant fut de quarante millions cent quatre-vingt-quatorze mille livres. Dans un seul article (pour ne pas entrer dans des détails fastidieux) , le sucre raffiné , la valeur de notre exportation en 1820^ fut d'un million quatre cent mille livres ; en 1821 d'un million huit cent mille livres, et en 1822 d'un million sept cent mille livres. Tel est l'état général de nos exportations.
Si nous suivons l'ordre des pays, la situation actuelle de notre commerce nous conduira à deux conclusions importantes : la première, que la demande des articles des manufactures anglaises augmente par -tout ; la seconde,
qne cet accroissement est fondé sur des circons* tances qui défient la rivalité des fabricans étrangers.
En 1 820 , la valeur officielle des importations russes dans la Grande-Bretagne fut de deux millions quatre cent quatre-vingt-trois milice livres; en 1821 , cette valeur officielle fut de deux millions cinq cent mille livres (i). En 1820, le montant des exportations des articles des manufactures anglaises pour la Russie fut d'un million six cent mille livres , et le même montant, de deux millions cinq cent mille livres en 1S21. En 1820, la valeur de nos importa* tions pour les Etats-Unis fut de deux millions six cent mille livres, et la même fut de trois millions six cent mille livres en 1821* En 1821, la valeur de nos exportations pour les États- '
(1) Nous prenons ici pour point de comparaison l'an* née 1821 , et non 1822 i notre exportation fut plus considérable , à dire vrai, pendant la dernière année que pendant la p:emière5 mais les tableaux pour 1821 ont été mis sous les yeux des membres des Communes , et par conséquent l'exactitude de nos assertions ne peut être niiâe en doute, comme il pourrait arriver si nous avioiis choisi l'année 1822 , dont les états n'ont pas encore, reçli la même officialité. '^!!if:i Ic^i?
Unis, fut dé trois millions huit cent mille livres; dans l'année qui vient de finir, ce même montant, conformémentaux comptes des États-Unis, excéderait dé beaucoup cinq millions.
Les rapports officiels américains, publiés à Washington dans l'automne de 1 822 , constatent que la valeur totale des importations aux États- Unis se monte à soixante - deux millions cinq cent quatre-vingt-cinq mille sept cent vingtquatre dollars , dont environ trente millions ont été importés de la Grande-Bretagne et de ses colonies. Plus de vingt-cinq millions sont établis comme importation de la Grande-Bretagne et de l'Ecosse, y compris Gibraltar, tandis que le total des importations de la France dans le même pays, ainsi que de ses colonies, ne s'élève qu'à cinq millions neuf cent quatre-vingt mille cinq cent quatre-vingt un dollars. En 1820, la valeur de nos importations de l'Allemagne, comprenant sous cette dénomination la Prusse, la Hollande et la Belgique, fut d'un million neuf cent cinquante-un mille sept cent cinquante-trois livres^ en 1821 , la même valeur officielle dépassa deux millions quinze mille livres. En 1820, la valeur officielle de nos exportations en Allemagne fut de six millions neuf cent cinquantesept mille quatre cent quatre-vingt-dix livres;
en 182 1 , le montant des mêmes exportations fut de neuf millions cent quarante-quatre mille cinq cent soixante-trois livres ; ce qui forme un accroissement, dans l'exportation des produits ma* nufacturés anglais, de plus dedeux millions. En 1820, nos importations des Indes orientales et de la Chine furent de sept millions cinq cent trente-sept mdle livres; en 1821 , le montant officiel fut de sept millions cinq cent soixantedeux mille livres. En 1820, le montant des objets manufacturés, exportés dans les mêmescontrées, fut d'un million neuf cent quatre vingtdix-huit mille livres ; en 1 82 1 , le même montant officiel fut de deux millions neuf cent soixantedix-huit mille livres. En 1 820, nos importations du Brésil se montèrent à neuf cent cinquantedeux mille livres; en 1821 , à un million deux cent quatre- vingt - quaîotze mille livres. En 1820, les exportations pour le Brésil furent d'un million huit cent soixante-quatre mille livres et de deux millions deux cent trente-deux mille livres l'année suivante.
Il serait fastidieux de poursuivre la compa-? raison au travers de tous les royaume-; de l'Europe et de l'Asie avec lesquels nous trafiquons. Il suffit de dire que notre commerce avec tous présente le même état d'accroissement, et jus-
tifie l'espoir que nous avons que cette augmentation de nos exportations etce ciéveleppement de notre industrie apporteront c^raduellenient remède à la détresse de notre agriculture. Nous ne devons pas omettre toutefois de signaler Fétat prospère de notre commerce avec les colonies espagnoles ou autres contrées, non compris le Brésil, du continent de TAmérique méridionale; en i8ao l'exportation de nos objets manufacturés s'y éleva jusqu'à une valeur de quatre cent hnit mille sept cent quarantecinq livres seulement, et cette valeur fut plus que doublée en îHiv. l.ôrsque les comptes seront dre ses pour Tannée qui se termine au 5 janvier i8a5 , on verra qu'un nouvel accroissement très-considérable aura été obteiui sur ie dernier montant.
Notre navigation, qui est la j liste mesure de notre commerce, et qui suit nécessairement toutes ses variations , est dans le même état de prospérité : si d'une part, en effet, les besoins du service de transport pendant la guerre fournirent un aliment plus considérable que les demandes ordinaires pendant la paix , notre commerce , de l'autre, s'élevant beaucoup au-delà du montant moyen des années de guerre, non-seulement » rétabli la balance, mais. même amené un accrois-
( "7 ) semeiil annuel dans les constructions maritimes» Notre navigation dul nécessairemeent se lessenlir pendant la gueire des caractères même de celte guerre, et comme celle-ci était la plus diverse dans laquelle le pays ait janïais éié engagé , et qu'elle comprenait lea opérations les plus étendues et sur terre et sur mer, notre commerce maritime s'étendait dans la même proportion. L'entretien de nos armées en Espagne et en Portugal, de nos garnisons dans toutes les iles des Indes occidentales , de nos flottes dans la Méditerranée et daiLS l'Océan atlanîique; des forces considérables tant navales que miitaires que nous avions dans nos colonies américaines, étendit nécessairement le service de transport, et encouragea la construction de vaisseaux qui furent particulièrement destinés à cet emploi. De là, sans doute, un tonnage beaucoup plus considérable , et une construction de vaisseaux requis pour les besoins de la guerre, et principalement destinés à ce service; mais en dépit de ces circonstances et de la prohibition des blés étrangers ( dont l'importation , avant 1819, a constamment employé unegranfle quantité de nos petits navires), le montant moyen du tonnage de ])aix excède encf)re le ton*nage des aauées de guerre. Le nomî)re moyçû
f ii8 ) de vaisseaux construits aiiiiuellemenl pendant les trois années dernières de guerre fut de sept cent soixante-dix. Le même nombre pour les années 1820, 1 821 et 1822 est d'environ neuf cents. Le montant moyen du tonnage des vaisseaux enregistrés pendant les momens les plus bril- Lins dos années de guerre fut de deux millions quatre cent mille tonneaux, et le même pour 1819, 1820 et 1821 , approche de deux millions six cent mille tonneaux. Le tonnage des vaisseaux sortis des ports d'Angleterre fut , pour terme moyen pendant la guerre, un million septcent mille tonneaux, et le même, pour 1820, 1821 et 1822 deux millions deux cent mille tonneaux. Celui des vaisseaux entrés dans nos ports fut , durant la guerre , d'environ un million huit cent mille tonneaux , et le même excède, pour 1820, 1821 et 1822, deux millions trois cent mille tonneaux. Lorsque tant de débouchés à l'extérieur, et plus particulièrement encore , lorsque le terme des hostilités d'une part a fait cesser les besoins considérables de navires de transport, et que de Tautre les derniers actes ont prohibé l'importation du blé étranger; lorsque notre navigation a perdu ainsi de si vastes ressources, n'est-il pas bien raisonnable de s'é- Xonner de ce que le tonnage anglais parvient ^n-
( "-9 ) core à un moulant aussi élevé ? N'est-ce pas une preuve de la solidité de nos ressources , et du mouvement imprimé au commerce et à la navigation de la Grande-Bretagne ? N'est-il pas de la sorte démontré que les demandes ont fréquemment suivi les progrès des chargemens, comme les chargemens ont à leur tour suivi les progrès des demandes; et que les débouchés naturels du commerce, dans l'état de paix, ont de beaucoup dépassé toutes les ressources particulières que lui avait ouvertes l'état de guerre , même dans le port de LoTidres, dont le commerce a été spécialement représenté sous des couleurs affligeantes? Le nombre moyen de navires de Tintérieur et de rextéricur, entrés et sortis, excède de beaucoup le même nombre pendant la guerre; pendant i8i5, 1 8 14 et 181 5 quinze mille quatre cent cinquante vaisseaux de l'intérieur entrèrent dans le port, tandis que ceux de l'extérieur s'élevèrent à sept mille trois cent cinquante. Durant les années de paix, le nombre des vaisseaux de l'intérieur a de beaucoup dépassé seize mille, et celui des navires de l'extérieur a atteint le nombre élevé de huit mille cinq cents. On ne peut donner de meilleur témoignage de la prospérité croissante de la cité et du port de Londres que ce qui en a été {îubîiQ
( V^o ) Tan dernier par le comité du commerce extéw rieur.
Si tel est l'état de notre commerce et de no're marine marchande, de notre tonnage, de nos exportations et de nos importations, le commerce intérieur du pays présente un aspect encore plus satisfaisant. 11 consiste principalement dan* nos cinq grands articles de manufactures, les laines, Içs cotons, les toiles, les soies, la quincaillerie et la coutellerie. L'accroissement de l'exportation dans ces différentes branches d'industrie est une juste mesure de la prospérité de notre commerce intérieur. Qu'on demande à toute personne connaissant bien les districts manufacturiers, si l'on n'y remarque pas une étonnante activité et un esprit de perfectionnement s'appliquant à toutes les branches; et la réponse qu'on recevra de toutes parts sera que nos manufactures de toute espèce n'ont jamais été dans un état plus florissant; que si le taux des profits et jusqu'à un certain point celui des salaires a diminué, la condition du capitaliste et de ses ouvriers a été améliorée par une demande plus fréquente et pkjs régulière. Par l'effet de la réduction des prix , les consommations intérieure et étrangère ont été l'une et l'autre considéra^ blement augmentées. Certaines classes sont plui>
abondamment pourvues de divers objets com-» modes et élégans. Le capitaliste obtient un profit régulier et certain , faible sur de simples ar^ ticles , mais au total égal pour ce qui regarde le rapport de son capital au profit moyen des commerçans honnêtes; la classe ouvrière acquiert , sinon la faculté de haussera son gré les salaires^ du moins ce taux juste et raisonnable qu'une branche d'industrie croissante, par une marche graduelle et certaine , a droit d'obtenir. De là nous voyons non-seulement l'aisance et le contentement régner parmi notre population manufacturière; mais dans quelques manufactures et particulièrement dans celles de soie, nous pouvons reconnaître cet esprit actif d'entreprise, dont la tendance nous donnera promptement une prééminence qui, dans cette branche de commerce, a été jusqu'ici l'apanage exclusif du sud de l'Europe.
Diyis les laines , les rapports touchant les districts où ce genre de fabrication est particulièreiïTi^nt en honneur, sont fondés sur les documens les plus positifs. On y voit que la quantité de draps manufacturés pendant l'année dernière excède les quantités de toute année précédante. Pendant le quartier qui s'est terminé en octobre dernier, particulièrement dans un
district du Yorkshire , le nombre maiiufacluré a été tel que de mémoire d'homme on n'avait vu une année pareille.
La meilleure manière d'appuyer la supériorité de nos manufactures de laines sur toute rivalité étrangère est peut-être d'en appeler au consommateur neutre et indifférent et de voir nos produits dans un marché où il n'y a assurément aucun préjugé en faveur de la Grande- Bretagne , et qui est ouvert à une concurrence générale. Il a souvent été affirmé que la France et la Saxe étaient sur le point de nous enlever notre supériorité dans la fabrication des étoffes de laine fine, et de nous supplanter sur ce point dans les marchés étrangers. Eh bien ! voici quels sont les faits. Nous ne les établissons point d'après nos propres états , mais sur les tableaux financiers des Etats-Unis publiés pour 182^^2^ et où nous voyons que la valeur des importations des manufactures anglaises de laine, dans ces contrées, pour l'année précédente a été d'environ neuf ou dix millions de doUail», tandis que le montant total des importations de la France n'en a guère dépassé quatre , et il faut remarquer que là-dessus, les produits naturels du climat de la France, ses vins, ses eaux-de- >ie, etc., contribuaient pour les trois quarts, et
qu'un quart seulement consistait en articles manufacturés. En un mot, tandis que les exportations de la Grande-Bretagne pour l'Amérique, en articles généraux manufacturés dépassèrent pour 1823, quatre millions sterlings, l'exportation des manufactures françaises en dentelles , soie, laine, coton , n'excéda pas deux cent cinquante mille livres, environ un seizième des marchandises anglaises. On ne peut certainement pas donner une réponse plus concluante à tous ceux de nos négocians et de nos manufacturiers qui demandent à grands cris des prohibitions et des sur-taxes, et qui se sont opposés au bill d'emmagasinement par un esprit de jalousie si peu raisonnable , qu'en plaçant sous leurs regards ce témoignage incontestable de la supériorité des manufactures anglaises. Nous avons ici l'assentiment non suspect d'une puissance rivale à cette assertion que nul pays ne peut lutter avec la Grande-Bretagne en industrie et en habileté manufacturière.
Si tel est l'état de nos manufactures de laine, la situation de nos fabriques de coton n'est pas moins favorable. Les marchés de la Chine, de l'Inde et de l'Amérique du sud ont été ouverts à ces beaux produits , destinés , autant par la légèreté, du tissu que par la solidité du travail ,
qui les rend presque aussi chauds que la lame, à devenir le vètenienl universel du monde. Nous avons déjà parlé des exportations de ces articles de fabrication et prouvé , par des ilocurnens officiels, un tel accroissement annuel, que notre supériorité comparative dans les marchés de l'Europe et de l'Amérique, on peut même ajouter de l'Inde et de la Chine, est établie d'une manière indubitable. La consommation inlérieure a augmenté également en proportion. La quantité de laine et coton importés et tra-^ vailles dans nos districts manufacturiers durant l'année dernière (autant que nous pouvons en juger parles états dressés jusqu'ici à Liverpool et à Glascow ; , paraît être d uu cinquième plus considérable que la quantité importée et manufacturée en 182 1.
Lorsqu'on se souvient quelle importance ont toujours eue les majiutaclures de laine dans tous les âges de la monarchie et combien d'actes du parlement ont été passés sous chaque règne depuis Edouard l^ . pour encourager et protéger cette fabrication , on en infère naturellement que nos manufactures de coton , comme un de |ios principaux articles industriels , ne datant guère que du commencement du règne du feu luonarque, ont des litres à fixer à un haut de-
gré l'attention du peuple et dn Gouvernement de la Grande-Bretagne. Celte fabrication y a des droits sous deux points de vue : d'abord, que la matière brute n'est pas le produit du pays , et qu'elle ne peut être obtenue, du moins jusqu'à la quotité requise, de colonies dépendantes de notre empire; et toutefois en dépit de cet obstacle naturel, elle a pris le premier rang parmi nos manufacttjres ; lorsque la valeur de nos exportations en laines ne surpassait pas sept ou huit cent mille livres, et que la valeur de la fabrication totale pour l'intérieur et l'extérieur ne dépassait pas cinq millions , comme sous les règnes de George I et II, ]e& hommes d'État et les écrivains politiques de cette époque étaient accoutumés à voir dans cet objet le principal soutien du commerce et de l'industrie du royaume. Quel eût été l'étonnementde ces écrivains, et de sir William Temple entre autres , si on leur eût prédit que, dans l'espace de soixante-dix ou quatre-vingts aus, le coton, article moins employé alors que la soie, viendrait à excéder dix fois le montant de ce produit; que tandis que l'exportation de nos manufactures de laine s'élèvçrait dans cette période à une valeur annuelle de six millions , nos manufactures de coton parviendraient dans le même temps au montant
annuel de vingt millions, c'est-à-dire à plus de trois fois le montant de nos laines!
Le second point de vue sous lequel cette fabrication mérite l'examen le plus attentif, c'est qu'elle est maintenant dirigée parmi nous a ec une supériorité de capitaux et de machines, qui défie toute rivalité étrangère, et, ce qui est plus important, qui contrarie l'irrégularité du prix de la nourriture et du travail dans notre pays. Un sujet de fréquentes appréhensions pendant les derniers années , a été que les effets futurs des lois sur le blé et de la manière de vivre parmi nos ouvriers de toutes classes augmenteront graduellement et à un tel point le prix du travail, et par une conséquence nécessaire c;elui des objets manufacturés, qu'il ne nous sera plus possible d'en fournir à l'étranger; mais heureusement ce résultat est repoussé par notre immense supériorité en capitaux et en machines , supériorité au moyen de laquelle les produits de la plus faible industrie humaine sont multipliés si facilement , que les frais du travail , comparés avec le produit , deviennent presque insignifians. Si l'on objecte que les mêmes instrumens sont à la portée des étrangers , nous répliquerons que de tels capitaux et
ûe telles iriachines ne sont pas des créations d'un jour.
L'accroissement du commerce de la soie surpasse tous les exemples anciens et modernes de prospérité manufacturière. Dans les premiers temps, nos manufactures avaient trop de désavantage sur les manufactures françaises pour pouvoir soutenir la comparaison. Le voisinage de l'Italie , la matière brute qu'il trouvait dans son pays donnaient une telle supériorité à l'artisan français, que les soies anglaises ne se vendaient que dans l'empire britannique, et qu'on avait perdu tout espoir de les voir rivaliser avec les soies françaises dans les marchés de l'Europe et des autres parties du globe. Heureusement, pour le bonheur de la Grande-Bretagne, l'agrandissement graduel de nos possessions dans les Indes orientales a changé la face des choses, et a lait entièrement disparaître tous ces désavantages, du moins pour l'acquisition de la matière brute. Maintenant la soie des Indes orientales est à-peu-près égale en quantité , et , ce qui n'est pas moins important , en qualité à la soie d'Italie, et le sol et le climat des Indes orientales paraissent, d'après l'expérience , être assez favorables à ce produit pour que la consommation du manufacturier anglais
( 128 ) puisse être augmentée en tout temps à sa volonté.
En 1 770, la consommation annuelle de la soie brute des Indes n'allait pas au-delà de cent mille livres sterlings. En 1780, elle ne passait pas deux cent mille livres sterlings. En 1800 , elle allait à un peu plus de trois cent cinquante mille livres sterlings. En 1820, le montant de la soie brute importée de Tlnde a passé un million. Si nous ajoutons à cette somme cent cinquante mille livres sterlings , montant de notre importation de la Chine, et environ cinq cent cinquante mille livres, montant de notre importation de l'Europe, la consommation annuelle de nos manufactures de soie sera à-peu-près de deux millions. D'après l'estimation des trois dernières années , la consommation a été de deux millions cent mille livres. En 1820, pris isolément, le montant de la consommation de la soie brute a passé deux millions cinq cent mille livres sterlings. Selon M. Chaptal, la consoinmation annuelle des manufactures françaises en 181 a n'allait pas au-delà de neuf cent qnatre vingt-sept mille livres sterlings. D'après la rléposition d'une des personnes appelées devant le comité de la chambre des Lords , le produit annuel de nos manufactures de soie a été poi'té à dix millions
( 129 ) sterlings, qui, si l'on en excepte, une très-petite portion pour les marchés étrangers , ont été consommés en Angleterre. La création du commerce de l'Inde , et l'esprit général de trafic qui est maintenant dirigé vers les îles de l'Archipel oriental, où l'on cultive sur-tout la soie, donnera sans doute une nouvelle impulsion à nos manufactures , et produira réciproquement de grands avantages pour la Grande - Bretagne et pour ses possessions dans l'Inde. Le prix de la soie d'Italie est incontestablement plus élevé que celui de la soie du Bengale; mais comme il est constant qu'il n'y a en Italie qu'une récolte de soie par an , pendant qu'il y en a deux ou trois dans l'Inde, on doit s'attendre que, lorsque de plus grandscapitaux seront mis dansce commerce, les demandes seront satisfaites plus régulièrement; la soie des Indes , d'une qualité non inférieure à la soie d'Italie , se vendra encore meilleur marché. Si dans quelques parties plus délicates de la fabrication , dans l'éclat des couleurs et la durée de la teinture, nous sommes encore surpassés, car il faut l'avouer , par le manufacturier français, nos marchandises en pièce et toutes les étgffes dont la soie est la base, ont eu une supériorité incontestable dans t^us les marchés du monde. Le fabricant anglais non-seulement l'em-
porte sur celui de France, mais, ce qui est plus difficile, il subjugue notre goût national et nos préjugés favorables aux fabriques étrangères ; les renseignemens qui sont sous les yeux de la chambre des Lords, constatent une circonstance particulière qui prouve combien les préjugés sont obstinés , et combien il est difficile de changer les idées reçues; croirait-on que neuf dixièmes des soieries, données pour avoir été introduites en contrebande , venaient de Spitalfieds, et non de Lyon ou de Marseille ?
L'article de fabrication dont nous devons maintenant nous occuper, nos toiles, qui, par suite de quelques circonstances particulières, n'a pas obtenu toute son extension naturelle pendant plusieurs années, a récemment reçu d'importans développemens, comme toutes les autres branches de notre industrie. Il est à peine nécessaire de remarquer que ces manufactures appartiennent presque exclusivement à l'Irlande , et c'est peut- être à cette circonstance ( nous le disons sans intention d'offenser , et non pas sans un profond sentiment de regret » que leur situation comparative doit être imputée. En Angleterre l'étonnant progrès de nos fabriques se rapporte indubitablement à trois avantages caractéristiques que nous possédons :
réfendue de nos capitaux, la somptuosité et l'abondance de nos machines, et notre active et constante industrie. Sous tons les rapports , la population de l'Irlande est sans aucun doute fort inférieure. Ce n'est point ici une réflexion défavorable sur le caractère national de ce brave et généreux peuple, qu'il n'est pas en position de rivaliser avec nous pour les capitaux et les machines 5 c'est peut-être par la même cause, que son leur industrie , étant moins excitée par des salaires élevés et des établissemens considérables , se signale ordinairement par une grande activité au commencement des travaux, qui est facilement découragée par les obstacles. On ne peut, toutefois, révoquer en doute que ces manufactures ne prennent actuellement de l'extension en Irlande : l'exportation des toiles d'Irlande, en 1822, dépas e d'envnon un million sterling l'exportation de i 820 , et d'environ un demi- million l'exportation de 1821. Il faut se plaindre de ce que les exportations étrangères de toiles d'Irlande sont encore au-dessous de ce' qu'on devrait croire, à cause de la supério rite de ces articles, et de la circonstance que c'est presque le seul article de fonds de ce royaume. Une amélioration considérable, '^u surplus , a eu heu pendant l'année dernière.
L'ouverture des marchés de l'Amérique du sud promet une grande augmentation , si le capital, engagé dans cette exploitation industrielle, est raisonnablement dirigé. On aura de la peine à croire que , dans le montant total des toiles exportées d'Irlande en 18212, la Grande-Bretagne a pris , en partie pour sa propre consommation , en partie pour l'exportation , dans la proportion de deux millions huit cent mille deux cent cinquante livres , à deux cent quarante mille sept cent soixante - neuf livres : la dernière somme est le montant total des exportations de ces produits, manufacturés par l'Irlande elle-même, dans toutes les parties du monde , l'Angleterre exclue.
Viennent ensuite dans l'ordre , notre quincaillerie , notre coutellerie et nos fers travaillés ou non travaillés. L'état de ces manufactures ne peut être apprécié que par la situation générale du commerce et le montant de nos exportations. Nous avons déjà parlé de ces deux points. Pendant la dernière année, et ce qui s'est écoulé de celle-ci , chacun de ces articles a suivi une marche progressive; rien, peut-être, n'a plus souffert du passage de la guerre à la paix : il est donc satisfaisant de voir ces manufactures revenant non-seulement à l'ancien mon- '
( i33 ) tant de ces produits, mais même le dépassant de beaucoup , comme pour prouver Fëtonnante activité de la consommadon intérieure et Taccroissement des demandes de l'extérieur. Si nos exportations en coton filé, s'élevant maintenant au taux moyen de deux millions, ont fait naître des rivaux de Ces produits dans les Pays-Bas et l'Allemagne; si, pour ce qui regarde les soies, nous venons justement à présent de nous emparer du premier rang, et si nous avons encore à lutter avec la France et la Saxe dans nos belles fabriques de laine, il faut admettre comme hors de toute discussion, qlie dans la quincaillerie et la coutellerie nous n'avons à craindre aucune rivalité. Pour ceci, nous avons le minéral dans le sein même de notre territoire; nous avons les avantages locaux du combustible , qu'aucun peuple étranger ne possède au même degré que nous -, nous avons l'habileté de nos ouvriers , qui joignent à la force et à la capacité celte constance admirable et ce zèle assidu qui, dans, les siècles à venir, doivent faire de nous la première nation industrielle.
Nous voyons ces produits s'accroître chaque jour dans les marchés, et nous avons tout lieu dé croire que la consommation intérieure, qu'on ne peut que difficilement apprécier, parce que
ces articles ne sont suiels ni à aucune taxe ni à aucun règlement financier, suit une progression croissante. I es établissemens de Birmingham et de Sheffieldont toujours conservé une exploitation uniforme et constante, et les salaires n'y ont pas été, comme dans les manufactures de coton et de laine, sou is à une réduction matérielle.
A l'égard du fer, une observation devient nécessaire : la diminution dans le prix a sans doute été considérable, mais la cause en est trop évidente pour nous y arrêter : le canon, soit de nous, soit de nos alliés, qui fut le moyen d'une si grande consommation de cet . article , ne se fait plus entendre , et au glaive a succédé la charrue.
i.Une pohtique peu en faveur en France , et produite uniquement par les clameurs populaires du jour, a forcé ce pays à cesser de tirer ses fers d'Angleterre ; nonobstant celte circonstance , l'exportation de cette branche de nos produits a cependant éprouvé un accroissement. Nous fournissons presque exclusivement tous les ports de la Méditerranée, et telle est l'activité de cette branche de notre commerce, que, malgré l'éloignement de la France, nous ne faisons aucun doute que lorsque les étals de Tannée
(1823) seront rendus publics , on ne trouve cet article de nos exportations porté à un montant égal à celui de toute année précédente.
Si tel est l'état de nos manufactures et de notre commerce intérieur, alimenté par ces mêmes manufactures, on voit que notre consommation domestique, relativement aux articles de nécessité journalière , est loin d'avoiç subi la même altération. On peut prendre une idée de la consommation croissante de ladrêclie, d'après le prix courant de l'orge dans les marchés ; ce prix excède manifestement son taux ordinaire , relativement à celui du froment. Peut-être que , pour ce qui regarde la consommation annuelle , aucun des objets nécessaires à la vie n'a éprouvé autant de fluctuation quç celui-ci : pendant quelques années , la quantité consommée a éprouvé un accroissement considérable , malgré les taxes additionnelles dont elle était chargée; dans d'autres, et lorsque ces taxes ont été abolies, elle a diminué dans unç proportion étonnante. Peut-être que, si les liy mites de cet ouvrage nous permettaient de re^ chercher les causes de cette variation, nous pourrions les trouver dans le prix du froment pen^ dant les années qui ont précédé la diminution ou l'augmentation dans la quantité de drêche coR'
( '3.) ) sommée. Le prix du froment, comparativement plus élevé que le prix de l'orge pendant une même période, a probablement porté à en augmenter la culture pour l'année suivante: de là, la diminution considérable du prix , par suite de demandes plus considérables. C'est ainsi que l'événement a trompé l'espoir des cultivateurs , qui, probablement pour réparer le mal, l'année suivante, sont tombés dans un excès contraire.
Mais quelle que soit la cause des différences que présente la consommation de deux ou trois années sur une période de dix ans ou même plus considérable, il est évident que les demandes annuelles suivent maintenant une progression croissante ; et l'on verra , lors de la publication des états pour le quartier actuel, que la quotité pour cette année s'élèvera à près de trente millions de boisseaux. On devrait avoir présent à l'esprit, lorsqu'on s'occupe de ce sujet, que si cette quantité n'est pas en proportion de l'accroissement de la population, on peut en trouver la raison dans les habitudes de cette partie de la population , dans laquelle se fait sur-tout remarquer l'accroissement. C'est une chose connue , que l'accroissement de population a sur-tout porté sur les classes manufacturières ;
mais il est bien connu aussi des personnes qui fréquentent les districts manufacturiers, que les ouvriers y consomment beaucoup moins de boissons fermentées que ne font les laboureurs et les artisans proprement dits. L'usage du thé a remplacé en grande partie , dans quelques districts, celui de la dréche, et la consommation de la drêche est devenue moins considérable parce que l'usage du thé est plus général.
L'accroissement dans la consommation de cet article, qu'on peut regarder en même temps comme un objet de luxe et de nécessité pour toutes les classes du peuple, est réellement étonnant. Pendant les trente dernières années, les droits sur le thé se sont élevés , de treize , à cent livres pour cent, et cependant, l'augmentation dans la consommation a constamment suivi l'augmentation des droits , et promet d'aller encore plus loin 3 du moins, chaque quartier présente-t-il un accroissement sur le quartier précédent. La consommation moyenne des deux années, 1820 et 1 821, fut de vingt-deux millions quatre cent soixante-un mille cinq cent quatrevingt-douze livres, et celle de l'année dernière excéda vingt-trois millions.
La consommation du sucre a éprouvé un accroissement au-dessus de toute expression : la
valeur de la quaiilité importée excéda, en 1822, de près de deux cent mille livres , celle de l'importation de 1821, excédant elle-même d'une somme à-peu-près égale celle de l'année précédente. Les droits des douanes sur cet article jusqu'au mois de janvier de l'année qui vient de s'écouler, dépassèrent cinq millions cent soixantedeux mille livres; ce qui donne un excédant considérable sur les droits prélevés en 1821. L'importation du sucre pendan|: lannée 1817 n'excéda pas trois millions et demi, et elle s'éleva jusqu'à quatre en 1822. Lorsque seront dressés les états jusqu'en janvier 1 825 , on verra qu'ils présenteront encore une augmentation sur ce dernier montant.
Ce n'est rien dire, que d'opposer à l'importance d'un accroissement dans ces deux articles principaux de notre consommation journalière , qu'ils sont un produit étranger, et non un produit du sol de la Grande-Bretagne; car ils cour, courent encore à l'accroissement de notre commerce, en présentant par conséquent un nouveau profit aux marchands et un emploi à des capitaux considérables ; mais il est inutile d'observer que la richesse d'un pays consiste moins dans l'existence que dans la circulation de l'argent. Quelle que soit donc la cause qui fasse
( 1^9 ) mettre les capitaux en circulation et distribuer les prix des travaux entre un plus grand nombre d'individus, elle tend toujours à améliorer la condition du peuple : en augmentant le nombre des consommateurs, elle augmente nécessairement celui des demandes dans les marchés, et plus particulièrement dans les marchés où les citoyens de toutes les classes trouvent les articles nécessaires aux besoins de la vie. C'est ainsi que l'accroissement du commerce concourt à l'accroissement de l'agriculture , et que la prospérité du propriétaire et du fermier doit nécessairement suivre, et cela à une époque peu éloignée, la prospérité du commerce intérieur et étranger.
Il serait fastidieux de parcourir ici , l'un après l'autre, tous les articles de notre consommation intérieure ; qu'il suffise de dire que chacun d'eux offre le même résultat. Si quelques objets de luxe, comme les vins, par exemple, ont souffert une réduction, ne peut-on pas dire que ce léger désavantage est plus que balancé par l'amélioration apportée au bien-être de la population entière? Dans aucun pays du monde, la population n'est aussi bien vêtue, aussi bien logée , et l'on peut ajouter aussi bien nourrie qu'en Angleterre. Qu'un étranger jette les yeux
sur les contrats passés avec les fournisseurs de nos plus humbles hospices, et on le verra s'étonner et de la quantité et de la qualité des viandes, du heurre et du fromage que ceux-ci s'obligent à fournir. Qu'on fasse un appel aux gentlemen du pays, et qu'on leur demande si, dans les maisons destinées à recevoir les pauvres de leurs districts respectifs, le thé manqua jamais aux femmes dans ces diverses maisons. Il est de l'honneur d'une nation chrétienne, et du devoir d'une riche population, que ses pauvres soient ainsi abondamment pourvus de toutes les choses de première nécessité ; et si Ton pouvait trouver quelque moyen pour prévenir les mariages entre personnes dont ils ne peuvent qu'augmenter la misère, nous ne serions pas de ceux qui voudraient abolir, du moins jusqu'à un certain point, le système actuel des lois sur les pauvres. Cependant lorsque la classe que touchent les intérêts agricoles se plaint que six ou sept millions sont dépensés annuellement pour subvenir aux besoins des pauvres , elle devrait se rappeler que ^a portion la plus considérable de cette somme est payée par les grandes villes et les districts manufacturiers.
Si l'on ne craignait d'ennuyer le lecteur, en lui présentant encore de nouveaux tableaux
financiers , il serait facile d'établir entre la consommation de Tannée 1822 qui vient de s'écouler et Tannée précédente , 1 82 1 , une comparaison qui prouverait une augmentation réelle dans les articles qui se rapportent particulièrement à notre commerce et à nos relations intérieures. On pourrait se convaincre, en effet, que non - seulement dans les branclies principaks du revenu , les douanes et Texcise, mais même dans les droits sur le timbre, dont Taccroisssement ne peut provenir que de l'activité et du grand nombre des affaires à Tintérieur ; dans les taxes prélevées , non-seulement sur les maisons et les fenêtres, dont Taugmentation est manifeste dans nos cités et nos villes manufacturières, mais encore dans les plus petits articles de luxe, sur les domestiques, les voitures, ^ les armes, etc.; dans les droits sur la posteaux chevaux et carosses de louage, qui sont la juste mesure des relations de ville à ville, on pourrait se convaincre, disons-nous, que, sur tous ces points, les rapports officiels des finances offrent 1 amême conclusion , savoir, que les ressources du commerce intérieur du pays et l'intégrité de nos moyens de consommation sont , non-seulement intacts, mais suivent même une progression croissante.
A regard des objets de consommation qui touchent plus particiilièrementla classe moyenne et les dernières classes de la société, les tabacs, la bière, la chandelle, les savons, les spiritueux anglais et étrangers, le thé et le sucre, dont nous avons déjà parlé, chaque quartier les montre également dans un état d'accroissement considérable. Pour confirmer cette proposition, et ayant de terminer cette partie de notre sujet, jetons un coup d'œil rapide sur les revenus de l'année qui vient de s'écouler.
Au commencement de la session dernière, les ministres de Sa Majesté furent à même de présenter au Parlement une augmentation de revenu d'environ un million ( calculé jusqu'au 5 janvier 1822) sur le revenu de l'an-^ née précédente, et peut-être est-il intéressant de remarquer que le revenu de cette même année 1821 surpassa d'une quantité au moins égale celui de l'année 1820; mais comme nous avons établi le montant du revenu pour l'année finissant au 5 janvier 1 822 , voyons maintenant ses progrès jusqu'à la fin de l'année suivante. Si l'on compare le premier quartier de 1822, finissant au 5 , avril avec le quartier correspondant de Tannée précédente, on verra que l'augmentation alla au-delà de quatre cent mille livres. Pour les douanes seulement, cette augmentation
( i43 ) qui ne doit être attribuée à aucune circonstance accidentelle, fut de deux cent mille livres : chaque quartier de l'année dernière a offert le même résultat. Pour l'excise , la mesure la plus sûre de la consommation intérieure, l'augmentation fut de près de cent cinquante mille livres, déduction faite de la diminution qu'ont éprouvée quelques articles ; l'augmentation des droits du timbre fut pour le même quartier de cent quatorze mille cinq cent quarante sept livres.
La même progression croissante se fit remarquer dans le quartier suivant, finissant au 5 juillet, quoique le résultat de la suppression des taxes ait commencé à se faire sentir sur nos revenus dans le courant de ce quartier. Si l'on a égard à la réduction provenant du retranchement de ces taxes, on verra évidemment que toutes les branches principales de nos revenus ont éprouvé un développement extraordinaire. Les recettes des douanes prouvent â quel point s'est élevé notre commerce extérieur. L'excise si l'on considère le retranchement des taxes sur la drêche et quelques opérations de l'échiquier qui diminuèrent les droits sur le houblon prouve quel a étéTaccroissement dans tous les articles d'un usage journalier? Pour les droits de timbre , l'augmentation s'éleva à plus de cent
mille livres. Les impôts fonciers présentèrent un accroissement de cent trente-trois mille livres, et les impôts sur les objets divers de trente mille livres. A la vérité, les taxes particulières furent diminuées d'un montant considérable ; mais cette diminution fut causée par la suppression de la taxe sur les chevaux destinés à l'agriculture. Relativement au même quartier de l'année précédente, celui de 18-21 offre sur cet article une réduction d'un montant de trentecinq mille livres ; mais, si l'on se rappelle qu'on a aboli pour quatre cent cinquante mille livres de taxes portant sur ce quartier, on verra que l'augmentation dans le revenu fut encore de plus de quatre cent cinquante mille livres, et que cette augmentation fut vraiment prodigieuse dans le courant de l'année entière. Elle s'éleva à la somme d'un million six cent mille livres; et s'il n'avait pas été opéré de réduction dans les taxes, l'accroissement aurait dépassé deux millions , accroissement sans exemple dans l'histoire financière.
Le quartier d'octobre offrit, comparativement au quartier correspondant de 1821, une réduction de plus de huit cent mille livres dans les caisses de l'échiquier; mais il faut se rappeler que ce même quartier avait produit en 1821
( i45) un montant extraordinaire , et que cet excès de produit avait probablement eu pour cause un excès de dépenses occasionnées par les fêtes qui accompagnèrent le couronnement de Sa Majesté. Mais si , regardant le quartier d'octobre 1 821 comme offrant un produit hors des limites ordinaires, nous lui comparons le même quartier pour 1822 , et que nous ayons égard à la remise faite de plusieurs droits et à celle qui s'opère encore maintenant , nous aurons de justes motifs de nous féliciter de l'état prospère de notre revenu.
La remise des taxes produisit, pendant ce quartier, des effets très-remarquables; mais la diminution cependant n'affecta que les droits supprimés , ou du moins diminués , et les prin*- <iipales branches du revenu, laissées intactes par les ministres , présentèrent toutes , au contraire, des accroissemens.Les douanes offrirent, itiiilgré la suppression des droits sur le tonnage (quarante-cinq mille livres) , un accroissement de quatre-vingt-dix-sept mille livres ; et si Ton retranche du produit total celui des articles de l'excise soumis à la diminution des droits, on trouvera sur tous les autres un excédant de plus de trois cent mille livres. Si nous ne voulions ménager les momens dli lecteur, il nous
serait facile, en entrant dans une comparaison et un examen détaillés, de lui montrer que tous les articles non affectés par la réduction des taxes ont éprouvé un accroissement de quatre cent soixante mille livres. L'augmentation du produit du thé, par exemple, fut de trois cent onze mille cent trente-six livres ; celle du tabac de cent trente-trois mille six cent quatorze, et celle des spiritueux anglais et étrangers de plus d'un demi-million.
Au moment où sont écrites ces observations, les états du quartier finissant au 5 janvier 1825 n'ont pas encore été publiés: ainsi nous ne devons rien anticiper sur cette publication ; mais nous pouvons assurer que le résultat ne tromr pera pas l'espoir du public.
Il serait injuste, en retraçant l'état de nos revenus intérieurs, d'omettre un fait particulier aux temps présens , lequel est une marque non moins certaine de l'accroissement de la prospérité publique, que de l'esprit d'indépendance et d'économie, et dont l'effet doit nécessairement se faire remarquer avant peu , et dans le développement du caractère national, et dans l'amélioration apportée à la condition générale du peuple : nous voulons parler du système des banques d'épargnes. Tout ce qui tend
d'une manière quelconque à accroître la propriété et les capitaux , dans quelque proportion que ce soit, favorise l'esprit d'indépendance et développe les richesses et le caractère national. Les banques d'épargnes sont des établissemens pour les classes les moins élevées , et la solidité qu'elles acquièrent chaque jour n'est pas moins favorable à leur développement qu'à leur importance morale. En 182 1 , elles reçurent en dépôt une valeur d'un million trois cent mille livres, et le rapport des commissaires pour le rachat de la dette nationale (sous le nom desquels est établi le fonds des banques d'épargnes) n'est pas encore connu pour l'année 1822; mais il présentera , selon toute apparence , un accroissement très -considérable. Le montant de l'intérêt payé ou crédité aux banques d'épargnes pour 1822, s'éleva à cent soixante-seize mille cinq cent cinq livres, et à l'époque du 5 janvier dernier, elles possédaient, sous le nom des commissaires, et cela pour l'Angleterre seulement ^ la somme prodigieuse de cinq millions huit cent soixante-dix-sept mille livres, accumulés dans le court espace de quatre ans.
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