‹ État de l'Eglise d'Alsace avant la RevolutionChapitre 26 sur 27 · Œuvres inédits. T. VI · texte numérisé non relu

Œuvres inédits. T. VI

in Sales, si ta in jurisdictione Rudolphi comitis de Habsbiirg^ in prœsentia religiosi viri abbatis Hugonis curiœ. Calmet, T. I, p. 186. Rodolphe de Habsbourg était alors possesseur de la seigneurie de Ville ou d'Ortenberg Dans la guerre de la ville de Strasbourg avec Gauthier de Géroldseck , le comte Rodolphe , ayant pris parti contre Tévêque , vit ses terres -du val ravagées par les troupes épiscopales. Elles vinrent jusqu'à Bruche, Neubourg et Saales qu'elles incendièrent. — L'église de Saales dépendait princiitivement de l'abbaye de Senones ; elle ne fut érigée en paroisse que vers le niilieu du XlII*' siècle. Après les guerres elle devint annexe de l'église de Bruche, tout en conservant dans les statistiques le rang paroissial. Voici ce que je lis dans un état des bénéfices ecclésiastiques de la seigneurie de Ville de l'an 1665 : « Seel. S. Barthelentiy est patron de l'église. Celle-ci a 2 fl., 5sch. dcrevenus. L'église ayant été brûlée, on la rebâtit avec les capitaux. Le collateur possède la moitié de la dîme, et le curé l'autre moitié. En 1660 elle a rapporté 80 sacs de seigle et 20 sacs d'avoine ; elle rapportait autrefois au collateur et au curé 96 sacs. La dîme extraordinaire est au curé sur deux cantons et sur trois autres champs. Elle produit actuellement 5 sacs , moitié seigle , moitié avoine, et autrefois elle rapportait 10 sacs. La cure donne à des chanoines de Saint -Dié 3 sacs , moitié seigle , moitié avoine. » Le seigneur de Ville était collateur de la cure. Outre les avantages que lui conférait le droit de patronage , il en avait d'autres plus considérables qui lui venaient de son droit seigneurial. — Les registres de la paroisse font mention d'un primissariat , d'une confrérie du Saint-

Sacrement érigée par bulle de Clément X, ainsi que d'anciennes confréries des Trépassés, de Saint-Sébastien, de Saint-Nicolas, de Sainte-Barbe et de Sainte-Agathe. H est aussi question d'un droit de bénis-fonts , c'est-à-dire du premier baptême célébré après Pâques et Pentecôte, pour lequel le curé percevait selon V ancien usage, 4 schillings ou 4 pots de vin. Un acte de baptême (1674) d'un enfant illégitime consigne la coutume immémoriale de la paroisse et du voisinage, d'après laquelle toultfil le délinquante était tenue de donner 25 aunes de toile blanche, et le père d'icelle une livre de cire à l'église , le tout en satisfaction et réparation du scandale donné par la dite fille. Enfin, dans un autre acte se trouve rapporté l'incident suivant : « le 6 novembre 1874 , un enfant était devant l'église de Saales pour être présenté au saint baptême, quand une grande alarme d'une course de soldats qui vinrent piller Colrojr-Lor raine fit fuir les assistants à la cérémonie , et causa la division des dites cérémonies d'avec le baptême qui fut conféré seul. » — Je transcris, en finisant, quelques notes décousues sur les diflférentes localités de la paroisse. Le village de Bourg, appelé Nôvum- Castrum ou Neubourg dans la chronique de Senones , était jadis en renom pour ses mines de fer. Bruche ou Brusca tient son nom du ruisseau qui prend sa source au Climont et qui, devenu rivière, fait sur son parcours le jeu productif des usines et des moulins. Au Hang,ily avait des verreries et une chapelle de Saint-Laurent dont il ne reste plus de trace. Près de Saales on rencontre la Bonne- Fontaine dite Gutenbrunn^ où se trouvait la chapelle de S. Gondelbert, qui , au rapport de la tradition, servit de retraite au saint archevêque de Sens, le

fondateur de l'abbaye de Senones. Enfin, au-dessus de Provenchères s'élève le monticule qui porte les ruines du Spitzenberg; l'abbaye de Baumgarten obtint en 1182 le droit de pâturage sur les terres de ce château.

— ScHERviLLÉ ou ScHERWEiLER, situé sur la Schcer, est un ancien village ; il faisait partie des biens que le duc Attic légua au couvent d'Ebersmûnster, ainsi que le rapporte la charte de Carloman de 777 , et celle de Louis-le- Débonnaire de 818, où il est dit : « In Scereipilre, curtis dominica cumvineis, et agris et pratis^ mansus censuales et curtes ipsorum^ et bannus ipsius prœdii et vilicatio inipsam curtini dominicam pertinet \decimœ salie œ terrœ ad portant monasterii respiciunt, » Ce village eut le privilège de servir pendant un an de lieu de refuge à l'enfant providentiel qu'un père altier poursuivait de sa haine aveugle. Aussi Schervillé conserva-t-il avec piété la mémoire de Ste Odile. D'anciens documents font mention d'une chapelle de Sainte-Odile , érigée à Scherwillé, sur un terrain que Brunon, grand-prévôt de là cathédrale, avait donné en 1118 au grand-chapitre. Cette chapelle devint une église paroissiale , dite inférieure ; le grand chapitre y fonda en 1202 une prébende ou vicariat perpétuel ; et en 1294 un noble , Otton de Rosheim, y éleva un autel à Notre-Dame qu'il dota d'un bénéfice à la collation du grand-chapitre. Les deux prêtres pourvus de ces bénéfices , sont nommés dans une charte de 1306 : « Gerhardus rector capelle S. Odilie in Schenpilre, et Volmarus sacerdos altaris S. Marie capelle pr édicté. » Grandidier, Œuvres hist. inéd. T. 6. La chapelle actuelle de Sainte-Odile , toujours fréquentée par les pèlerins , occupe l'emplacement de l'ancienne

chapelle ou église dont il vient d'être question. Elle possède une relique de Ste Odile , qui lui fut donnée en 1836 lors de l'ouverture canonique de son tombeau. L'église paroissiale de Saint-Pierre et de Saint-Paul fut unie en 1258 à l'abbaye de Honcourt, à laquelleRodolphe de Habsbonrg céda le droit de patronage ainsi que sa cour : le vicariat perpétuel qui prit la place du rectorat était à la collation du grand-prévôt. Notre statistique constate qu'au moment de la Révolution , l'abbaye d'Andlau, héritière de celle de Honcourt , et le grandchapitre possédaient encore la jouissance alternative de cette cure. Le village de Schervillé relevait de la seigneurie de Ville. 11 fut brûlé en 1374 par Jean I*% duc de Lorraine, et eh 15251e duc Antoine remporta sa victoire décisive sur les Rustauds, aux lueurs de Schervillé en flammes. — Au-dessus de Schervillé s'élève la magnifique ruine granitique de l'Ortenberg ou Ortenbourg, château érigé vers l'an 1000 par le comte Wernher. Il était longtemps le chef-lieu de la seigneurie du Val, appelé Albertina vallis^ Albrechtsthal , nom qui lui vient soit d'Adelbert, arrière petit-fils d'Attic, soit du comte Albert de Hohenberg, qui donna cette seigneurie en dot à sa sœur Anne , lorsqu'elle épousa Rodolphe de Habsbourg. Un peu plus bas on aperçoit le château de Ramsteinque le landvogt d'Alsace, Otton d'Ochsenstein, bâtit en 1292, ainsi que le château de Schervillé, dans le dessein de réduire la forteresse d'Ortenberg occupée par les partisans de l'empereur Albert. Il fut pris et démoli en 1429 par les Strasbourgeois. Dieffenthal, qui ne forme qu'une même commune et paroisse avec Schervillé, figure dans la bulle d'Alexandre III, de

1 180, parmi les biens du couvent d'Eschau, sous le nom de Diefendale. La sœur du comte Wernher donna à l'abbaye de Honcourt vineam in TieffenthaL

— ScHLESTADT OU ScHLETTSTADT. Les historicns ne font défaut ni à la ville ni à l'église de Schlestadt : chroniques , revues et monographies en ont traité. Donnons en un résumé succinct. — Schlestadt est cité pour la première fois en 727 dans un titre de l'abbaye de Murbach , à laquelle le comte Eberhard légua des biens situés à Selastat. Ce n'était primitivement qu'un hameau de pêcheurs établis sur la rive gauche de l'Ill, lequel sous les rois francs apparaît comme une villa royale avec palais. Charlemagne y vint célébrer les fêtes de Noël en Tannée 775, et Charles-le-Gros y séjourna à deux reprises, en 884 et 886. Ce domaine royal devint en grande partie une terre allodiale des comtes de la Basse-Alsace. « In fundo nostro , est -il dit dans la charte de fondation de l'église de Sainte-Foi, predium quod in Slezestat villa, in pago Alsatie , et in comitatu Kiricheim, hereditario jure possidemus. » Sous Frédéric II, le landvogt Wœlfelin , surnommé le Thésée de l'Alsace, fit entourer en 1216 Schlestadt de murs, et Rodolphe de Habsbourg le plaça sous la juridiction immédiate de l'empire. Parmi les villes libres d'Alsace, Schlestadt vint immédiatement après Haguenau et Colmar, et il fut le dépositaire des archives de la Décapole. Henri VII lui incorpora en 1310 le village de Burner, et Louis de Bavière celui de Kintzheim. — Après ce court exposé, auquel je ne saurais, sans m'écarter de mon but, ajouter d'autres détails concernant la vie civile, militaire et politique de la ville de Schlestadt , je prie le

lecteur de me suivre à l'église paroissiale de Saint- George. Celle-ci jouit d'une haute antiquité. Elle se révèle d'abord sous la forme d'une chapelle que Charlemagne donna à l'église de Coire ainsi que le rapporte la charte confirmative de Louis-le- Débonnaire de 836: « Res quœ sunt in pago Elisacensi^ in loco qui dicitur Sele^istata, capella videlicet cum omnibus ad se pertinenbus. » Dans un titre de 953 par lequel l'empereur Otton confirme à son tour la libéralité de Charlemagne , on lit : « Hoc est in villa Sele:{\istat ecclesia cum omnibus ihi legaliter pertinentibus, decimisœ prœdiis , ac mancipiis. » Nous sommes ici en présence d'une église qui a des dîmes, un corps de biens ; c'est donc une église paroissiale. Elle est expressément nommée dans la charte de fondation de Sainte-Foi : « et atrium ipsius ecclesia?,

NEQUE BAPTISMALIS ECCLESIA PRESBYTER, nCC aliquis clc-

ricorum aut laicorum inquietare prœsumat. » Enfin dans l'acte qui relate la fondation de la chapellenie faite en 1370 par Walther de Duringheim en faveur de la chapelle des Lépreux, il est fait mention de l'église paroissiale dédiée à la Sainte-Croix et à Sainte-Catherine, ainsi que d'Eberhard de Kybourg, curé-recteur de cette église in Slec^stat. Quant au monument lui-même , il remonte dans quelques parties à l'ère romane ; au XIV* siècle, il subit une transformation complète dans le style ogival, et c'est sans doute à cette époque qu'il fut dédié à S. George et à Ste Agnès; enfin, la tour et le chœur sont l'œuvre du XV* siècle. Cette église et sa tour, dit Schœpflin méritent d'être placées parmi les édifices remarquables de l'Alsace. Voici ce qu'en dit Beatus Rhenanus, dans son livre 3 Rer. Germ. p. 543 : « Habet hoc oppidum

parochiale templwn et unicum et omnium antiquissimum, cujus lapidea structura una cum turre satis quidem magnifica est , sed recentior. Olim hand dubio simplicius fuit et angustius^ sanctœ Cruci, divœque Catharinœ dicatum. Sed postea D. Georgius et Agnes in adyti (quod chorum vacant) tiitelam asciti soli nunc régnant , veterum nulla memoria, prœter picturam, » Avant la Réforme il y avait 13 chapellePaies dans la paroisse de Saint -George, à savoir : les chapellenies de la Sainte- Vierge , de Saint- Jean, de Saint-Pierre, de Saint-Josse, de Sainte -Agathe, de Saint-Laurent, de Saint-Antoine, de Saint-Nicolas et de Sainte-Catherine , toutes dans l'église paroissiale. Celles du Saint-Esprit et de Saint-Nicolas, à l'hôpital. La chapellenie de Saint-Léonard, dans la chapelle de la Léproserie fondée en 1290 et dédiée à Ste Catherine et S. Nicolas. Le curé prit le titre de ce bénéfice et signait « curé-recteur de Saint-George et de Saint -Léonard.-» Enfin, la chapellenie de Saint-Nicolas, dans la chapelle du faubourg, qui selon quelques-uns aurait été l'ancienne église paroissiale , tandis que d'autres cherchent le berceau de la paroisse dans l'ancienne chapelle de Saint-Michel , sur le cimetière attenant à l'église de Saint-George. Ces 13 chapellenies , qui avaient été à la collation du curé- recteur et du grand-prévôt de la cathédrale , furent réduites en 1513 par Guillaume de Honstein au nombre de six, et le patronage en fut abandonné au magistrat. Après la Réforme il ne resta plus que trois de ces bénéfices. Dans cette énumération, il ne faut pas oublier la chapelle de Sainte-Anne située près du Niederthor et démolie durant la Révolution ; celle de l'Ill , bâtie en 1455 et dédiée à Notre-Dame-des

Neiges, lieu de pèlerinage fréquenté; enfin la chapelle de Saint-Symphorien, le patron de l'ancien village de Burner. Cette chapelle ou église était encore vers la fin du XV* siècle le titre d'un rectorat qui avait été uni en 1313 par Henri , roi des Romains , à Tabbaye de Baumgarten. La paroisse de Saint-George était à la collation du magistrat; le curé, l'abbesse d'Andlau et le grandprévôt étaient décimateurs, chacun pour une part de la dîme en grains, et celle du vin revenait moitié au recteur, moitié à l'abbesse et au grand-prévôt. Ces droits, l'abbaye d'Andlau les avait hérités de HugshofFen qui possédait une cour à Schlestadt , et le grand-prévôt les tenait peut-être d'une ancienne donation de l'empereur S. Henri, à laquelle le nccrologe de la cathédrale fait allusion dans l'annotation suivante : « /// idus julii^ Heinrichus imperator obiit : de Schlehestat plénum servitium. » — Durant les troubles religieux du XVP siècle, ce fut surtout l'attitude du patron de la cure, de l'énergique prévôt Melchior Ergersheim , qui empêcha dans Schlestadt l'établissement du protestantisme, auquel le curé apostat Seidenstricker , plus connu sous le nom de Phrygio , essaya d'amener ses ouailles. Une basse intrigue ourdie par un nommé Jacques Schutz de Traubach, réussit un instant à compromettre gravement la situation du prévôt et de la cause qu'il soutenait. Mais la calomnie fut mise au jour ; le prévôt emprisonné fut relâché et revint à Schlestadt, et le calomniateur paya de sa vie le forfait qu'il avait commis. La sanglante défaite que le duc de Lorraine infligea aux Rustauds, acheva de dissoudre le parti de Seidenstricker. Celui-ci, expulsé de la ville, s'en alla exercer succès-

sivement le ministère de la Parole à Mulhouse et à Bâle, où il mourut en 1543. — L'église de Saint-George, qui nous a occupé jusqu'à-présent, était un vrai Panthéon pour tous ceux qui avaient illustré la ville de Schlestadt. On y lisait autrefois les épitaphes de Craton Hoffmann et de Jacques Wimpfeling, des Spiegel , de Jean Maius et de Beatus Arnoldus, de Laurent Bosch et de Jacques Œxel dit Taurellus, de Florent Gebwiller et de Beatus Rhenanus. Ces noms nous rappellent la célèbre école littéraire qui jeta un si vif éclat sur la ville et qui produisit tant d'hommes remarquables par leurs talents et leur érudition, tels que les Murrho de Colmar, les Hahn et Berler de Rouffach , les Spiegel et Hugo de Schlestadt, et surtout , parmi d'autres encore, Beatus Rhenanus, la gloire de 1 école. Fondée vers l'an 1450 par Louis Dringenberg de la Westphalie et disciple de Thomas-à-Kempis, elle fut dirigée successivement par Craton Hoffmann d'Udenheim ^ Jérôme Gebwiller de Horbourg , Vit de Rothenbourg. Sous Jean Witz ou Sapidus de Schlestadt, qui embrassa la Réforme, on vit disparaître cette riche pépinière de savants. A elle seule, la ville de Schlestadt pourrait fournir ample matière à un De viris illustribus. Nous en avons déjà cité plusieurs ; nommons encore : le franciscain Hugo et le trop célèbre dominicain Butzer; et parmi les modernes : G. Hahn, controversiste; W. Zumsteeg, auteur d'un recueil de sermons, intitule le Zodiacus cœlestis ; G. Rippel, à qui Ton doit un livre sur les beautés du culte catholique ;

1. Sur la foi de Grandidier, Œuv. hist. inéd., j'ai fait naître Craton HofYmann dans notre Uttenheim d'Alsace , tandis que cette gloire revient à Udenheim du Bas-Palatinat.

C. Haerst, prieur du couvent de Saint-Marc et pianiste distingué ; Karcher, auteur du Rituel de Strasbourg; le P. Bœgert, jésuite-missionnaire en Californie; I. Lantz, évèque de Dora et suffragant de Strasbourg ; A. Denneville, prédicateur de controverse; A. Jean-Jean, supérieur du séminaire et recteur de l'académie de Strasbourg, qui nous a laissé un sermonnaire très-estimé. — Schlestadt n'était pas moins riche en fondations religieuses qu'en hommes célèbres. A l'ombre de l'église paroissiale on voyait s'élever les églises et les pieux asiles des Franciscains et des Johannites, des Frères- Prêcheurs et des Dominicaines, des Jésuites et des Capucins. Et comment pourrais~je oublier l'illustre prévôté des Fils de S. Benoît, avec son antique église monumentale de Sainte-Foi, le berceau de la ville de Schlestadt ! Aussi nous nous proposons de la visiter plus tard avec attention. Après la suppression des Jésuites , l'église de Sainte-Foi fut desservie par un prêtre séculier à la nomination de l'évêque. Elle était le siège de la confrérie des artisans et de celle des bourgeois, érigée l'une en 1504, l'autre en 1615, et unies toutes deux en 1767. Ce n'est qu'au commencement du siècle, en 1805, qu'elle devint paroisse; et en 1847, la succursale fut élevée au rang de cure. L'abbé Vion , vicaire de Saint-George et plus tard archiprètre de la cathédrale, fut le premier desservant de la paroisse de Sainte-Foi. — BeatusRhenanus comptait de son temps, à Schlestadt, 2600 communiants, et Grandidier 1430 familles. Celuici signale chez les Schlestadiens l'amour de la danse, et pelui-là s'exprime à leur sujet, de la façon suivante : « populus simplex ac tennis^ ut vinitorum fert conditio;

prœterea commessationibus paulo addictior. » De fait , M. Gérard dans sa charmante bluette, l'Ancienne Alsace à table, énumère les nombreuses occasions périodiques que la bonne ville sut mettre à profit pour se servir à dîner. Quoi qu'il en soit, l'ancien Schlestadt, puisque c'est de lui qu'il est question, s'est montré brave à la guerre, docte à l'école, et fidèle à la Foi de ses pères.

— Ville ou WEiLERCst l'endroit principal de la vallée, ainsi que le chef-lieu de l'ancienne seigneurie, auxquelles \ il a donné son nom. Le val que nous avons parcouru i en tous sens avant de nous arrêter à Ville même et que I- les anciens titres appellent Obrechtsthal , Albrechtsthal ^ l Visenvallis , comprenait : 1° la seigneurie de Thanvillé ■ qui faisait partie de la Lorraine ; 2° le Comte-Ban, propriété du grand-chapitre ; 3° la seigneurie de Ville, appelée anciennement seigneurie d'Ortenberg du nom de son château principal. Il renferme une trentaine de villages avec les châteaux d'Ortenberg , de Ramstein, de Franckenbourg et de Bilstein. Aussi fertile que pittoresque, le val de Ville étale ses richesses , ses forêts, ses prés, ses terres , ses vignes jusque sur le sommet des collines , derrière lesquelles s'élèvent les hautes montagnes qui le séparent au nord du Steinthal et de la vallée d'Andlau, au couchant du val de Saint-Dié, et au midi de celui de Lièpvre. Une très-ancienne route de communication reliait la vallée à la Lorraine, d'abord par Urbeis, et plus tard par Steige. Ce passage fut bien souvent funeste aux paisibles habitants du val, lesquels jusqu'aux derniers temps eurent à subir le contre coup des guerres qui ont désolé le pays. — Quant à la seigneurie, elle s'exerçait sur une étendue de 7 lieues de

longueur et 4 lieues de largeur , elle renfermait 3 châteaux,. 22 villages avec plusieurs hameau j, qui formaient un ensemble de 1700 feux, répartis entre sept paroisses. Dans son History de Hohenburg^ Albrecht rapporte que lors du partage des vastes domaines du duc Attic, Batacon obtint pour sa part le val de Ville qui fut érigé en comté. A Batacon succéda Boron, le fondateur de l'abbaye de Berenmunster dans l'Ergau. Les deux fils de Boron, Adelbert et Hugues, moururent sans laisser de postérité. Le premier aurait donné son nom à la vallée, et au second il faudrait attribuer la fondation primitive du couvent de HugshofFen. Tels furent les premiers seigneurs du val. A partir de Charlemagne les comtes de la ligne directe d'Attic disparaissent, l'empire reprend ses droits dont il céda une partie à révoque de Strasbourg. Durant la période allemande nous voyons se succéder dans la seigneurie les comtes d'Ortenberg, de Hûrningen et de Habsbourg, l'évèque de Strasbourg et les Mùllenheim , les barons de Bollwiller et les comtes de Fugger. Louis XIV la donna auxZurlauben en faveur desquels il l'érigea en baronnie, puis en comté. Enfin en 1759 une alliance matrimoniale la transféra aux comtes de Choiseul-Meuse qui la conservèrent jusqu'à la révolution.

Après ce coup d'œil jeté sur le val et la seigneurie, entrons dans la petite ville dont le nom apparaît pour la première fois en 829 dans une charte confirmative de Louis-le-Dcbonnaire en faveur de l'abbaye d'Ebersheim : « In Wib^e curtis dominica, ecclesia cutn decimis suis. » On sait que le couvent d'Ebersheim fut fondé par le duc Elichon et que ses descendants possédèrent

la seigneurie du val; de là Torigine de cette donation que mentionne la charte précitée. L'abbaye d'Ebersheim perdit les biens de l'église de Ville , mais ce ne fut qu'au profit de la maison-sœur de HugshofFen , à laquelle Adélaïde, petite fille du comte Wernher, les céda par une donation que le pape Callixte II ratifia en 1120. Dans les lettres de l'évèque Berthold, de 1241, l'abbé de H encourt est nommé « verus patronus ecclesiœ de Wilre invalle Alberti. On y lit aussi le nom de Hugo, pléban de Wilra succédant à Eberold, recteur de la dite église. C'est donc en cette année que l'église de Ville fut unie à l'abbaye de Honcourt et que le rectorat fut converti en plébanat. L'abbaye d'Andlau en sa qualité d'héritière de Honcourt, obtint et conserva jusqu'à la révolution le patronage de cette paroisse. Ses annexes étaient : Triembach ou Trubenbach en 1303 ; Gharbes ou Mittelscheer ; Lalaye ou Lach qui au XII figure parmi les possessions de l'abbaye de Neubourg sous le nom degrangia Lachen; Bassenberg estimé pour son vin rouge ; Urbeis ou Orbeis avec une partie du Climont, dont il a été question plus haut ; enfin, Erlenbach ou Albé qui au temps de Schœpflin était le village le plus considérable de la seigneurie. Cet endroit est situé au pied de V Qngersberg, un des sommets les plus élevés des Vosges dans la Basse- Alsace. Sans chercher à ce nom d'Ungersberg une paternité hongroise, je l'appellerai plutôt Untersberg par rapport au Hohwald qui est plus élevé , d'autant plus que près de Reichsfelden on rencontre le gradin inférieur de cette chaîne de montagnes, appelé le Niedersberg. L'Ungersberg sépare le val d'Andlau de celui de Ville ; il fut en 1495 le théâtre de l'insurrection du

Bundschuh qui préluda à la guerre des Rustauds et à la tête de laquelle on vit Jean Uhlmann, ancien bourguemeistre de Schlestadt, Jacques Hanzers de Blienschwiller et Nicolas Ziegler de Stotzheini. Les malheureux chefs de cette sédition furent pris et écartelés. Mais revenons à notre paroisse. L'abbesse d'Andlau en était la décimatrice.- Un acte de 1664 nous apprend qu'en cette année la dîme du vin lui rapporta à Ville, 2 foudres et 15 mesures, et celle en grains 30 sacs, moitié froment et moitié seigle, et 8 sacs d'avoine. Elle donnait au curé pour sa compétence 72 mesures de vin , 25 sacs de seigle et 55 sacs d'avoine. De plus , 20 florins pour dire chaque samedi une messe à Erlenbach. he curé percevait encore 2 florins , 3 schillings de l'hôpital , 8 schillings de la confrérie de Sainte-Barbe , 10 florins des offrandes aux grandes fêtes de l'année. Il y avait dans l'église paroissiale une confrérie du Saint-Sacrement érigée le 5 octobre 1769 , et deux chapellenies, l'une de l'autel de la Ste-Vierge , ancien pèlerinage encore fréquenté de nos jours, et l'autre de la chapelle de Sainte-Catherine sur le cimetière. Ces deux bénéfices furent remplacés par le primissariat dont la collation appartint aux maires de la commune. L'église a été reconstruite en 17r>7. Le bourg de Villéétait autrefois fortifié, entouré de fossés, d'un mur d'enceinte flanqué de tours avec château et portes d'entrée. Une partie de ces fortifications tombèrent sous les coups des Armagnacs et des Bourguignons conduits par le cruel Pierre de Hagenbach ; les Suédois démolirent le reste.

Voici en terminant la description de Tarchiprêtré de Schlestadt, faite en 1663 par le vicaire général Pleister.

CAPITULUM SELESTADIENSÈ.

FIujus Capituli Archipresbyter est Constantinus Held Rector urbis imperialis Selestadiensis canonicus .'senioris sancti Pétri Argentinœ.

Selestatt. Leberau. Stcy.

Sanct-Pildt. Sanct-Creutz. Gœllerey et Rorspach.

Orschwcyer. Markirch. Petersholtz.

Kientzen. Weyler. Dambach.

Kcstenholz. Sanct-Martin. Ebershcim.

Scherweyler. Breitenbach. Neukirch.

Ab avita Religione in hoc Capitulo defecerunt ad Lutheranismum quatuor parochialcs Ecclesiœ, una cum aliquot filialibus.

Dans l'ordre alphabétique la paroisse de Ville ferme l'archiprôtré de Schlestadt, lequel dans le même ordre est le dernier archiprêtré du diocèse. Nous avons donc fini pour le moment une partie de la tâche que nous avons entreprise et nous sommes au bout de notre pèlerinage à travers l'Eglise de Strasbourg. Celle-ci étendait encore sa juridiction spirituelle et temporelle audelà du Rhin, où elle possédait les trois chapitres ruraux de Lahr, d'Offenbourg et d'Ottersweier. Mais la rive droite du Rhin, ce n'est plus l'Alsace. Je me bornerai donc à de simples indications statistiques au sujet de ces trois archiprêtrés.

I. Le chapitre de Lahr ou d'Ettenheim comptait 34 paroisses, 44 éghses , 30 chapelles et 6 églises mixtes, 4940 familles catholiques, contre 1520 familles protestantes et 64 Israélites. La souveraineté temporelle des évêques de Strasbourg sur la marche d'Ettenheim remonte au X^ siècle.

Voici les paroisses de cet archiprêtré :

Altdorf, ég. par. S.-Nicolas. Oberschopf-

Berghauptkn

S. -George.

HEIM, ég.

par

. S.-Léger.

Kappel-«ur-

Orschweier,

S -Michel.

le-Rhin,

S.-Cyprien.

Ottenheim,

S.-GalL

Ettenheim,

S. -Barthélémy

Prinzbach,

S.-Maurice.

Etteniii:im-

RiNGSHEIM,

S.-Jean-Bapt.

MUNSTEFi,

r Assomption.

Ruest,

S. -Pierre- ès-

Friesenhi:im,

S. -Laurent.

liens.

Grafenhau-

SCHUTTEREN,

l* Assomption.

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