NOMBRE DES ECCLÉSIASTIQUES
Pour le nombre des ecclésiastiques, il y a environ deux mille deux cent quatre-vingt-cinq ecclésiastiques séculiers, trois cent trente-sept religieux et huit cent soLxante-dix-sept religieuses.
L'on peut dire, en général, que les uns et les autres sont de très-bonnes mœurs, et qui s'acquittent des devoirs et fonctions de leur état ; mais l'on ne voit pas que beaucoup se distinguent dans aucun genre de science, piété ou vertu. L'on dira seulement que, du costé d'Argentan et Falaise, les ecclésiastiques et les religieux s'appliquent davantage à l'étude et à la prédication. Il y a plusieurs docteurs de Sor-
(1) Le Bois-Normand-en-Ouche, canton de Ruglcs (Eure), autrefois de Télection de Conchcs et du diocèse d'Evreux.
(2) Châtaincourt, canton de Brézolles (Eure-et-Loir), autrefois de Télection de Vemeuil et du diocèse de Chartres, doyenné de Dreux.
(3) Saint-Ange, canton de Ch&teauneuf (Eure-et-Loir), autrefois de l'élection de Vemeuil et du diocèse de Chartres, doyenné de Dreux.
(4) Maillebois, canton de Châteauneuf (Eure-et-Loir), autrefois de Télection de Vemeuil et du diocèse de Chartres, doyenné de Dreux.
(5) Digni, canton de Senonches (Eure-et-Loir), autrefois de Télectioa de Vemeuil et du diocèse de Chartres, doyenné de Dreux.
bonne et particulièrement parniy les religieux, lesquels sont estimés <^ans le public.
L'on ne peut omettre au moins en particulier l'abbé du Val, qui, pour rétablir de toutes manières cette abbaye, désolée par des religieux sans réforme, y a fait succéder une communauté de huit ou dix religieux en règle, et, après y avoir . pris l'habit , il y a environ vingt-cinq ou trente ans qu'il a été pourvu en commande de la ditef abbaye, consomme le revenu à réparer l'église, les bastiments et lieux claustraux entièrement ruinés, mène avec ses religieux une vie dont la dévotion et la piété édifient beaucoup le public et attire en cette maison beaucoup de retraites de gens de bien et de qualité.
L'on rie dira rien de Messieurs les Evesques de Lizieux et de Sées, sinon que le premier est frère de Monsieur de Matignon, lieutenant-général pour le Roy en Basse-Normandie, et l'autre s'appelle Savary (i) et a esté longtemps aumosnier de la feue Reine.
GOUVERNEiMENT MILITAIRE
Le Duché d'Alençon et les autres pays cy-dessus marqués, dont la situation est, partie en la haute et partie en la basse Normandie, dépendent aussi des gouvernements de cette province, à l'exception du Timerais, qui, comme il a esté déjà dit, est du gouvernement de l'Isle-de-France.
(I) Matiiurin Savary, évêque de Sées, mourut le i6 août 1698. Le Manuscrit G. ^ donne la variante suivante : « et Tautre est fils de M. d*Âquin,
autrefois premier médecin du Roy » — Louis d*Aquin fût nommé évéque de Sées le i*r novembre 1698.
Monsieur le marquis de L^Aigle ( i ) est lieutenant de Roy en Normandie, pour le bailliage d*Âlençon. Le Roy n'a aucune place forte dans toute retendue de ce pays.
Il y avoit cependant autrefois des chasteaux assez forts, entre autres celuy de Falaise où l'on voit encore un donjon et une tour, bastie de pierres de taille, sur une haute roche escarpée de toutes parts, avec des fossés très-profonds, dans lesquels couloit autrefois la petite rivière d'Ânte qui a pris un autre cours. Il y a un puits (2) inépuisable, de plus de soixante-huit brassées de profondeur, dans la dite tour, qui est très-élevée, et quoyque très-ancienne, elle paroist nouvellement faite, par la bonté de la maçonnerie (3), n'y ayant que quelques créneaux ruinés sur la hauteur de la tour, qui commande sur un autre rocher qui luy est opposé et attaché à une plaine en brières, de deux ou trois lieues d'étendue, appellée Noron.
Ceux de Domfront et Exmes ont esté bastis, selon l'histoire, du temps de Jules César (4). Orbec, Essay, Gacey et quelques autres appartiennent à des seigneurs particuliers.
(i) Louis des Acres, lieutenant de roi pour les bailliages d*Alençon et d*Evreux, était né en 1642 et avait succédé à Jacques des Acres, son père, dans le marquisat de Laigle, en 1669 ; il mourut en 1717.
(3) Les auteurs, qui ont écrit sur Falaise, notamment Galeron {Statistique de V arrondissement de Falaise^ p. 826), font mention de ce puits.
(3) Galeron, ibid.^ t. i, p. 3i6.
(4) Suivant Orderic Vital (Historix ecclesiasticœ libro vi, t. m, p. 55, de Tédition A. Le Prévost), le chAteau d*Exmes aurait opposé une vive résistance à César. Cette opinion a été répétée par les historiens modernes, notamment par Mannoury de Pertheville (Abrégé des choses mémorables de la ville et vicomte d'Argentan^ Annuaire de VOme^ 1864, p. 3io). Quant à
Ceux d'Alençon et de Verneuil, quoyque dans une situation moins élevée et moins avantageuse, ont passé aussy pour des bonnes places. L'on voit encore à celuy d'Alençon un donjon et quelques tours qui en flanquent rentrée et se sont assez bien soutenues contre l'injure du temps.
Domfront, ni Julien Pitard {Notice sur les seigneurs de Domfront, publiée dansVAnnuaire de VOrne de 1Ô69), ni Thébaultde Champassais (Mémoire historique sur la vUle et domaine de Domfront^ publié dans VAnnuaire de rOme de 1868), ne parlent pas de Tantiquité fabuleuse qu*on assigne ici au château de Domfront.
Le château d'Orbec avait été engagé au xvii« siècle à la dame de Balagny (de Caumont, Statistique monumentale de Varrondissemmt de Lisieux, p. 794). Le 7 décembre 1697, le domaine d*Orbec fut engagé à Antoine de Bernard, marquis d'Avemes, moyennant la somme de 74,000 livres à la charge de 211 livres de rente (Archives de TOme, C 2).
Le château d*£ssai fut achevé de détruire en 1616 et Marie de Médicis fit construire une prison avec ses débris (Odolant Desnos, Mémoires historiques sur Alençon^ t. u, p. 353 et 362). Le domaine d'Essai fut engagé, en 1623, au maréchal de Marillac et ensuite à Louis de Rochechouart, comte de Maure, qui séjourna quelquefois à Essai où il fit construire une maison (L. de la Sicotière, le Dépariement de TOme archéologique et pittoresque^ p. 163) — Registres-mémoriaux de la chambre des comptes de Normandie^ p. 189). Ce domaine fut, dans la suite, engagé à M. Blin, fermier général. En 1716, le sieur Coustard était engagiste du domaine d*Essai {Registres-Mémoriaux^ p. 339, 3).
Le château et le domaine de Gacé étaient la propriété des Matignon. Les Archives de TOme, série E, renferment de nombreux documents sur ce fief (V. Recherches sur Phistoire de la ville de Verneuil, à la suite de V Histoire des antiquités de la ville de Laigle^ par Vaugeois).
On conserve aux Archives de TOme, série C, 343-344, des vues perspec tives du donjon d'Alençon au xviu« siècle.
Les régiments de milices furent institués par une ordonnance royale du mois de décembre 1688. qui prescrivit aux intendants de faire procéder, dans chaque paroisse de leur généralité, au choix d'un ou plusieurs
Pendant la guerre commencée en 1688, la Généralité d^Alençon a fourny un régiment de milice de dix-huit compagnies» entretenues sur pied jusques en Tannée 1696, que le dit régiment a esté réduit à. neuf compagnies» qui ont servy en campagne jusqu*à ce qu*elles ayent été congédiées (i).
Il y a une maréchaussée à Alençon» composée d*un vicebailli qui a sous luy un lieutenant, lequel se dit lieutenant de longue robe du prévost général de Normandie ; deux assesseurs et une brigade d'archers. Le vice-bailli demeure à Argentan, et le lieutenant fait sa résidence à Alençon avec quelques archers.
miliciens, à prendre parmi les hommes non mariés de 90 à 40 ans. Les miliciens devaient être habillés et armés, mais sans aucune obligation d*uniformité, aux frais de la paroisse qui leur allouait une solde de deux sous par jour, moyennant quoi ils devaient se tenir aux ordres des officiers nommés pour les commander et s*exercer, en attendant, les dimanches et fêtes, au maniement des armes. Cinquante miliciens des paroisses les plus voisines formaient une compagnie; et quinze, dix-huit ou vingt compagnies un régiment. Tous les officiers étaient choisis parmi les gentilshommes de la province ; ils touchaient sur les fonds des généralités des appointements en proportion avec la solde des miliciens. Lorsque le régiment était convoqué pour marcher, les généralités et les paroisses étaient déchargées de tout entretien. Les régiments de milice, dont la création fait honneur au génie de Louvois, furent licenciés, en 1697, à la paix de Ryswick (Camille Rousset, Histoire de Louvois^ t. ui, p. 33i, Saa).
(i) Jacques de Royers, marquis de la Brisolière, comte de la Suze, vicomte et viguier du Breil, de Poings et Genetey, baron de Bravassin, seigneur honoraire de la viUe de Domfront, nommé grand bailli d'Alençon en 1684, commanda en cette qualité les détachements de la noblesse du grand bailliage depuis 1688. Plusieurs contrôles des gentilshommes, convoqués par lui, existent aux Archives de lX>me (Série B, bailliage d' Alençon, arrière-ban).
Il y a une autre maréchaussée à Chasteauneuf en Timerais, composée d'un prévost et d'une brigade d'archers.
Il est à propos de parler ensuite des lieux d'étapes et quartiers d'hiver de la dite Généralité.
Ceux d'étapes et de passage de gens de guerre sont : Alençon, Sées, Argentan, Lizieux, Orbec, Domfront, Rugles, Bemay, Couches, Verneuil, Chasteauneuf, les Lires, le Neufbourg, Beaumont-le-Roger, EchauflFour, Falaise, la Ferté- Macé, Livarot, Laigle et Sainte-Colombe.
Pour les quartiers d'hiver des troupes envoyées en la dite <jénéralité, ils ont esté establis par la cour en dififérentes paroisses de la campagne, successivement les uns aux autres et par rapport à la force et commodité des dites paroisses (i).