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hart », enfin à la confiscation de tous ses biens; d'autres femmes au banissement perpétuel, et le ministre, resté inconnu, par contumace, t à estre pendu et estranglé jusqu'à ce que mort s'en suive (i) ! »
Ces faits que M. de La Sicotière a eu le mérite de faire connaître le premier, ont été passés sous silence par nos chroniques locales, qui parlent, au contraire, avec détail du passage du roi Jacques II à Argentan et surtout de la mort de la duchesse d'Alençon, qui eut en effet plus de retentissement dans le monde officiel. Cette mort fut également ressentie par les pauvres d'Alençon, auxquels cette princesse donnait une part considérable de son revenu, et qu'elle n'eut garde d'oublier dans son testament. Elle légua à l'hôpital d'Alençon son hôtel et ses meubles (2). Ces qualités morales doivent faire oublier les défauts et les petitesses de son esprit (3).
(i) /^ Département de rOrne, arch, et pitt.. p. 28.3, noie. Kxtrait de VHistoire du protestantisme dans la Généralité dWlençon, Ms. par Léon de La Sicolière. — Archives do TOrnc, C, 607.
(2) La copie de son testament existe aux Archives de TOrne, C, 255.
(3) « Dans toutes les circonstances, dit Odoinnt Desnos, elle était toujours disposée A donner tort aux prétendus rélormc^. Klle s*imas:inait que les zélés cath«)liques devaient toujours avoir raison ». Klie fit exhumer et jeter à la voirie dans les fossés du Cours les os et les cadavres des protestants dont elle joi^rnit le cimetière à ses jardins. *
Madame de C'iuise avait la prétention de s'occuper personnellement de l'administration de son duché d'Alençon. I!n i^m;i, elle demandait à nommer elle-même les procureurs du roi de l'IIotel de ville d'Alençon, puisqu'elle avait toujours nomme les syndics. L'intendant lui fit réponse que Alençon était une ville royale.
La duchesse d'Alençon mourut à Versailles le 17 mars 1696. Le 22, iMM. de Farcy, du Père, Marais, Paillard, de Villebois, trésoriers de France à Alençon, informèrent l'intendant qu'ils avaient mis les scellés au palais de la princesse, le 20 mars. A la même date, iM. de Boullemer 'annonça également qu'il avait tait mettre les scellés à toutes les portes du palais, et qu'il était surpris de ce que les trésoriers de France s'étaient ingérés de faire, de leur côté, la même opéralion. En même temps M. Duperche, avocat du roi en la chambre du domaine, prenait des mesures pour la conservation des titres concernant le duché d'Alençon et les domaines possédés par Son Altesse Royale (1), et proposait à l'intendant d'en faire faire un inventaire et de faire rechercher les titres « es mains de ceux qui en peuvent être saisis (2). Comme la princesse jouissait également par usufruit du comté de Ponthieu, possédé au xii' siècle par les
(x) Suivant rcvaliialion r.»urnic par rinlcnJanl au contrôleur ^^cncral en 1701, les revenus du duehc se montaient à peu de chose :
« Un château et un ancien parc où Ton blanchit les toiles. 10:0 liv.
« Menus cens et rentes. ?î.S5 liv.
« Autres menus cens, i livre de lin, 3 poussins, 3 (tufs. 4 sonnettes de fonte, une oie, une paire d éperons dores, 4 chapons dont 2 blancs. 3 dés carrés, 99 jrélines ; en tout .S.S liv.
« 738 boisseaux de froment, 2710 boisseaux d avoine : n/x) liv.
« Deux fours à ban, afTermés ,S<jo liv. »
(2) L'inventaire du mobilier de la duchesse d'Alençon existe dans les minutes du Baillia^re dWlençon, on y remarque une certaine quantité d'objets précieux, de tableaux. I/II6tel-I)ieu d'.Mençon possède le portrait d'Isabelle d'Orléans et plusieurs tableaux qui paraissent provenir de l'hôtel de cette princesse.
premiers comtes. d'Alençon de la maison de Montgommeri, iM. Mai'ie, d'Amiens, demanda au contrôleur général, à la même date, de faire des recherches pour la réunion des domaines et bois de ce comté.
Le 19 août 1696, Pomereu fit connaître au contrôleur général que M. Dupré lui avait envoyé l'arrêt du Conseil d'État pour la levée des scellés et la description des meubles de Son Altesse Royale, qu'il avait mis aux mains des officiers du bailliage et que ceux-ci travaillaient à l'inventaire conformément aux instructions données par le sieur Dupré.
Le duché d'Alençon demeura ainsi réuni à la couronne jusqu'au mois de mai 1710, époque où il fut donné en apanage au duc de Berri, mort en 1714.
Pomereu fut nommé intendant de Champagne en 1700, fonctions qu'il remplit jusqu'en 1702. Comme il n'avait pas fait la remise des archives de l'intendance à son successeur, Anne Pinon, seigneur de Quincy, il reçut ordre, le 10 février, de lui envoyer tout ce qu'il avait conserve de papiers et d'indiquer où se trouveraient les autres. Le 18 février, il repondit que les papiers de la capitation cl des étapes étaient au Bureau des finances et ceux de la religion au grefté du présidial.
Un des lils de Pomereu, Alexandre-Jacques, était né à Alençon, en i6<j7, et fut baptisé le 6 février; un autre, Michcl-Gcrvais Robert, marquis de Riccys, fut intendant d'Alençon de 1720 à 1726. Sa lemme, Marie-Michelle Bernard, étant morte à Alençon peu de temps après la naissance de son dernier enfant, il se remaria, mais cette seconde union ne lut pas heureuse, et un arrêt de séparation de corps et de biens fut rendu contre lui, pour cause de mal-
traitements. Celte circonstance de la vie privée de Pomereu concorde avec ce que nous savons de la dureté du caractère de l'homme public. C'était d'ailleurs un fonctionnaire très attaché à ses devoirs. Il ne se permettait pas de s'absenter sans l'autorisation du ministre, et l'on sait qu'en 1696, ayant besoin pour des intérêts de famille de se rendre à Paris, il lui en demanda la permission. Il mourut en 1782, à l'Age de 76 ans. Il portait d^azur au chevron d'argent^ accompagne de trois pommes d^or^ iigées et feuillées de même, 2 et i. Sa terre de Riceys ayant été érigée en marquisat en 17 18, il faisait surmonter ses armes d'une couronne de marquis.
LES MÉMOIRES DE POMEREl"
Pomereu était-il suffisamment préparé pour répondre aux vues que le duc de Bourgogne et ses précepteurs, le duc de Beauvilliers et Fénelon, avaient indiquées dans le plan envoyé aux intendants pour régler leurs Mémoires > Il est permis d'en douter. Ceux qui comme Foucault, intendant de Cacn, esprit cultivé, érudit même (i), produisirent des Mémoires remarquables, forment l'exception. « La plupart, dit Boulainvilliers, ont abandonné l'idée du bien public et même celle du devoir qui les engageait a répondre fidèlement à l'intention du prince. » Boulainvilliers va plus loin, il s'en prend aux intendants eux-mêmes, à leur paresse, à leur négligence, à leur incapacité, au mauvais vouloir dont ils ont fait preuve, non seulement en ne cherchant pas, mais
(I) I-cs Mémoires do l'oucaull ncchappcronl pas pour cela, phisquc les autres, aux critiques anicres de Boulainvilliers.
môme en dissimulant la vérité sur Tétat réel de leurs provinces. « Je n'ai, dit-il, qu'à grande peine retenu mon zèle contre ces oppresseurs de la patrie et vils adulateurs du pouvoir tyrannique. Connoissant le bien qu'ils pouvoient faire; ils ont eu la lâcheté de le dissimuler, dans la crainte de nuire
à leur fortune S'ils avoient eu quelque humanité, ils
auroient considéré que la misère du peuple, inutilement présente à leurs yeux, trouvoit alors une occasion favorable de se peindre à l'esprit d'un jeune prince, naturellement juste et pitoiable, qui ne l'auroit jamais oubliée et qui aurait quelque jour entrepris de la soulager. Que dire enfin de ceux que l'inapplication ou la paresse, la dissipation du jeu, de la chasse ou des plaisirs, où l'ignorance et l'incapacité ont empêché de dresser des Mémoires raisonnes et dignes du prince auquel ils ont été présentés?* Cependant il faut avouer que le plus grand nombre est de cette espèce dernière. »
Voilà certes de nobles protestations, qui montrent que ces grandes idées de patrie et de liberté, absentes des Mémoires des intendants, commençaient à se réveiller, et nous y trouvons en même temps la clé de certaines réticences, de certaines lacunes.
Boulainvilliers, se plaçant au point de vue politique, a dû se montrer sévère pour Tœuvre des intendants, ses contemporains ; mais il n'en a pas moins tiré parli pour la publication de ses l£lais Je la France (i). Pour nous, nous ne
0 Ces Jitats de la France fourniillcnt d'erreurs. I^)ur ne parler que du résumé très abréjjré donné par nnulainvillicrs des Mémoires sur la Géncr alite d'Alcnçon et sur le Perche, t. V, p. i3^»-i72 cl i','y-\i/). les noms de lieux y sont deli^rurés de la façon la plus j^rrossicre.
voyons dans le Mémoire de Pomereu que des documents officiels dont on peut apprécier diversement la valeur, mais qui contiennent les cléments d'un état de la généralité d'Alençon sous Louis XIV (i) : c'est ce qui a déterminé le ministre de l'instruction publique à ordonner la publication intégrale de ces .Mémoires.
En publiant les Mémoires concernant la Généralité dWlençon et la province du Perche, je me suis proposé de mettre à la disposition de ceux qui veulent étudier l'histoire dans ses sources, un texte pur, établi au moyen de la collation des manuscrits que possèdent les Archives de l'Orne, la Bibliothèque et les Archives nationales, la Bibliothèque de Caen et les bibliothèques particulières.
Le manuscrit des Archives de l'Orne et celui qui est conservé aux Archives nationales, sous la cote H 4766 (2), me
tn M. V. des Digucrcs a bien voulu mettre à ma disposition une copie des Mémoires de Pomereu faite en 17^)2, par ordre de liertin, contrôleur i:énèral, et envoyée à M. de Lcvigncn, intendant dWlcnv'on, afin qu'il pût les enrichir de ses notes et de ses observations en marge, l'n extrait de ces mémoires fut envoyé par l'intendant à chacun de ses subdéléy:ués avec prière de les compléter.
.M. de La Sicotièrc m*a communiqué plusieurs mémoires qui paraissent avoir été rédij^és à cette occasion, et qui mériteraient d'être é{j:alement publiés.
Je dois enfin des remerciements à M. le pasteur Antonin, pour l'oblit,^eance qu'il a eue de me cv)mmuniquer les notes précieuses quil a recueillies sur les mesures administratives dont les protestants furent l'objet, à partir de l'époque où la révocation de l'édit de Nantes eut été résolue.
(:) Ce manuscrit est une copie faite pour le secrétariat de la maison du roi.
paraissent se rapprocher plus que tous les autres de Toriginal. La copie qui fait partie de la correspondance des intendants d'Alençon avec les contrôleurs généraux (G. 7, 71-78), semble, au contraire, avoir été faite après coup, et avoir subi d'assez nombreuses retouches. En effet. Ton y voit mentionné comme évoque de Sées Louis d^Aquin, transféré le i"" novembre 1698, de Tévôché de Fréjus à révêché de Sées, pour lequel il prêta serment de fidélité au roi, le 3o mars 1698, et dont il prit possession le 6 juin suivant.
Dans les deux premiers manuscrits que je viens de citer, au contraire, on désigne, comme évoque de Sées, Mathurin Savary, mort le 16 août i65M, indication que nous fournit la date exacte du manuscrit original de Pomercu.
Le manuscrit des Archives de TOrnc que j'ai suivi, a simplement pour tilrc : Mémoires du duché dWlençon. Le texte du Mémoire sur la province du Perche m'a été fourni par le manuscrit 11 4766 et par le manuscrit 5(x> de la Bibliothèque de Caen (i).
Je nai pas besoin d'avertir le lecteur qu'il ne faut pas chercher dans ces Mémoires, surtout pour la partie antérieure à l'administration de Pomercu, Texaclilude et la précision que l'on demande aux historiens. C'est r<uuvrc d'un personnage officiel, qui ne se piquait nullement d'érudition, mais
(i) Les autres manuscrits que j'ai consultes snnt les suivants :
4,2^/), iMmds français. — 10 n tête du v«»lume : I.c Tcllier Louvois,
22,2<)6, id., sur le plan. Le duc de Sivcnuns.
25, i'^/», id.
62,o.V>, NoBv. acq. Ir.
qui connaissait en gros sa Généralité, qui nous renseigne bien au point de vue du personnel, et dont les opinions et les appréciations sont en tous cas dignes d'attention.
Les sources historiques où il a puisé sont VHisloire des pays et comté dit. Perche et duché dWlençon, par Gilles Bry de la Clergerie (Paris, 1620), et peut-être les Mémoires de la maison dWlençon^ manuscrit de Mannoury Pertheville, qui écrivait vers 1640.
La partie de ces Mémoires relative à la chronologie des comtes d'Alençon et du Perche n'ayant aucunement le caractère d'une œuvre personnelle de Pomereu, je n'ai pas cru devoir m'arrôter à la discuter pied à pied. Je me suis contenté de signaler en notes quelques erreurs évidentes.
11 m'a semblé que la tâche de l'éditeur devait consister à entrer, autant que possible, dans la pensée de Pomereu, à éclairer son texte au moyen de notes explicatives ou vérificatives et à y joindre des tableaux statistiques rentrant dans le cadre de ses Mémoires. C'est ainsi que j'ai donné un Ltat des licfs de la Généralité, plusieurs Rôles de rarricre-l^an, un extrait des Rôles de la capitation des nobles de la province du Perche, et que j'ai publié dans l'Appendice les principaux documents relatifs à l'administration des intendants dWlençon au xvii* siècle, qui servent de pièces justificatives à l'Introduction.
Je suis loin de me fiatter d avoir mis au jour une (uuvre définitive et complète. C'est plutôt un tableau largement tracé qui donne, je crois, une idée suffisante de l'état de la Généralité d'Alen<;on sous Louis XIV, mais laisse encore dans l'obscurité beaucoup de points importants. J'ose espérer néanmoins que cette publication pourra fournir l'occasion et
le moyen de nouvelles recherches. J'ai voulu offrir des matériaux aux travailleurs et aux représentants des familles historiques du pays, un mémorial, que pourront également consulter ceux qui ne se rattachent au passé que par le souvenir, trop souvent douloureux mais toujours cher, des grandeurs et des défaillances de la patrie qui forme le patrimoine moral de la France moderne, et que l'histoire a pour mission de conserver.
Loris DUVAL