‹ État de la science, relativement aux maladies épidémiques, ou, Nouvelles remarques sur le succès des démarches faitesChapitre 1 sur 3 · ÉTAT · texte numérisé non relu

ÉTAT

OU

SUR DB SUCCÈS DES DÉMARCHES FAITES PAR M. DE Dt CHERVIN , AUPRÈS DE D’ADMINISTRATION , POUR EMPECHER D’EXAMEN DES DOQUMENS DE M. DE D(i) * * * v. DASSIS (i).

Miseris succurrere disco

Un auteur a dit que , s’il, avait les mains pleines de vérités, il se garderait bien de les ouvrir. La maxime est sage sans doute; car cet auteur était homme d’esprit, savant et philosophe ; et si elle avait besoin d’être justifiée , elle le serait complètement, ce me semble, par tout ce que j’ai éprouvé depuis i8o5, en luttant sans relàcbe contre de

(i) Dès ce moment je dirai, relativement au choiera annoncé comme s’avançant vers nous, à grands pas et sur i4oo lieues de front, par mer et par terre, qu’en effet, on doit le redouter si, sous prétexte de le prévenir, on emploie les mêmes moyens que ceux auxquels on a eu recours en Russie, emploi que déplorent aujourd’hui les médecins éclairés de ce pays, induits d’abord en erreur par des écrits publiés en France; mais que l’on peut être, au contraire, dans une entière et parfaite securité, si l’on s’abstient entièrement de ces moyens ; si on laisse les choses aller leur train ordinaire. Preuves : tous mes

documens , c’est-à-dire, les faits de lotis les lems et de tous les lieux,

notamment ceux de ma pratique particulière, et ceux de la Russie,

Quant à la nature des maladies appelées maintenant choiera, Voy. le

catalogue de mes mémoires , etc., à la fin de cet écrit , part. i'% art. 7.

grandes erreurs, notamment dans une des dernières séances de l’Académie des Sciences ! Mais j’ai des faits si nombreux , si concluans; les erreurs que je combats sont si funestes, leurs résultats si déplorables, si honteux, en quelque sorte , pour la science et l’humanité ; ceux que j’ai obtenus constamment de l’appliçation des principes que je soutiens, sont au contraire tellement avantageux , que , sans me piquer d'un beau dévouement, je persisterai, quelque chose qui doive m’en coûter encoi'e. Je me trouverai toujours assez dédommagé des immenses sacrifices que j’ai dû m’imposer, et des contrariétés de plus d’un genre que j’ai éprouvées, par les seuls résultats que j'ai déjà obtenus, soit dans la pratique, soit en voyant mes ouvrages accueillis par les hommes les plus éclairés, qui se sont donné la peine d’examiner.

Je ne suis point indifférent aux attaques dont sont l’objet , dans certains écrits, les vérités que je soutiens; mais je sais également m’en consoler: j’y suis plus sensible pour les auteurs de ces écrits , que pour moi-même. Ils prouvent , ces auteurs , qu’ils sont loin d’être au courant de l’état de la science, ou du moins, qu’ils partagent encore de grandes er-r reurs , et qu’ils s’en rapportent au langage d un médecin qui , lui-même, soutient ces erreurs.

J’étais disposé à accueillir le médecin dont je veux parler, M. le docteur Cbervin, venu long-teras

après moi (i), avec des documens fort incomplets, sans me prévaloir ni de ma priorité , ni des autres avantages attachés à mes documens, comme sains chercher à faire remarquer l’insuffisance et même l’inutilité et les graves inconvéniens des siens (2).

(1) J’avais termine mes recherches, j’avais même déjà fait l’application la plus avantageuse de mes principes, qu’il n’avait pas commencé les siennes, et qu’il partageait même encore l’erreur de la contagion.

(a) Ces inconvcniens sont de servir à consacrer des erreurs qui, effectivement, entraînent des maux inouis, même dans les tems de la plus profonde ignorance , et qui empêchent de se mettre dans la voie de la vérité, en portant à la chercher où elle n’est pas, et a repousser les documens les plus propres à la mettre dans tout son jour. Dans cette circonstance, sur la parole de M. Chervin, tous les documens que j’avais recueillis depuis i8o5 , documens qui comprennent ceux de tous les tems et de tous les lieux , et qui appartiennent à toutes les dénominations, ont été repoussés comme ne s’appliquant pas aux malades dont on croyait alors devoir s’occuper exclusivement, sous le nom vague, insignifiant et absurde de fièvre jaune ; et que sont devenus eux-mêmes ceux de ce médecin? En parle-t-on? Nullement. Un seul mot, celui d c. fièvre jaune , a fait repousser tous les miens ; un seul mot, celui de cholera-morbus, fait repousser tous les siens. Tel sera , à chaque nouvelle épidémie, le sort de tous les documens anterieurs, si l’on ne renonce pas aux principes admis, pour suivre ceux que je soutiens: l’erreur, combattue sur un point, se réfugiera sous un autre; combattue sous le nom de typhus, elle s’est réfugiée sous celui de jïevre jaune ; combattue sous le nom de fièvre jaune , la voilà qui se réfugie sous celui de cholera-morbus; ce nom de cholera-morbus sera bientôt abandonné, comme sont déjà abandonnés, en partie, ceux de peste, de typhus, de fièvre jaune , etc.; les travaux même des nouvelles commissions des académies des sciences et de médecine seront frappés de nullité. Ainsi , tandis que le passe devrait éclairer le présent et l’avenir, il n’c'claire rien ; aiusi on sera toujours au dépourvu, en cas de nouvolles épidémies.

Mais, loin de répondre à mon accueil, il a fait des démarches auprès de l’administration , pour empêcher l’examen des miens, examen qu’elle avait sollicité auprès de l’Académie de Médecine, et il a réussi, en se servant des erreurs généralement répandues, que par conséquent 1 administration devait prendre pour la vérité (i). Il a d’autant mieux réussi qu’il a eu pour appui des hommes qui ne me pardonnent pas d’avoir depuis long-tems tout fait, pour corn-, battre le système admis.

Une partie de mes documens restent ainsi inconnus, et ceux qui étaient déjà connus sont également compris dans l’anathème, quoique tous aient été revêtus du caractère que l’on pouvait désirer, puisqu’ils ont été accueillis par les médecins les plus versés dans l’étude des dernières épidémies, regardées par M. Cliervin, comme des maladies distinctes. On n’a pas même fait grâce à ceux que j’ai recueillis sous le nom de fièvre jaune , quoique bientôt ce médecin dût demander avec instance à aller au loin et aux frais du gouvernement, en chercher de semblables, sans aucun espoir fondé d’en trouver d’aussi nombreux et d’aussi concluons (2).

(i) Il n’cnlrc nullement dans mes intentions d’accuser l’administration en général. Elle ne peut être que louc'c de se conformer au* doctrines médicales admises. Si jamais , dans la lutte pénible où je suis engagé, il m’échappait quelques expressions qui parussent opposées aux vues que je viens de manifester, je les désavoue d’avance.

(a) M. Cliervin a déjà répondu à ce reproche , que je lui avais déjà

Au lieu de remarquer combien la conduite de M. Cbervin envers moi était loin de répondre à la mienne envers lui , on le crut , comme il a déjà été dit, sur sa parole , à l’Académie de Médecine d’abord, à l’Académie des Sciences et partout ailleurs ensuite. Partout on fit entendre des chants de triomphe pour lui , et de défaite pour moi : presque tous les journaux politiques et médicaux , croyant sans doute aussi servir la bonne cause , embouchèrent la trompette, et se rendirent ainsi les organes de mon heureux confrère. J’ai laissé passer trois années (de 1826 à 1829), sans troubler ce concert, espérant que la vérité se ferait jour d’elle-mème 5 croyant devoir céder à un tems d’enthousiasme et de prévention, qui ne permettait pas de rien entendre. Les contagionistes ont eu leur tour, il fallait que les infectionistes eussent le leur. Quoi qu’il en soit, au bout de ce tems j’ai cru devoir réclamer ; mais d’après le jugement et de l’Académie de Médecine et de l’Académie des Sciences, M. Chervin a cru pouvoir de nouveau tout oser. Ainsi, au lieu de recon-

a dressé. Il dit qu’avant de se rendre h Gibraltar, il n’avait jamais vu la lièvre jaune en Europe ( page 36 d’une brochure dirigée contre des opinions qu’il lui a plu de me supposer). 11 a sans doute oublié que, (pagc.26 du même écrit) , il fait observer que , selon lui et scs docuincns, la fièvre jaune n’est autre chose que noi fièvres les plus ordinaires ; de sorte que sa réplique prouve qu’en vingt-cinq ou trente ans qu’il a passés dans ia partie du monde indiquée, il n’a jamais vu ce que tous les autres médecins y voient tous les jours.

naître combien ma réclamation est fondée , et de le déclarer , parce que ce serait reconnaître combien sont peu fondes les divers jugemens portés en sa faveur , il a mieux aimé enchérir sur ses premiers torts. En effet, comme pour donner le change, il a composé une longue brochure, intitulée : Examen des nouvelles opinions de M. le Docteur Lassis , portant pour épigraphe : Non verbis sed factis. Il a consacré de longues veilles à cumuler, dans ce curieux écrit, des faits contre ces prétendues opinions. Or, comme ces opinions, je ne les professe nullement, comme ces faits portent ainsi à faux et sont les seuls que contient cet écrit, à l’exception de quelques autres, qui ont aussi le malheur d’étre controuvés, il en résulte que son épigraphe semble nôtre là que pour protester contre cette nouvelle production toute entière.

Ce médecin ayant pu empêcher d’examiner mesdocumcns et par conséquent de les bien connaître, a pu aussi se donner libre carrière, en les dénigrant et en se procurant levain plaisir de combattre desopinions qui ne sont que le fruit de son imagination. Et ce n’est pas tout 5 à entendre M. Chervin , à considérer le ton d’assurance avec lequel il parle , il connaît mes démarches, mes vues, mes plus secrètes pensées ; il m’a vu aller et venir , parler et écrire , lorsque je n’ai ni fait un pas , ni dit, ni écrit un mot qui ait le moindre trait à ce qu’il ose avancer.

La première chose à faire lorsqu’il s’agit de porter un jugement, c’est d’examiner ce qui en fait le sujet. M. Chervin, qui croit pouvoir suivre une autre route , n’ayant pas examiné mes documens , ayant même empêché les autres de faire cet examen, demande néanmoins si l’on veut qu’il les fasse connaître; et supposant la réponse affirmative, il prononce. Il prononce de manière à faire voir qu’il ne connaît pas même ceux qui sont généralement connus, qui ont été généralement accueillis en France et chez les étrangers. Ce sont, dit-il, des extraits d’auteurs! Ainsi les résultats de ma pratique , les résultats de la réunion médicale formée à Barcelone sur ma proposition, le journal particulier que j’ai tenu dans cette ville, les autres documens nombreux que j’en ai également rapportés , les autres faits , de tous les tems et de tous les lieux , qu’une commission de l’Académie des Sciences a déclaré justifier mon opinion relativement à la contagion dans toutes les maladies dites typhoïdes, faits recueillis, comme il a été dit, avant qu’il n’eût commencé ses investigations, de manière à rendre celles-ci absolument inutiles, l’exposé et l’appréciation du sentiment de tous les auteurs les plus célèbres, anciens et modernes, l’application de ces documens à toutes les dissertations nécessaires pour mettre la vérité dans tout son jour; tout cela , selon ce confrère , s’appelle des extraits d’auteurs, etc., etc.!!!

Ce n’est point , comme veut aussi le faire croire

M. Cbervin, en raison«le la versatilité de mes idées,

mais bien en raison du vague, de la variété et de la versatilité de celles de mes adversaires, que j’ai composé divers mémoires-, c’est pour considérer sous toutes les faces les questions agitées 5 pour suivre l’erreur dans tous ses retranchemens , et pour faire une application convenable des documens nombreux et variés que j’ai en ma possession, au lieu de me borner à considérer seulement un coin du tableau.

Je veux bien croire que Son Exc. le gouverneur de Gibraltar, ainsi que les babitans de Norfolk, Philadelphie, Boston, Baltimore, etc. , je veux bien croire que, comme le pense M. Cbervin, les uns et les autres trouveraient fort extraordinaires, fort singulières les idées que ce médecin m’attribue si gratuitement; mais 11e trouveraient-ils pas plus extraordinaire encore et plus singulier, un autre médecin qui se prétend fait pour éclairer, morigéner et régenter tout le monde , et qui tombe lui-même dans les plus grands travers ?

J’ose me flatter que, si j’eusse été à portée d’être entendu par lesbabitarts dés villes dont parle M. Chervin, comme je l’ai été par Son ExC. le gouverneur de Joscphstadt, eh i8i4> par lès membres de l’administration de Bautzen , en i8i3, etc., etc., j’ose me flatter, dis-jé, qu’ils s’èn seraient également loues.

Si M. Chervin s’était donné la peine d’examiner

( IÇ )

mes documens , il ne me reprocherait pas d’avoir admis l’infection en 1821 et 1822, pour y renoncer aujourd’hui. Tous mes écrits connus , et tous ceux qui ne le sont pas, peuvent prouver que jamais je ne l’ai présentée comme la principale cause des épidémies. Il aurait même remarqué sans doute une note que j’ai placée à la fin de ma traduction de l’exposé du résultat de nos réunions médicales de Barcelone. Au reste , j’aurais admis autrefois cette cause, serais-je en contradiction avec moi-même* en ne l’admettant pas aujourd'hui ? Est -ce une contradiction que de renoncer à une grande erreur? Est-il en contradiction avec luimême, lui , en s’élevant aujourd’hui avec moi contre la contagion, qu’il admettait encore en i8i4> selon sa propre déclaration? Voyez la Revue Encyclopédique d’octobre l83o.

Je n oublie pas Gibraltar, à l’égard duquel il prétend renverser mes assertions par un seul fait absolument insignifiant; fait qui, s’il prouvait quelque chose, ne prouverait que contre la contagion, qui, par conséquent, ne pourrait s’adresser qu’aux contagionistes, et par la promesse de présenter d’autres faits qui ne prouvent pas davantage.

Dans l’ardeur qui anime M. Chervin, il a été jusqu’à fouiller dans le Moniteur de 1823, ou il a cru trouver un langage que j’aurais tenu, et qui, quoique semblable à celui qu’il a tenu lui-même , aurait pu ne pas paraître excusable de ma part. Malheureu-

sement encore ia perspicacité de ce médecin est ici également en défaut. Le langage qu’il a pris pour lê mien , est celui de M. le rapporteur de la commission des pétitions de la Chambre des Députés, à laquelle je! m’étais adressé 5 regardant la tribune comme un écho qui ferait entendre mon appel à tous les médecins , de manière à fixer de plus en plus leur attention sur les questions agitées, sans aucune autre vue que de préparer ainsi la place que M. Chervin a voulu s’approprier seul, au moyen des démarches et des circonstances indiquées, après avoir suivi en ce point la route tracée par moi, c’est-à-dire, après s’être adressé, comme moi, à cette augusteassemblée; mais long-tems après moi. Ce médecin, en m’attribuant le langage de M. le rapporteur , a fait tourner contre moi ce qui ne pouvait qu’être flatteur pour moi. Cet honorable député , en son nom et au nom des autres membres de la commission, a cru devoir parler de mon zèle , de mon dévouement, de mes services et de mes sacrifices , çt ajouter que le gouvernement ne souffrirait pas qu’ils fussent sans ré-* compense. Loin d’avoir dit moi-même ces choses , je l’avais précisément prié itérativement , de vive voix et par écrit, notamment le matin même du jour du rapport, de ne s’occuper que des interets de la science et de l’humanité , ainsi qu’il l’a déclaré , et que toute autre personne que M. Chervin peut le voir <ians le lieu même où ce médecin a vu tout autre chose;

M. Chcrvin veut bien nous dire que l’adminis-' tration n’a trouvé que lui seul, entre tous les anticontagionistes , bon logicien. Il est fâcheux encore que, dans un autre écrit, que l’ingrat a publié contre elle, il nous apprenne lui-même que, selon elle, il e6t impossible de se faire une idée de l'offense faite à la logique dans des écrits de sa façon, dont il lui a donné connaissance, écrits qu’elle appelle de tristes productions de l’esprit de système.

Veut-il nous apprendre ce que«c’est que la fièvre jaune, que dit-il, il a seule étudiée: tandis que, dit-il aussi, j’ai été assez mal-avisé, moi, pour étudier, non-seulement cette prétendue maladie distincte, mais encore toutes les autres maladies fébriles, épidémiques ou non-épidémiques (seul moyen, selon moi , de bien distinguer en quoi elles diffèrent ou ne diffèrent pas les unes des autres); veut-il nous donner aussi une preuve de l’excellence et de la supériorité de sa logique, il nous dit, dans un endroit de sa brochure (p. 26), que ce n’est autre chose que ces affections fébriles que l’on voit partout et en tout tems; et , dans un autre endroit ( pages 3o et 36 ) , il nous dit, qu avant 1828, il ne l’avait jamais vue en Europe , où il a passé s5 ou 3o années, où il a commencé et terminé ses éludes ; ajoutant que je ne l’y ai jamais vue non plus, moi. Il n’excepte pas même ce qui regarde Barcelone, où je croyais néanmoins l’avoir vue avec les principaux médecins

de cette ville, dans le lazaret, l’hopital-général, les maisons particulières, et même celle que j’habitais-, où je croyais également l’avoir éprouvée moimême, comme je l’ai éprouvée ailleurs, non dans le cœur de l’hiver et dans le fond de l’Allemagne, comme il a jugé à propos de me faire dire , je ne sais pourquoi ; comme ont cru devoir le répéter ses honorables amis, et comme c’eût été possible aux yeux de tout médecin éclairé, et par conséquent sans doute aux yeux de M. Chervin lui-même. Les médecins espagnols dont je veux parler, aussi distingués par leur profond savoir, que par leur zèle, leur esprit judicieux et leur franchise, seraient sans doute fort étonnés de voir ce médecin s’efforcer de faire entendre qu’ils n’ont pas vu eux-mêmes ce que l’on a appelé fièvre jaune, à Barcelone, en 1821.

Selon M. Chervin j’ai voulu me mettre en communauté avec lui , comme si , proposer un examen simultané , c’était demander effectivement à être en communauté. Il paraît faire grand fond sur cette imputation, il la reproduit sous diverses formes. Ma proposition, puisqu’il faut que je le dise, ne prouvet-elle pas que, loin de croire aucun avantage à ses documens sur les miens, je croyais gagner au parallèle ? Ne prouvera- t-elle pas du moins que, dans tous les cas, j’étaisloin de redouter ce parallèle ? Ne sciaitil pas lui-même trop bon et trop genereux d avoir tout fait pour s’y opposer, puisque c eut etc un moyen

de faire ressortir cette supériorité de ses documcns, dont il paraît si persuadé (O ?

Je ne puis dire sans indignation, qu’il a l'impudence de prétendre que j’ai voulu m’accoler à lui, comme si jamais j’avais voulu m’accoler à qui que ce fut ; comme si, ayant fait sans lui et long-tems avant lui, plus qu’il ne fallait pour la solution désirée, j’avais, cru nécessaire de recourir à des documens qui , en eux-mêmes , étaient inutiles ; qui étaient de surérogation, et qui, je dois le répéter ici, par l’application qu’il en fait, ne pouvaient servir qua consacrer les erreurs qu’il soutient! Si je pouvais, désirer la réunion de mes documens et dessiens, c’était pour empêcher les inconvéniens dont ces derniers étaient susceptibles, étant publiés, seuls et employés parce médecin. Dans tous.les. cas j’ai prouvéaussi ma confiance dans les lumières et l’impartialité de nos juges; il a fait et il fait encore croire ou qu’il n’en a pas été ainsi de sa part, c’est-à-dire, ou qu’il n’a pas eu cetté confiance, ou qu’il a redouté ces lumières et cette impartialité ; car, autrement , quel motif d’empêcher un examen simultané, lorsque luimême convenait que ses documens seuls étaient loin de suffire pour la solution désirée ? Quelle que soit la question , pouvait-on trop faire pour l’éclairer et pour la résoudre promptement ?

(i) Ce qui pourrait faire croire , ce que pourtant je ne crois pas, moi , qu’il n’est nullement, sous aucun rapport, au courant de Pctat de la science.

( àa )

Une des choses les plus curieuses dans l’écrit de mon confrère, où tout est fait pour étonner, ce sont les motifs allégués par ce médecin pour justifier ses démarches auprès de l’administration contre mes documens, et pour empêcher leur examen simultané a\ec les siens. Ces motifs sont précisément ceux que je pourrais présenter pour faire regarder ces derniers comme nuis, comme ne pouvant qu’être nuisibles, et pour faire voir combien sa conduite est contraire à toutes les réglés, à la justice, à l’intérêt de la science, de 1 humanité et de l’honneur de notre pays.

Si M. Chervin aobtenu, dans la pratique, des résultats aussi avantageux que ceux que j’ai obtenus moi-même, ne serait-il pas plus utile et plus honorable de nous les faire connaître, comme chacun fait en pareil cas, que de se livrer à des attaques contre tout ce que j’ai fait ? S’il a parlé des malheureux qu’il a ouverts, comme j’en ai ouvert aussi, ne puis-je pas parler egalement, moi , des malheureux que j’ai guéris?

Si des sarcasmes, des imputations dénuées de tout fondement, des opinions attribuées gratuitement, des jugemens portés sans connaissance de cause, étaient des raisons , M. Chervin pourrait se croire, comme il le paraît, assuré du triomphe; mais les hommes éclairés et judicieux veulent de tout autres argumens.

Ce qui pourrai! réellement prêter ici à la plaisanterie, n’est-ce pas de voir affecter un air triomphant

un médecin qui se refuse constamment à un examen simultané , et par conséquent comparatif, de ses documens et de ceux d’un confrère ; qui se charge de faire connaître des documens qu’il ne connaît pas lui-même ; qui s’engage également à prouver que l’aride rocher de Gibraltar s’est converti tout à coup en un vaste marais ou en un autre vaste foyer d’infection, pour revenir de même tout à coup à son état naturel 5 qui se vante de n’avoir étudié que ce qu’il appelle fièvre jaune , et qui néanmoins ne peut dire deux mots de sa nature, sans tomber dans la contradiction la plus choquante 5 qui, nouveau Don Quichotte , se met à combattre des opinions qui ne sont absolument que le fruit de son imagination, etc., etc., etc.?

Enfin , s’il y a quelque chose de fondé dans ce singulier, écrit, ce n’est que sous le rapport de quelques imputations qui ne peuvent s’adresser qu’à son auteur. . • n ,

Ce n’est point assez d’avoir recueilli des documens nombreux et conçluans , il faut encore que ces documens soient examinés; il faut encore qu’ils soient reconnus pour ce qu’ils sont. Je dois (lire, à cet égard, que le prix de Montyon n’a réellement de valeur et d’importance qu’aulant qu’il signale futilité et l’importance des travaux présentés à 1 Institut. Il marque là place que chacun de ces ti avaux doit tenir dans .1 esprit des. hommes qui s’in-

leressent aux progrès de la science, qui fuient euxmemes y contribuer. Il leur indique où ils doivent puiser et où ils peuvent le faire avec le plusdcconîance. Il doit d’autant mieux en être ainsi , que les jugemens de l’Académie des Sciences ont, comme

18 d°‘Vent ravoir ’ ,e grand poids. Ainsi , des documens n’ont-ils aucune part aux récompenses dont ce corps savant peut disposer, ce n’est pas là

qu il faut chercher la vérité : on peut même craindre de n’y trouver que l’erreur; mais, au contraire, ceux qui obtiennent cette faveur doivent être regardés comme des guides assurés, et d’autant plus assures, que le prix décerné est plus élevé. Il importe donc beaucoup que la religion de l’Académie des Sciences ne soit pas surprise, comme elle peut 1 être dans certaines circonstances : or, je dois également le dire aujourd’hui, c’est précisément ce qui aeu heu en 1828, àl’égarddes documens de M. Chervin et des miens.

D’après le rapport fait en 1821 par MM. Portai et Duméril, sur les documens déjà recueillis par moi, à l’occasion d’un nouveau mémoire que je venais de présenter à l’Académie des Sciences , sur la nature des maladies fébriles dites typhoïdes, servant de développement au chapitre IV de l’ouvrage que j avais publie des 1819 sur les causes des épidémies ; des-iors la question devait être regardée comme résolue pour toutes les maladies épidémiques, quel que

soit le nom donné an mal 5 puisque ces documens comprennent les faits de tous les tems et de tous les lieux, sans acception d’aucune dénomination. Cette conclusion est rigoureuse, à moins que l’on ne prétende que les élémens et l’organisme de l’homme peuvent avoir changé depuis le rapport indiqué (1). Du moins, si l’on n’a pas proclamé cette conséquence* si même on m’a demandé de nouveaux faits, et si je suis allé en chercher sur de grands et de nouveaux frais, et avec de grands et de nouveaux dangers, je n’ai pas encore pu savoir si les documens que j’ai recueillis à Barcelone ou ailleurs, depuis 1821, répondent aux vœux de ce corps savant. Ma relation médicale elle-même sur la dernière épidémie de cette ville, n’est nullement connue. D’après cela, si en 1 826 et 1828 on a fait entendre que j’avais mal rempli la nouvelle mission que je m’étais imposée si volontairement, c’est en jugeant absolument sans connaissance de cause. Je sais que l’on a pu trouver un obstacle a l’examen de mes documens , dans leur nombre et dans la difficulté de lire quelques-uns d’entre eux,

(1) Cette conséquence est d autant plus rigoureuse et nécessaire , elle est d’autant plus importante , il est d’autant plus utile de la remarquer et de la proclamer, que depuis i8o5 , surtout en i8l3 , iS 1 4 et i8i5, j’ai obtenu constamment les résultats les plus avantageux de l’application des principes que je soutiens, et que ces résultats seuls offrent la solution désirée ; puisqu’on médecine la solution de toute question, c’est la guérison. Ce qui est en effet, comme il a etc dit et comme on sait, le seul et unique objet du prix de Montyon.

parce que, comme il a déjà été dit, seul pour tant de travaux, je n’avais pu d’abord les mettre tous parfaitement nu net, mais ensuite j’ai tâché de remédier, pour plusieurs du moins, à l’inconvénient indiqué! S il en est encore, et J’avoue que ma relation médicale peut être dans ce cas, qu’il serait difficile de lire en entier, la commission, voulant bien user de la bienveillance que j’ai toujours tâché de mériter, me mettra à portée de lui en donner une idée , à l’exemple de ce que font toutes les commissions, pour toutes les choses importantes qui demandent plus ou moins d explications. Dans tous les cas, on ne me fera de reproches , ni par rapport à cette multiplicité de mes docuraens, ni par rapport à letat où, faute de tems, j ai dû les laisser. On sentira aisément combien il y aurait d’injustice de m’en faire aucun. Il y en aurait d autant plus , qu’à ne considérer tout ce dont on peut prendre aisément connaissance , mes documens offrent une réunion de faits infiniment plus nombreux et plusconcluans que tout autre. M. le professeur Magendie ayant fait entendre le contraire en 1828 , il y a donc une rectification importante à faire, il y à donc du moins à examiner, pour juger avec plus de connaissance de cause.

Si 1 on voulait parler de sacrifices, je croirais pouvoir dire en avoir fait plus que qui que ce soit; mais 1 objet essentiel, nécessaire, c’est la découverte d un moyen de guérir oïl de préserver. Or , n’ai-je

pas rempli cette condition? N’est-ce pas un remède efficace, curatif et prophylactique, que le moyen d’arrêter ou de prévenir des épidémies parmi des populations nombreuses, comme je puis dire l’avoir trouvé, et employé ; ce qu’en effet je puis prouver.

Mais, dira-t-on peut-être, la solution désirée ne se trouverait-elle pas ailleurs que dans vos documens et dans ceux de M. Chervin? Est-ce un si grand dommage que les uns et les autres soient aujourd’hui frappés d’anathème ? Les nouvelles commissions formées dans le sein de l’Académie des Sciences et dans le sein de l’Académie de Médecine, ne pourront - elles pas aisément décider les questions agitées sans leur secours ? N’en trouveront-elles pas suffisamment dans les résultats obtenus par celles qui ont été envoyées dans ces derniers tems en différens lieux, par le gouvernement ? Je dois répondre à ces diverses questions , j’y suis obligé. Je le ferai, sans me prévaloir de rien. Au reste, je citerai les propres paroles de MM. les commissaires ; je serai le premier à faire remarquer tout ce qu’il y a d’honorable et d’utile dans leur déclaration franche et loyale , et a dire que , s’il n’eût fallu que du zèle, des lumières et du talent d’ailleurs, ces médecins auraient reconnu la vérité aussi bien , et mime beaucoup mieux que moi; mais que le point d’où ijs sont partis, que la marche qui leur a été tracée et im^ posée, en quelque sorte, par les doctrines encore

admises dans les écoles, par l’étal où ils ont trouvé la science ; qu’enfin , la peur, qui est réellement si contagieuse , qui s’est communiquée du radins entre plusieurs, et qui est si propre à empêcher de voir les choses telles qu’elles sont, ne leur ont pas permis de l’apercevoir encore parfaitement. Je suis persuadé qu infectionistes etcontagionistes, ayant enfin adopté unç marche différente de celle qui a été sui-

vie jusqu’à ce jour, c’est-à-dire, ayant cherché la vérité du coté où je l’ai cherchée moi-même, ils ne manqueront pas de la reconnaître et de la proclamer, comme beaucoup 1 ont déjà fait du moins pour certains points. Pour le court tableau que je vais pré-r senter, je remonterai jusqu a 1821.

L’honorable confrère envoyé dans l’année qui vient d’être indiquée, à Barcelone, par Son Exc. le ministre de la guerre, fait observer d’abord que, malgré tous les efforts déjà tentés , les missions déjà faites, on est toujours resté au point d’où l’on est

parti, et qu’en son particulier il n’est arrivé sur le

theatre du mal qu’avec des idées erronées. Il ajoute, qu’il a adopté sans choix et employé peu méthodique?ment les mediçamens qui lui furent suggérés par ces idees erronées dont il était imbu, ou qu’il est resté simple spectateur des ravages de l’épidémie , et qu enfin, après avoir été d'essai en essai , de tâtonnement en tâtonnement , ce sont ses expressions , il avait été obligé de laisser à d’autres le soin d§

trouver la vérité (p. a/fo — ?-42 de sa Relàticm médicale ) .

Les médecins envoyés par Son Exc. le Ministre de l’Intérieur déclarent que tout est encore à faire pour le traitement , que le hasard fait tout ‘le succès, et ce succès est une mortalité des plus épouvantables (p. 555 de la seconde partie de leur rapport).

Que nous ont rapporté MM. les commissaires de 1828, pour Gibraltar? Deux, rien encore 5 et si le troisième, M. le docteur Cbèrvin, s’est expliqué quelque part, c’est en faveur de l’infection et pour être formellement contredit par un autre médecin distingué par ses observations et ses recherches sur ce point, M. le docteur Guyon, qui, s’élant rendu également sur les lieux , dit ne pas croire que qui que ce soit puisse jamais s’aviser d’admettre une telle cause. ( Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences Médicales. )

Nous avons encore à examiner les résultats de la mission d’Orient, de 1828 a r83o, dont furent chargés M. le docteur Pariset et plusieurs autres médecins. M. Pariset parle de ces résultats comme s’il eut été envoyé par moi pour soutenir la vérité, pour justifier ce que depuis si long-tems je ne cesse de proclamer, ce qu’a reconnu en 1821 l’Académie des Sciences, etc.; mais il conclut comme obliné . en

conscience, de maintenir le système établi. Il nous dit d’abord que la peste n’est pas contagieuse, qu’en

ESyPte on la voit chaque année régner dans des villages où l’on ne peut supposer ni importation, ni exportation , lors mémo qu’il y en a des centaines d 'exemplaires , et qu'elle est portée à un assez haut degré pour enlever douze à quinze personnes par jour dans une petite population , telle que celle d’un village appelé Mit-Gamar s mais, comme on sait, il nen reste pas moins partisan du système établi; letat de la science, ou quelqu’autre cause ne lui permet pas encore de renoncer à cette bannière.

La concordance de ces faits , que la noble franchise de notre confrère ne lui a pas permis de dissimuler.

avec ceux que j’ai consignés dans mon ouvrage de 1B19, dans mon Mémoire de i8ai, dans un autre Mémoire bien plus récent, qui a précisément pour objet spécial les maladies appelées peste , notamment celles des échelles du Levant, etc. , etc. , etc., cette concordance, et le jugement de l’Académie des Scien-

ces pourraient faire pencher la balance d’un autre cote, et porter à proclamer le triomphe de la cause que seul je défends, si les circonstances le permettaient; mais il parait qu’il faut attendre pour ce point, comme on la déjà fait pour un autre point, qu un autre médecin vienne pour recueillir le fruit de mes efforts, sans les avoir partagés. On laisse la saine doctrine recevoir son application à bas bruit, en profitant de mes avis réitérés!!! Plus tard, peutetre aurai-je occasion de m’expliquer sur ce sujet.

Sous quelque nom que l’on considère les choses , de l’aveu même des membres des dernières commissions, les résultats queje viens d’exposer laissent donc la vérité entièrement méconnue, ou accompagnée de beaucoup de contradictions ; et , comme il a déjà été dit, serait-elle reconnue et proclamée sous l’un ou l’autre des noms adoptés, tels que ceux de typhus , de peste , de fièvre jaune , de clio lera-morbus de l’Inde, etc., sous l’empire des doctrines admises maintenant, il n’y aurait rien de gagné , parce qu’aucune de ces dénominations ne peut être long-tems usitée. Elle doit être remplacée par une autre , regardée également comme appartenant à une maladie particulière à laquelle on prétendra ne pouvoir appliquer les résultats obtenus sous les premières dénominations. Ainsi , tandis que l’on pourra croire avoir fait quelqu’importante découverte , un nouveau nom viendra autoriser à répudier tous les faits recueillis par ces commissions , comme celui de fièvre jaune en a fait repousser des milliers, comme celui de cholera-morbus les fait repousser aussi , et en fait repousser d’autres recueillis sous ce nom de fièvre jaune.

Si les commissions nommées par l’ Académie des Sciences et par l’Académie de Médecine; si les Médecins envoyés en Russie et en Pologne partent aussi des mêmes principes que ceux qu’ont

■suivis les commissions précédentes, elles auront les mêmes résultats.

On n’a donc rien à perdre en s’écartant de la route où l’on est engagé. En effet, j’ose avancer quel’ùn ne peut trouver la solution désirée, qu’en la cherchant sur le terrain où j’ai amené la question , c’est-à-dire, dans les effets du système admis, et que l’on ne peut assurer l’application de cette vérité pour l’avenir, qu’en renonçant à toutes les dénominations adoptées et à toutes les idées de différences essentielles entre certaines maladies qui sont absolument identiques, pour ne s’attacher qu’aux symptômes observés pendant la vie , et aux altérations que l’on

rencontre après la mort. Cette même vérité sera toute trouvée , si l’on veut bien tenir compte de tous les faits déjà recueillis et consignés dans mes divers écrits. Ma première assertion, celle qui est relative aux causes, peut, aux yeux de quelques uns, paraître un paradoxe ; mais je ne fais que céder aux faits les plus nombreux, les plus évidens , les mieux constatés et les plus concluans. Au reste, je ne demande point à être cru sur parole ; je demande, au contraire, un examen.

Je viens de faire connaître les résultats des dernières missions faites par d’autres médecins. A ces résultats, je crois pouvoir en opposer de tout différons, que j’ai obtenus dans les lieux mêmes où le

mal règne maintenant , et en d’autres pays, comme dans les mêmes circonstances que celles qui se présentent également aujourd’hui ; de manière que ce que les nouvelles commissions vont chercher est ,

j’ose le dire, déjà et depuis long-tems tout apporté • *

par moi , et quïZ/ze s’agit que de le constater. C’est le fruit de diverses missions dont j’ai été chargé , soit par notre gouvernement , soit par nos ennemis euxmêmes, en faveur de plusieurs milliers de nos compatriotes r^ou que, malgré toutes sortes de difficultés à vaincre et dé sacrifices à faire , *je me suis volontairement imposées.

Pour répondre à certaines objections, venant de la part de médecins qui manquent de données nécessaires sur ce point, je. dirai que si généralement, dans ma pratique, les symptômes du mal ne se sont pas souvent élevés à un aussi haut degré que le suppose le nom de fièvre jaune donné quelquefois au mal, ou celui de choiera moj'bus , etc., il faut l’attribuer à tout ce que j’ai fait pour l’empêcher : la différence des traitemens et de . diverses autres circonstances suffit seule pour déterminer la prétendue différence essentielle entre diverses épidémies. On peut voir des détails circonstanciés sur les faits dont je parle dans mon ouvrage de 1819. On peut en trouver aussi dans un mémoire que j’ai de même publié en 1829 sur les calamités qu’entraînent le système de la contagion et celui de l’infection. Je

n’en parlerai donc ici que très- succinctement ; cependant je dirai un mot de quelques circonstances que j’avais omises jusqu’à ce moment.

Chargé , de 1 8o5 à x 8 1 3 , et en 1 8 1 5 , du service de l’Hôpital de Nemours, placé sur une roijte militaire, où souvent il y eut une assez grande affluence de malades, et informé que les prisons de cette ville elles- mêmes étaient encombrées de prisonniers de guerre ou de conscrits .réfractaires, sans mission, d’abord, de la part de l’administration ,<jnais ayant bientôt obtenu son approbation , je ine constituai le médecin de ces lieux de douleurs, pour y faire gratuitement le service. Dans ces prisons, comme dans l’hôpital, les résultats furent constamment très-avajitageux. La mortalité fut toujours au-dessous de ce qu’elle est ordinairement dans les hôpitaux-, tandis que, dans lemêmetems et en d’autres lieux, tels que Dijon , Auxerre , etc. , où se trouvaient des malades absolument dans le même cas , la mortalité fut telle que l’on y crut à la contagion, et que le gouvernement y envoya des médecins de Paris, qui crurent eux-mêmes à celte prétendue cause.

Un médecin fut chargé , en mon absence , du soin de l’hôpital, de 18 1 3 à x 8 1 4- Alors tout retentit du bruit de son zèle, tout retentit de bruits de peste et de contagion. Cet honorable confrère obtint, en raison de ce zèle , la décoration de la Legion-d Honneur, dont je le trouvai pourvu eu revenant de

braver toute sorte de dangers, de faire toute sorte de sacrifices , et de rendre, je crois, de grands services à des milliers de Français et d’habiîans des

pays étrangers, et peut-être à des armées entières. Je crus moi-même, d’après tout ce que j’avais ouï raconter, qu’il avait eu infiniment plus de malades que moi , sous un même laps de tems. Mais une.eirconstance particulière me mit dans le cas d’apprendre qu’il en avait eu beaucoup moins. D’où vint donc le bruit dans un cas, et le silence dans l’autre ? Le voici : Pour aller de Phopital au cimetière , il faut traverser toute la ville ; mais la bonne porte, celle qu’il fallait prendre alors pour suivre la route militaire, répondait près du dehors de la ville.

Les résultats dont je viens de parler n’étaient

qu’un prélude à ce que je devais faire sur de plus

grands théâtres; ciest-à-dire, dans les pays d’où l’on

dit que doit nous venir le mal redouté. Dans ces

pays, en i8i3 et i B 1 4 » aPPuyê de données déjà

acquises, j’ai pu annoncer le mal comme devant se

développer sous l’influence des idées encore régnantes aujourd’hui, et comme devant cesser, au contraire, ou être prévenu par l’application des principes que je soutiens : événemens dont le premier ne vint que trop tôt justifier ma première assertion , et dont le second vint également justifier la seconde, surtout à Josephstadt, grâce à la philantropie de S. E. le gouverneur de cette place. Cet homme éclairé ,

frappé -de l’exactitude de l’exposé que j’eus l’honneur de lui faire par écrit et de vive voix, me chargea seul du service ; passant ainsi par-dessus toutes les considérations qui l’empêchaient de m’employer, vu ma qualité d’étranger et de prisonnier de guerre.

Quinze à seize pièces servent à constater ce grand fait,, savoir : i° L’original d’une note que j’eus l’honneur de remettre' moi-même à San Exe. le gouverneur de Josephstadt ; 20 Plusieurs autres contenant une série de questions adressées aux chefs .de chambrée de Français, qui étaient victimes du fléau, dans la vue de les forcer à bien remarquer eux-mêmes les véritables causes du mal, et à se. convaincre aussi que ces causes n’étaient pas la contagion, comme tout le monde le croyait, sans exception, et à me mettre moi-même> par leurs réponses, dans le cas de mieux reconnaître encore toutes ces. caysés ; 3° Une pièce particulière qui contient l’observation, de la part d’un chef de chambrée, que, depuis l’adoption de mes principes, les malades sont moins nombreux et les guérisons plus promptes 5 4° Un tableau comparatif fait spontanément par les chefs de chambrée, de la mortalité dans mon service et dans celui des médecins du pays-, qui lait voir que, dans le premier, elle lut au-dessous de ce qu’elle est ordinairement dans les hôpitaux, et que, dans le second, elle fut de près de la moitié des malades; 5° Une attestation de la part d’un des officiers de santé en chef de nos armées les

plus estimés, arrivé à Josephstadt au moment du déclin de l’épidémie , c’est-à-dire, après que j’eus été chargé du çervice, et qui déclaré avoir tout trouve rempli du bruit des ravages du mal , ne sous linfluence des causes que j’ai signalées, et se dissipant par suite de l’exécution de mes conseils.

A Bautzen , en 1 8 1 3 ,, l’opinion de la contagion, régnant de même généralement , pouvait avoir les suites les plus funestes pour les malades de six hôpitaux dont j’étais seul chargé, pour'les habitans euxmêmes, et peut-être aussi, poux' quatre corpsd’armée pour lesquels cette ville était le seul passage. Un motif aussi puissant m’avait également déterminé à me rendre aupres.de l’administration pour la rassurer elle-même. Ma démarche avait eu de même un plein succès. •

. A Dresde etàGérinsgswalde, en i 8i 3 encore, j’eus les mêmes erreurs et les mêmes inconvéniens à combattre, et j’obtins les mêmes résultats.

Au grand nombî'e de faits que j’ai ainsi recueillis, et-, à beaucoup d’autres également puisés dans ma pratique particulière , j’ai cru devoir , au moyen de recherches immenses, joindre tous les autres faits que les siècles aient pu offrir, afin de les rapprocher entre eux, de les comparer et de n’en faire qu’un seul faisceau,’ aüquel rien ne pût être opposé. J’ai l’ecucilli non-seulement les faits relatifs aux causes, mais encore les faits relatifs à la nature du mat ;

j’ai recueilli enfin également le sentiment de tous les bons auteurs sur l’un et l’autre point. C’est avec de tels matériaux que j’ai composé l’ouyrage de 1819, déjà cité, qui n’est qu’un précis, qui ne forme qu’un petit volume; mais qui n’en estpasmoin6 regardé comme le plus complet et le plus concluant qu’il y ait; qui n’en remplit pas moins, je crois, une lacune immense, qui n’en remplace pas moins des milliers de volumes publiés au profit de l’erreur ; tandis qu’il ne peut servir qu’à la vérité, n’offrant qu’un tissu de faits que je laisse parler, ou dont je ne fais qu’énoncer les conséquences les plus rigou-

reuses. Ce n’est qu’en procédant ainsi que, dans l’ouvrage indiqué, j’ai traité toutes les grandes questions agitées et celles qu’elles soulèvent. ( Voyez le catalogue ci-joint des pièces que fai eu l’honneur' de présenter à l’ Académie royale des Sciences les 16 et 2 3 de ce mois , article relatif aux causes , n° î. )

Voulant donner plus de développement à un article sur l’identité des affections fébriles réputées contagieuses, avec celles auxquelles on n’accorde pas ce caractère, qui fçit le sujet d’un chapitre particulier de l’ouvrage dont je viens de parler (le IVe), j’ai composé un mémoire très-étendu pour cet objet. {Voyez également le catalogue, article relatif à la nature du mal, n° Ier.) ' ' *

Ayant eu l’honneur de présenter «ce mémoire, en 1821 , à l’Académie des Sciences , et l’ayant rattaché

à mon ouvrage de 1819 , la commission chargée de l’examen fit, sur les faits consignés dans cet ouvrage, la déclaratiqn que j’ai déjà rappelée (p. 24) déclaration formelle et par conséquent concluante et décisive, surtout si l’on considère .: i° L’autorité des jugemens portés dans le sein du corps savant indiqué -, 20 La multitude des faits sur lesquels il était dès-lors appuyé; 3^ La multitude de ceux que j’ai recueillis depuis, notamment à Barcelone; 4° Le jugement porté également sur la grande question agitée sur le même ouvrage par chacun des médecins espagnols les plus éclairés en particulier; 5° Le jugement porté par l’Assemblée Médicale, formée en 1821 , à Barcelone, c’est-à-dire , sur le théâtre de l’une des plus grandes épidémies qui aient régné. ( Voyez le catalogue , article des causes .) 6° Toutes les autres pièces désignées également dans le catalogue ci-an— nexé.

Quoique j.e n’aie eu ni guide, ni modèle, je crois néanmoins avoir élevé à la science un édifice, qui ne laisse absolument rien à désirer, qui, par conséquent, remplit tous les vœux émis par l’Académie en 1825, d’après le savant et important rapport de M. le baron Dupuytren.

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