DES PIÈCES PRÉSENTÉES PAR M. LE DOCTEUR LASSIS
a l’académie des sciences,
Les 1 6 et 23 Mai i83i.
Mémoires relatifs à la nature des affections fébriles épidémiques , et diverses autres pièces relatives à ce sujet.
i 0 Distinctions admises entre les affections fébriles réputées contagieuses et celles auxquelles on n accorde pas ce caractère.
Dans ce mémoire je fais remarquer, sans prétendre en tirer un puissant argument, que. la prédominance putride admise par un grand nombre d’auteurs, à commencer par Galien, la prédominance bilieuse, admise ensuite par un grand nombre d’autres dans toutes ces affections , supposent qu’elles
ont toutes le meme caractère fondamental. Je m’ap-
puie en outre de diflérens faits très-concluans, tirés de ma pratique, du sentiment des meilleurs auteurs, du parallèle entre les symptômes attribués aux diverses prétendues maladies distinctes; et l’on va voir
que je suis loin de m’en être tenu à ce mémoire , qui, néanmoins, selon moi, pourrait seul suffire.
2° Autre Mémoire sur la nature de la fièvre proprement dite , et sur V identité de toutes les affections fébriles entre elles.
Ici j’ai consigné plus de quatre cents noms appliqués au même mal , mais considérés comme appartenant chacun à une affection particulière et distincte , et qui, avec des divisions et subdivisions, que l’on a également faites, peuvent aller à des milliers. ' •.
3° Mémoire particulier sur Vidèntité de ce que Von appelle fièvre jauûe , avec diverses autres affections fébriles également prétendues distinctes.
On voit qu’après avoir considéré la question d’une manière générale, j’ai voulu la considérer d’une manière particulière, pour suivre l’erreur dans tous ses détours. Je pense bien que l’on n’exigera pas qu’elle soit suivie partout: cesserait vouloir l’impossible, tant elle fait d’efforts pour s’étendre de toute part sous certains auspices -, tandis que je vois, d’un autre coté ,. les médecins les plus éclairés se rapprocher de plus en plus de mon opinion sur ce point comme sur les autres.
4° Tableau synoptique et comparatif des symptômes observés sous les noms de peste, de typhus, de.ffevre
jaune , de fièvre adynamique , de fièvre ataxique , de fièvre intermittente pernicieuse , de choleramorbus.
Ce tableau offre les memes symptômes essentiels sous chacune de ces dénominations ; seulement ceux qui, sous les unes, se trouvent au commencement de la série , sous les autres se trouvent au milieu ou à la fin , et vice veryâ. ' *
5° Tableau semblable pour les altérations morbides trouvées après la mort.
Dans ce tableau , comme dans le précédent , ni explications, ni commentaires; ici surtout c’est la nature seule qui parle.
6° Nature protéiforme de l’épidémie de Barcelone
de 1821.
Ce grand fait est cité comme un exemple de ce qu’offrent toutes les épidémies, dont • un grand nombre passent pour différer entre elles essentiellement ; quoiqu’elles diffèrent* réellement moins que ne diffèrent eux-mêmes, entre eux, les symptômes que chacune d’elles présente.
7" Tableau comparatif des symptômes observés en Grèce du teins d’ Hippocrate , sous le nom de peste , ou sous d’autres dénominations ; en Suisse et en iAllemagne du teins de Zimmermann sous le nom de dysenterie: à Barcelone et à Marseille, en 1821, sous le
nom de jièvre jaune , de fièvre bilieuse , de typhus nostras, de cholera-rnorbus, de typhus nautique , de typhus amarilj etc. ,• en 1822, à Paris, sous le nom de fièvre bilieuse , sous, d’autres noms encore , ou sans autre désignation que celle des symptômes ; a Moscou, à Varsovie, etc., en i83o et i83i, sous les nçms de cliolera-morbus de l’Inde , de choleramorbus seulement , de dysenterie , de typhus , etc.
8° Nos maladies fébriles les plus graves et les plus communes confondues avec la syphilis , et vice versa, lors de l’expédition de Charles f III dans le royaume de Naples.
De cette confus’ion il résulta que le caractère contagieux de la syphilis futattribué aux maladies fébriles, et que les symptômes les plus graves de ces affections furent attribués à la syphilis 5 telle est l’origine du système de la contagion admis aujourd’hui. Ceux qui connaissent l’histoire de la médecine sauront-aussi reconnaître les effets de la confusion et de la méprise que je viens de signaler.
90 Beaucoup d’autres notes sur le même sujet , la nature 'du mal.
1 o°. Sentimens des meilleurs ; auteurs recueillis .
il0 Je puis 1 apporter ici le chapitre IV de mon ouvrage de 1819, chapitre entièrement consacré aussi à prouver l’identité que je soutiens entre les affec-
lions fébriles réputées contagieuses et les affections fébriles auxquelles on refuse ce caractère.
Mémoires relatifs aux causes des maladies épidémiques; autres pièces relatives au même sujet.
i° Seize à dix-liuit pièces relatives hui épidémies de Nemours, de Bautzen, Dresde , Géringswalde, Josephs tadt, etc. % •
2° Mon ouvrage de 1819 déjà cité.
Dans cet ouvrage j’examine, dans autant de chapitres particuliers^ dont chacun peut suffire pour la solution désirée, i° l’état de la science qui g fait naître et qui a entretenu le-syslèine de la contagion ; 20 les motifs sur lesquels s’appuient les partisans de ce système; 3° les faits généraux qui en démontrent le peu de fondement; 4° les divers’ inconvéniens graves qu’il entraîne ; 5° l’identité des affections fébriles réputées contagieuses avec celles auxquelles on refuse généralement ce caVactère ( d’où résulte également la preuve de la .non-contagion dans les premières) ; 6° l’état des lieux où régnèrent autrefois et de ceux où régnent maintenant lq plufe ordinairement les épidémies réputées contagieuses ; 70 enfin les circonstances dans lesquelles se sont dé-
depuis les premiers tems historiques jusqu’aux teins
actuels. . .
3° La traduction de cet ouvrage à Barcelone et à • Madrid.
4° Noje que m adressa, dès les premiers jours de mon • arrivée à Barcelone , M. le professeur Piguillem , président de la subdélégation de médecine de la Catalogne, sur sh rétractation comme partisan de la .. contagion , et sur ses motifs.
Ce médecin, homme très-éclairé , avait d’abord attaqué mon ouvrage de 1819 5 niais ayant comparé les faits qu’il contient. avec ceux qu’à offerts la nouvelle épidémie , il a reconnu la vérité et il a eu le noble courage de se rétracter hautement.
5° Exposé du résultat de V assemblée médicale formée à Barcelone, d’après ma proposition, déjà indiquée.
Cette assemblée, la plus compétente qui ait jamais pu exister, fut ainsi formée sur le théâtre d’une des plus grandes épidémies qui aient -régné. Elle fut la suite dé l’accueil fait. à mon ouvrage de 18195 et elle vint justifier, d’une manière définitive, le jugeinènt déjà porté sur les faits que j’ai consignés dans cet ouvrage. Composé de médecins d’opinions d’abord différentes , mais très-éclairés et à portée de tout observer et de comparer les nouveaux faits avec ceux que j’avais déjà recueillis, elle a fini par admettre
la mienne à l'unanimité. Elle fut composée du doyen de la. Faculté de médecine, du président de la subdélégation de médecine de la Catalogne, tous deux professeurs de médecine pratique, des médecins du lazaret et de plusieurs autres médecins espagnols attachés à l’hôpital général, membres des jurftes dé santé supérieure et municipale, de l’Académie dé Médecine,- de la subdéLégation, etc%, de deux médecins anglais, qui avaient aussi vu le mal sous divers noms et*en diverses contrées, notamment à Constantinople et dans les Indes.
J’eus également l’honneur de faire partie de la commission chargée de l’exposé , qu’à mon arrivée en France je m’empressai de traduire de l’espagnol en français et de faire distribuer à tous les membres
des Académies des .Sciences et de Médecine. Les autres membres étaient le doyen de la Faculté , le président dç la subdélégation et un des médecins anglais.
6° Divers recueils ; de faits très-nombreux et très-variés, tous puisés aux meilleures sources , sans explications , ni commentaires .
Ces faits sont tirés surtout de cinq à six relations différentes, dont plusieurs n’ont été données qu’à moi, d’un journal que j’ai temt moi-même, en visitant journellement les principaux points du théâtre du mal, le port, les vaisseaux accusés de l’importa-
tion ou de là transmission, la plage, et particulièrement certains quartiers de la ville ou de Barcelonette, en procédant de rue en rue, de maison en maison, d’étage en étage. Ils sont tirés également de mes conférences journalières et particulières avec plusieurs des médecins les plus employés pendant l’épidémie.
70 Note sur plusieurs centaines de marins qui se retirèrent sur la plage , au moment des progrès de l'épidémie. •
Soit que la cause du mal fût la contagion, soit qu’elle fût l’infection, dans les deux cas , et surtout dans le dernier , ces marins auraient été des plus maltraités : ne quittant Barcelonette qu’au moment des progrès du mal , ils devaient être pleins des prétendus germes -, et d’un autre coté jamais ils n’interrompirent complètement leur communication avec ce lieu, dont ils s’éloignèrent principalement pour se soustraire , du moins , aux mesures admises les plus subversives et les plus meurtrières. Ils allaient souvent, en effet, dans ce lieu redouté, soit pour les offices, soit^pour vendre le produit de leur pêche, soit enfin pour leur propre approvisionnement. Eu cas d’infection, si ce lieu eût été habité ordinairement, il eût dû être le premier évacué, c’était le plus mal sain ; et ces marins y jouirent d’une parfaite immunité 5 du moins, s’ils eurent des malades, ce ne fut que comme il y en a partout , et seulement
comme pour prouver que le mal ne se communiquait nullement; car il n’y en eut que trois ou quatre. Si l’on en a compté quatorze , c’est en y comprenant dix à douze autres habitans, qui s’empressèrent aussi de s’y rendre, après avoir manqué de périr sous l’influence des mesures admises.
Je me suis arrêté à ce" fait des liabitans de Barcelonette campés , parcç que, comme on l’a dit avec raison, un seul fait positif rci)d nuis tous les faits négatifs possibles; parce que, seul, il prouve quelles sont les çpuses qui n’êxi6tent pas et quelles sont celles qui existent ; parce que , enfin , il donne ainsi la solution de plusiéurs questions, même de la plus importante , celle des véritables causes ,. quoiqu’elle n’ait encore été agitée et traitée que par moi.
8° Mémoire particulier sur les véritables causes des
maladies appelées peste d’Orient.
On peut voir que , s’il est quelque point où l’erreur semble être hors de toute atteinte, ou du moins le plus enracinée, c’est là surtout que 3e crois devoir l’attaquer. . •
g° Mémoire sur les 'véritables causes d&s principales
épidémies des derniers siècles.
Chacune de ces épidémies est le sujet d une notice où je démontre , par les laits les plus incontestables , que, non-seulement ces épidémies furent aggravées, mais même quelles furent déterminées par tout ce
que comportent les effets du système admis. Cette assertion , je le sais , paraît un parodoxe 5 moimême , jusqu’à ces derniers tems , je ne l’aurais pas crue fondée ; mais que dire lorsque les faits parlent ? Je prie de remarquer qu’ici , comme ailleurs, j’admets tout ce qu’il faut admettre ; qu’ici également, comme ailleurs , je demande à ne pas être jugé sans être entendu.
1 o° Mémoire sur V inutilité et les inconvéniens particuliers des cordons et des lazarets.
Voyez un écrit de M. le docteur Costa , qui a cru devoir publier ce mémoire en son nom .
il0 Notes qui mont été données sur les dernières épidémies de Barcelone , par MM. les docteurs Campmany , médecin en chej du lazaret ; Salua , doyen de la Faculté de Médecine ; Joanich , jeune médecin également très-éclairé , chargé par V administration du service médical , dans Barcelonette , pendant toute la durée de T épidémie, etc., etc., etc.
i.2° Relation médicale de V épidémie qui régna à Barcelone en 1821.
Je crois cette relation la plus étendue et la plus complète qu’il y ait, même en ayant égard à quelqu’autre épidémie qtie ce soit. J’ai pris les choses dès le commencement de l’année , pour en observer toutes les constitutions médicales. A partir
de l’époque des premiers bruits de contagion et des .premières mesures, je suis les faits jour par jour, quelquefois même heure par heure ; j’entre dans les détails les plus circonstanciés ; je considère et pèse ainsi tout ce qui se dit et se fait , et tout çe qui en résulte , de manière à ne laisser à l’erreur ni refuge ni prétexte.
1 3° Mémoire sur ta nature et les 'véritables causes de V épidémie de la Russie.
i4° Mémoire sur la nature et les véritables causes
de la dernière épidémie de Gibraltar .
i5° Mémoire sur la non-infection.
Ce mémoire est très-court. Tout prouve tellement l’absurdité de ce système , qu’il est inutile d’entrer dans de grands détails pour le combattre. Il a pourtant servi à élever de grandes réputations ; mais c’est un privilège qui a toujours été réservé à de grandes erreurs, et surtout à des erreurs funestes!
16° Exposé du sentiment des meilleurs auteurs , à commencer par Hippocrate.
Il n’en est pas un qui ne m’ait fourni des remarques et qui n’ait parlé de la manière la plus formelle, en faveur de l’opinion que je soutiens.
i 70 Tableau comparatif des faits rapportés de Barcelone par M . le docteur Chervin , et de ceux que f en ai rapportés moi-même.
( si ;
Ce tableaü fait voir combien M. le professeur Magendie , trompé lui-même , sans doute , a induit en erreur l’Académie des Sciences , en faisant entendre queM. le docteur Chervin avait dû, après mon retour de Barcelone, s’empresser de se rendre dans cette ville, pour y chercher des documens que j’aurais négligé ou que j’aurais été incapable d’y recueillir. On se rappelle que ce célèbre académicien , ne croyant pas pouvoir trop faire sentir la prétendue nécessité de cet empressement, a dit que mon confrère avait pris à peine le loisir d’embrasser ses amis. En procédant ainsi , en dénaturant tout, on est parvenu à mettre une partie à la place du tout, à faire même rejeter ce tout en entier , pour ne conserver que des fragmens , fragmens uniquement propres à consacrer de grandes erreurs, et condamnés, par suite.de ces erreurs , à être bientôt eux-mêmes frappés de nullité ! ! ! Mais, ainsi que je l’ai dit à M. Magendie luimême , il saura tout arranger, tout concilier. Son esprit de justice, son zèle, son amour pour la science* l’humanité et l’honneur même de notre pays, en un mot la noblesse de ses sentimens et de ses vues lui suggéreront tous les moyens propres à réparer promptement le tort que son langage a pu faire à la science et à moi-même.
1 8° Huit propositions sur les points relatifs aux épidémies les plus import ans.
Je crois devoir consigner ici la lettre suivante qui, seule, peut donner une idée assez exacte de l’état des choses.
A M. le Président de l'Académie Ruyale des Sciences.
Monsieur V Président ,
Je prie l’académie de remarquer et de déclarer, i° qu'en 1 8 1 4 » j ai arrêté des maladies épidémiques dans des pays voisins de ceux cl’où l’on prétend qu’il doit nous en venir ; 2° Qu’en 1821 , M. le professeur Duméril \ en son nom et en celui de M. le baron Portai, dans un rapport fait à l’occasion d’un nouveau Mémoire, sur la nature des affections fébriles en général , que j’ai eu l’honneur de présenter à l’Académie des Sciences, a déclaré que les faits dé tous les tems et de tous les lieux, consignés dans mon ouvrage de 1819^ venaient tous à l’appui de mon opinion de la non-contagion, de manière que la question de la contagion est résolue pour toutes les prétendues maladies fébriles distinctes, dites typhoïdes, cholera-morbus , etc. ; 3° Qu’une assemblée médicale formée, dans la meme année, sur le théâtre et au moment d’une des plus grandes épidémies qui aient régné, a confirmé ce jugement déjà assez justifié parles faits antérieurs, et comme l’ont justifié beaucoup d’autres faits que j’ai également rapportés de Barcelone ; 4° Qu’en 1828 l’Académie a été induite en erreur, en croyant nécessaire qu’un autre médecin partît précipitamment pour aller à Barcelone, chercher des documcns que j’aurais négligé ou été incapable d’y recueillir; tandis que ces documens et beaucoup d’autres avaient été, depuis long-tems , tout apportés par moi ; 5° Que j’ai ainsi rempli la mission que je m’étais imposée à la sollicitation de ce corps savant; 6° Que les assertions avancées
par moi , contre la contagion et l’infection dans l’épidémie de Moscou, dès les premiers tems de cette calamité, sont justifiées par les observations des médecins de cette capitale les plus éclairés, comme l’ont été celles que j’ai avancées relativement aux épidémies de Barcelone, Gibraltar, etc. ; 70 Que , la question des causes des épidémies se trouve ainsi extrêmement simplifiée et portée sur le terrain où je l’ai placée; qu’elle est même entièrement résolue (1); 8° Que j’ai composé, sur l’épidémie de Barcelone, la relation la plus circonstanciée qu’il y ait , et que j’ai traité en particulier chacune des questions agitées, etc. , etc. , de manière à ne laisser à l’erreur aucun refuge.
L’Académie sentira l’importance et la nécessité de cette déclaration. Par ce moyen elle assurera, dès ce moment, le triomphe de la vérité , comme elle en assurera l’honneur principalement à notre pays , et elle préviendra de grands maux ; elle fera cesser de grandes alarmes, et apprécier le langage de certains écrivains, qui veulent .me pujiir. du bien que
j’ai toujours tâché d’opérer.
Parler auprès de ce corps savant au, nom de, la justice, de la vérité , de la science et de l’humanité , c’est être assuré d’un bon accueil.
Je suis avec la plus hau,te considération , Monsieur le Président,
Votre très-dévoué serviteur ,