‹ État de la science, relativement aux maladies épidémiques, ou, Nouvelles remarques sur le succès des démarches faitesChapitre 3 sur 3 · L ASSIS · texte numérisé non relu

L ASSIS

Paris , le \ avril i83i.

(1) Je pourrais invoquer d’autres autorités encore, telles que celle* «le mon ouvrage de 1819 lui-méme , de divers Mémoires, et surtout d’une multitude d*c faits.

Note adressée à M. le Docteur Lassis , par M. le Docteur Boükdon , rapporteur de la Commission de l’Académie de Médecine, chargé de l’examen des documens Lassis.

A Monsieur le Docteur Lassis , Médecin à Paris.

Monsieur ,

Je suis bien fâché de n’avoir encore pu faire , à l’Académie de Médecine, le rapport dont j’ai été chargé par elle, louchant vos nombreux documens sur les maladies réputées contagieuses. Ce rapport vous eût été d’autant plus profitable , qu’il aurait eu l’assentiment et reçu la signature ( du moins je me le persuade) des honorables médecins , qui composent avec moi cette commission , chargée de prononcer sur vos travaux si nombreux et si importans. Mais patience, Monsieur, ce rapport ne tardera plus guère; et vous aurez enfin la satisfaction d’entendre exprimer par des confrères qui vous estiment, combien vos longues et laborieuses recherches leur semblent dignes d’être récompensées : votre persévérance surtout m’a paru mériter des éloges. Quelques personnes vous accuseront, je le sais, d’ètre possédé d’une idée fixe ( ils désigneront par-là1 l’exclusion donnée par vous et à la contagion des fièvres , et à l’établissement des cordons sanitaires ); mais vous devriez vous consoler de ce reproche, en songeant qu’on l’a adressé , dans tous les tems, aux divers inventeurs, à ceux qui combattaient de vieilles erreurs , ou qui établissaient des vérités jusque-là inconnues. Votre désintéressement aussi commande l’estime et l’étonnement: il faut être bien épris de la vérité, bien convaincu de l’avoir trouvée, bien dévoué à son culte, et persuade de ses miracles , pour oser abandonner pour elle les voies de la fortune et les routes sûres du bonheur.

N’eussiez-vous à citer que votre Ouvragé de 181g, et votre

Mémoire sur l’épidémie de Barcelone ; ne dût-on vous tenir compte que de vos voyages , ainsi que de vos campagnes d au-j trefois , vous mériteriez , selon moi , d’importantes recompenses. Mais personne ne sait mieux que nous, membres de la Commission de l’Académie , et possesseurs , en cette qualité, de vos divers Mémoires, combien vous avez a vous phi in dre de l’oubli du gouvernement , ou de 1 indifférence de vos confrères. Plusieurs, dans ces dernières années, ont reçu de nobles et éclatantes récompenses , qui auraient pu envier et vos titres réels , et vos travaux et vos services.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, et mes salutations et l’expression de ma parfaite estime ,

Signe B., Rapporteur.

Gérardin, Membre de la Commission.

Hussort, idem.

Ribes , idem.

Lodyer-Villermay , idem.

Paris , ce a novembre i83o.

Je partage entièrement l’opinion de l’honorable Rapporteur M. Bourdon , sur le compte de M. Lassis , et sur ses travaux.

G. Andral, Président de la Commission.

Depuis ce tems , M. Bourdon a fait plusieurs voyages, et n’a point fait ce rapport promis; je ne sais quand il le fera. Il est maintenant en province.

Des erreurs exl reniement graves exerçant de nouveau leur empire , de nouveaux obstacles à la connaissance de la vérité me portent à ajouter ce qui suit, dussé-je me répéter en quelque point.

Pendant long-tems j'ai cru que, pour combattre l’erreur, il suffisait d’ètre appuyé de faits multipliés et concluans, et du sentiment d’un grand nombre de savans des plus compétens; j’étais dans une grande erreur ; j’éprouve de plus en plus du mécompte à cet égard. Mais examinons encore un instant (on ne peut trop fixer son attention sur ce point ) , examinons où l’on en est, d’après la marcbe adoptée. C’est en vain que la nature a parlé. Il y a plus de trois mille ans qu’un philosophe a dit : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, » et aujourd’hui , dans ce siècle de lumières, au milieu du progrès des sciences en général, dont on a vraiment droit de s’enorgueillir, la médecine suit, sur certains points, une marche rétrograde. Elle veut voir du nouveau à chaque nouvelle épidémie! Elle nous fait remonter au quatorzième siècle, tems de la plus profonde ignorance, où l’on faisait venir les épidémies de la France (alors en proie à toute sorte de causes évidentes locales, telles que guerre, famine, misère affreuse) du fond de l’Inde, par une flamme sortie du sein de la terre dans le Cathai, province de la Chine, ou résulter, selon la Faculté de Paris, d’un combat des étoiles et du so-

leil contre la mer!!! Tous les faits, déjà recueillis en faveur de la vérité sont frappés de nullité. Pour savoir, par exemple, ce que c’est que ce que l’on appelle choie ra-morb us , il faut en attendre du pays dont je viens de parler, de la Russie et de la Pologne , lorsque le mal ne se montre et ne s’est toujours montré que trop souvent parmi nous, à toute sorte de degré et dans toute sorte de circonstances. Un prince Africain disait à un Anglais voyageant dans son pays , pour y examiner le cours d’une rivière : « Est-ce qu’il n’y a pas d’eau chez vous ? » On pourrait , avec plus de raison, faire une question analogue à ceux qui croient trouver des maladies particulières en Espagne, en Russie, en Pologne, etc. Vous avez vu naguère des médecins aller les uns au sud, d’autres à l'est, pour observer de prétendues maladies étrangères à notre sol. Tout a retenti du bruit de leurs investigations , médailles, hymnes, etc., etc., tout a été mis à contribution pour les célébrer ; aujourd’hui même spectacle s’offre à vos regards : d’autres médecins, en effet, se dirigent vers le nord, pour le même objet.

Des documens immenses sont tout recueillis 5 ils appartiennent à toutes les dénominations, à toutes les prétendues maladies distinctes; un grand nombre viennent des pays mêmes où l’on va en chercher de nouveaux; une partie consiste dans des résultats plus importans, plus complets que ceux que l’on

mon

demande ou que l’on semble demander. (Voy. ouvrage de 181g, p. 298-828.) On aurait pu croire que. le fruit de tant et de si longs travaux, tant de résultats avantageux de missions analogues à celles’ qui ont lieu maintenant, déjà tout obtenus, devaient être reçus avec satisfaction et empressement; mais ce n’est pas là ce qu’il faut actuellement. Présenter ces documens, c’est s’exposer à des outrages! Ce que l’on veut, ce sont des documens recueillis uniquement sous le nom absurde de choiera, comme depuis 1821 il en a fallu de recueillis uniquement sous le nom aussi absurde de fièvre jaune. Il faut aussi que ces documens viennent de certaines mains* Quiconque s’est avisé , s’est permis d’en recueillir également, sous d’autres dénominations ; quiconque ne s’est pas borné à adresser son encens aux nouvelles divinités; quiconque ne croit ni à la contagion, ni à l’infection, ni aux prétendues fièvres nouvelles, est un profane! Rien ne peut le soustraire à un cruel anathème! Si, autrefois, certain fanatisme portait à faire faire amende honorable à quelques amis zélés de vérités importantes, à l’époque actuelle une autre espèce de fanatisme et d’aveuglement porte à des moyens plus fâcheux encore. Cependant l’amour-propre ne peut être blesse , en offrant la vérité sans qu elle soit entendue; ce sont ceux qui la dédaignent qu’il faut plaindre : la nature elle-même a eu beau parler, de. tout tems, de la

manière la pins frappante et la plus éloquente, elle n’est pas plus écoutée! Ainsi, si vous voulez être écouté et applaudi , présentez-vous hardiment sous les bannières indiquées-, parlez de grands désastres, unique fruit de vos travaux.: ainsi l’erreur triomphe et l’humanité gémit! Mais un tel état de choses ne peut durer encore long-tems ; les Académies des Sciences et de Médecine sauront y mettre promptement un terme ; elles ne voudront pas' attendre encpre, pour reconnaître et proclamer les vérités que je soutiens, que d’autres médecins viennent, après moi, soutenir aussi quelques-unes de ces vérités, mais en y joignant quelques graves erreurs, et en apportant beaucoup moins de doeumens que je n’en possède.

Je suis loin de présenter mes divers écrits encore inédits comme des ouvrages parfaits; mais tous offrent des faits que je laisse seuls parler, et à coté de ces faits, qui ont déjà reçu leur application, sont d’autres faits également nombreux, que j’ai en surabondance ou en réserve, et qu’au besoin on pourrait trouver. Dans tous les cas, on remarquera , je pense, que du moins ce n’est pas le zèle qui m’a manqué, qu’aucune peine, qu’aucun sacrifice ne m’ont arrêté ; que j’ai embrassé et traité toutes les grandes questions relatives aux épidémies, et toutes celles quelles soulèvent ; que, sans jamais suivre un autre guide , un autre flambeau , ni d’autres inter-

prêtes que les faits eux-mêmes, j’ai considéré chacune de ces questions sous toutes les faces-, que déjà et depuis long-tems j’ai fait l’application la plus avantageuse des principes que je professe ; que je n’ai pas-voulu être cru sur parole, ni par conséquent imposer mon opinion à qui que ce fût; qu’enfin, depuis long-tems aussi, j’ai tout fait pour appeler l’attention des autres médecins sur les questions dont il s’agit , comme pour assurer à notre pays l’honneur de leur solution et les premiers avantages de leur application, avantages dont, comme on a vu , ont déjà joui des milliers de nos compatriotes.

Depuis que je suis entré dans cette longue et pénible carrière, depuis que, comme je viens de le dire, j’ai tout fait pour appeler l’attention des médecins sur les questions agitées , le tems , la réflexion, de nouveaux faits, de nouvelles données, le progrès des lumières en général, sont venus éclairer de plus en plus ces questions. C’est sous ces nouveaux auspices que je demande un nouvel examen, étant appuyé particulièrement, i° sur les nouveaux faits quej’ai rapportés de Barcelone et de divers autres lieux, comme sur ceux que j’avais recueillis anterieure^ ment; 2° sur ceux même qui appartiennent aux épidémies actuelles, épidémies sur lesquelles , quoique

l’on ait dit , j’ai recueilli les details les plus circons-

# • • , tanciés, comme les plus authentiques , et , je crois,

les plus concluans.

Lors d’un premier examen, on m’a déclaré soimême ne pas avoir les données nécessaires pour juger, et d’ailleurs on n’avait à examiner qu’une partie de mes documens. Depuis on m’a dit reconnaître avec moi du moins quelques-unes des vérités que je soutiens , mais ne pouvoir encore les proclamer. J’ose croire que maintenant tout est réuni pour engager à satisfaire au cri de l’humanité, et à revenir sur le jugement porté en 1 826 , à l’Académie de Médecine, et en 1828, à l’Académie des Sciences, où l’on a attribué à un autre médecin seul des documens que j’ai recueillis moi-même long-tems avant lui, sans en compter beaucoup d’autres que j’ai recueillis de plus que ce médecin.

Si je m’abuse , que l’on ne craigne pas de le prouver et de le déclarer hautement- ; mais que l’ou n’oublie pas, que dénigrer ce n’est pas prouver-, que juger et prononcer ici sans connaissance de cause, ce serait se montrer peu ami de la justice, de la science et de l’humanité.

Quelque disgrâce que je puisse éprouver, ce sera toujours pour moi un grand contre-poids, de pouvoir me rendre ce témoignage, d’avoir fait, depuis longues années , toute sorte d’efforts et de sacrifices pour me rendre utile; de m’être concilié l’estime d’un grand nombre de mes compatriotes, et même celle de nos ennemis, et d’avoir pu ainsi rendre à

la vie et à la santé des milliers de victimes, notamment des victimes de la guerre.

On ne différera donc plus l’examen que je sollicite comme juste et nécessaire , surtout si l’on considère qu’il ne s’agit pas seulement de savoir ce qu’il faut faire pour combattre des épidémies inévitables; mais qu’il s’agit même de rejeter à jamais des moyens généralement adoptés et préconisés , qui, dans bien des cas, peuvent seuls faire naître, déterminer ces grandes calamités, et en accroître beaucoup les ravages ! ! !

Si, malgré la suffisance des faits que j’avais déjà recueillis pour la solution de la question de la contagion des maladies typhoïdes, cholera-morbus, etc., selon le jugement porté en 1821, par une commission de l’Académie des Sciences, ce corps savant m’en a demandé de nouveaux; si, une des plus grandes épidémies qui aient régné, ayant lieu à Barcelone, c’est là que je me suis rendu pour satisfaire au vœu dont il s’agit; si j’ai tout fait pour remplir cette mission ; si j’ai obtenu même plus qu’on ne devait attendre; si, effectivement, j’en ai rapporté, i° Deux traductions de mon ouvrage de iSrcf, considéré-, par les médecins les plus compétens , comme le plus complet et le plus concluant qu’il y ait; 20 Cinq à six relations différentes, dont plusieurs n’ont été communiquées qu’à moi en entier;

3° Une multitude de faits que j’ai recueillis moimême, en puisant aux meilleures sources-, 4° L’exposé du résultat d’une assemblée médicale , formée d’après ma proposition, qui a adopté, à l’unanimité, mon opinion sur la contagion, etc., etc., etc.; si, depuis l’époque indiquée, tout est venu justifier également , de plus en plus , mes opinions sur tous les. autres points, si, dis-je, il en est ainsi, les Académies des Sciences et de Médecine, dont la religion a été trompée, croiront, en effet, de leur justice de s’empresser de rectifier ce que contiennent d’erroné des rapports faits dans leur sein , sans connaissance de cause. Les honorables rapporteurs eux-mêmes , trompés les premiers par le langage et les démarches d’un médecin venu après moi , seront aussi les premiers à faire droit à ma juste réclamation, et à revenir ainsi sur des jugemens qui, comme je l’ai dit, ont causé, à la science, à l’humanité et à moi-même, un très-grand préju-

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