COLONIES HOLLANDAISES
JuA Hollande n'est plus ce que nous Tavons vue au seizième et dix-septième siècle ; Tainour de la liberté , la haine de la. tyrannie , avaient développé dans ce coin de l'Europe presque toutes les vertus qui font les grandes choses et assurent la, prospérité des nations. Les Hollandais entreprirent alors de longues navigations, et acquirent sur les Portugais, alliés des Espagnols à cette époque, et leurs ennemis , ces riches possessions qui leur donnèrent long- temps une supériorité marquée dans un des plus riches commerces du monde , et qui offrent encore aujourd'hui de grandes ressources à leur active industrie , malgré que l'état politique de l'Europe et la destruction de l'indépendance batave doivent tenir cet intéressant peuple au-dessous de sa première fortune.
Si Napoléon, arbitre du continent, eût su mieux apprécier ce qu'on peut attendre d'une nation libre; si , au lieu d'asservir les Bataves au joug d'une couronne fantastique, il eût soutenu leur indépendance, affermi chez eux l'empire de la liberté sur des bases durables, et relevé leur courage ; enfin s'il avait fait de la France l'alliée et non la dominatrice de la Hollande , celle-ci aurait secondé ses projets , et, tranquille sur ses domaines
en Europe, cette république «ût porté toutes ses forces au secours des colonies françaises, devenues promptement là proie des Anglais. Cette méprise du seul homme qui commandait^ alors à la fortune a changé le sort dç la Hollande, et préparé peut-être l'étonnante combinaison que dans ces dernières, années nous avons vu subir à ce pays.
Quels efforts , quels progrès vers la prospérité attendre d'un peuple qui lui-même a cessé d'être ? qui, dépendant dans ses intérêts de tous ceux des autres puissances, ne peut consulter les siens dans les cas où tout lui en fait une loi? Concluops-en que, tant que la Hollande ne sera pas rendue u elle-naême , il en sera comme de Gênés , comme de Venise, qui, florissantes sous rinfluence de la liberté, sont devenues de tristes domaines d'états avec lesquels autrefois elles eussent traité d'égal à égal.
On connaît cet étonnant changement; c'est encore un des résultats du grand bouleversement opéré à la chute de Napoléon. iNous disons bouleversement; et quel autre nom donner à la réunion forcée de Gênes au Piémont , de Venise à l'Autriche, de la Pologne à la Russie, de la Hollande à là Belgique? N'est - ce pas le cas de dire que les hommes ont détruit ce que Dieu avait fah? Mais il reste à demander si leurs œuvres dureront autant que, celles de la Providence.
Il est présumable, au reste, que cette réunion de la Hollande aux Pays-Bas, et leur érection en
royaume , est un trait de la politique anglaise , mais où son calcul a été en défaut. En effet , il parait que Tintention de l'Angleterre ayait été de tenir ce nouvel état dans sa dépendance , comme il tenait la Hollande depuis que la maison d'Orange s y était en quelque sorte mise elle - même. Mais un pareil ordre de choses ne pouvait se consolider qu'à l'aide d'une alliance solide entre le prince élevé sur le trône des Pays-Bas et la famille royale d'Angleterre. Le mariage de la princesse Charlotte , fille du prince régent alors , aujourd'hui Georges ir, fut négocié ; mais cette princesse refusa sa main; vainement on lui représenta qu'elle compromettait le succès d'une des plus heureuses conceptions du gouvernement britannique • puisqu'elle pouvait réunir un jour sur sa tête et sur celle de son époux les couronnes d'Angleterre et des Pays-Bas. La princesse aima mieux épouser un prince allemand sa»s fortune, et nul dans la balance politique. On sait que le prince d'Orange fut consolé bientôt après par la sœur de l'empereur de Russie; mariage qui a étendu l'influence de cette puissaiice colossale , et a diminué celle des Anglais sur le pays qu'ils croyaient gouverner. La Russie domine maintenant à la Haye et à Bruxelles , et peut-être les Anglais se repententils d'avoir élevé le royaume des Pays-Bas, qui devient en quelque sorte une annexe de Pétersbourg , et , sans contredît, une puissance secrètement ennemie.
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Mais, à bien examine»', si )*A4])^leteiTe s'est méprise en créant Je royaume des Pays-Bas, croyant le tenir dans sa dépendance , peut-être doit-elle s'applaudir de n*avoir pas contracté une alliance de couronne qui aurait partagé l'intérêt du gouvernement , et divisé en deux la mère-patrie. Autant il aurait été utile à l'Angleterre que ce ne fût pas la sœur de -l'empereur de Russie qui eût porté cette couronne, autant il a été heureux qu'elFe ne soit point tbmbée sur une tête qui l'eût réunie à celle de la Gr^tade-Bretagne. Mais il eût encore été plus avantageux pour elle que la Hollande eût été rendue à son ancienne indépendance, et que la Belgique , restée sous une domination voisine , en eût partagé le commerce et la puissance. Combinaison naturelle , et que le temps amènera , si jamais la France reprend le rang que lui assignent ses destinées.
C'est à l'idée que le cafeinetbrrtannique serait le directeur de celui du nouveau royaume «qu'estdue la facilité qu'il montri à rendre aux Hollandais k» établissemens dont l'Angleterre s'était emparée dans les deux ïndes. Mais les Anglais ont retenu le Cap de Bonne-Espérance, Cocfein , Ceylan , une partie de la Guyane hollandaise , dont la prospérité actuelle atteste kur supériorité dans l'art de gouverner les colonies.
De toutes celles que viennent de recouvrer les Hollandais, Batavia est sans contredit la plus eonsidérî^ble ; elle n'avait point dégénéré sous la do-
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mination anglaise, que les peuples regretteraient, si jamais on pouvait regretter une domination étrangère. '
Ainsi le royaume des Pays*Bas possède du chef de la Hollande, Java, l'archipel des Moluques, Malaeca et les comptoir^ établis à Sumatra, à Bor* néo ; Surinam en Amérique , les îles de Curaçao , SaiQt-Ëustache , Saint-Martin, enfin en Afrique plusieurs forts sur les côtes de Guinée.
Le royaume des Pays^-Bas peut donc un jour, si le sort protège sa durée , entretenir un riche commerce dans les deux mondes, et surtout dans rinde. Peuplé de près de cinq millions d'habitans, sur une étendue de plus de deux mille huit cents lieues carrées , il offre toutes les ressources d'une riche industrie et d'une grande activité commerciale. Le duché de Luxembourg, qui en fait partie, quoique non uni , accroît sa puissance d'une po* pulation de près de trois cent mille individus, répartis sur trois cent cinquante-huit lieues. 11 ne manque à la prospérité du royaume des Pays-Bas que plus d'uniformité dans les mœurs, le langage et les coutumes de ses habitans.
Les Hollandais seuls ont conservé les habitudes des longs voyages et le commerce de l'Inde: celui qu'ils font est considérable , et la compagnie hollandaise semble rivaliser de puissance avec celle de Londres dans les riches établisseitiens de rinde qu'elle exploite à son profit. S'il fallait en croire quelques récits , on n'aurait pas même à se
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louer de s^es procédés envers les habitans et les princes soumis à sa puissance. «
L'histoire a conservé plusieurs traits qu'il est d'autant plus important de recueillir qu'ils peuvent faire préjuger à l'avance les événemeus qui dans l'avenir menacent ces colonies.
Avant que Java tombât au pouvoir des Anglais , tous les souverains indigènes de cette grande île étaient devenus tributaires ou vassaux de la compagnie hollandaise. Elle eut soin de se faire un parti dans toutes Jes cours de ces petits souverains , et de disposer en quelque sorte de la succession au trône, lorsqu'il devenait vacant. Aucun prince de ces familles, aussi jalouses de leurs prétentions que les familles des monarques euro-^ péens , ne pouvait s'assurer du sceptre qu'avec le secours des Hollandais. Un fait donnera une idée de Tabus que cenx-ci firent souvent de leur pouvoir usurpé à ;Get égard.
Au mois de mars 18049 l'amiral hollandais Hartzing, étant en rade vis-à-vis la ville deBantam , invita le roi à venir à son bord. La couronne, ' d'après les lois de ce pays , appartenait à un des frères de ce prince, dont la politique, suivant la maxime impitoyable des cours de l'Asie, avait cru devoir s'assurer en l'enfermant dans une forteresse à quelques lieues de Batavia. Un fils du prince détenu , outré de cette injustice , cherchait l'occasion de venger son père par la mort de l'usurpateur. Le repas accepté par son oncle à bord de
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Tamiral hollaDdais la lui offrit. Déguisera femmei II s'introduisit dans rappartemeht du roi, qui , à son retour, fut étranglé par son nevçy ; exemple déplorable des crimes quenfaûte chez les princes Famour du pouvoir, et qui seni^le absoudre le peuple de ceux que produit quelquefois Tamour de la liberté. Le meurtrier ne se cacha point; il eut même l'audace de se présenter au résident hollandais, se glorifiant d'avoir vengé son père, à qui le sceptre était légitimement dû.
Les Hollandiais prirent partoà cet événement, dont ils surent habilement profiter. L'amiral Hartzing commença par faire débarquer cinq cents hommes, pour empêcher, disait-il, que l'ordre ne fut troublé; mais bien réellement pour, se rendre maîtres des résultats. Le procès fut fait au jeune assassin, qui , d'après les lois du pays, subit la peine du talion , et fut étranglé. La régence de Batavia se hâta de disposer de cette couronne ; et le nouveau roi de Bantam promit de rester le fidèle allié de la compagnie hollandaise , d^ lui fournir le nombre d'hommes stipulés par les traités antérieurs , ainsi que les productions de se^ ^tats , suivant les anciens marchés.
Le royaume de Bantam, quoique nominalement indépendant, est donc sous la domination des Hollandais ; la ville qui porte ce nom est dans la partie occidentale de Tile de Java ; on y fait un assez grand commerce de camphre, d'arack et d'autres productions de File. Il y a plusieurs basars
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OÙ se rendent des marchands de divers points de rinde et de la Chine ; so.n port est beau , yaste et fréquenté.
Le commerce est tout entier entre les mains des Hollandais ; le roi habite l'enceinte d'un fort délabre garni d'une centaine de canons de tout calibre 9 1^ plupart démontés de leur affût. Ce n'est qu'une vaine représentation , qui ne peut inspirer de crainte aux véritables souverains. Environ quatre cents femmes composent le sérail de ce despote subalterne , qui conserve assez de puissance pour enchaîner la liberté et l'industrie de ses sujets , mais point assez d'âme et de pouvoir pour se soustraire à la domination étrangère.
Une réflexion se présente naturellement ici.
Est-il bien vrai que les Européens gagnent plus à maintenir sur le trône contre les intérêts des peuples ces petits rois ou despotes, qu'à les en renverser , et affranchir ainsi leurs tristes sujets d'une domination désastreuse et tyrannique ? Estil sûr que le commerce , et la consommation qui en est l'aliment, n'augmenteraient pas avec l'affranchissement des peuples? Il n'en* est pas de ces rois bigarres comme des souverains de l'Europe qui sont entourés de lois et d'institutions également protectrices de leurs droits et de ceux de leurs peuples. La souveraineté repose sur un intérêt réciproque , et aucune 'nation ne supporterait long-temps un roi étranger qui lui serait imposé par la force ou l'usurpation. Mais dans
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quelques endroits de Tlude, dans ces îles nombreuses où le nom auguste de roi est avili par le caractère de ceux qui le portent , où la corde et le poignard sont des moyens de parvenir au trône , où un audacieux peut s'élever sur des cadavres à la isouveraine puissance pour en redescendre après de nombreux attentats , la morale , la politique , l'intérêt du commercé, ne sont-ils pas d'accord pour placer ailleurs que Surde semblables têtes des couronnes presque toujours ensanglantées : remises aux peuples qui en exerceraient les droits, ce ne serait qu'autant que la possibilité de les ressaisir existerait qu'elles feraient naître des fac- J:ions; mais, du moment où une loi.de l'état et la force les auraient proscrites, un ordre de choses plus favorable aux progrès des arts et de la civilisation s'établirait prômptement : vérité qiie démontrent assez les contrées où l'autorité s'exerce par le conseil de la nation , sans craindre les intrigues de cours subjuguées, faibles ou corrompues. Puissent les nations européennes qui dominent dans les deux Indes être bien convaincues de ces maximes , et les y mettre en pratique !
Le roi de Bantam^ fournit à la compagnie hollandaise à peu près trois milliers de livres pesant de poivre au prix de 28 à 3o francs le quintal î c'est le plus fort commerce du royaume de Bautam , qui compte à peine cent mille âmes de population.
Les Hollandais régnent encore sur un autre
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roi dans l'île de Java, le sultan de Tsîeribou^ qu'on prononce Chéribou , qui compte encore moins de sujets que celui de Bantam. Il n'en est pas moins trésrutUe à la compagnie^ c'est un de. leurs subordonnés. Les Hollandais trouvent dans §on royaume environ un million pesant de sucre , trois cents milliers de riz , et douze cents milliers de café.
Le royaume de Mataram , autre souveraineté de l'île i a un chef qui prend le titre d'empereur. Cet état, après de longues guerres civiles entre dpux rois qui s'en disputaient la poSses3ion, a été partagé en deux. La compagnie hollandaise qui y est intervenue a estimé la valeur de chacune des parties du royaume par celui de^ hommes ; elle a donné à l'une la propriété de six cent mille sujets, comme on donne celle d'un haras, et à l'autre de quatre cent cinquante mille, afin de compenser les prétentions réciproques : imitation de la diplomatie allemande , qui évalue ainsi les souverainetés, et fait s^ns doute qu'en aucun pays du. monde on' n'a des tables de population plus exactes que dans les états d'au-delà du Rhin.
Des rivalités j des guerres, une opposition plus ou moins hostile contre les Hollandais de la part des peuples ou des rois leurs vassaux, y rendent leur situation pénible,' et peuvent finir par leur faire perdre ces colonies. Cette chance est plus ^ craindre pour eux que jamais , depuis que les Aur glaîs y ont régné et y ont laissé des amis et des
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partisans toujours disposés à les servir. S'il fallait en croire même les Anglais, les Hollandais y seraient en horreur; exagération qui ne pourrait s'expliquer que parce que toute domination , et surtout une domination étrangère , est un objet de haine pour les peuples, quels qu'ils soient, même quand il y aurait compensation pour Toppression où on lies tient.
La côte orientale de Java est tout entière dans la dépendance des Hollandais : on y compte cinquante mille habitans. La population de Batavia et de sa banlieue s'élevait en 1818 à cent soixantedix -huit mille âmes; mélange de toutes les nations , surtout des nations indiennes , chinoises, et japonaises. '
On connaît trop l'intérieur et les productions de cette île pour que nous nous attachions ici à les décrire. VHistoire philosophique des deus Indes entre à cet égard dans des détails qui doivent suffire à l'instruction deà lecteurs, et auxquels le temps a apporté de faibles changemens.
Toutes les épiceries que les Hollandais retirent des îles Moluques soht portées à Batavia, qui en est l'entrepôt général : elles sont déposées dans les magasins , où on les conserve avec soin. Le copseil général de la compagnie fixe ensuite la quantité de marchandises que l'on croît . nécessaires au besoin de l'Europe et de l'Asie ; le reste est brûlé. Mais ce commerce est bien diminué depuis qu'ors est parvenu à introduire et à cultiver le
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oannelier, le gîrofflier et les autres sabres à épices à ltle-«de-Franee , à Ci^yenne e*t ailleurs. Cependant c^est encore une des branches lés plus riches de celui que fa^ ja Hollande.
X>a place de gouverneur de Batavia est une des plus i^npoi^tantes ; elle étend sa juridiction sur les autres possessions hollandaises dans ces parages , ainsi quQr sur les Moiuques et Malacca.
•£es navires étrangers qui arrivent à Batavia peuvent y porter toute espèce de marchandises des différeps pays de Tlnde et de la Chine ; mais la descente à ^terre de celles de l'Europe y est prohibée : on en excepte cependant quelques objets ^ tels que le fer et certains in^trumens des arts.
La compagnie ne permet aux navires étrangers d'autresr exportations que celles du sucre, de l'arack, du riz, des noix d'areck, des nids d'alcions>, du cochon salé, des carreaux, et de quelques minces articles de curiosités naturelles.
Le sucre, de trois qualités différentes, se livre dans de grands paniers faits avec des bambous appelés barges y qui en contiennent environ trois cent cinquante marcs. L'arack se vend dans des futailles de la contenance de soixante-dix à soixantedpuze veltes , ou cinq cent soixante bouteilles de pinte. On sait que cette liqueur est faite avec du riz , du sirop et du vin de cocotier, que Ton fait fermenter ensemble, et qu'ensuite l'on distille ; elle est plus estimée que celle qui , dans les Indes
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orientales,^ fabriqué avec dti vin de cocotier seulement.
C'est dans i'ile de Java que croît cet arbre, appelé pohon-upàs , dont le poisod est si subtii, et sur lequel on a accrédité la fable que ses émasà-^ tions faisaient périr ceux qui en uppirôchaient à la distance d'une demi-lieue. On a raconté qu^il croissait isolé au milieu d'un désert , parce que les plantes et les animaux ne pouvaient souffrir un voisinage aussi pernicieut ; que des malfaiteurs condamnés au dernier supplice élaiént contraints , au péril de leur vie , à faii» la récolte de son poison.
La vérité est que cet arbre, connu dans le pays sous le nom d'ûn(/ar^ croît, comme tant d'autres, dans les forêts delà province de Balanbonang, et que son voisinage n'a rien de plus dàngereux.que celui des autres végétaux connus pour être vénéneu:t. C'est le suc épaissi qu'on retire par incision de son écorce, qui s'appelle upas ou oupas :. ce poison est tellement actif, qu'introduit dans le eopps par la plus légère blessure , il donne la mort sur-le-champ ^^
Les Malais, pour s'en servir (car il est C4^nnu dans toutes les îles de la Sonde), le mêlent avec quelque drogue dont ils font mystère, mais dans laquelle on sait qu'il entre de l'ail et du galanga :
' Voyage dans Vile de Java, par M. Deschamps , docteur-m<fdecin de Paris, Tun des, compagnons de voyage du général d'Entrecasteau:!. )
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ils y trempent la pointe de petites flèches de bambou, qu'ils lancent avec une espèce de sarbacane. Le docteur DeschaoQps, de qui bous tenons ces d|étails, assure avoir vu tuer de cette manière un çinge sur up arbre. Le singe reçut le trait empoisonné dans la partie cliarnuefde la cuisse, f^oussa un crij^ et< tomba lÀor^sur-le^hamp. La flèche cependant n'avait pas^ pénétré un travers de doigt, et ne l'aurait pas enlpêc^é de prendre la fuite , si elle n'avait pa^ été trenipée dans Vupas.
Les Javanais ne se ^.servent plus dans leurs guerres avec les HoJJamdîiis de ces traits empoisonnés, les armes à feu en rendent d'ailleurs l'uBdge insuffisant. Ce n'est plus ([u'ùl la chasse que ce§ traits peuvent être utiles , et encore leur préfèts^tr-ilë les fusils, quand ils peuvent s'en proctireï.^H paraît cependant qu'ils n'ont rien à craindre du.pbier tué de cette manière, et que ce goisçn^ pour agir, doit, comme celui de la vipère , être mêlé directement avec le sang.
L'arbre qiii donne l'upas n'est connu que dans la partie orientale de J'ile ; il porte , comme on a dit plus haut , le nom de pohon ou bohon antjar^ on pohon fibas ^ c'est-à-dire l'arbre à upas. Il s'élève à trepte ou quarante pieds ; il a le pOTt et la fepille de l'orme. Lorsque l'on brise ses branches ou qu'on entame son écorce, il en découle un suc laiteux qui s'épaissit à l'air , et c'est ce qui constitue le poison dans lequel oa trempe les flèches.
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On a cherché les moyens de se garantir de ses effets. Les vomissemens , excités d'ane manière quelconque, smit regardés comme utiles après qu'on est blessé par Ta flèche empoisonnée. Les Javanais prétendent qu'un morceau de sucre tenu dans la bouche suffit poupin préserver. On a encore tenté la ligature et l'ampiltation , mais sans succès; peut-être que Talkali^ qui est si efficace dans la morsure de la vipère ^ dont le f enin paraît avoir de la ressemblance, avec Tupas ^ serait un remède, plus certaiii que tout autre; mais on ne sait pas si Vessai en a été •fait. Au reste, Tupas n'est pas le seul poison qui ait la fatale propriété de donner la mort sur-le-chauap , les Américains connaissent le funesfte secret d'empoisonqer leurs flèches au même degré; et nous eii Voyons V dans les cabinets des curieux , qu'on dit pr^aréés de la sorte. ' .
Quant à Torigitie de la fable que le ppiso/i de l'upas est recueilli par dçs malfaiteurs condamnés à cette épreuve , et qui obtiennent letyr grâce s'ils reviennent de ce pèlerinage , voici ce qui a pu y donner lieu.
La polygamie est établie à Java , surtout parmi les grands ; les princes du sang royal y sont donc prodigieusement multipliés, si on peut regarder comme rois de petits despostes bien grossiers et bien ignorans. Les révoltes qui surviennent entre eux doivent y multiplier lès criminels dignes du dernier supplice. Cependant ces rois, pour s'épar-
gner la douleur de répandre leur propre sang , ont imaginé d'envoyer dans une île située au milieu d'un marais fangeux de la côte du sud les coupables, qui y restent plus ou moins longtemps, suivant la gravité du crime. Qu'on se figure la position de ces malheureux presque nus, sans abri, exposés à l'ardeur d'un soleil brûlant , et pendant la nuit aux vapeurs humides du marais qui les entoure ; dévorés de moustiques , livrés à la morsure des serpens, et n'ayant pour se désaltérer que l'eau corrompue du marais. Il est rare qu'ils résistent quinze jours à des tourmens pires que la mort; et s'ils en sortent vivans, ils périssent bientôt victimes des maladies dont ils ont puisé le germe dans, un pareil séjour.
Il est présumable que ce sont ces condamnés qu'on ne voit point revenir qui ont donné lieu à la fable de la récolte périlleuse du poison upas. Il a suffi pour cela d'un peu d'exagération dans les rapports des habitans, et de légères altérations de la part des voyageurs.
Nous terminerons ces renseignemens généraux sur Java par quelques documens titiles au commerce, et qui doivent trouver ici leur place. L'un est un règlement sur les droits d'entrée et de sortie à Java et à Madura ', affiché à Batavia le 12 septembre 1818 ; l'autre , l'extrait d'une ordonnance
* Madura est une petite île fertile en riz, avec un bon port, située au nord de la pointe orientale de l'ile de Java, et comprise dans le gouvernement de Batavia.
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générale , du i " octobre 1818, concernant Tentrée . des navires étrangers dans les ports de l'île.
Le premier porte :
« Art. 1" Que les bâtimens venant d'Europe , d'Amérique ou de quelques possessions des puissances européennes en Asie et en Afrique, ne pourront entrer dans d'autre port que dans celui de Batavia.
« Les mêmes bâtimens seront tenus de faire leur déclaration d'entrée et de décharge à Batavia, à moins que, pour des raisons particulières , il ne leur ail été accordé par la haute-régence la per-» mission de déclarer et de décharger à Samarang où à Sourabaya.
« 2. Les bâtimens qui partiront pour l'Europe ,^ l'Amérique, ou pour quelques possessions des puissances européennes en Asie ou en Afrique , pourront, à leur choix, faire leur déclaration de sortie à Batavia, Samarang ou Sourabaya, s'ils o^nt pris leur chargement entier dans une de ce& trois places.
« 3. Aucun des bâtiniens désignés dans les ar-ticles 1 et 2 ne pourra relâcher dans aucun autre port ou place de l'île de Java ou de Madura , et encore moins y charger et décharger , sans une permission spéciale de la haute -régence, des mar-* chandises ou autres articles.
« 4- Les bâtimens nommés chineesche -Jonken seront seulement admis à Batavia.
« 5. To'us les bâtimens appartenant à des habi-
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tàns de Java ou de Madura , ou de quelques autres endroits dans les mers orientales sous l'autorité hollandaise , de mênie que tous les bâtimens donfiiciliés dans les places appartenant à des princes ou peuples indiens liés d'amitié avec la régence hollandaise^pourront entrer et sortir dans tous les ports de Java et de Madura , sous condition de se soumettre aux règlemens et ordonnances existans.
a Lorsque ces bâtimens en partiront, soit pour l'Europe , l'Amérique , ou quelques possessions dés puissances européennes en Asie ou en Afrique, ils seront, de même que tous les autres bâtimens, soumis aux formalités prescrites par les articles 1 , 2 et 3.
« 6. Les droits d'entrée et de sortie devront être payés sur tous articles et marchandises qui seront portés à Java ou à Madura , et expédiés de ces places , à l'exception seulement de ceux qui en sont exempts par le prése^nt règlement, sauf les limites à déterminer par la suite.
« 7. Le paiement des droits devra être fait chaque fois que les marchandises entreront ou sortiront de Java ou de Madura pour des ports situés hors de ces' villes.
« 8. Toutes marchandises qui seront expédiées d'une place à l'autre situées dans l'ile de Java ou de Madura ne seront point sujettes au paiement des droits d'entrée et de sortie, sous condition d'observer les réglemev existans ou à arrêter siir le cabotage. Les capitaines de ces bâtimens seront
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néanmoins tenus de consigner les droits de sortie, ou bien de présenter pour leur paiement une caution suffisante jusqu'au déchaînement dans le lieu de destination à Java ou à Madura.
« 9. Les bâtimens qui relâcheront pour des causes de dangers , ou ceux destinés pour d'autres ports situés hors de Java ou de Madura , et qui jetteront l'ancre dans la rade, ne paieront pas les droits d'entrée pour les articles qu'ils seront obligés de décharger ou de vendre.
« Le déchargement ne pourra avoir lieu que sur une permission spéciale de la haute-régence , ou sur celle de la place , et sous la surveillance nécessaire.
« 10. Les marchandises qui seront chargées d'un bâtiment à l'autre, se trouvant en rade , devront, de même que toutes les autres , payer les droits d'entrée et de sortie.
« Le transport ne pourra en outre être fait que d'après une permission spéciale et sous la surveillance exigée par l'article précédent.
ail. Les niarchandises entrées en transit ne paieront pas de droit , à condition qu'avant le déchargement on fera connaître le but de leur entrée , et que ces marchandises seront transportées dans les magasins destinés à cet effet à Batavia, en payant deux pour cent de la valeur calculée , et un loyer raisonnable de magasin.
« Les marchandises fr pourront rester pendant un an : après l'expiration de ce temps, on
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sera obligé de payer lés droits ordipaires d'entrée,
« 1 2. Seront entièrement exempts des droits d'entrée les monnaies d'or et d'argent , les barres d'or et d'argent brutes, les chevaux, le gros bétail , le^ brebis et les chèvres , les joyaux et piètres précieuses , les bagages des militaires , les bagages des marins et des passagers , toutes les fois, que ces effets ne seront pas considérés comme objets de commerce.
« i3. Seront également exempts des droits de sortie les monnaies d!or et d'argent , le sel , les joyaux et pierres précieuses , les bagages des militaires, marins et passagers , sous les stipulations déterminées dans l'article précédent , les vivres pour l'entretien de l'armée de terre et pour le service des marins à bord des bâtimens du roi.
« 14. Les droits d'entrée et de sortie devront être payés en monnaie d'argent , d'après le cours et la valeur déterminés par la haute-régence.
« 1 5. -La quotité des droits d'entrée et de sortie sera déterminée d'après un tarif à rédiger spécialement sur toutes les marchandises et autres articles qui seront sujets à ces droits.
« 16. Tant que ce tarif ne sera pas rédigé et publié , on prendra pour base de la redevance du droit d'entrée la valeur en compte des marchandises telles qu'elles sont portées sur la facture ou sur le manifeste du chargement.
« De cette valeur augnâentée de trente pour cent , il sera payé :
^ « Par les bâUmens hollandais , six pour cent;
« Pai^> le^s bâtimens étrangers 'qui ont fait leur
déclaration de sortie dans Jes Pays-Bas , neuf pour
« Par les bâtimens étrangers venant des ports étrangers , douze pour cent.
« Lequel droit , à Tégard des bâtimens étrangers, sera exigé autant qu'il n'aura pas été conclu de conventions entre 3a majesté et les puissances étrangères. ^
« 17. Lorsque le prix des marchandises porté sur les factures sera reconnu trop bas en comparaison des autres cha'rgemens , d'après les prix courans, ou par d'autres circonstances connues, le délateur pourra donner un calcul plus exact de leur valeur:
« Lé receveur devra avoir l'attention , qu^nd on fera une déclaration , de demander les considérations du fiscal maritime.
' « 18. Quand l'intéressé refusera de produire une meilleure déclaration, ou dans le cas 6ù il déclarerait ne pas avoir de facture, les droits d'entrée et de sortie devront être calculés d'après le prix du Etiarché du jour , sur lequel ser^ faite la déclaration suivant la loi.
« 19. Les marchandises indiennes portées par des bâtiniens dU pays seront taxées et paieront le droit d'entrée de la valeur calculée.
<r 20. Seront exemptes des fixations prescrites ci-dessus toutes les marchandises portées par des
DES DEUX INDES. igS
jonques chinoises ; mais elles paieront un droit d'entrée calculé d'après la base suivante ; savoir : t Une grande jonque de Nimpho, 6,000 florins. « Une petite jonque de Nimpho , 4iOoo « Une grande jonque de Canton, 5, 000 « Une petite jonque de Canton , 3,ooo « Une grande jonque d'Eymuy , 4900<' - « Une petite jonque d'Eymuy, 2,000 « Après que ce paiement aura été fait, les chargemens de ces navires pourront être librement transportés, sous condition cependant qu'on ne comprendra dans ces chargemens aucun produit européen , ou marchandise de l'est de l'Inde ; ces dernières devront payer au contraire^ quoique portées par des jonques, les droits d'entrée suivant les articles précédens.
« 21. Tant que le tarif mentionné dans l'article xv ne sera pas arrêté et publié, la valeur de toutes marchandises qui sortiront devra être calculée suivant le prix du marché au moment de la déclaration. « De cette valeur il sera payé :
« Par les bâtimens hollandais, six pour cent ; « Par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas , neuf pour cent ;
« Par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , douze pour cent.
« Le tout , en regard des bâtimens étrangers , pour autant qu'il ne sera pas conclu di? conventions entre sa majesté et les puissances étrangères. « 22. Seront exemptes des luxations ci-dessus
les marehandisês suiTantes , soumises à uii droit de sortie différent , suivant qu'elles sont transportées .par bâtimens hollandais ou étrangers ; savoir :
« Le café\ par pikol de cent vingt-cinq livres , par les bâtimens hollandais, â florins; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas, 3 florins ; par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , 4 florins.
« Le poivre j pjàv pikol de cent vingt-cinq livres , par les bâtimens hollandais, i florin; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas, 1 florin i5 gros; par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , a florins.
« Le sucre ^ par pikol de cent vingt-cinq livres, par les bâtimens hollandais, i florin ; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas, 1 florin 1 5 gros ; par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , a florins.
« L'arak^ par tonneau de trois cent quatrevingt-huit pintes , ou mesure dite kan , première qualité , par les bâtimens hollandais , i o florins ; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays- Bas, 10 florins; par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers, lo florins.
a — Idem, deuxième qualité , par les bâtimens hollandais , 8^ florins ; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas , 8 florins ; par les bâtimeBs étrangers destinés pour les ports étrangers , S florins.
« — Idem, troisième qualité , par les bâtimens
DES DEUX INDES. ig5
hollandais, 6 florins; par Içs bâtinlens étrangers destinés pour les Pays-Bas, 6 florins; par les^bàtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , 6 florins. "
« Le riz, par Js^oyang , par les bâtimens hollandais , 3 flor. ; par les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas, 3 florins; par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , 3 flor.
« Les chevaux , par tête, par les bâtimens hollandais, 20 florins; par les bâtimens étrangers destinés vpour les Pays-Bas, 20 florins ^ par les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers , 20 florins.
a 23. Les bâtimens étrangers destinés pour les Pays-Bas seront obligés, en outre des droits dus, de consigner aux bureaux des droits d'entrée et de sortie le surplus de ce que paient les bâtimens étrangers destinés pour les ports étrangers ; lequel surplus leur sera remboursé dans les Pays-Bas»
« 24. L'entrée , la sortie ou le transport par terre de toute espèce de munitions de guerre, telles que poudre à canon, boulets, canons, fusils , sabres et autres objets de ce genre , est trèssérieusement défendu par la présente , à moins que le gouverneur général n'en ait accordé la permission spéciale.
« 25. L'entrée des clous de gijrofle , de la noix muscade et du macis, pour le compte des particuliers, est également défendue.
« 26. L'amfion , soit du Bengale ou du Levant ,
igS ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
ne pourra entrer en quantité moindre d'une caisse entière, qui devra peser au moins cent vingtcinq livres.
« L'àmfion ne pourra être transporté d'une place à l'autre sans une permission spéciale du fiseal maritime.
« Il n'est permis à personne d'en acheter ou d'en vendre au fermier une moindre quantité.
« Aucune caisse ne pourra être ouverte qu'en présence du fiscal maritime et du fermier , ou de leurs délégués.
« 27. On entend par bâtimens hollandais, dans le présent règlement, ceux qui sont la propriété d'habitans des Pays-Bas , ou des possessions hollandaises aux Indes , et naviguant régulièrement sous le pavillon des Pays-Bas.
« Âpcès l'expiration du délai fixé plus bas, tous ces avantages accordés aux bâtimens hollandais ne seront applicables qu'à ceux qui seront construits dans les pays ou dans les possessions hollandaises aux Indes.
« 28. Seront de même considérés coname bâtimens hollandais ceux appartenant à des princes ou peuples indiens qui sont liés d'amitié avec la régence hollandaise. »
Par un autre règlement des mêmes commissaires-généraux du royaume des Pays-Bas, en date du 1*' octobre 1818, il est arrêté «qu'après le 1" novembre de la même année, les vaisseaux destinés pour Java , et venant d'Europe , d'Amérique
OU de possessions n'appartenant à aucune puissance maritime en Europe , en Asie et en Afrique , ne pourront entrer et décharger dans un autre port que celui de Batavia , si ce n'est par permission spéciale du gouvernement qui leur permettra d'aller à Samarang '.
« Les vaisseaux qui prendront des chargemens dans quelqu'un des ports ci-dessus mentionnés devront recevoir la totalité de leur cargaison dans le même port , et ne pourront pas aller dans un autre port pour la compléter.
« Tous les autres pojrts sont fermés aux vaisseaux européens, américains et autres, excepté aux vaisseaux hollandais, à partir de la même époque. »
Par ce règlement , les droits sur les importations de tous les pays et de tous les lieux, les Pays- Bas exceptés , ont été augmentés de dix à seize pour cent sur le prix de la facture. Les droits d'exportation sur les produits de Tintériéur ont été haussés sur le café, du quadruple ; sur le poivre et le sucre , du double : à moins que les vaisseaux n'aient reçu leurs expéditions pour aller charger à Java, dans un des ports du royaume des Pays-Bas.
Une autre île où les Hollandais, aujourd'hui .sujets duRoyaume^uiii des Pays-Bas, ont des établissemens , est celle de Bornéo , . une de celles qui forment les îles dites de la Sonde ^ dans la mer
> Samarang est une ville de l'île de Java , à enviroi» soixante-dix lieues à l'est de Batavia. Les Hollandais y ont un comptoir et un fort : on y trouve beaucoup de Chinois; et Tempereur, ou sultan de Java , y fait sa résidence habituelle.
des Indes. On la regarde comme une des plus grandes du monde, ayant deux cent soixante-six lieues sur deux cent trente-cinq de large, et une surface de vingt-cinq mille trois cent trente-quatre lijeues carrées. L'intérieur est marécageux , et habité par des peuples dont les maisons , construites sur pilotis au milieu des rivières, annoncent une civilisation à peine ébauchée. Les côtes sont peuplées de Macassarois , de Javanais , de Malais , et de Maures mahométans.
Le terroir y produit en abondance du riz , du coton, du sucre, du poivre, du camphre, qui, comme on sait, est la gomme d'un arbre extrêmement haut, et qui s'étend beaucoup. Il faut ajouter à ces diverses productions le benjoin, le sang-dragon , divers bois de construction , que les Chinois emploient pour construire des junks et des meubles ; enfin le sagou qu'on y fabrique est excellent. On sait que cette espèce d'aliment est commune à toutes les îles de la Sonde , des Célèbes et des Moluques : c'est une pâte végétale que l'on retire d'une sorte de palmier. Les habitans de ces îles en font des petits pains qui se conservent long-temps, lorscju'ils sont à l'abri de l'humidité. On le prépare aussi en petits grains ; le feu sur lequel on les dessèche leur donne une couleur rousse à l'extérieur : c'est dans cet état qu'on l'achète pour le transporter en Europe et à la Chine. Cuit dans le bouillon ou dans le lait , il forme un aliment assez agréable, mais peu nour-
ri^j^t : c'est poiir cela qu'il conyient aux enfans comme première nourriture.
Il y a beaucoup de Chinois établis à Bornéo , où ils ont des colonies très- anciennes, vivent dans une grande sécurité , et font un commerce assez considérable avec leur pays. Ils y importent des porcelaines , des toiles de coton , des soieries , et en exportent les productions , qui toutes sont propres pour la Chine.
Les naturels de Bornéo sont féroces , d'une société peu sûre, et ce n'est qu'avec peine et beaucoup de difficultés que les Européens commercent avec eux. Les Hollandais ont des établissemens sur les côtes de cette île soumis au gouvernement général de Batavia. Leurs comptoirs y sont en bon état, et leur ont été rendus par les Anglais , qui néanmoins n'ont point abandonné l'espoir d'y conserver un établissement si utile à leur commerce dan^ ces régions.
Après la paix de 181 5 , et par suite des traités qu'elle a amenés, les Hollandais mirent une grande activité à rentrerdans leurs établissemens del'Inde. Le moment était favorable pour eux, l'Angleterre regardant le nouveau royaume-uni des Pays-Bas et de la Hollande comme son ouvrage , et comme devant rester dans son alliance et sa dépendance. Des commissaires hollandais se rendirent dans les possessions de la Sonde , des Célebes et des Moluques , pour y être remis en possession par les Anglais. Le gouvernement de Java fut réorganisé
sur UD plus grand pied ; les Célëbes et les iflitiques y furent incorporées.
Ce fut au printemps de 1818 qu'une expédition partit de Batavia , se rendit à Bornéo , releva les anciens comptoirs hollandais v en établit de nouveaux , et les commissaires-généraux du roi des Pays-Bas conclurent un traité avantageux avec le sultan de Pontiana. Les grands vassaux de ce prince, qui avait aussi transigé en leur nom, se révoltèrent contre lui. Le sultan marche à leur rencontre à la tête de ses troupes , grossies par une division de Hollandais ; il remporte une victoire complète. Ce prince, dans l'excès de sa reconnaissance, augmente encore les privilèges déjà
obtenus par ses nouveaux alliés, qui voient ainsi sous leur influence exclusive une des îles les plus vastes et les plus fertiles du globe , une île dont on n'approchait qu'en tremblant, parce qu'on supposait que ceux qui l'habitaient Savaient aucun principe de civilisation.
Ainsi, par des conquêtes et par une adresse ambitieuse , la Hollande s'étend dans les îles de la même manière que la compagnie anglaise sur le continent de l'Inde : aussi verrons-nous peut-être un jour ces deux puissances éclater en reproches , se disputer quelques-possessions , et s'entre-détruire par des hostilités de toute espèce. Déjà nous avons vu éclater leur jalousie ^^ nous avons vv la hauteur britannique s'irriter de l'ambition des commissaires bataves.
Toujours attachés à Texécution pleine et entière de la rentrée en possession des colonies rendues ' en vertu du traité de 18149 ces commissaires donnèrent ordre à la même expédition d'aller à Malacca, d'y arborer le drapeau du royaume des Pays-Bas , et de relever les comptoirs hollandais dans cette presqu'île importante. Sentant toute l'utilité d'un pareil établissement, le gouvernement de Batavia y fit placer une station maritime afin de le protéger : deux vaisseaux de haut bord et une frégate se tiennent dans le port ou croisent aux environs pour le mettre à l'abri de toute tentative ennemie.
La presqu'île de Malacca, où est la ville de ce nom , est fort étroite , et d'environ cent-dix lieues de long. Quelques écrivains pensent que c'est la Chersonèse d'or des anciens. Elle ne tient au continent que par le nord, où elle confine aux états de Siam , ou plutôt au royaume de Johor , qui en a été démembré, et qui en est seulement tributaire : elle est séparée de Sumatra par le détroit de Malacca. Le principal produit de cette île est en poivre, dents d'éléphant, cannes, gommes. Le climat est un des plus doux et des plus agréables de l'univers.
Les habitans portent le nom de Malais <, qui est commun à ceux des île^ dç la Sonde. Ce son.t des hommes féroces et dangereux; on évite autant que l'on peut d'en avoir dans les équipages des navires. Leur principal métier est la piraterie , qu'ils
exercent avec une grande audace et avec,éuccès.
L'établissement de Malacca donne la clef des îles de la Sonde , des Moluques , de la Chine et du Japon. Ainsi on ne peut s'étonner de l'importance qu'ont mise les Hollandais à le ravoir : mais on peut trouver étrange la facilité avec laquelle les Anglais l'ont rendu. Aussi n'en sont -ils pas à témoigner leur mécontentement au sujet des concessions faites à la Hollande par la dernière paix.
Un de leurs papiers les plus accrédités dit à ce sujet : « Les Hollandais poursuivent le cours de leurs travaux iniques dans l'archipel Indien ; ils ont fermé les ports et forcé les navires nationaux à porter le pavillon et des papiers hollandais. Les ports, naguères indépendans de Bornéo, de Célèbes, de Sumatra, sont aujourd'hui (1820) en leur pouvoir, et ils ne manqueront point d'y établir le système d'exclusion qu'ils suivirent au dix -septième siècle. Qui pourra jamais oublier leurs barbaries , et particulièrement celles dont ils se souillèrent à Amboine en 162 1 , où ils mirent à la torture des Anglais qui s'y étaient établis , et finirent par les massacrer? Le monopole de cette île et de celle de Banda tomba dès-lors dans leurs mains. Ils avouent aujourd'hui les mêmes intentions ; ils poursuivent dans ces parages lointains le même système d'hostilités <îontre le conlmerce britannique. Tout est mis par eux en usage pour dégrader et avilir le nom anglais, pour harceler
et ruiner ceux des négocians de notre nation qui , sur la foi des traités , se sont établis à Batavia. Il s'en faut que nous soyons partisans de la guerre ; mais notre cabinet ne souffrira pas que le système hostile *uivi par les Hollandais envers les sujets britanniques continue de les exposer aux plus mauvais traitemcns. Il exigera par des remontrances énergiques que ce cours d'usurpation et d'agression ait un terme. S'il en était autrement, tout le commerce oriental serait perdu. Leè Hollandais s'emparent graduellement du monopole , et haussent arbitrairement le prix des productions de ce vaste archipel. Ils envoient pour leur propre coo^pte des vaisseaux au Bengale pour y vendre le cuivre du Japon et l'étain de Banca au préjudice du commerce anglais et des intérêts de notre nation.
« Tous ces détails mettent au plus grand jour notre méprise. Devions nous leur rétrocéder ce pays? Mais nous n'avons pas encore articulé tous nos griefs contre leur ambition. Dans la vue d'interromjjre toute communication entre les indigènes et nous , ils ont, vers la fin de 1818 , mis en commission trois vaisseaux de ligne, cinq frégates , plusieurs sloops et beaucoup d'autres bâtimens armés. En un mot, la tranquillité ne peut plus régner dans cette partie du globe. En con-séquence des restrictions imaginées par les Hollandais, le prix des denrées coloniales est triple à Java de ce qu'il était quand cette belle île se
félicitait d'être sous le gouvernement sage et paternel de la Grande-Bretagne. Nous répétons que la guerre ne saurait nous compter parmi ses partisans; mais il s'en faut que nous soyons disposés à sacrifier les droits , les intérêts , Thomieur de notre pays à une nation aride et rivale. L'Angleterre a été trop prodigue dans ses concessions envers la Hollande ; mais, quoiqu'on ait sujet de s'en repentir, nous ne voulons pas enfreindre le traité. Qu'en vertu de cet acte diplomatique ils jouissent de ce qu'ils ont droit de posséder, mais qu'ils ne se mêlent plus de l'indépendance des ports nationaux, et qu'ils ne gênent plus notre commerce suivant leur caprice. »
Ces plaintes, quelque exagérées qu'elles soient, n'en annoncent pas moins les germes de divisions qui existent entre les deux nations , et qu'aux premières hostilités en Europe les possessions des Hollandais aux Indes seront exposées à devenir la proie de l'Angleterre.
La ville de Malacca est peu considérable par elle-même ; nfiais elle l'est par sa position , par son commerce, qui pourrait être plus grand, et qui se borne au poivre et à quelques autres productions de l'île.
Les marchandises dont le gouvernement hollandais permet la descente à Malacca, sont, des draps légers, des vins en bouteilles, et quelques articles de modes.
On en peut tirer dû poivre , du coton , du ben-
DES DEUX INDES. 2o5
join , du sagou , du bois rouge , qui trouve son débit à Bombay, de la noix d'areck, dès rotins ou cannes, dont on fait un bon commerce avec la Chine.
Les navires trouvent en abondance à Malacca des provisions débouche : les volailles, le poisson, les légumes, les fruits y sont à très-bon marché ; le mangoustan, ce fruit si recherché par son goût, y est très-commun.
Mais l'activité hollandaise réduit à peu de chose pour le commerce étrai%er tant d'avantages ; il en est de même de Sumatra , où les Hollandais ont aussi des établissemens.
Lorsqu'ils se montrèreùt en 1818 sur les côtes de cette grande île pour prendre possession de leurs comptoirs , soumis aux Anglais pendant la guerre, ils y trouvèrent un çopcurrent d'un caractère ferme et d'un mérite distingué, sir Thomas fiaffles , qui commandait l'escadre anglaise dans ces parages^ Il en sera question plus bas, car le trait qui le concerne mérite de figurer dans cet aperçu de l'état des coloùies. Mais disons un mot d'abord de Sumatra, mieux connue et appréciée aujourd'hui qu'autrefois. .
Elle n'est séparée que par un détroit de la presqu'île de Malacca ; on lui donne près de dix^ degrés du nord au sud ; cette immense étendue n'est ni également peuplée, ni même connue dans sa tota; lité. Les chaleurs y sont tempérées par des vents de terre et de mer qui se succèdent régulièrement.
et par des pluies très-fréquentes. Des Malais en occupent la partie méridionale ; ils ont leurs maisons ou plutôt leurs cabanes élevées sur des piliers de bambou et couvertes de feuilles de palmier.
C'est dans le nord de Sumatra qu'on recueille le meilleur camphre et le meilleur benjoin de FAsie; il s'en fait un grand commerce avec les Chinois et les Japonais. Le pays est en général très-fertile. ^
Les Malais établis à Sumatra sont, comme ceux dé Malacca, adonnée à la ^raterîe, qu'ils exercent surtout dans le détroit. On ne saurait trop se mettre en garde contre eux. Ils sont d'autant plus à craindre qu'ils font la course avec de grandes pirogues qu Ils manœuvrent aisément ; ils abordent de nuit, avec beaucoup d'audace et de férocité , les navires qui se laissent surprendre; ils les pillent après en avoir égorgé l'équipage : ils arment aussi des bâtimensà deux mâts qui portent de l'artillerie ; ils en réunissent quelquefois plusieurs pour attaquer de ^ros navires.
Achem est la capitale de l'ile , et le plus grand marché ; elle a un port excellent , fréquenté prin- <:îpalement par des Hollandais, des Anglais, des Porjtugais , des Danois et des Chinois.
On y porte de l'Europe , du fer, du cuivre , de l'acier, du plomb, des armes, des munitions de guerre, et des draps d'or; de l'Inde on y porte des mousselines, des toiles peintes, des cotons filés et en bourre, de la soie-, de l'argent, et surtout
DBS DEUX INDES. 20'J
du riz , parce que le territoire n'en produit pas assez pour le besoin des habitans.
L'argent qu'on y porte y est échangé contre de l'or. Ce commerce donne du profit ; mais il ne peut être fait que par des personnes qui aient les connaissances nécessaires pour découvrir la fraude dont les Achemois , qui sont très-fripons , usent toujours lorsqu'ils vendent ce métal.
Outre cfet or, dont on fait commerce et qui se 'trouve en quantité dans la rivière qui passe à Achem , on tire de cette ville les productions de l'île, surtout le camphre et le benjoin.
A peu de distance et à l'est de Sumatra , visà-vis le fort Palembang, est située l'île de Banca, que les «Anglais remirent aux Hollandais. Elle fut l'occasion d'une discussion assez vive entre les deux nations : cette discussion fait trop connaître l'esprit qui les anime pour ne pas en, donner quelque détail ici.
En rétrocédant aux Hollandais tout ce qu'ils avaient possédé dans l'Inde en i8o3 , l'Angleterre conclut au mois d'août i8i4 une convention avec le roi de$ Pays-Bas, par laquelle la Hollande lui abandonnait en toute propriété la colonie de Cochin sur la côte de Malabar en échange de Banca, l'une dès îles de l'archipel de la Sonde.
Cette île est précieuse pour les Hollandais , surtout par l'étain qu'elle tire de ses mines , et qu'on dit supérieur à celui d'Angleterre ; au moins est-îl certain que les Chinois le préfèrent , parce qu'il est
plus malléablie et se prête mieux à la fabrication de leurs vases sacrés. C'est même par une colonie de Chinois que sont exploitées ces mines, dont les produits annuels s'élèvent jusqu'à trois millions pesant. On porte cet étain à Canton, et il entre dans les échanges du commerce batave, qui charge du thé , des soieries , des toiles et des porcelaines au retour.
Arrêtons nous ici sur les suites de cet échange de Cochin contre Banca. Les événemens , les réclamations , les discussions dont il a été l'occasion jetteront de nouvelles lumières sur ce que nous avons dit de la rivalité qui règne dans l'Inde entre les deux seules puissances qui prétendent aujourd'hui à son commerce. Ces détails peuvent donner une idée juste de la politique de ces deux nations, et des prétentions qui un jour peuvent encore ou afifranchir ou faire changer de maîtres leurs possessions : ces connaissances entreht dans celle du système commerciale et de l'état actuel des colonies européennes dans les deux Indes.
Banca était bien la propriété des Anglais lorsqu'ils l'échangèrent contre Cochin; mais le sultan de Palembang dans l'ile de Java, en leur abandonnant par un traite cette importante possession, avait stipulé que l'Angleterre lui garantirait la couronne et ses autres états. L'acte qui stipule cet arrangement. est ainsi conçu :
« iNous soussigné, sultan Ratoo Almed Naju-
mudin, seuvçrain de Palembang, de mon plein gré, et en reconnaissance de la faveur qui m'a été accordée par le gouvernement anglais de Java ^ en me plaçant sur le trône de Palembang; confiant dans la générosité d^i gouvernement britannique , qui doit me mettre à portée de soutenir mon rang et ma dignité, cédons à sa majesté le roi de la Grande-Bretagne, et à Thonorable compagnie des Indes, pour en jouir en toute propriété et souveraineté, les îles de Banca et Billeton , ainsi que les îlots qui en dépendent; renonçant parle présent acte , tant en mon nom, qu'en celui de mes héritier^ et successeurs, et pour jamais, à tous droits et réclamations , à quelque titre que ce soit sur lesdites îles ; renonçant aussi à la propriété des tnlnes et de leurs produits, ainsi qu'à toutes les prérogatives exercées par les sultans de Palembang. Nous les reconnaissons, par le présent acte , être seules et exclusives propriétés de sa majesté le roi de la Grande-Bretagne et de l'honorable compagnie des Indes ; et par les présentes enjoignons à tou6 les habitans maintenant résidant dans ces îles , ainsi qu'à ceux de ûos sujets qui pourraient par la suite désirer de s'établir sur ce point , après en avoir obtenu la permission du gouvernement
' ■ On sait que cette île, ainsi que la presque totalité des possessions hollaDdaises dans la mer des Indes » étaient sous la domination des Anglais, qui s'en étaient emparés > et qui les rendirent en vertu du traité de Paris, du 3o avril 18 14 • après les avoir administrées avec sagesse , intelligence , et y avoir fait prospérer tous les genres d*éta^ I>li88emen8. agricoles et commerciaux.
anglais, de servir ce gouvernement en bons et loyaux sujets ; nous engageant de notre côté à protéger et faire respecter les familles et les propriétés de ceux des habitans de B^nca et Billetoo qui peuvent dans ce moment se trouver à Palembang , avec la faculté de se transpojrter dans ces îles quand ils le jugeront convenable; en vertu desquelles dispositions nous avons signé de notre main et apposé notre sceau, comme aussi la signature et le sceau de notre héritier apparent, et celui des principaux Pangerangs de ce royaume. Fait à Palembang, le cinquième jour jumad ul auM^ull. 12. Signés y Pangerand S uria^Pangerand Aria, 17 mai 1812, en présence de nous soussignés, tV. Hunier, Rob. Meures. »
Les Anglais , en cédant Tile de Banca aux HqI* landais, étaient donc tenus de leur faire respecter les clauses de ce traité ; mais les négociateurs n'en ûrent seulement pas mention : de manière que les Hollandais , ne se croyant liés par aucun engagement envers le sultan Ratoo Najumudin, Tout depuis chassé de ses états de Tile de Java '.
Cet oubli des convenances et de la justice n'a point échappé aux hommes dont l'Angleterre offre plus d'exemples qu'aucun autre état de l'Europe : ne redoutant ni l'autorité ministérielle,
' Uoe guerre assez vive entre les Holiandais et ce prince n'a cessé d'avoir lieu avec des chances différentes depuis cette époque; ïet dernières nouvelles annonçaient des succès marqués du sultan de Palembang, qui 9'était remis en possession de ses états dans Tile de Java.
Di l'abus de la faveur, ou la disgrâce de cour qui font la règle de conduite dans les pays despotiques, ces hommes savent prendre la défense des opprimés^ fussent-âs aux extrémités du globe, lorsque surtout l'oppression est l'ouvrage des agens du gouvernement anglais. Ainsi Waren Hastings, ainsi Piéton ont été attaqués par le parlement pour les vexations que le premier s'était permises dan$ l'Inde, et la cruauté exercée par le second contre une simple femme du peuple dans l'île où il commandait ; et les membres du parlement qui ont élevé ces plaintes et poursuivi l'accusation n'en ont pas moins conservé la même considération, malgré qu'ils eussent dénoncé des abus d'autorité.
Dans l'affaire de l'échange de Banc^ , le marquis de Lansdown n'a point hésité à suivre d'aussi nobles exemples ; indigné de la perfidie des commissaires anglais, il s'exprima avec autant de sens que de raison sur le manque de foi dont ils avaient offert une preuve si scandaleuse.
« Il n'est pas de mon intention, dit-il dans la chambre des pairs S de discuter le principe d'après lequel on a rétrocédé à la Hollande ses anciennes colonies; cependant on pouvait douter que cette mesure fût convenable quand la Hollande recevait en Europe un accroissement considérable de territoire ^. Le sujet qui doit occuper
■ i« février 1819. ' ,
* i 19ou8 avons déjà fait remarquer au lecteur qu'alors la Graode- Bretagoe espérait tenir le loyaume-uni des Paya- Bas dans sa dépeu-
212 ' ÉTAT ACTUEL DU COBfMERCE
Tattention de vos seigneuries n'est pas le principe d'après lequel le traité a été conclu , mais la manière dont il a été exécuté, parce que l'honneur, l'intérêt et la politique de notre pays se ti'ouvent compromis dans ce mode d'exécution. Les faits qui m'engagent à occuper l'attention de vos seigiîeuries remontent à l'époque où les forces de sa majesté occupèrent l'île de Java.
« On se rappelle qu'en 1812 lord Minto, alors •^gouverneur-général de l'Inde, envoya une expédition à Java pour s'emparer de cet établissement hollandais. Ce grand homme d'état mérita sans doute des éloges pour avoi/soumis cette île à la couronne Britannique ; mais combien sont plus grands et plus flatteurs les éloges qui lui sont dus pour avoir établi dans cette île un gouvernement sous lequel toutes les ressources du pays étaient développées et venaient augmenter la richesse et la prospérité de notre patrie ! Les grands avantages attachés à cette conquête furent clairement établis dans le discours émané du trône, et par le vote du parlement. Ces avantages n'étaient que présumés; l'expérience les réalisa bientôt, puisque Java parvint rapidement au plus haut degré de prospérité que puisse atteindre une colonie dans la mer des Indes. Cettp prospérité , cette splen-
dance par un mariage et un traité. Elle s'est méprise. Le mariage s'est fait avec la Russie, que les Hollandais craignent ihotns qu'ils ne craignent les Anglab : le Boyaume-uiii se trouve ainsi une annexe du vaste empire de Russie.
DES DEUX INDES. 2l3
deur étaient dues au régime introduit et aux mesures prises par sir Jhomas JRafîles , auquel le noble lord avait confié le gouvernement de Batavia ^
« Bientôt après ^ et par suite des recherches activés de sir Thomas Raffles, on découvrit >qu 'une population considérable vivait inconnue des Hollandais dans Tintérieur de l'île , à moins de supposer que la politique hollandaise avait eu des raisons pour laisseï; ignorer le véritable état de la population javanaise de quatre, à cinq millions d'habitans ^. La plupart des princes qui habitent les côtes sont soumis aux Hollandais ; ceux de Tintérieur sont indépendans. Le gouvernement anglais avait conclu avec eux des traités également avantageux à la Grande-Bretagne et à euxmêmes. C'est le funeste résultat de l'un de ces traités qui adonné lieu à là motion que je vais faire.
« A peine fûmes-nous établis à «Java , qu'on sentit que Toccupation de l'île de Banca pouvait, attendu sa position, être d'un grand avantage pour le commerce de la Chine. Le gouvernement britannique ne voulut point employer la force
^ I/Aogleterre doit à sir Tlioinas Kafflcs une excellente ^tstotre , ou plutôt une Descrifrtion historique de Java , en deux volumes ii|-4°>
Ce gouverneur estimable m donné ainirun excxnpiè trop rare^ quoique beaucoup plus commun en Angleterre que chez nous, celui d'avoir fait tourner au profit des connaissances politiques et statistiques les fonctions qu'il a exercées pendant six a^s à Batavia avec une si grande distinction.
^ Kxagération évidente.
2l4 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE
pour s'en emparer; mais, considérant qu'elle appartetiait en toute propriété au sultan de Palembang, il négocia avec ce pririce un traité par lequel cette île fut cédée à l'Angleterre , et, en retour de cette cession, le gouYernernent anglais, par le même traité , a garanti au sultan la jouissance de ses autres états etla sûreté de son trône. C'est en ce moment , milords , que je réclame votre attention : peu d'années après cet arrangement, on jugea convenable de rendre aux Hollandais les colonies conquises sur eux dans les mers de l'Iode ^ et quittaient en leur disposition avant i8o3 '. Or, comme l'île de Banca ne fut jamais leur propriété, la rétrocession de cette île ne pouvait pas être stipulée; néanmoins, par un acte séparé du traité, Bànea fut cédé au roi des Pays-Bas ^. Cette cession fut appuyée de divers motifs , et spécialement de Tacquisitioa de Cochin , cédé à l'Angleterre. Mais, pendant que nous recueillions les avantages que nous procurait la cession de Banca, on ne prit aucun soin d'assurer les droits et les intérêts du sultan de Palembang, qui, en conséquence de cet oubli , réclama la protection qui lui était due conforinément au traité fait avec lui. Le gou-
' Les possessions hollandaises, excepté Geylan , avaient été rendues à la Hollande , en vertu du traité d'Amiens. La rupture de ce traité , au mois de mai i8o3, autorisait les Anglais à rentrer dans ces possessions , la Hollande étant partie contractante avec la France.
\ !Nous avons vu plus haut que Banca fut échangée, par un tnûté signé à Londres le i3 août i8i4» contre Cochin, appartenant aux Hollandais , mais occupé par les Anglais.
DES DEUX INDES. ,2l5
verneur anglais , qui avait reçu l'ordre pur et simple de rendre la colonie , était sans pouvoir pour stipuler des conditions en faveur du sultan Nujumudin ; il fut donc obligé de se renfermer dans une protestation; contre l'infraction par les Hollandais des clauses du traité relatif au sultan de Palembang. Cette protestation était à peine rédigée et signée , que les commissaires hollandais entourèrent sir Thomas Rafïles afin de s'assurer s'il hs'avait point reçu d'Europe des instructions pour lever ces difficultés. Ils s'en tinrent au contenu littéral de la clause stipulée dans le traité , et en réclamèrent la stricte exécution. Sir Thomas Raffles fut donc obligé de conseptir à la remise pure ;et simple de l'île de Banca.
« A peine les Hollandais en eurent-^ils pris possession , continue le marquis de Lansdown , qu'ils commencèrent à empiéter sur les droits du sultan de Palembang, et détruisirent son autorité, sans avoir égard au traité par lequel la Grande-Bretagne avait garanti à ce prince la souveraineté de ses états. Sir Raffles a plusieurs fois renouvielé ses réclamations en faveur de ce souverain , et toujours sans succès ; il a été réduit à faire de nouvelles et inutiles protestations. »
Le noble pair obtitit que les pièces relatives à cette affaire seraient remises sur le bureau ; mais il ne parait pas que des mesures efficaces aient été prises pour faire cesser l'infraction du traité; on sait seulememt qu'une guerre acharnée et
2l6 ÉTAT ACTUEL I>U COMMERCE
meurtrière a été le résultat de la mauvaise foi de» Hollandais, et que peut-être verront-ils un jour toute la population de l'île insurgée contre eux. Déjà celle de Pàlembang à exercé des violences qui rendent périlleuses les communications dans l'intérieur. Le sultan , remis sur le trône par ses sujets fidèles , menace sans cesse les établissemens hollandais ; la con^pagnie hollandaise court risque de perdre Banca , après avoir voulu la posséder à titre illégitime , et après avoir chassé de ses états le prince qui ne l'avait cédée aux Anglais qu'à des conditions qui sont devenues obligatoires pour elle. Mais peutrêtre que les Anglais eux-mêmes voient avec plaisir cette discorde , qui doit tendre à affaiblir, ou au moins à troubler les affaires de leurs rivaux dans l'Inde. .
Outre les îles €élèbes et de la Sonde , les Hollandais recouvrèrent, en vertu du traité de Paris, leurs autres possessions aux Moluques : elles avaient, comme les précédentes, été envahies par les Anglais dans la guerre de 1 796 , et rendues à la paix d'Amiens. Reprises de nouveau i, les Hollandais y rentrèrent depuis i8i4 5 et les mêmes commissaires à qui les Anglais avaient remis les îles de la Sonde et les Célèbes rentrèrent également en possession de Timor, d'Amboine, et de quelques autres îles faisant partie du même archipe;!. Les principales sont , Amboine, Banda et Timor. Nous nous y attacherons de préférence. L'importance du commerce qu'y font les Hollandais
nous y engage ; nous aurons soin cependant de ne pas répéter les détails déjà si amplement exposés par l'Historien des deux Indes.
L'île d'Amboine , d'environ douze lieues de longueur sur trois de largeur, est divisée en deux presqu'îles réunies par un isthme d'environ trois cents toises de large. Deux baies profondes forment cette séparation ; celle qui est du côté de l'ouest offre un havre commode et sûr; celle qui est du côté de l'est, beaucoup plus .petite , n'en a qu'un dangereux, tant par son mauvais mouillage que par les rochers qui bordent ses côtes : c'est pourtant de ce côté qu'est placé le fort Vittoria^ élevé par les Portugais lors de la première conquête de l'île. Les Hollandais l'ont conservé , et en ont fait le siège de leur gouvernement. Les vaisseaux s'y chargent , qi^oiqu'ils dussent trouver plus de facilité à entrer et à sortir par la grande baie.
Là ville d'Amboine est très- propre, et bâtie avec autant d'élégance que de régularité. Elle est bien fournie d'éau , qui • encore qu'elle ne soit pas de la ipeilleure qualité, est saine et bonne à boire. Quant à celle que prennent les vaisseaux, elle est d'une source courante très-estimée par les naturels, qui en vantent les. excellentes qualités.
L'aspect général de l'île est des plus remarquables et des plus pittoresques. Les épaisses forêts qui couvrent les montagnes, la verdure perpétuelle des vallées , de rians hameaux, et partouts la plus riche culture , présentent le spectacle varié
2l8 ETAT ACTUEL DU COMMERCE
de tout ce que la nature est susceptible de produire dans les climats des tropiques. Les deux parties de rilé , séparées comme nous Tavonsdit , s'appellent Leytemare et Hitàr. Le Leytemore est un peu moins grand que l'autre ; mais , comme le fort Vittoria y est situé , il a plus d'habitans , et les terres y sont mieux cultivées que dans le Hitor.
Pour la facilité de la récolte des clous de girofles, une des riches productions de l'île, et même la principale , les Hollandais ont formé plusieurs petites résidences subordonnées à l'établissement d'Atoboine , qui comprend la province de ce nom et ses dépendances. Il y a sept grands districts et quatre-vingts petits, tous dans là division de Leytemore, sous la surveillance immédiate du gouverneur. Les résidens subordonnés sont chargés chacun de six ou dix négreries. Il faut excepter le résident de Saparoua , qui est en même temps gouverneur de la province de Lauk , qui contient quatre districts au sud-ouest d'Amboine, avec les petites îles de Saparoua et de Noessalant. La première comprend treize districts, et la seconde sept. Ces îles produisent une grande quantité de trèsbeaux girofles , et cette résidence est la plus importante pour le gouvernement. L'île de Harockoe, avec les districts de Tolochor, Tengatinga et Tial , dans la péninsule de Hitor , forment une province sôus les ordres d'un résident. Tous les districts que nous venons de nommer produisent beaucoup
DES t>Z\jX IND£S. 219
de girofliers ; il est très-strictement défeDdu d'en cultiver dans d'autres parties de Tile. Toute la côte de Oéram, qui est divisée en trente-s^pt districts, est subordonnée aux trois résidences de Saparoua, Harockoe et Hila ; les autres lieux dépendans du gouvernement d'Amboine sont , Bomo , Manipa et Saway : chacun d'eux a une petite résidence de deux ou trois districts, qui lui sont subordonnés.
Ces districts ou négreries s'appellent aussi regences;, et les officiers qui y commandent sont distingués par les titres de régens, rajahs, pattirs et orantaios. Ils sont nommés par le gouverneur, excepté dans quelques résidences où les régens sont des deècendans d'anciens Portugais établis dans l'ile.
Tous les gérans des provinces d'Amboine , de quelque distinction qu'ils soient , sont dépendans de la compagnie, qui est nott- seulement souve-' raine absolue dans l'ilè , mais même propriétaire actuelle du sol. Toutes les terres sont dans sa possession immédiate , à l'exception de quelques champs qui appartiennent à des particuliers qui ont la permission d'aliéner les terres, avec défense d'y cultiver les girofliers. Toutefois , quoique la compagnie prétende au droit de suzeraineté sur le sol, elle reconnaît qu'on ne peut pas dépouiller les habitans des différens districts d'une partie quelconque de leurs propriétés, sans leur donner un dédommagement suffisant, par-»
ticulièrement quand leurs terres produisent des girofliers qui, étant considérés comme propriété héréditaire des planteurs, sont regardés comme inviolables.
Dans tous les districts où on cultive le giroflier, les terres qui sont réservées à ces plantations ont été partagées parmi les habitans : ces portions sont appelées daty-lands. On tient un registre exact de leur produit; on compte les girofliers tou^ les ans, et Ion tient note de leurs qualités. On est obligé de porter chaque année le produit de ces arbres aux magasins de la compagnie, dont le privilège est restreint à la Chine , au Japon et aux Moluques.
Cependant les daty-lands ne sont pas exclusivement employés à la culture des girofliers; seulement il s'en trouve dans chaque district, et partout on les compte, comme on vient de le dire. On prend un très-grand soin de tous, et on veille à ce que leur terre soit bien sarclée , et à ce qu'ils soient bien abrités. Lorsque de jeunes girofliers viennent à pousser dans quelques autres parties du district , on les transplante dans les daty-lands , à moins qu'il n'y ait déjà assez d'arbres.
La récolte des clous commence ordinairement à la fin d'octobre ou au commencement de 'novembre , et continye jusqu'en février; il y a en avril et en mai une seconde récolte , mais d'une qualité inférieure.
La manière de recueillir les clous est tout-à-fait
DES DEUX INDES. i221
particulière. Chaque cultivateur porte la quantité qu'il en a recueillie à un endroit où on la pèse ; là^ on enregistre exactement son nom et la quantité qu'il a remise; mais, à nroins que les clous ne soient absolument secs , on ne marque pas tout ce qu'ils pèsent; et , s'il s'y trouve la moindre humidité , la compensation , pour ce qu'ils perdront en séchant, rend l'estimation tout-à-fait arbitrairie.
Quoique le prix nominal auquel les clous doivent être payés soit de près de 4 shellings 8 pences la livre, la somme effective qu'on assigne à la récolte est bien inférieure à cause des déductions qui sont faites dans l'évaluation de la denrée et daùs le paiement du cultivateur. Laprincipale retenue est de vingt pour cent sur le poids des clous au profit du gouverneur et des employés de la compagnie. En outre, il y a encore quelques petites déductions pour le régent et les principaux anciens du district, puis pour le ràjah ou l'orankaio.
La totalité des clous est exactement portée aux magasins de la compagnie ,. aux conditions que nous Tenons xle dire. Le droit de vingt pour cent , en sus du poids, est établi depuis long -.temps par le gouvernement de Batavia ; il est prélevé sur le produit annuel, qu'on estime, l'un portant l'autre, à six célit mille livres pesant de clous, et partagé entre le gouverneur, le commandant, les officiers civils et militaires de File, les agens de la compagnie et les autres personnes attachées à
8on service. Ce droit de vingt pour cent prélevé $ur six cent mille livres pesant de clous fait cent vingt mille livres pesant qui , à raison de 56 rixdallers par baher S valent 12,218 rixdallers, qui sont divisés comme nous venons de le dire.
Quoique nous ayons porté la quantité de clous pour une année moyenne à six cent niille livres pesant, elle varie cependant en plus ou en moins. L'état suivant, qui se rapporte à 1 époque de Toccupation de Tile par l0s Anglais , en est une preuve.
Il y avait alors trois mille quatre cent vingt et un daty-lands, où Ion cultivait cent cinq mille neuf cent vingt-sept arbres portant fruit ; vingtdeux mille vingt arbres à moitié de leur croissance; onze mille sept cent quarante-neuf jeunes arbres : total cent trente-neuf mille six cent quatre-vingt-seize girofliers.
Le produit de ces arbres était de six cent quatrevingt-dix mille quarante-sept livres pesant dans les bonnes années, et moindre dans les années communes ; ce qui donne la moyenne indiquée.
La population d'Amboine et de ses dépendances est très-exactement connue par chaque district. Il y a <les hommes chargés de tenir un compte régulier du nombre de familles ; et dans le mois d'août ils forment les listes des naissances de toutes les classes. Ces listes sont envoyées au secrétariat du gouverncnient , et c'est sur elles qu'on forme
< Le baht'r pèse environ cinq C(}nt ciDquant& livres. Le rixdaller vaut 5 francs 35 centimes.
les registres généraux pour toute Tile. D'après ces registres, il paraîtrait qu'il y avait à Amboine et dans ses dépendances , à l'époque de la prise de possession des Anglais (en i8o5 ), quarante-cinq mille deux cent cinquante^eux habitans , dont cent quatre-vingt-huit Européens, dix-sept mille huit cent dix-huit chrétiens protestans , les autres mahométans. Il y avait en outre un petit nombre de Chinois, et les Alsores, ou indigènes idolâtres, qui se distinguent par le barbare usage de couper de sang-froid et pour, la moindre querelle la tête à leurs voisins ; et , ce qui est plus horrible encore, c'est que, dans l'opinion^, ce crime leur fait honneur , et que plus ils ont coupé de têtes , plus ils passent pour bravés : à\ en est dé la réputation qu'ils acquièrent de la sorte comme de celle que se fait chez nous un homme qui, s'étant battu souvent en duel, aurait chaque fois tué son adversaire. Quoique le sol d'Amboine pût produire bien audelà des vivres nécessaires à ses habitans, Taversion des Amboiniens pour le travail et pour le labourage est telle , que les neuf dixièmes de cette terre féconde restent en friche. Il en résulte que Tile est dans la dépendance de Java pour ses fournitures de grains et de bétail ; mais$ comme les habitans originaires du pays vivent surtout de sagou, et que l'ile en produit abondamment , et comme elle a aussi une quantité considérable de poisson, presque tous les vivres qu'on tire de Java sont pour l'usage des Européens et des naturels chrétiens.
L'indolence qui a empêché les habitans d'Aiol^ boine d'élever du bétail et de cultiver les terres , est aussi la cause de leur ignorance dans les arts mécaniques ; \ls ne savent pas même manufacturer les étoifes grossières dont ils sliabillent ; il faut qu'ils les tirent de Java et du Bengale.
L'état de dépendance où se trouve l'île donne aux résidens des provinces, aussi-bien qu'aux officiers qui commandent les différens postes , l'occasion de faire un commerce très-lucratif avec les paysans qui sont sous leur autorité. Ils tirent tous les ans des magasins de la compagnie des fournitures très -considérables d'articles nécessaires aux indigènes, particulièrement des étoffes bleues, qu'ils leur font acheter ensuite à un prix exorbitant ; et pour leur donner les moyens d'acheter les articles dont ils ont besoin , les résidens leur prêtent encore de l'argent à usure; de sorte qu'ils réduisent ces malheureux à l'alternative de souffrir les vexations les plus horribles , ou de recourir à la fraude, s'ils ne veulent se passer des objets dont la nature et l'usage leur ont fait une nécessité.
C'est sans doute le souvenir de cet état de choses qui rendit si odieux aux habitans le retour de l'ancienne domination hollandaise, et qui , à la reprise de possession, excita un soulèvement à Amboine.
Il paraît cependant que les Hollandais avaient concerté quelques mesures pour mettre un tetme à
bES DEUX INDES. ââS
ces abus; mais, s'il fallait s'en rapporter aux re-^ latioas postérieures , on aurait lieu de croire qu'ils se sont en partie rétablis : les Anglais y avaient remédié, ,
On devrait voir figurer parmi les productions de l'île l'indigo d'une excellente qualité et d'une belle couleur ; mais les Hollandais en ont découragé la culture par deux raisons : la première^ vraisemblable , d'empêcher les naturels de s'enrichir par cette industrie, ce qui pourrait leur donner les moyens de recouvrer leur indépendance ; la seconde , de protéger le commerce de l'indigo que là métropole fait avec les Indes occidentales, et de prévenir le tort que la concurrence n'aurait pas manqué de faire.
Le sucre vient ici dans sa meilleure qualité ; mais on n'a encore rien fait pour en^ encourager la manutention. Le café se trouve en abondance dans toute l'île; et pour peu qu'on en soignât la culture, il égalerait en qualité celui de moka.
On pourrait cultiver le blé très -avantageusement stir les belles collines qui environnent la ville d'Amboine : le sol et le climat lui conviennent également. Il y vient une grande quantité de blé de Turquie. Le riz sec et le riz de montagne n'y sont pas no*i plus inconnus ; mais on a donné fort peu d'attention à leur culture. Le fruit à pain croît naturellement dans l'île ; il n'y a que le bas peuple qui en fasse usage. Le cacaoyer y
^26 ÉTAT AGTUSt DU COMMERCE
prospère; cependant on en néglige la culture.
11 y a une grande variété de fruits; on doit compter parmi les .plus délicieux le mangouste, le rumboste , et les plus grosses et les plus belles mangues du monde. Il y a quelques espèces de ces dernières qui ne se trouvent pas dans Tlnde ; une entre autres qui ressemble si exactement à la prune blanche du Mogol , qu'on n'en peut reconnaître la différence qu'au goût : c'est la véritable mangue. Le kanary est une sorte d'amande que les naturels aiment beaucoup ; il est plus agréable et plus sain que celui de Banda ; il est fort gros , et donne beaucoup d'huile. Dans les deux Iles, l'arbre du kanary sert aux mêmes usages; il abrite le giroflier et le muscadier.
La, culture du muscadier a été défendue bien des années à Amboine , comme celle du giroflier l'est actuellement dans toutes les îles des Ëpices ^ à l'exception de celle-ci. S'étant aperçu il y a quelques années que les clous que Banda produisait ne suflFisaient pas, à beaucoup près, aux demandes, et peut-être dans la vue d'épargner un établissernent à Banda , on favorisa la culture de cette production à Âmboine, en donnant de plus que ce qu'on accordait dans la première île , une prime d'un rixdaller pour Je cent de clous avec le macis. Les habitans du Leytmore , animés par cet encouragement, entreprirent les premiers de cultiver dix mille arbres ; mais Kexpérience montra qu'ils s'étaient trompés dans leur spéculation trop
hâtive , et c[ulls n'étaient pas eu état de tenir cette promesse inconsidérée ; car, malgréJeur zèle et leur intelligence , il n'y a pas dans toute Tile la moitié de ce nombre de girofliers.
Si la culture des légumes était suffisamment soignée, Tile en produirait une quantité conaîdé^ rable de la meilleure qualité ; des racines bonnes à manger de toute espèce , particulièrement lïgname et la patate douce , s'y trouvent en quantité. La vente de ces dernières, considérablement augmentée depuis le séjour des Anglais dans rîle , a engagé les fermiers à en porter régulièrement au marché des provisions considérables.
Dans l'ile d'Amboine les droits sont nombreux ^t malentendus. Tous les actes, et même les passe-ports pour aller d'un district à l'autre ', sont sujets aux taxes du timbre et du sceau ; le prix de
* ' Nous ne saurioni dire si cette servitude des passe-ports établie k Amboine l'a été par imitation de notre loi du lo vendémiaire an 4 « ou si cette dernière a été imitée de l'usage établi à Amboine; ce qu'il y a deinen certain, c'est que cette loi porte que < toute personne en ]^rance, trouvée hors de son canton sans passe-port, sera arrêtée > . Cette loi s'exécute; elle produit à l'état trois millions, sauf les frais de tommis qu'elle exige pour son exécution. ^
On ignorait autiefois en France un pareil assujétissement , et un Français pouvait aller , venir , s'arrêter où il voulait sans avoir besoin de la permission de la police. Ce n'est pas le seul cas où la liberté personnelle a été torturée au milieu des prétentions les plus absolues à l'exercice des droits politiques; oomme si les droits politiques étaient quelque chose là où l'individu est enchaîné, dans tous ses momens, dans toutes ses actions^ à la police, qui peut ainsi le soumettt e à ses convenances.
228 ÉTAT ACTl/EL DU COMMERCE
ces taxes est toujours porté au compte de la compagnie , et revient au trésor. Ces taxes , au reste , étaient peu de choses et plus gênantes pour les contribuables qu'utiles au gouvernement.
Voici le montant des autres droits à Tépoque de 1 795 ; ils ont dû augmenter depuis :
Privilège de la vente du rack, par an, 5,690 rixdallers.
Droits d'importation et d'exportation , 5,5v5o rixdallers.
Taxes sur le jeu , 1 ,196 rixdallers.
Taxes sur les bazars ou marchés , 1,710 rixd*
Impositions sur les Chinois, 5i4 rixdallers.
Droit de tuer les cochons , 25o rixdallers.
Droit de taverne , 26 rixdallers : ce qui forme un total de 149814 rixdallers , à quoi il faut ajouter les taxes sur les actes dont nous avons parlé , et dont le montant nous est inconnu.
Il n'y a pas d'autres impositions sur les terres que le monopole de leurs meilleures productions; mais les habitans sont grevés d'une multitude d'obligations envers le gouvernement : une des plus onéreuses est sans contredit le service auprès du gouverneur, lorsqu'il fait sa ronde tous les ans dans les provinces et leurs dépendances.
Amboine offre tous les inconvéniens d'un pays soumis au monopole. De là les dispositions hostiles des habitans et leur penchant à s'affranchir d'une semblable servitude : on trouve le même esprit et les mêmes dispositions aux îles de Banda.
Elles sont au nombre de dix, et situées à 60 lieues à peu près au sud-est d'Amboine. Leur nom vient dc^la principale , appelée Banda ou Banda- Neiruy où se trouve le siège du gouvernement.
Le muscadier n'est cultivé que dans quatre de ces îles, savoir : Banda -Neira, Gonong-Api, Banda -Lantoir, et Pulo-Ay. Les Hollandais en ont défendu la culture dans les autres, à cause de réloignement du siège du gouvernement qui y facilitait la contrebande. .
Les îles de Banda. sont toutes élevées ; mais , à Texception de Gonong-Api , qui n est pour ainsi dire qu'une lave , elles offrent un terroir gras et noir , partout couvert d'arbres , surtout de muscadiers. L'amandier s'y trouve aussi en abondance : il est^d'une grande utilité, tant pour les abris qu'il donne aux muscadiers que pour son propre fruit. Il y a encore du bois de sandal et autres arbres qui y viennent naturellement. Sur les côtes de la mer on en trouve de toutes espèces qu'on laisse croître dans ces îles , parce qu'on suppose qu'en temps d'orage ils défendent les muscadiers des émanations de la mer, qui leur sont trèsnuisibles.
Le fort Nassau est la pijncipale fQrtification des îles de Banda ; il est situé sur le côtp méridional de Banda-Neira : c'est un petit fort carré , avec un foissé plein d'eau, défendu du^ôté de la mer pa^ un ouvrage à cornes. Les troupes sont en quartier dans ce fort , et on y tient aussi les greniers
23o ÉTAT ACTUEL Dt COMMERCE
publics ; mais les magasins pour les muscades et les girofles sont de Tautre côté de la forteresse , près de la maison du gouvernement. Au-dessus du fort Nassau , sur une émînence , se trouve le château de Belgîca : c'est un vieux bâtiment pentagone , flanqué à ses angles de tours rondes ; il est entouré d'une muraille à petits bastions ; mais il n'a point de fossés. On dit que ce sont lès Por^ tugais qui l'ont bâti. La forteresse la plus importante ensuite est dans l'île de Banda-Lantoir ; on l'appelle le fort Hollandia; il commande le premier goulet dans le havre de Lantoir ; mais les ouvrages sont très -faibles, et presque nuls pour la défense'du côté de la terre.
La forme du gouvernement des îles Banda est différente de celle d'Amboine. Il ne s'y trouve eo tout que les agens de la compagnie, quelques bour-^ geois et des esclaves. Comme ils n'ont d'autre objet que la culture des muscadiers , les afi'aires du gouvernement ne sauraient y être bien compliquées. Cependant il forme aujourd'hui un établissement distinct , qui consiste dans un gouverneur, un conseil de trois personnes et un secrétaire, ensuite une cour de justice régulière , comme à Amboine ; mais le gouverneur de Banda n'étant soumis à aitcune inspection , encore moins à aucun contrôle supérieur, sa volonté fait la loi reconnue dans lèétablissement.
La compagnie hollandaise était seule propriétaire du sol, aussi-bien que des esclaves employés
DES DEUX INDES. 25l
à la culture. La récolte des muscades étant le seul objet qu'on ait Jà en vue, celles des îles qui en produisent sont partagées en un certain nombre de plantations ou parks, comme on les appelle, tenues par des bourgeois du pays, descendans des Hollandais qui s'y sont établis les premiers. Les esclaves qui appartienitent »i la compagnie sont affectés en certain nombre à chaque park, et les tenans les emploient à la culture des muscadiers. Ils sont obligés d'envoyer tous les jours les deux tier^ de leurs esclaves aux parks pour nettoyer les arbres , cueillir les fruits mûrs , ramasser éeux qui peuvent être tombés'pendant la nuit; et pour cela, chaque esclave porte av^c lui un petit panier et une houe.
La quantité de muscades et de macis n'a pas été considérable pendant plusieurs années. On prétend que ce déficit venait d'un manque de soin et d'intelligence dans la récolte , qui s'est beaucoup augmentée depuis. La récolte de la demiannée qu'on a trouvée dans les magasins, lors de la prise dé possession de l'île par les Anglais , montait à quatre-vingt et iin mille six cent dix-huit livres pesant de muscade, vingt -trois mille huit cent quatre-vingt cinq de macis. *
Il y a , dans les quatre îles ci-dessus indiquées qui produisent la muscade, cinquante-sept plantations , et mille sept cent huit esclaves. Mais il n'y a rien de régulier ni dans la division des plantations ni dans la distribution des enclaves; et
q32 état actuel du CaMMERCE
ce serait un pas des plus importans vers ramélioration de ces îles que de porter une attention scrupuleuse à ce que les plantations fussent plus proportionnées , et leurs bornes plus positivement déterminées. Des informations plus ^exactes ont appris aussi qu'il faudrait ajouter au service des plantations encore huit cents esclaves pour en mettre la cuhure dans Tétat le plus prospère.
Le manque d'habitans dans ces îles semble malheureusement imposer la nécessité d'entretenir le nombre d'esclaves publics que nous venons de dire ; et cependant , quand on compare le peu d'ouvrage qu'ils font avec la dépense de leur entretiAi , on peut dire que leur service est le plus coûteux qu'on puisse employer. Quand il se trouve à faire quelque travail un peu considérable, le gouvernement est obligé de prendre à gages le peu d'artisans libres qui veulent bien travailler, et des esclaves des particuliers , dont le travail est au profit de leurs maîtres, qui y gagnent beaucoup.
Les îles de Banda tirent tous les ans de Batavia, avec les vivres qui leur sont nécessaires , des fournitures très-considérables en marchandises, coutellerie, quincaillerie , efc. , qui se vendent à l'enchère quatre fois par an, ou bien en tout temps, quand le gouverneur sait que les habitans sont en état de payer. Sur toutes ces fournitures il y a un profit de cinquante pour cent.
Les bourgeois et les marchands chinois établis dans ces îles achètent non -seulement toute's les
marchandises qui sont vendues pour le oompte de la coaipagnie , mais encore toutes celles qui sont vendues parades particuliers. Eri outre de leur propre consommation , les Chinois exportent ces articles aux îles d'Aarou, à la Nouvelle-Guinée , à Géram (une des îles de la Sonde ), aux îles du sud-ouest, qui ont un commerce considérable avec celles de Banda. En retour ils rapportent de Géram du sagou en pain et en farine ; d'Aarou, des perles, des écailles de tortue, des plumes. Ces îles fournissent aussi des esclaves.
Les îles qui gisent au sud-ouest de Banda sont ' très-basses et environnées de rochers et d'écueils ; on les nomme du sud-ouest j et sont au nombre de sept , dont la principale est Kislier : c est la demeure du résident hollandais ou gouverneur de de ce petit archipel. Sa garnison est de cinquante hommes , dont quelques-uns servent dans les îles voisines.
Le commerce de ces îles consiste dans un peu de bois de sandal , de daim salé , et quelques esclaves que Ton en tire.
Dans les derniers rapports sur Banda et les îles du sud-ouest, qui sont toutes sous le même gouvernement, le dénombrement de tous ces peuples était comme il suit V: les îles de Banda contiennent cinq mille sept cent soixante-trois habitans , , dont cent dix-neuf européens ; et les îles du sud-
* Les îlt'8 d'Aarou, quoique dépendantes du gouvernement de Banda, ne sont pas comprises dans ce dénombrerocnt.
ouest ^contiertnent trente -six mille deux cent soixante-six naturels , dont deux mille trois cent vingt-:deux qui se sont convertis au christianisme. Il parait par cet état que la population des tles du sud-ouest est considérable ; et cependant les Hollandais en tirent très-peu de parti. Quoiqu'un si grand nombre d'habitans de ces îles ait embrassé le christianisme, il parait pourtant que la religion a eu fort peu d'effet sur leurs mœurs , et on ne voit point non plus que la compagnie en re-^ tire une véritable utilité; mais elle s'est proposé, en les tenant dans sa dépendance, d'empêcher que d'autres nations ne s'en emparassent, et ne vinssent partager le commerce avec les îles à épices. Les Hollandais sont également maîtres de Timor, autre île de la mer des Indes, au sud des Moluques : au moins y ont -ils des comptoirs et des établissemens imporfans. L'intérieur de cette île était peu connu jusqu'à ces derniers temps , parce que les Hollandais qui s'y établirent s'occupèrent bien plus des profits qu'ils pouvaient y faire que d'en donner une exacte connaissance. Plusieurs peuples l'habitent , outre les naturels , mais surtout des Malais et des Chinois. L'île a vingt-cinq lieues de long sur cinq à six de large. De tous côtés elle est entourée de rochers escarpés et de hautes montagnes couvertes de hautes forêts ; l'accès en est très-difficile pour les grands vaisseaux , parce qu'à une distance d'un quart de mille de la côte on ne trouve que peu d'endroits
propres au mouillage , et que plus près des bords il n'y a que des écueils La meilleure rade est celle de Coupangy où est le comptoir principal de la compagnie hollandaise , et celle de Délil , où les Portugais ont conservé un établissement formé dès i66g.
L'île de Timor n'est pas à beaucoup près aussi peuplée qu'elle devrait l'être d'après son étendue. M. Van-Hogendorf ^ Hollandais distingué , agent de la compagnie qui a résidé long-temps dans l'ile, en a donné une bonne description , et attribue la cause de son peu de population à l'exportation considérable d'esclaves qui s'y fait , dout le commerce continue toujours, et à la petite vérole, qui y emporte beaucoup d'enfans.
On peut diviser l'ile en quatre districts ou parties principales ; le district des Hollandais , celui des Portugais noirs ou indigènes, celui des Portugais blancs et européens ; celui des peuplades obéissant à des rois du pays.
Le chef-lieu du premier district est Coupang. Il a dans sa dépendance plusieurs rois ou souverains. Le gouverneur de Coupang, qui est un sous-marchand de la compagnie , juge les différends de ces rois, et les fait venir lorsqu'il s'agit des affaires d'état. Outre ce district, le gouverneur hollandais a encore sous sa direction les îles de Poelo-Smaw, Rotty, Savo, Solor', et une partie de celle de Sumba.
' On chercherait Tainemeot tous ces noms dans nos dictionnaîrei
Les Hollandais possèdent encore dans ce district le fort de Con'cordia ^ bâti sur une hauteur au bord de la mer; une petite rivière y fournit constarr^ment une quantité d'eau suffisante. Plusieurs agens et commis européens résident dans ce fort ou dans les environs. Le Campong, ou résidence des Chinois, qui font dans Tîle plus de commerce que les antres nations , est sur la plage de Concprdia , au niveau de la rade.
Le district des Portugais noirs , ou indigènes , est plus étendu que le précédetit, et occupe la ' partie septentrionale de Tîle. Il appartient aux Portugais originaires'd'Europe , qui s'y sont établis et se sont alliés avec les p^tiplades voisines. Des missionnaires portugais viennent tous les ans baptiser les enfans et les instruire dans le christianisme.
Le district des Portugais blancs, ou européens, est situé vers le nord-est , et n'occupe point une grande étendue de terrain. Il est gouverné par un baiJli portugais résidant à Delil , où est le principal comptoir de cette nation. La ville est défendue par un rampart garni de quelques pièces de canon . Les rois voisins de ce district sont alliés des Portugais , et ne souffrent point que les Hollandais circulent dans leurs états, tandis que les Portugais
de géographie; rédigés sur les anciens,, ils ne font que répéter a vt-c bien peu d'augmentation ce qu'on y trouve. La géographie moderne attend encore un dictionnaire étendu et au niveau des connaissances nouvelles du globe et de la stati^tiqu^e.
DES DEUX INDES. iTy^
peuvent y circuler librement , et y acheter du bois de sandal , de là cire et des esclaves.
Le district des peuplades indépendantes des Eu-* ropéens, appelé communément jB^to^ comprend tous les états situés le long de la côte méridionale de Test à l'ouest, et est gouverné par un grand nambre de petits rois , dont les uns favorisent le commerce des Hollandais , et les autres celui des Portugais, et qui, au besoin, prennent le parti de Tune ou de l'autre de ces deux nations.
Les principaux objets de commerce de cette contrée sont, le bois de sandal, qui ne croît pas dans le nord de l'île; la cire et les esclaves , contre lesquels les Hollandais et les Portugais échangent leurs marchandises , qiii <ionsistent en toiles de coton blanches et bleues , mouchoirs , boucles d'oreilles, couteaux, coraux, faïence, fils de cuivre , armes , etc.
Le terrain de l'île de Timor ne forme qu'une suite continuelle de hautes montagnes couvertes de bois , et séparées les unes des autres par de profondes vallées , ce qui rend les passages extrêmement difficiles. Il n'y 2t de plaines qu'auprès de la mer; encore sont -elles de peu d'étendue. Le sol y est en général stérile. Oh n'y trouve aucun grand fleuve, mais beaucoup de rivières, dont les eaux, à l'exception de la rivière de Coupang, sont malsaines, si l'on en boit. La plupart charrient de l'or. Les insulaires savent rassembler les petites parcelles de ce, métal par le moyen de grandes
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pierres spongieuses ou creuses , qui , opposées au courant, retiennent la poudre et les petites pierres où l'or est renfermé. Parmi ces sources aurifères, celle qui traverse les états du roi Molo est la plus abondante.
Il y a aussi des mines d'or et de cuivre dans Tile ; les premières sont abandonnées ; les secondes sont abondantes. On trouve même , sans fouiller la terre , de gros morceaux de cuivre auprès de Delil ; et dans plusieurs autres endroits : mêlé à l'or , ce cuivre produit une sorte de souas aussi bon que s'il avait été composé avec du cuivre du Japon. On croit même que le cuivre de Timor contient un peu d'or , puisque les rivières y roulent des parcelles d'or et de cuivre , tantôt unies, tantôt séparées.
Il faut mettre au rang des productions principales de cette île le bois de sandal , dont on fait un très -grand trafic : on en exporte annuellement cinq à six mille quintaux. Il y a dans le commerce de trois sortes différentes de bois de sandal. La meilleure n'offre que des bois parfaitement polis, droits, sans gerçures, et totalement dépouillés de récorce extérieure. Les Portugais en paient cha*que picol , ou poids de cent vingt-cinq livres ,^ 64 à 72 fr. Le i)ois de la seconde qualité, qui diffère de l'autre par les rayures ou gerçures, se paie de 36 à 4o fr. le picol ; celui de la troisième sorte est petit et tortu ; il se vend de 20 à 24 fr. le même poids.
C'est dans la partie de l'ile qui fournit le bois
0£S DEUX INDBS. zZq
de sandal, c est-à-dire la partie méridionale , que Ton fait aussi d'abondantes récoltes de cire. Si elle est plus rare dans la partie septentrionale, elle y est aussi de meilleure qualité ; ce qu'on attribue à la nature des fleurs dont se nourrissent les abeilles , qui ont l'habitude de faire leurs ruches sur les branches des grands arbres.
Les bambous croissent dans l'ile de Timor en si grande, quantité , qu'ils y forment des forêts presque impénétrables. On y trouve aussi du bois de charpente, mais de mauvaise qualité^ et qui se pourrit promptement. L'île renferme quelques muscadiers sauvages , mais dont, les fruits n'ont aucune odeur, ainsi que quelques canneliers, dont l'écorce a le goût acre et mordant comme le poivre.
A dix ou onze milles de Coupang, dans le royaume d'Auphouan-Sorbian , auprès de la rivière de Feto-Maas, se trouve la mêm^ espèce de bois que l'on transporte de Malacca à Batavia pour en faire des mâts de vaisseaux. La forêt qui le fournit est dans un terrain plat, à très-peu de distance de la mer. On y voit des arbres tout droits de cent pieds de haut , et de trois à quatre pieds de diamètre. Il n'y a pas de doute qu'on ne puisse, dans les environs de, Coupang, établir avec beaucoup de succès des plantations d'arbres de jati , puisque^ l'expérience a prouvé que dans l'espace de dix ans la semence de ce bois a produit dana ce terrain des arbres de plus de trente pieds de
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hauteur et de sept pouces d'épaisseur. Dans leâ terrains marécageux , les habitans de Timor plantent beaucoup de tabac. L'indigo est aussi trèscommun dans toute l'île : malgré cela on ne sait pas l'apprêter. La compagnie- a essayé d'en établir une fabrique ; mais elle n'a pas réussi. On a aussi tâché, infructueusement 5 d'ypropager le poivre, que produisent les forêts dans l'état sauvage. Beaucoup d'arbres à Timor fournissent des feuilles et des racines propres à la teinture.
Les plus grandes richesses des Timoriens consistent en bétail , en esclaves , en or. Les insulaires font usage de ce métal dans toutes leurs négociations , et il est rare qu'ils en entament une sans que l'or en soit la condition préliminaire. D'un autre côté ils n'entreprennent rien avant d'avoir sacrifié un buffle, un cochon, ou une poule , selon l'importance de l'entreprise , afin de se rendre favorables les génies malfaisans, et pour èavoir si leurs affaires auront du succès. En général les Timoriens sont très-superstitieux, et l'on retrouve chea eux des coutumes barbares et insen-
sées qui dérivent de cette superstition.
Ils sont aussi grands amateurs des armes d'Europe, et paient très-chers les fusils, les sabres, les piques, et la poudre qu'on leur apporte.
Le terrain de Tile étant stérile , ne produit en général que du riz. Peu d'entre les habitans ont quelques buffles pour cultiver la terre : aussi n'y a-t-il que les rois seuls qui fassent labourer. Le
DES DEUX INDl^S. 24l
peuple se contente de planter un peu de riz ; mais son metç ordinaire est le maïs ; et si une année stérile le prive de cette nourriture , il mange une espèce de pomnie de terre sauvage qui croît dans les terrains pierreux.
Le gouvernement ' des Timoricns est monarchi- *que absolu : c'est celui des peuples de l'Inde et de l'Asie. Cependant le pouvoir de leurs rois est resserré dans des bornes plus étroites que celui des despotes orientaux. Aucun roi de Timor ne peut attenter à la vie , à la liberté ou aux biens de ses sujets. Il ne reste qu'à savoir comment ils entendent le mot attenter; on peut attenter de bien des manières, sans cependant avoir l'air de violer là loi. Ici l'abus du pouvoir paraît cependant difficile, puisque, avant d'arrêter un homme, il faut que l'accusation ait été portée devant une assemblée de juges pris parmi les'grands ; car il y a aussi des grands dans ce royaunie , dont le monarque ne vaut pas un bourgmestre de Hollande. Mais malheureusement cette règle de jugement n'est pas toujours suivie; elle ne l'est que vis-à-vis de ceux avec qui ces petits despotes n'ont aucun intérêt à démêkr. Souvent les prévenus sont condamnés sans même avoir été interrogés ; cette manière expéditive est regardée comme un moyen nécessaire au maintien de l'ordre, et les beaux esprits, publicistes et courtisans timoriens, trouvent en e£Eèt que leurs souyerains ont raison.
On pourrait appliquer à cette île la réflexion
iGr
que nous avons déjà faite ; c'est que les Européens, pour l'intérêt de leur commerce et l'extension des débouchés si nécessaires à ce commerce , ne sauraient trop y affaiblir l'autorité despotique , et y étendre la liberté et la civilisation , d'où dérivent les besoins de la consommation et de la culture, sans lesquelles il n'y a ni industrie, ni' échange, ni par conséquent de commerce.
Les Anglais , convaincus de ce principe salutaire , en avaient fait la règle de leur conduite , au moins jusqu'à un certain point , pendant le temps qu'ils possédèrent les îles à épices.
Comme ils croyaient conserver ces îles et y former des établissemens dans l'intérêt de leur commerce , ils avaieqt projeté d'y perfectionner la culture des arbres à épices, et d'y établir une forme de gouvernement propre à les seconder. Les documens que nous en avons méritent d'être consignés ici , parce qu'ils présentent des vues utiles et des connaissances commerciales recueillies sur les lieux, et d'autant plus précieuses ç que ce qui regarde les îles à épices a toujours été tenu trèssecret par les Hollandais. Ce n'est même que depuis que les Anglais les ont possédées qu'on en connaît les détails d'une jnanière positive.
Dans le projet d'étendre le commerce des épices et de faire dans les îles de Banda et toutes celles qui en produisent des établissemens solides , il faudrait , disaient les Anglais lorsqu'ils en étaient maîtres, faire d'Amboine le siège du gouverne-
ment. Ge gouvernement donnerait tous les encourageraéns possibles à ragriculture et à la multiplication du bétail dans les îles de $anda et dans celles qui les avoisinent. On pourrait, dans ces detnières» donner des propriétés aux fermiers qui s'y établiraient, pour les mettre dans le cas d'approvisionner leurs fermes ; mais ce serait à condition qu'ils se livreraient à la culture-des muscadiers^ qui serait concentrée dans l'île d'Amboine. A mesure quç les arbres s'y multiplieraient, on couperait tous ceux des autres îles : ainsi , avec le temps , toute la culture de cette précieuse denrée serait concentrée dans Amboine , où elle a déjà une qualité supérieure , et où les plantations auraient l'avantage d'être sous la surveillance immédiate du gouvernement suprême. Par ces mesures, les établissemens subordonnés seraient en état d'approvisionner en bétail et en grain toutes les îles des Épices. Les dépenses de l'état seraient considérablement diminuées, en ce qu'il ne faudrait plus qu'un établissement, tant pour le gouvernement interne que pour la défense de ces possessions.
t Quelle que doive être la décision à l'égard de ces îles , soit qu'où juge plus avantagetux pour la Grande-Bretagne d'en garder la possession , soit qu'on préfère de les rendre à la Hollande , il convient toujours ici d'envisager la chose dans la première supposition, et, en conséquence, de proposer pour leur administration ce qui peut les
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améliorer, les rendre du plus grand avantage possible pour rétat, et en même temps procurer le bonheur des habitans.
« Les îles des Épices ont des relations trèsétroites avec les royaumes de Ternate et de Tidôr, et les nombreuses îles qui en dépendent , y compris toutes celles entre ces états et la Nouvelle- Guinée. Amboine et Banda ont été- toutes les deux sous la domination du roi de Ternate ; et les Hollandais, par courtoisie, luipaient encore tous les ans une somme , quoique dans le fait ce soit lui qui soit leur tributaire.
« Le seul objet que les Hollandais aient eu en vue en mettant les souverains de Ternate et de Tidor sous leur dépendance , a été d'empêcher qu'ils ne fissent des plantations d'épices ; car , malgré la quantité de poudre d'or qu'ils tirent de leurs royaumes , la perte que leur, cause cet établissement monte à 5o,ooo livrer sterling par an , sans parler de ce qu'il meurt d'hommes dans les différentes garnisons. Il paraît donc utile, non pas seulement d'ôter ces îles aux Hollandais, mais de les remettre comme provinces libres aux naturels. L'obligation que nous auraient ces princes les engagerait à faire avec Içs Anglais des conditions qui nous assureraient exclusivement le commerce de leurs épices.
« L'île de Macassar , quoique de peu d'intérêt pour Amboine et Banda , si on la compare avec elles pour la culture des épices , est cependant
d'une grande importance pour notre commerce dans ces mers, parce qu'elle est en tout temps à portée de fournir une grande quantité de vivres à nos vaisseaux, et qu'elle se trouve précisément dans la route de nos bâtimens chinois > tant pour aller que pour retourner.
« On sait déjà que les principaux rajahs de l'île de Célèbes ont dernièrement manifesté leur haine pour les Hollandais , qui ont fomenté des dissensions parmi eux : ainsi, les mettre en état de sortir de l'infériorité où les Hollandais affectent de les tenir, serait sans doute le meilleur moyen de les attacher aux Anglais et de les disposer à nx)us donner la préférence pour le commerce. Alors , dans certains cas pressans, ils pourraient bien fournir nos îles des Epices du grain et du bétail dont elles auraient besoin.
« A l'égard du commerce qui s'est établi depuis quelques années avec les îles au nord-est de Céram, et des tentatives que nos vaisseaux marchands du Bengale ont faites pour former ici un établissement , on conçoit que , si la politique a autorisé cette mesure dans le temps où elle a été adoptée , maintenant que les Anglais sont en possession des îles des Epices , elle aurait les effets les plus préjudiciables. Les armes à feu et les munitions militaires sont les t)rîncipaux articles de commerce que nos vaisseaux portent dans ces îles ; et les introduire chez des peuples qui sont tout au plus dans l'enfance de la vie sociale ne peut
qu'arrêter leurs progrès dans la civilisation ; ce serait leur fournir les plus sûrs moyeûs de succès dans les hostilités contre leurs voisins, qu'il est de notre'intérêt de protéger; c'est en même temps les mettre en état dé piller nos propres vaisseaux, et peut-être dans quelque temps d'envahir nos possessions. Il faudrait donc qye ce commerce fût prohibé sous les peines les plus sévères.
« Dans la dernière insurrection à Amboine , on a pris aux naturels des mousquets à la^ marque de notre compagnie des Indes orientales. Ils avaient été apportés du Bengale aux îles de Waronu sur la côte nord -est de Céram ; de là ils avaient été transportés à Harockoe , où ils avaient été échangés pour des clous de girofle , comme l'ont avoué ceux dans les mains desquels on les a pris.
« Pour obvier à cet inconvénient, il est nécessaire d'empêcher nos marchands dans l'Inde de commercer avec l'île de Jernote et ses dépendances , sans la permission ou l'ordre du gouvernement d'Ambpine ; il est nécessaire de faire de cette dernière île le marché, exclusif des possessions anglaises dans les mers de l'çpt, puisqu'elle peut fournir, d'une manièreégalement avantageuse aux naturels et aux Anglais, à tous les besoins réels des îles environnantes.
« Peut-être qu'une philosophie spécieuse considérerait comme plus généreux, et par conséquent comme d'une politique plus bienfaisante*, d'ouvrir un commerce libre , et de laisser les ar-
mateurs particuliers partager le commerce lucratif des îles des Epices; mais l'expérience prouve assez que le commerce exclusif des épices est essentiel pour faire tourner ces établissemens lointains et dispendieux au profit de la mère -patrie. Ce monopole, sous des règles sages et équitables, ne produirait pas seulement un revenu considérable à 1 état; il tendrait aux intérêts et au bonheur des naturels beaucoup plus sûrement que si on les exposait aux troubles et à l'anarchie ; car les jalousies qui naissent d'un commerce libre ne manqueraient pas de porter Je désordre chez des hommes d'un caractère si violent. D'après ce principe, il faudrait donc défendre aux naturels tout commerce (excepté en cas d'urgence) avec d'autres vaisseaux que les vaisseaux envoyés par la compagnie ; il faudrait que les chefs fussent responsables au gouverneur d'Amboine, qui serait investi du pouvoir d'imposer aux contrebandiers , suivant la grandeur ou les circonstances du délit , telle amende, ou d'infliger telle punition q\i'il appartiendrait.
« On connaît le penchant des Malays à la piraterie. Ce penchant n'est nulle part plus redoutable que parmi les peuples qui habitent les îles voisines des Moluques ,* nommément les Papouas, ou naturels de la Nçuvelle-Guluée^ les peuples de Magindanao, Sooloo et Bornéo. Il est doiic essentiel, non-seulement au repos , mais même à la sûreté des îles des Épices , d'avoir un certain nombre de
vaisseaux de guerre qui croisent dans ces parages. Les Hollandais tenaient toujours en merj pour cet objet, plusieurs chaloupes, chacune de seize canons; mais ces chaloupes étaient d*une construction trop grossière ; elles n'étaient pas en état de poursuivre au vent les voiles malayes. Il vaudrait donc mieux pour les Anglais avoir pour ce" service particulier cinq goélettes armées du port' de quatre-vingts à cent tonneaux. Ces bâtimens devraient être, par leur construction , bons marcheurs ; de manière à pouvoir , dans les calmes , aller à avirons ( ou larges rames ) ; ils seraient m0nte3.de douze ou quatorze canons, avec quelques pierriers, et d'environ trente hommes, dont dix européens. Cette force , appuyée au besoin d'une des frégates de sa majesté , si elle était sagement employée , sous la direction du gouvernement d'Amboine , suffirait pour empêcher toute piraterie. En même temps elle empêcherait aussi la contrebande , et remplirait l'objet de recueillir les épices des îles subordonnées, et de les transporter à Amboine , où elles seraient toutes chargées pour l'Europe.
« En considérant combien il serait facile de chî^sser les Hollandais des îles de Célèbes , '^'er- TïBte et Tidor , une petite extensioii de cette force maritime nous mettrait à portée di^faîre un commerce très -avantageux avec ces îles. Toute la poudre d'or que les Hollandais en tirent maintenant serait donnée en échange des produits de
nos manufactures d'Angleterre et de nos colonies des Indes ; et il n y a pas de doute que cette branche d'un commerce lucratif, qui est maintenant dans les mains des Chinois, ne passât dans celles des Anglais , à qui leur esprit entreprenant , secondé de leur habileté dans la navigation, ne peut manquer de donner une supériorité marquée sur toutes les nations rivales.
« Comme Amboine est la place la plus convenable , tant par sa situation que par ses ressources naturelles, pour en faire non-seulement la capitale de nos possessions dans les îles des Epices , mais encore le chef-lieu de l'Archipel de l'est , sa force , et ce qu'elle peut opposer de résistance aux attaques de l'étranger , doivent être un des premiers objets de notre attention. Quoique ses fortifications , dans l'état actuel , suffisent bien pour la mettre à l'abri de toute attaque des naturels , elles ne sauraient pourtant tenir contre des trou-^ pes régulières. Si donc on se déterminait à s'y établit* positivement , il faudrait bâtir un nouveau fort à Amboiùe. Ce point mérite bien toute l'attention de notre ministre des affaires de l'Inde ; et il serait digne de la politique généreuse de notre compagnie des Indes de consacrer une partie du premier profit qu'elle retirerait de ces îles , à la construction d'un ouvrage qui leur procurerait une sûreté permanente.
« Les batteries et les redoutes qui ont été élevées à Banda, avec la force qu'on propose d'en-
voyer à cet établissement , suffiraient très-certainement à sa sûreté, parce qu'il n'est nullement probable qu'un ennemi veuille employer des forces bien considérables contre une place qui n'offre par soi-même aucune ressource-, où il n'y a pas de magasin d'épices, où l'on ne dépose aucune richesse , et où une tentative s^ns succès entraînerait les plus fatales conséquences. Enfin Banda, si l'on n'est pas d'abord en possession d'Amboine, ne serait pas long-temps tenablè ; et quanc} elle le serait , elle fte paierait pas les dépenses qu'il faudrait faire pour la défendre
« Il ne reste donc plus qu'à réunir sous un mçme point de vue ce qu'exige l'établissement civil et militaire des Moluques, et qu'à faire un calcul exact des dépenses qu'il entraînerait; d'estimer enfin au plus juste possible les avantages qu'on peut se promettre de ces possessions. Mais, avant de présenter cet ^tat , il faut faire remarquer premièrement que les dépenses de fret de tous les bâtimens de transport, tant des troupes que des vivres et des marchandises , peuvent être regardées conime couvertes par le profit de cinquante pour cent sur les articles importés pour l'Usage des naturels , et qu'en conséquence je n'en ferai pas mention dans le tableau suivant; ensuite, qu'une connaissance plus parfaite de ces mers, et une plus grande expérience des saisons et des vents régnans dans ces parages, montrerpnt qu'on peut entretenir une communication constante
DES DEUX INDES. !25l
avec Amboine , et qu'on peut porter dans cette île, très-facilement et à très-peu de frais, des deiïrées de toutes espèces , et en remporter de même les épices au moyen de l'expédition et du retour de nos vaisseaux de Chine , et cela sans les détourner beaucoup de leur route ordinaire. De même, en considérant les avantages vraiment importans que la nation peut retirer du commerce étendu qu^elle ouvrirait avec les îles du Levant , et de ce nouveau déboliché pour les produits de nos manufactures, je ne crois pas devoir faire entrer dans cette note la dépense qu'occasionnerait une force navale qu'on pourrait entretenir, soit dans les détroits de Macassar, soit dans les îles du nord^ mais les frais d'équipement des schooners armés que j'ai déjà proposés, faisant partie du nouvel établissement, ils seront, comme de raison, comptés au nombre des dépenses qu'il occasîonnejfa. Tout se bornera donc à estimer les frais de Tétablissement civil et des forces militaires et de marine, ainsi que le prix des épices payé aux naturels, et un fonds pour l'extraordinaire. Lé montant de ces dépenses étant balancé avec l'évaluation du produit net annuel des épices, sur lequel on peut compter, l'un compensant l'autre, avec une administration convenable , cette balance montrera clairement les avantages réels que l'on peut trouver dans la possession des îles des Epices.