‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · COLONIES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

COLONIES ESPAGNOLES

Une noble et dangereuse révolution tient l'Espagne aujourd'hui dans une crise qu'il n'est pas de notre objet de faire connaître à nos lecteurs* Assez d'autres la leur apprendront : d'ailleurs ce drame politique est loin encore d'être à son terme.

Puissent les Espagnols , au milieu des scènes diverses qui agitent leur belle péninsule , ne point perdre de vue le but où ils doivent tendre ! Puissent-ils ne pas oublier que c'est pour le bonheur individuel , pour la liberté personnelle que tout gouvernement est établi ! Qu'importerait au citoyen un régime plutôt qu'un autre , si ses actions, sa vie, sa conduite, se trouvaient entravées, gênées par des actes législatifs ou des servitudes nouvelles , qui , pour être l'œuvre de tous , n'en seraient ni moins pénibles ni moins contraires au but de la société ?

La liberté politique, qui est celle de tout le corps social, n'est et ne peut être que l'instrument et l'étai^de la liberté individuelle, de cette indépendance morale qui assure à l'homme l'exercice de ses facultés, sans qu'il ait besoin d'attendre l'intervention de l'autorité publique.

La liberté personnelle est un des élémens de rexistence individuelle. Elle est nécessaire à la

â62 ETAT ACttËL t)V COMMERCE

vre. Les animaux meurent, l'homme dégénère lorsqu'il en est privé : ainsi l'a voulu la Providence ; c'est une loi de la nature. De là cette lutte terrible qui règne depuis tant de siècles entre l'honime, que ce besoin commande, et l'autorité qui eh veut comprimter l'actioù et les effets. Plus la liberté individuelle a d'edsor dans une nation , plus les arts ^ le commerce , lés «ciences , IcSi, grandes entreprises s'y montrent dans leur riche développement.. Ainsi la Grèce auttretbis, ainsi l'Angletehre aujourd'hui nous ptésfebtettt des résultats disproportionnés à leur étendue, à leur pépulatibn , par nnflùenice seUle du prinicipe que nous venons d'établir. Que ce principe soit étouffé, qu'il cesse d'agir, l'empire britannique tt"ëst bientôt plus que le royaume-uni d'Angleterre, qu'une puissance du troisième ordre , et l'Anglâisj souverain de l'Inde ^ qu'un courtier subalterne de marchandises^ ou, c^ qui e^t moins eutore, un humble et triste courtisan du palais d<ê Saint-James.

La France a fait dette tristtfe épreuvie; Après les écarts les plus déplorables des passions politiques, api^ès l'exâgétatioU la plus inseUsé^ dés thaxiibes d'ihdéptfudance sociale , elle a vu sfeô citoyens privés, par une ihcroyable Incohséqaencè, des libertés les plus ordinaires die la vite. Sous uu gouvernenàent niilitaire urte police arbitraire était devenue le code d^ son droit pubh'c ; les actes de h volonté individuelle ne s'èxerçaJent qu'au gré de l'autorité; les droits de refuge, de dotti^icîfe^ de

DES b£ÙX INDES. 263

résidence, de voyagé, de réunion, furent détruits, et ce qu'on n'àtaitpaâtU sous les plus despotiques monarques français, même aux tempà d'orages et dé t^btiblés, defint l'état habituel d'un peiiple eritiei", dé la plUà brillante nation de l'Europe.

Qu'tiri pareil ëcueil ne soit pas le terme des entreprises dû peuple éspagtiol ! Puisse-t-il , au milieu des angoisses qui accompagnent les révolutions, affranchit* les individus de ces lois rigoureuse^ et dé servitude, plus odieuses peut-être et plus ihconséquehtes dans ncltire siècle qlie tie Tétait autrefois la féodalité !

L'indépendàhe^ individuelle, cette liberté que nous réclamons , a son inconvénient sans doute. Elle soiîsti'ait quelquefois le coupable à l'action dé kr justice ; elle facilite peut-être â l'homme pervers le moyen d'y échapper ; nçiais de pareils motifs dôivëùt-ils lutter contre le principe conservateur de la liberté , sans laquelle tout languit ou dégénère dans une nation? Mais ces points sortent du cercle où notre travail nous retient ; tious laiss<>iii àont à la sagacité du let^teur le soin d'en tirer des Conséquf^ricefil , et nous rentrons dans le cadre des objets qui doivent rioti^ occdpeir.

Goiritnënçons par la péninsule, et disons un mot de sa situation commerciale , surtout par rapport à la France. Nous passerons ensuite à ses colonies , théâtre de grattds événeniens , et encore dans toute l'agitation de peuples qui brisent leurs chaînes.

â64 ETAT ACTUEL DU COMMERCE

L'Espagne , sous le rapport du commerce comme sous celui de la puissance politique , n'était plus depuis long-temps ce qu'on l'avait vue au seizième siècle. Elle avait été une des premières nations manufacturières de l'Europe ; les nombreux produits de ses fabriques de draperies et de bonneteries obtenaient partout une réputation méritée, et ses soieries étaient très -recherchées. La fertilité de son sol 9 la beauté de son climat, sa position sur les deux mers , la propriété des plus belles laines de l'Europe , la qualité supé-^ rieure de ses soudes et la bonté de ses vins avaient marqué l'Espagne du sceau de la plus grande prospérité.

Il suffît , pour s'en convaincre , de porter son attention sur ce qu'était le commerce de l'Espagne vers la fin du dernier siècle ; on y verra, un fonds de richesses qui ne pouvait donner qu'un grand essor à l'industrie nationale , si cette industrie eût été mieux secondée.

La péninsule exportait en Europe , seulement, pour i2,5iâ,ooo fr. de ses vins; pour 9,000,000 francs d'eaux-de-vie ; pour 2,785,000 fr. de raisins secs ; pour 1 ,000,000 de figues, de noix, de châtaignes de Malaga, de Valence et de Catalogne; pour 5,640,000 fr. d'huile ; pour 3,240,000 fr. de barille , de soude , et d'agua-azul ; pour 175,000 francs de kermès de Valence; 1,600,000 francs de garance ; 5, 600, 000 francs de liège en planches et en bouchons de la Catalogne ; pour 21,1 75,000

francs de laine soit lavée, soit en suint; pour 20,200,000 francs de fil. Total 87,182,246 fr. d'exportation , pour lesquels TEspagne recevait des marchandises et objets de consommation.

Il est remarquable que , dans cette somme considérable, n'entraient ni les denrées de ses colonies, comme cochenille, cacao, indigo ou autres productions de ses possessions dans les deux Indes, ni les métaux précieux ; résultat qui constate que sa culture , avec un peu d'encouragement et un meilleur régime administratif, eût pu devenir une des plus riches de l'Europe.

On n'y voit point figurer non plus les objets de son industrie ; elle était alors trop peu avancée : des privilèges , de mauvais règlemens entravaient la liberté du travail , et la nation tirait de l'étranger ce qu'elle aurait pu fabriquer chez elle. « A ces causes s'en joignaient d'autres qui ont fait perdre à l'Espagne la prépondérance manufacturière qu'elle s'était acquise sous le règne de Charles-Quint , dit le savant auteur déjà cité ' ; d'un côté le progrès des lumières a eu une marche plus rapide chez les autres nations du continent; de l'autre , la possession de l'Amérique a dirigé peu à peu vers ses riches contrées la population , les fortunes et les spéculations des Espagnols. Dèslors le sol a été négligé , et l'industrie , qui ne présentait pas les mêmes bénéfices , a été presque abandonnée. L'Espagne s'est bornée à échanger

' De i' Industrie française, par M. le comte Ghaptal, t. i , p. 5.

266 ÉTAT ACTUEL DU GOMltERGE

en Europe les nombreusbâ productions du Mexi^ que et du Pérou contre des objets qu'elle eritoyàît à ses colons. Au cothmehcement du dix-huitième siècle , TEspagrife ne retirait presque j[)lus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la eonsommation dé ses habitisràs, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol , tels que ses laines , ses soUdës et ses vins.

« Si l'ESpagrié , riche des prlc^ductions du Nouteslti-Mônde , aVàît su coiiset-vèr sa prêéEUineûee manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doutt% là hatiôn là plus puissante de l'Europe ; niais lé systèihe qu'elle à suivi Ta fait descetidrt! du rang où elle s'était élevée '5 et, dëVettue tributaire dé l'industrie de ses voisiné ^ elle a retiré Hioins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières pretoièrès qui en provenaient , pour léû reprendre ensuite eti objets fabriquée;

« Vers la fin du dernier siècle , le gôtiVerUéiiiént espagnol s'occupa enfin de ftire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce bUt. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissenietat de Phil4)pe t, petit-fils de Louis »t, sur le trône d'Espagne > et les guerres qui ont précédé cet événement, TËspagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement i'cÉit raipeHsgé , si l'on peut éonployer une telle expression. L'înquisitidn> le despotisme, la corruption de cour, les intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jus^'alorii conservé qtielque înflueDce.

DES DEtX INDES. 267

produite étrangers , et mit des dmits énormes à leur iiitroductioh. Il éliida Texécution dés traités de commerce qui lui parurent dësaVaniageqx : mais lé mal était fait ; rinfériorité des produits de son industrie était trop grande , et l'intérêt du commerce trop puissant pour que lés actes de l'autorité fùësent exéctités. La Fi^aùcé et l'Angletërriê continuèrent leur comméhîé avec rEspagiié , malgré les Vexations et la sévérité dés lois. Oii imprimait sur les produits la iDàriqùe d'uh fabricàtit eSpâghol. Les commerçans du midi dé là France s'abonnaient à l'année avec les chefs des douanes pour introduire leurs marchandises. , L'or et l'argent étaient versés dans nos villes frontières moyennant u-n léget* sacrifice. Lés établisâémèns industriels formés en Espagne n'étaient plUé qu'un moyen dé faciliter la fraude et de la faire circuler impunément dans l'intérieur.

« En consultant lés ti*aités de commence par lesquels l'Espagne s'est îsùccéssivèment liée avec la France , ox\ est étonné de voir qu'elle n'en a presque jamais observé aucune condition. XiC pacte de famille^ lé traité de 1*761 , la convention de 1 763 , et leé articles supplémentaires de 1 -^74 ? avaient stipulé qiie léîj Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

' 0ti'i1 h'àviê iéit perioiis d6 ftfîre iine rëflëkion iBiir be passage an délébrë aUteur de i'Ikd^iatlrw firaOçaise, Sans doàtc il y aurait à H'itonner qae , d'après les traités , les deux nations ne fcè fWséént pas

lùais reçu leur exécution en Espagne , et la France y a été constamment sacrifiée à l'Angleterre. L'écarlate des fabriques anglaises entrait dans l'assortiment des expéditions , tandis que l'écarlate française était imposée séparément, et très-cher ; on .tarifait les draps fins d'Angleterre comme draps de qualité ordinaire , ceux des autres nations payaient beaucoup plus.

« Les contestations qu'éprouvaient les commerçans français en Espagne devenaient interminables par la nécessité de passer par la filière de ces nombreuses chancelleries qui prononçaient sur les affaires commerciales : les Anglais avaient obtenu une juridiction plus prompte et moins dispendieuse. Les visites se faisaient^n tout temps par les douaniers dans les magasii)s des Français, tandis que dans ceux des Anglais elles ne pouvaient avoir lieu qu'en présence du commissaire des relations commerciales ou dé son délégué.

« Les choses étaient dans cet état lorsque l'ordonnance de 1779 vint aggraver notre position en Espagne en repoussant plusieurs articles importans de nos fabriques , et en augmentant les droits d'entrée de beaucoup d'autres. Cette x)rdonnance prohiba les cotonnades ; et la loi fut ob-

comportée» comme une seule et même nation, si ces traités avaient été négociés ou au moins sanctionnés du con!>entement et avec l'avis et l'assentiment des peuples; mais ceux-ci n'y étant pour rien , n'étant ni consultés, ni pris pour juges de leurs intérêts, la force des choses l'emporta , et les dei|x peuples restèrent a^ufsi divisés que s'il n'y avait point eu de traités.

DES DEUX INDES. St^Q

servée avec une telle rigueur, que Ton confisquait les tissus de fil dans lesquels on est forcé de faiiçe entrer quelques bandes de coton rouge ou violet , parce que ces couleurs sont plus belles et plus solides sur le coton que sur le fil. Cet acte de prohibition ferma un immense débouché à nos fabriques de- mouchoirs du Béarn et de la Mayenne, et à celles de batiste et de linon de Saint-Quentin, Courtray et Valenciennes.

« La chapellerie française, surtout celle de Lyon, avait eu jusque-là un grand débouché de ses produits* en Espagne ; mais la même ordonnance anéantit ce commerce ; Timporfation en fut prohibée pour Madrid , et dans un rayon de trente lieues autour de cette capitale ; partout ailleurs le droit fut. établi de 3 livres lo sous à 5 livres 1^ sous par chapeau , selon le degré de finesse , indépendamment de la taxe àHuter-nation , qui était de trente-trois pour cent de la valeur.

« Les bas de soie avaient eu leur entrée libre jusqu'à cette époque , et la France en fournissait à TEspagne environ quarante mille douzaines par an ; l'ordonnance en soumit l'importation à un droit tellement fort, qu'il équivalait à une prohibition. Nos toiles et nos draps éprouvèrent les mêmes embarras. Ajoutons à cela que tous les actes des agens du fisc étaient arbitraires , que là législation variait au gré des préposés et de l'administration du port. La visite des vaisseaux devait être faite conformément aux sages disposi^

^7Q ^TAT agtui:l pu cohvehge

tiqqs de r^rticle 7 dp traité supplémentaire 4e 1 774? €* l^s seuls objets de contrebande pouvaient être confisqués ; mais pn séquestrsiit la tptsilité de la cargaison. La cqofiscation et lecpprisapnemeat d(s?s^ient être prononçés.sans jugement préalable ; les balles et ballots restaient exposés aux intempéries 4^ la saisqn jusqu'à ce qu'il pl^t aux agen^ espagnols dç ]^s yisfiter. Ainsi l'hooipie coupabifs qui avait chargé sur un naviire des objets prohibé^ compromettait la fortune du négo^^ant hpnpête qni n'expédiait sur le même vaisi^eau que dei iparpbandises tolérée^.

« Ce qn'il y avait enciOirf de plus fâcheux pour le cpoiDç^rce dans la Ijégîslation d^s douanes en Esp^gnie, c'est qu'elle variait suivant lies caprices ou les be$fpins du gouvernement ; à tel point que des expéditions de même nature , faites à de§ t^n^ps triès.-rapp^9chés , y éprouvaient des ch,a.nces très-différentes. On repoussait le lendemain des objets qui auraient pu être admis la veille ; on grevait d'un fort droit d'entrée ce qui en ^vait été exempt jusque-là ; et comme )e comiperçant ne hasarde une expédition qn'après l'avpir bien cî|l,n cuJée, celles qu'il dirigeait sur l'Esp^igne ne lui présentant plus de garantie, il s'étqiit vu forcé i traiter avec les che£s des douanes pour pouvoir établir ses opérations sur des bases &xe$ : d^ sorte que le pays était couvert d,e marchandises» étranr gères qui ne payaient plus de droits au trésor public.

f Tel s«ra |ç «prt de toqs les gouv^y^^çj^^ tant que l'industrie de leur nation sera tTès-infériewre à celle des pays voi§iQ^ , e\ que les lois , varj^Rj au gré de l'autorité , n'offriroqt plqs au commerce ni g^raptip de s^ propriété , ni des ba^çs solides sur lesquelles il puisse régler ss^ conduite. Le bespin et l'intérêt réciproques triomphe^rput constamment de tou3 l^ obstacles que peut pp^ poser l'autorité. »

li'Espagne tiept aujourd'hui à peu près la conduite que blâme }e ministre dont nous venons de rapporter le passage qui précède. Irrités de la stagnation du commerce 9 du défaut de travail pour la classe ouvrière , l(es cortès ont frappé de prohibition presque tous le^ produits de l'industrie étrangère. Mais cette mesure, arrachée par les circonstances plutôt que sagement mûrie et combinée 5 produit aujourd'hui l'effet qu'on vient de rappeler ; les ateliers nationaux ne profitent pas , ou profitent peu de la prohibition , parce que l'industrie eçpa^nole n'a pas epcore dans beaucoup de branches atteint la perfection qui rend la concurrence étrangère inutile ou peu dangereuse. Les avantages d'une plus grande perfection et du bas prix surmontent tous les obstacles , quand la corruption ne vient pas au secours du com^merce. Il n'y a pas de doute que le gouvernement libéral qui fait des efforts pour se consolider en Espagne rçvieudra sur cette mesure , et ne l'emploiera qu'en

proportion de son utilité , et surtout de la possibilité de l'exécuter.

L'Espagne fournissait à la France et lui fournit encore une assez grande quantité de productions de son sol et de ses colonies ; naoins qu'autrefois cependant , parce que le sol français et la culture ont multiplié chez nous beaucoup de ces productions que nous tirions auparavant du dehors.

Celles de son sol que l'Espagne envoie chez nous consistent surtout en laine de mérinos, soude d'Alîcante et de Garthagène , vins et eauxde-vie : peu de ces dernières. La cochenille et les peaux de Buenos-Ayres entrent encore dans les marchandises qui nous viennent par la voie de Cadix , des colonies espagnoles.

Mais ce qui rendait fructueuses nos relations avec l'Espagne avant la grande scission des colonies et les événemens de la péninsule , c'était surtout l'or et l'argent que la France en tirait. On a évalué constamment ce numéraire à 5o, 000,000 de francs par année.

La laine des mérinos était alors un objet de sept à huit millions; les soudes une vsjeur de deux à trois millions.

L'importation de ces articles a dû diminuer; parce que, d'un côté, la guerre qui a dévasté l'Espagne a détruit un grand nombre de mérinos , et qu'il faut du temps pour réparer ces pertes ;

DES DEl^X INDES. 273

et que d'un autre côté la propagation en France de cette espèce de moutons fournit déjà , en laine qu'elle donne , au moins un tiers de nos besoins. Quant à la ^oude , Timportation doit en être encore plus restreinte depuis que nous avons trouvé le moyen d'en extraire du sel marin, et de pouvoir à plus bas prix en approvisionner nos nombreux ateliers de savonnerie, de teintureries, nos buanderies , blanchissages , verreries , etc.

Si l'on considère encore que les troubles sur^ venus dans les colonies, espagnoles interrompent le commerce réglé que la métropole entretenait avec elles , on verra l'Espagne ne plus offrir à nos produits que la consommation de ses habitans : d'ailleurs la privation du numéraire qu'elle retirait du Mexique et du Pérou ne lui permettrait plus de solder la balance de l'immense commerce que nous faisions avec elle.

Dans l'état actuel où se trouve l'Espagne , notre commerce doit donc être considérablement réduit, et cette réduction porte principalement sur les cotonnades, les toiles peintes, la draperie légère , la chapellerie , la bonneterie , la mégisserie et autres objets, qu'elle tirait de France pour les envoyer dans ses colonies. Le débouché de ces divers produits pour la consommation intérieure ne peut pas être considérable, attendui qùç la plupart se fabriquent aujourd'hui dans le pays, et que , pour peu qu'on éprouve de difficultés à

les introduire , la concurrence tournera à notre désavantage '.

Ainsi donc l'Europe , et la France surtout, a un grand intérêt â ce que TAmérique espagnole se rende indépendante dé la métropole : car, si rétàt de celle-ci l'oblige à repousser les produits de l'industrie européenne , les besoins de l'autre, son immense étendue, les riches productions qu'elle peut donner en échange , remplaceront amplement les débouchés que refuserait l'Espagne. Déjà même l'Angleterre a senti cet avantage ; et , dans la grande querelle des colonies méridionales , elle s'est bien gardée de prendre un parti qui aurait pu fermer les ports des insurgés à ses armateurs. Nous n'avons pas eu la même attention; mais, si ces belles provinces peuvent une fois s'organiser régulièrement, et retrouver la paix^qu 'elles ont si bien méritée par leur courage , il faut s'attendre à de nombreux et riches débouchés qu'elles ouvriront pendant une longue période aux nations industrieuses du continent.

Si notre commerce de produits man^j facturés avec l'Espagne pour les envois dans ses colonies

* GeUe réduction » comme il a élé remarquéplus haut, est d'autant plus ibrle dans ce mcjncnt que, par un décret des cor tes du 6 no- ▼etiabre i8ao, toutes les manufactures étrangères sont défendues ; il en est de même du bétail. On en excepte cependant la soie et le coton manufacturés venant des Indes sur des oArires espagnols : encore œs derniers doivent- ils subir l'entrepôt.

est réduit à presque rien , et si celui qui se faisait avec rîotérieur est presque détruit par TefiFet de la prohibition et l'établissement du grand nombre de fabriqueis qui s'y sont formées , le commerce des productions du sol français a moins sojiffert. Il était considérable autrefois. Nous envoyions autrefois^ en Espagne pour une valeur de 3 à 4»ooo,ooo en moutons des montagnes de TAveyron, du Tarn et des Pyrénées ; en jeunes mulets du Limousin, du Cantal et du Poitou; en porcs du Périgord et du Quercy, etc. Nous fournissions à ce pays des grains, des légumes, des pois-' sons, des fruits, pour environ â, 000,000. Nous lui vendions presque tous ies^ produits chimiques employés dans ses fabriques , ainsi que des ma-^ tières colorantes nécessaires à ses teintures. Ce commerce ne peut se perdre entièrement, et même il doit prendre de l'activité en proportion de celle des fabriques d'Espagne, puisqu'il fournit des objets , les uns nécessaires à la i^bsistance. du peiïple, les autres à 'ses travaux d'industrie.

Ajoutons à ces notions l'aperçu du commerce actif de l'Espagne avec l'Europe et l'Amérique ♦ estimé en francs d'après des données certaines.

La valeur des marchandises nationales exportées d'Espagne en Amérique fut , savoir :

En 1788 39,255,809 fr.

En 1789. 36,100,010

En 1790 25,5oo,ooo

En 1791 29,000,000

En 1792. .................. • 67,506,006

Le terme moyen est d'environ. . 449^^^9000 fr. Lavuleur des marchandises étrangères, terme moyen. ...... . 35, 000, 000

Total 79,000,000 fr^

Ainsi TEspagne envoyait annuellement pour soixante-dix-neuf millions de marchandises dans ses colonies : c'était surtout par Cadix que se faiisait ce grand commerce , aujourd'hui suspendu, et très-sûrement réduit pour toujours de beaucoup par l'affranchissement des colonies.

Ce commerce avait été encore plus considérable depuis l'époque que nous venons de prendre pour terme de comparaison. En effet, celui de là Ve^a-Cruz seul, port du Mexique par où se font preâ^que toutes les expéditions dç l'Amérique continentale , avait été en 1802 , savoir :

Importations venues d'Espagne

pour une valeur de 82,494»ooo fr.

Exportations des productions et

métaux précieux en Espagne. 1 1 5,342,000 fr.

Les articles principaux du commerce de l'Espagne avec ses colonie^ consistent en une quantité considérable d'ouvrages des manufactures

espagnoles, en une importation en Europe de productions coloniales et de métaux précieux , tant en lingots qu'en piastres, soit pour le gouvernement, soit pour les particuliers.

L'Espagne envoie aux colonies des carreaux de faïence de Valence, des gros draps de cette province pour l'habillement des troupes , beaucoup de quincaillerie, du papier peint pour ameublement, des indiennes , des toiles et étoflfes de coton de Catalogne , des bas de coton , des rubans de même matière, une énorme quantité de mouchoirs de soie; beaucoup de bas de fil tricotés; huit cent mille varras ^ de toileries; du linge de table; des rubans de fil ; des, peaux , cuirs et corroieries de la Galice ; deux cent mille paires de souliers ; beaucoup de bas de soie , beaucoup d'étoffes de soie , et mêlées d'or et d'argent ; beaucoup de papier de Valence et de Catalogne.

Les colonies donnent en retour à l'Espagne du café , du sucre , un peu de coton , du tabac , des cuirs, du cacao, de la vanille , des bois de teinture , des bois de construction , et des sommes considérables en or et argent monnoyés.

Une partie de l'or et de l'argent appartient au roi , le surplus arrive pour le compte des négocians, et sert à solder la balance du commerce entre l'Espagne et ses colonies.

On évalue ordinairement , d'après des calculs

'* La varre ( varas ) ou éarre d'Espagne, répond à viogt-neuf pouces quatre lignes du piedde-roi. Une varre et demie fait l'aune de Paris.

modérés, de 120 à i5o,ooo,ooo de livres tournois la quantité connue et déclarée d'or et d'argent qui passait annuellement des colonies américaines «n Espagne. II en passait aussi en fraude pour des sommes considérables. Une grande partie servait à payer à l'étranger lés marchandises qu'on en avait tirées, et que l'Espagne n'avait pu fournir. Le tableau suivant, qui comprend, outre ïe continent , les Philippines , Cuba , la Trinité , etc. , fait connaître dans quelle proportion chaque port de l'Espagne contribuait à son coioimerce colonial, en prenant une année antérieure à la guerre, telle que fut celle de 1 788. .

nous l>B8 P0BT8.

SévUle

Cadix

Malaga

0arceloke

La^ Goroene

Saiot-Sebatftien . .

Lfs Alfaques de

Tortosa *.....

Santander

Gijon

Alicante

Fttlma

Canaries

TOTAOX.

VALBDl

des

marchandises

nationales

exportées.

aa,8i3.io6

i35,644 i49,ai8

39,3o5,a6o lo

YALBUB

des

marchandises

étrangères

exportées.

i43,4aa »

794,883 id

YALKOB

des retours d'Amérique.

i58,777 to

* Petites îles d'Espagne sur la côt« de Catalogne , presque Tis-à-vis l'embouchure de l'Èbre.

** Les sommes sont réduites en livres tournois.

Telle était rimportanee des colonies espagnoles pour la métropole, les richesses qu'elle en tirait , et rétendue des affaires que cette circulation entretenait. Nous allons no.us occuper maintenant des colonies ; la révolution qui s'y opère ajoute encore à l'intérêt qu'elles inspirent. Le tableau de leurs diverses provinces , de leur population , et celui de leur produit respectif, doit servir de base à ce que nous avons à, en dire ; c'en est en quelque sorte la statistique abrégée.

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On voit ici rénormé puissance que devait donner à la monarchie la possession d'une aussi 'riche contrée. A la vérité; sa population, son industrie, n'étaient pas en proportion de son étendue; mais les richesses en métaux qu'on en exportait , et le débouché qu'elle offrait au commerce de la métropole, devaient faire de l'Espagne le premier état colonial de l'Europe : elle surpassait sous ce rapport l'Angleterre même , ainsi qu'il résulte de la cojnparaison des possessions de Tlnde anglaise avec celles de l'Amérique espagnole.

« D'apr.ès les recherches que j'ai été à portée de faire sur l'état desjinances des colonies espagnoles , dit le savant M. Humbolt ^ , il m'a paru que l'on pouvait évaluer le revenu brut de toute l'Amérique espagnole à 36, 000,000 de piastres. La population de l'Amérique espagnole est à peu près de quinze millions d'habitans *; sa surface de quatre cent soixante-huit mille lieues carrées 3.

Les colonies dont on peut indiquer avec quelque certitude le revenu brut, sont les suivantes :

« Vice -royauté de la Nouvelle- piastre».

Espagne 2o,ooo,aoo

« Vice-royauté du Pérou ^yOoOyOd^

*■ Essai pditi^ue sur la NouveUe-Espagne , tome 5 , page 39.

* Cette estimation est plus forte de douze cent mille que celle ({ui est indiquée dans le tableau précédent. Mais Tauteur écrivait plusieurs années aprèii l'époque où le tableau a été dressé , et croyait «ans doute 1» première estimation trop faible.

' Un peu moins que celle qui est indiquée sur le même tableau.

« Vice - royauté de la Nouvelle- piastres.

Grenade 3, 800,000

^ Capitania générale de Caracas. 1,800,000

« Capitania générale de la Havane, et Tîle de Cuba, sans les Florides. . 2,3oo,ooo

« Iles Philippines, sans \e situado ' venant d'Acapulco *..,.. ... 1,700,000

t Les îles Canaries, annexées à rÂùdalousie , ont un revenu brut , j compris la ferme du tabac, de ^. . . 240,000

« De ces 38, 000, 000 de piastres, auxquels s'élève le revenu brut des colonies espagnoles en Amérique , en Asie et en Afrique , on peut considérer 8,000,000 et demi de piastres comme profit de monnoyage et impôts levés sur le produit des mines d'or et d'argent ; 9,000,000 de piastres comme revenu de la régie du tabac; 20,000,000 et demi comme produit d'alcavala , d'aïmoxari-

' On donne le nom de situados à des sommes que les provinces du continent, surtout le Mexique, prennent sur leurs revenus pour venir au secours des autres colonies. Les secours, a nnueU ( situados ) pris sur une moyenne proportionnelle, de ly^ à 179!! , sesont^tevés ^ ponr le Mexique seul, à la sonine de 3,635,ooo piastr^^ repartis entre Cuba, la Floride , Porto-Rico , les Philippines , la Louisiane , la Trinité , et la partie espagnole de Saint-Domingue.

^' La population de ces iles, en ne comptant que les iadieos soumis dans l'Ile de Luçon et la Bissayes , donne un million neuf cent mille habilans ; iear surface est de quatorse avilie six cent quarante lieues cavrées.

' Leur poputaition est de cent qnatrevîngt mille babitans sur quatre cent vingt et une lieuo» carrées.'

Nota. La capitania générale du Ghiti , et la yicerroyauté de Buenos- Ayres ne sont pas^comprises ici , à dë&ut de renseignemens certains.

fazgo ', de tribut d'Indiens, de vente de poudre et d'autres droits sur la consommation. »

L'administration intérieure des colonies espagnoles absorbait, avant la révolution, 3 1 ,000,000 de piastres par an ; il en refluait près de 8,000^000 dans le trésor royal de Madrid.

Il n'est pas sans intérêt, dans l'état actuel des choses, de pousser cet examen plus loin, et de déterminer le revenu net que la métropole tirait de ses colonies. Nous empruntons encore ces importans détails du même auteur , dont le bel ouvrage sur ces contrées nous fournit tant d'utiles documcns.

« Le trésor royal de Madrid reçoit * de la viceroyauté de la Nouvelle-Espagne 5 à 6,000,000 de piastres par an ; de la vice-royauté du Pérou , iy peu plus de 1,000,000 ; de la vice-royauté de Buenos- Ayres , 6 à 700,000 piastres ; de la viceroyauté de la Nouvelle -Grenade, 4 ^ 5oo,ooo piastres.

« Dans les capitanias générales de Caracas , du Chili, de Guatimala, de l'île de Cuba et de Porto- Rico , les recettes sont absorbées par les frais d'administration ; il en est de niême aux Philippines et aux îles Canaries.

« Toutes les colonies ne produisent par consé-

■ Vatcavaia et \^at*nôxarifttzgù 80d« des droHs de domnos ^i se perçoivefit sur les marchandises à leur entrée et à icDMr sortie dam les possessions espagnoles.

' L'auteur écrivait en 1810. -^

quent au fisc d'Espagne, année commune, que Ja somme de 8,200,000 piastres.

« Si Ton considère les colonies comme des provinces éloignées, on trouve que la partie européenne de la monarchie espagnole a un revenu qui égale à peine celui de la partie américaine ^ »

En effet, nous avons vu plus haut que le revenu brut, des colonies d'Amérique s'élevait à 38,000,000» de piastres; et celui d'Espagne a varié entre 36 à 37,000,000 de piastres : en 1810, il n'a été que de 35, 000, 000.

Ces données sur la valeur de l'Amérique espagnole nous permettent d'en comparer l'importance avec les possessions anglaises dans l'Inde. On sera peut-être étonné de voir que ces dernières sont loin d'égaler la richesse de la première.

Le tableau suivant en donne la preuve. ^

Étbsdob bn libubs cabbbbs de 35 au degré.

AUBBIQDB

espagnole.

Possessions anolaisbs en Asie.

Etendue

48,3oo 32,000,000 43*000,000 3,400,000 i

PoDuIation.

Revenu brut en piastres * . . .

Bevenu net en piastre»

' Le revenu brut de la péninsule ou Espagne d'Europe est de 35,000,000 de piastres; sa population de dix millions quatre cent mille habitans (en 1810); son étendue de vingt* cinq mille lieues carrées.

* La piastre vaut 5 fraocs 5o centimes.

DES DEUX INDES. i285

Il résulte de ce tableau, qui se rapporte à 18045 que le revenu net des possessions espagnoles remportait sur celui des possessions anglaises : différence qui s'explique par celle <ies frais d'administration et du sei:viee militaire , plus considérable dans les possessions anglaises que partout ailleurs. Au surplus^, on n'a fait entrer dans cette estimation que le territoire sur lequel la compagnie anglaise a acquis la souveraineté, et l'on n'y comprend pas les alliés, et les tributaires , telsxjuele Nizam, les princes d'Oude, de Carnatic , de Mysore , de Cocltin , de Travancore, sur lesquels les Anglais lèvent des tributs plus ou moins considérables.

Ces considérations peuvent faire apprécier l'énorme perte que doit faire l'Espagne par la séparation du continent américain, et la puissance à laquelle s'élèverait celui- ci ^ si, par une sage et vigoureuse conduite , il parvenait à assurer son indépendance sous une forme de gouvernement régulier et libre. On en sera encore plus convaincu par les résultats suivans.

Les colonies espagnoles se con^ôsent, 1/* de provinces continentales en Anaérique; i2° d'îles dans la même partie du monde; 3** de possessions dans l'Inde et en Afrique.

Les premières sont : la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne , celle du Pérou , celle de Buénos-r Ayres , celle de là Nouvelle-Grenade , la capitaînie générale de Caracas, du Chili, de Guatimala;

286 iTAT ACTUEL Û13 COMMERCE

à quoi on pourrait ajouter leâ Florides ou la Louisiane^ si la cession aux États •- Unis n'était pas confirmée; les secondes, Cuba, Porto-Rico; les troisièmes, les îles Philippines et les îles Marianes ; enfin les quatrième^ se bornent aux Canaries, annexées au gouvernement de TAndalousie.

Entrons dans quelques détails. De ces possessions, plusieurs feraient à elles seules des états puissans. Tel est le Mexique ou là Nouvelle-Espagne , dont le savant M. Humbolt nous a donn^ une si belle et si riche description.

Ce royaume, aujourd'hui entraîné dans une guerre pour la liberté, est, par son état de civilisation , bien supérieur à ce que Ton observe dans les autres possessions espagnoles. Cependant plusieurs branches de l'agriculture ont atteint uu plus haut degré de perfection dans la province de Caracas que dan&la Nouvelle-Espagne. C'est que moins une colonie a de mines , plus l'industrie de ses habitans se porte à la culture des productions végétales ; mais cela ne suffit pas pour hâ-*ter les progrès de la civilisation , et le développement de l'industrie. La fertilité du sol d'ailleurs est plus grande daïis les provinces de Cumana, de la Nouvelle-Barcelone et de Venezuela. Elle est plus grande sur les bords de l'Orénoque et dans la partie boréale de la Nouvel)e*6renade que dans le royaume du Mexique , dont plusieurs régions sont stériles, manquent d'eau , et paraissent dénuées de végétation-. Mais , en considérant la

grandeur de la population du Mexique, le nombre de Yilles coûsidérables qui y sont rapprochées les unes des aûtre&, Ténorme valeur de l'exploitation métallique et son influence sur le commerce de l'Europe et.de l'Asie, ou explique facilement la préférence que la coUr de Madrid accordait au Mexique sur ses autres colonies.

On a TU, par le tableau général des possessions, espagnoles , que le Mexique a une surface de cent dix-huit mille lieues carrées , dont deux tiers sont sous la zone tempérée. Le tiers renfermé dans la zone torride jouit en grande partie , à cause de l'extrême élévation de ses plateaux , d'une température analogue à celle qu'on trouve au printemps dans le midi de l'Italie et de l'Espagne.

Cette éteildue n'a pas une population proportionnée , mais cependant supérieure à toute autre population dans cette partie du monde. Les recenseoiens les plus exacts la portent à cinq millions huit cent quarante mille habitans , parmi lesquels deux millions et demi d'indigènes de race cuivrée ' ,, un million d'Espagnols mexicains, soixante-dix mille espagnols européens , presque

* Un préjugé répandu en Europe fait croire qu'uu très-petit nombre d^ndigène» à teint cuivré, ou descendans des anciens Mexicains, s'est conservé jusqu'à nos jours. Les cruautés des Européens ont fait disparaitre les anciens habitans des Antilles , à la vérité ; mais on on n'est point parvenu à cet horrible résultat sur le continent américain. « Dans la Nouvelle-Espagne , dit M. Humbolt, qui y a Séjourné ,' le nombre des Indiens excède deux millions et demi , en ne comptant que ceux qui sont de race pure sans mélange de sang européen ou africain. • ( Tome 1 , page 36S. )

âSS ÉTAT ACTUEL OU COMMERCE

pas de nègres esclaves. La population est concentrée sur le plateau central. Le clergé ne comprend que quatorze mille individus. Mexico a cent trente-cinq mille habitans.

L'agriculture n'a pas à beaucoup près atteint le degré de prospérité auquel elle parviendra. La banane, le manioc, le maïs et les céréales sont les substances qu'elle donne pour la nourriture du peuple. Les céréales, cultivées sous la zone torride et partout où le sol s'élève de cinq à six cents toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer^ y produisent vingt-quatre grains^pour un. Le maguey (agave) peut être considéré comme la vigne des indigènes. La culture de la canne à sucre y a fait depuis peu des progrès rapides : la Vera- Cruz exporte annuellement onze millions de livres pesant , ou pour i ,3oo.ooo piastres de sucre mexicain '. On récolte du coton de la plus belle qualité sur les côtes occidentales. Les cultures du cacao et de l'indigo sont négligées. La vanille des forêts de Quilate offre une récolte annuelle de neuf cents milliers. Le tabac est cultivé avec soin dans les districts d'Oribaza et de Cordova ; la cire abonde dans le Yucatan ; la récolte de la cochenille d'Oaxaca est de huit cent mille livres pesant par an ; les bêtes à cornes se sont extrêmement multipliées dans les provincias inter-

' Ce^c piastre répond , comme OD sait, à 5 fraocs et quelques centimes ; c'est du sucre à i4 sous tournois ou 70 cenliotes la livre poids de marc, valeur dans le port.

DES DEUX INDES. ; JSSg

fias * et sur les côtes orientales , entre Panuco et Huasacualco. Les dîmes du clergé, dont la valeur désigne Taccroissement du produit, avaient augmenté d'un cinquième depuis 1800.

Mais ce qui distingue plus particulièrement le Mexique ou la Nouvelle-Espagne parmi toutes les contrées de l'Amérique, c'est le produit de ses mines. On estime qu'il est annuellement de seize cents kilogrammes en or, de cinq cent trente-sept mille kilogr. en argent, évalués 20,000,000 de piastres , ou près de la moitié de la valeur des métaux précieux qu'on retire annuellement des mines des deux Amériques.

L'hôtel des monnaies de Mexico a fourni de 1690 à i8o3, plus de 1, 353, 000,000 de piastres. Trois districts de mines, Guanaxuato, Zacatecas et Catorce , qui forment un groupe central placé entre les 2 1 et 24 degrés de latitude, donnent presque la moitié de tout l'or et de tout l'argent qui sont retirés annuellement des mines de la Nou* velle-Ëspagne. Le seul filon de Guanaxuato, plus riche que le gîte de minerai du Potosi , fournit 9 année commune, cent trente mille kilogrammes d'argent, ou un sixième de tout l'argent que l'Ame-

' On donne le nom de provincias iiUemas à l'étendue de pays qui se trouve au nord et au nord-oue:it du royaume de la lîouvelle- Galice. Ëlk'S comprennent i* le petit royaume de Léon , 2<> la colonie du I«ouTeau-Sant-Ânder , S» le Texas, 4° la Nouvelle- Biacaye, 5» Sonora, 6<> Gahahuila, 7° le Nuevo- Mexico. Elles forment une étendue de cinquante • neuf mille trois cent soixante -quinze lieues carrées^ peuplée de trois cent cinquante-neuf mille deux cents habitans.

rique ^erse annuellement dans la circulation <. La seule mine de Yalenciana, dans laquelle les frais d'exploitation excèdent 4)000,000 et demi de francs par an , n'a cessé de donner chaque année ù ses propriétaires , depuis quarante ans , un profit net de plus de 3, 000,000 de francs. Ce profit s'est élevé quelquefois à 6,000,000. Ces produits expliquent la fortune de quelques grandes maisons d'Espagne qui jouissent d'immenses revenus. On a remarqué que les travaux des mines avaient occasionné des défrichemens , et par conséquent encouragé l'agriculture dans les environs; mais, en général, les spéculations se portant vers ce genre de richesse, il ne se fait pas, ou se fait beaucoup moins de grandes entreprises agricoles : ce ne sera que lorsque la population sera devenue plus considérable , et que les richesses seront réparties dans toutes les classes , que les grands travaux agricoles pourront avoir de l'activité. La révolution qui s'opère au Mexique, si elle parvient à un terme désiré, est de nature à produire un effet aussi salutaire.

« La richesse des mines mexicaines consiste plus dans l'abondance que dans la valeur intrinsèque des minerais d'argent : cette valeur ne s'élève , taux moyen , qu'à 0,002 ( ou trois à quatre

' IÏ0U8 apprenons que la guerre et les événemens politiques qui agitent la INouvelle-Ëspagne ont apporté quelque diminution dans les travaux des mines et rexportation de leur produit en Europe. La paix aura bientôt réparé le premier vide : on peut douter qu*il en soit de même du second.

onces par quintal de cent livres )• La quantité des minerais extraits au moyen du mercure est à celle produite par la fonte en raison de 3 7 à 1. Le procédé de l'amalgamation dont on se sert est long, et cause une grande perte de mercure ; cette perte s'élève pour la Nouvelle-Espagne à sept cent mille kilogrammes par an, ou quatorze mille quintaux. 11 est à présumer que les Cordillières mexi* caiues fourniront un jour le mercure, le fer, le cuivre et le plomb nécessaires à la consonpimation intérieure ^ »

L'industrie manufacturière au Mexique est, comme nous l'avons remarqué, d'une importance au-des&ous de ce qu'elle pourrait être. La valeur de son produit annuel est estimée de 7 à 8;ooo,ooo de piastres. Les fabriques de cuirs , de draps , de toiles de coton, ont pris quelque essor depuis plu-> sieurs années. La liberté , la paix , soutiens de l'industrie, relèveront un jour à un haut degré de prospérité , lorsque la main de plomb du despotisme sera enfin brisée dans cette riche contrée. -

Voici la statistique de son commerce, telle qu'elle se présente pour une année moyenne depuis i8o3 jusqu'à iSio,. Importations des productions et marchandises étrangères, 20,000,000 de piastres ; exportations en productions de l'agriculture et de l'industrie manufacturière, 6,000,000 de piastres ; les mines produisent en or et en argent 23,000,000 de piastres, dont 8 à 9 sont

1 Humbolt , toine 5 , page 85.

2g2 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

exportés pour le compte du roi : par conséquent, si ron déduit des 1 5,000,000 de piastres restant 1 4«ooo,ooo pour solder l'excédant de Timportation sur l'exportation , on trouve que le numéraire du Mexique augmente à peine de 1,000,000 de piastres par an.

Le revenu brut s'élève à 20,000,000 de piastres, dont 5,5oo,ooo du produit des mines d'or et d'argent , 4)000,000 de la ferme du tabac , 3, 000,000 des Alcavales, i,3oo,ooo delà capitation des Indiens , et 800,000 de l'impôt sur le pulque , ou suc fermenté de l'agave, qui tient lieu de vin au peuple.

La situation de Mexico, capitale de ce beau royaume , offre des avantages inappréciables , si on la considère sous le rapport de ses communications avec le reste du monde policé. Placé sur un isthme qui est baigné par la mer du Sud et par l'Océan atlantique , Mexico parait destiné à exercer une grande influence sur les événemens politiques qui agitent les deux mondes , et à devenir le centre d'une grande puissance. Un souverain qui régirait l'état par des lois constitutionnelles et libérales, et dont la résidence serait dans cette ville, pourrait se placer au rang des premières puissances du monde ; il communiquerait en cinq semaines avec l'Europe , et en six avec les îles Philippines et l'Asie. Le vaste royaume de la Nouvelle-Espagne , soigneusement cultivé , produirait lui seul tout ce que le commerce ras-

DES DEtX INDES. ^qZ

semble sur le ïeste du globe , le suCre , la cochenille , le cacao , le café , le coton,, le froment , le chanvre , les huiles , la soie , le vin ; il fournirait tous les métaux , sans même exclure le mercure ; il fournirait de superbe bais de construction. L'abondance du fer et du cuivre favoriserait Ic^s progrès de la navigation mexicaine. Mais Tétat des côtes et le manque de ports depuis l'embouchure du Rio-Alvaro jusqu'à celle de Rio-Bravo, opposent des obstacles qu'il serait difficile de vaincre.

Ces obstacles, à la vérité, n'existent pas du côté de l'Océan très-mal nommé Pacifique. Saint- François , dans la Nouvelle-Californie , San-Blas, dans l'intendance de Guadalaxara , près de l'embouchure de la rivière de Sant-Iago, surtout Acapulco , sont des ports magnifiques.

Les côtes orientales n'ont pas le mênae avantage ; il n'y existe proprement pas de ports ; car celui de la Vera-Cruz , par lequel se fait annuellement un commerce de 5o à 60,000,000 de piastres, n'est qu'un assez mauvais mouillage entre les bas-fonds de la Caleta , de la Galeta et de la Lavandera.

Mécontens du port de la Vera-Cruz , les habitans du Mexique se bercent de l'espérance de pouvoir ouvrir des voies plus sûres au commerce avec l'Europe ; ils désignent au sud de la Vera- Cruz les bouches des rivières d'Alvarado et de Guasacualco ; au nord de Vera-Cruz le Rio-Tampico, et surtout lo village de Sotto -la -Marina.

Mais ces points , qui ont déjà fixé Tattention du gouvernement, ne pourraient devefair utiles qu'en ouvrant les rivières et en faisant d'immenses travaux : encore ne parviendrait- on à avoir que de médiocres lieux de relâche pour de petits vaisseaux.

C'est donc par le port de la Vera-Cruz que se fera encore long-temps le commerce du Mexique et de presque toutes les provinces qui composaient naguère le domaine de l'Espagne en Amérique.

C'est donc d'après les exportations et les importations qui se font par ce port que nous pouvons estimer ce commerce. Voici les résultats, évalués en piastres, qu'il offre pour i8o4«

Tmoort t' ns C^^ productions nalionales.. . lOvi 13)324 piastres,

P ® ' ( En productions étrangères. . 4»493,736 Importations de T Amérique !, G 19,68a

Exportâlioo. 5 Po" ï'E'P'g" de U VeraCruz.^ Pour l'Alnëri.

Pour l*£spagDe i8,o33,37 1 '

'Alnérique 3,424»^ ^ >

Mouvement du commerce. ...... 37,983,624 piastres.

Parmi les productions^ nationales importées d'Espagne à la Vera-Cruz, il y avait quarante-huit millp sept cent trente-sept barriques d'eau-de-vie, dopt la valeur est estimée i,235,i3o piastres; quarante-trois mille cent âoixante-deux barriques de vin (valeur, 837,776 piastres); vingt mille neuf cent quarante-six arrobes d'huile ( valeur, 78^456 piastres ) ; dix-neuf mille sept cent vingt et

DES DEUX INDES. 2gS

une livres de safran (287,057 piastres); soixantedix -neuf mille deux cents bouteilles de bière ( valeur, 78,456 piastres) ; cent trente-six mille trois cent quatre -vingt et une rames de papier - ( valeur, 486,583 piastres) ; soixante-treize mille huit cent vingt -sept quintaux de fer (valeur, 812,707 piastres) ; trois mille cent huit quintaux d'acier ( valeur, 53,o52 piastres ) ; et pour plus de 6,000,000 de piastres ^ en soieries , lainages , toiles de lin , mousselines et chapeaux , contenus dans des caisses que les négociajas ne sont point tenus d'ouvrir à la douane.

Au nonibre des productions étrangères importées d'Espagne il y avait pour 4>^oo,ooo de piastres en soieries , toiles , draps et autres étoffes ; en cannelle, quarante-sept mille deux cent trente-six livres (valeur, 163,171 piastres); en clous de girofle , vingt-huit mille cent soixante-sept livres ( valeur, 85,952 piastres ) ; et en deux mille neuf cent quatre-vingt dix-sept quintaux d'acier ( valeur 5 1,477 piastres). Ces valeurs, comme les précédentes , sont à l'estimation dans le port.

Parmi les productions américaines importées ' des autres colonies espagnoles à la Vera-Cruz il y avait vingt-sept mi île huit cent quator:te arrobes de cire de la Havane ( valeur, 576,836 piastres ) ; mille neuf cent vingt-huit arrobes de cire de campêche (valeur, 26,068 piastres); treize mille

' Toutes ces valeurs sont celles des marchandises dans le port de la Vcra-Cruz.

296 ÉTAT ACTUEL Df COMMERCE

quatre cent vingt-trois fanègues ' de cacao de Tabasco ( valeur, 461 ,845 piastres) ; huit mille cent quarante et une fanègues de cacao de Caracas ( valeur, 5î,o55 piastres); quarante -neuf mille cinq cent trente-cinq quintaux de bois de campêche (valeur, 100,219 piastres); et dix-huit mille quatre cent quatre-vingt-seize fanègues de "sel ( valeur, 37,845 piastres ).

Parmi les productions indigènes exportées du Mexique pour la métropole , et comprises dans le tableau plus haut , il y avait trois cent quatrevingt-un mille cinq cent neuf arrobes de sucre (valeur, 1,097,605 piastres); onze mille sept cent trente-sept arrobes de cochenille fine, résultat d'une récolte très-modique (valeur, 1,220,195 piastres ) ; huit cent soixante-sept arrobes de granilla ( val. , 24,4 ^ 4 pî^^stres ); quatre cent soixantequatre arrobes de cochenille en poudre ( valeur, 5,8 1 6 piastres ) ; cent quatre-vingt-neuf mille trois cent quatre-vingt-dix-sept livrés d'indigo (valeur, 367,302 piastres); trente -sept mille sept cent quatre-vingt-dix-sept quintaux de bois de campêche (valeur, 77,486 piastres) ; mille huit cent dix-huit quintaux de jalap ( valeur, 62,41 1 piastres ) ; sept mille cent soixante-neuf quintaux de salsepareille ( valeur, 96,734 piastres) ; quatorze

( L'arrobeest un poids de vingt-cinq livres, poids de marc, à bien peu de choses près; la fanègue est une mesure de capacité qui est à peu près le ^ du setier de Paris; elle contient cent cinquante livre» pétant de blë.

cent milliers de vanille ( val. , 1 1 1 , 1 96 piast. ) ; et trois mille sept cent quatre-vingt-six fanègues de cacao deGuajaquil (valeur, 460, 585 piastres). L'exportation de l'argept monnoyé , non comprise dans le tableau, s'est élevée à 16,8479843 piastres, dont i3,5oo,ooo pour le compte du roi d'Espagne, et le reste pour le commerce et les particuliers '.

Pendant cette même année i8o4 ? ^1 est entré à la Vera-Cruz, venant d'Espagne, cent septbâtimens ; des colonies espagnoles en Amérique , cent vingt-trois.

Dans l'année suivante, 1 8o5, l'importation d'Espagne à la Vera-Gruz a été , en productions indigènes, d'une valeur de 1, 514473 piastres (le papier seul, soixante mille six cent dix-sept rames, évaluées 582,769 piastres); en productions et marchandises étrangères po«r 5745963 piastres. L'importation d'Amérique a été de h valeur de 1,262,907 piastres (la cire seule de la Havane, dix-neuf mille neuf cent soixante-neuf arrobes ,

valeur, 5475304 piastres ).

L'exportation pour l'Espagne a été pendant cette même année i8o5, d'une valeur de 1 10,200 piastres ; pour l'Amérique , de 33o,546 piastres ; l'exportation faite par des vaisseaux neutres, pour une valeur de 562,048 piastres : mouvement total du commerce, 4*355, 137 piastres.

> On D*a point porté non plus dans cet état vingt mille quintaux de mercure importés pour le compte du gouvernement.

2gS ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

En 1806 , ce mouvement a été ainsi qu'il suit : importations d'Espagne en productions espagnoles, pour 1,815,579 piastres; en productions étrangères, 327,295 piastres; importations d'Amérique , 1 ,499,244 piastres ; importations faites par des vaisseaux neutres, 3,485,655 piastres. Exportations pour l'Espagne, 8o5,o37 piastres; pour l'Amérique, 574, 1 91 piastres ; pour des ports neutres , 49101,534 piastres ^.

Par conséquent, importations totales, 7, 1 37,773 piastres ; exportations totales, 5,478,762 piastres ; • mouvement général du commerce, 12, 616, 535 piastres.

Cette année ne peut être prise pour mesure du commerce de ce pays ; mais une moyenne proportionnelle formée des années 1802, i8o3 et 1804 (trois années de paix), prouve que l'importation totale est à la Vera-Cruz de 20,700,000 piastres ; et l'exportation , non compris l'or et l'argent monnayés ou ouvragés, de 6,5oo,ooo piastres.

11 faudrait ajouter à ce résultat le commerce de contrebande, très-actif en tout temps dans cette

' La Frunre el TËspagne, soumuei alors à Bonaparte, ëtaîeatcn guerre avec l'Angleterre Les ports et les bâtimens neutres furent les moyens employés par le commerce pour continuer ses opérations. L'on voit par les états ci-dessus que l'importation âa espèces monnoyées en Espagne cesse dès-lors , el que le mouvement d\t commerce en denrées et marchandises diminue sensiblement. En effet , le mouvement du commerce avait été en i8o4 de 57,983,634 piastres; il 9'est en 1806 que de ia,6j6,535.

belle partie du monde ; mais on ne peut guère l'évaluer au-dessus d'un dixième : ainsi , ce serait 2,700,000 piastres à ajouter à l'importation , et 65o,ooo à l'exportation.

Il résulte des données que nous avons établies sur le commerce de la Nouvelle-Espagne , que ce vaste pays , dans l'état actuel de sa civilisation et de son industrie, a besoin de productions et de marchandises étrangères pour la valeur de loo à 110,000,000 dç francs. En accordant un^ pleine liberté au commerce d'Acapulco et de San-Blas avec la Chine et avec l'Inde , le Mexique pourra tirer des toiles de coton ^ des soieries , du papier , des épiceries , et peut-être même du mercure directement de l'Asie : cette circonstance diminuera les importations de l'Europe de plus de 20,000,000 de francs. Plus les rapports de l'Amérique avec l'Asie orientale seront multipliés , et moins la somme d'or et d'argent jque le nouveau continent versera annuellement dans le commerce de l'Europe sera considérable. Les effets de cette révolu» tion, inévitables dans le commerce du Mexique, se feront sentir plus promptement sur le continent européen que ceux qui résulteront de l'établissement et des progrès plus tardifs des manu-^ factures dans cette partie de l'Amérique.

Ces progrès seront encore plus lents au Pérou,

Cette vice-royauté, qui, sur une étendue de trente

mille trois cent quatre-vingt-dix lieues carrées,

^n'offre qu'une population de six cent mille indi-^

TÎdus ', est loin de l'état de prospérité où est parvenu le Mexique.

Ce royaume a subi différentes divisions de son immense territoire ; depuis que la frontière du royaume de Buenos-Ayres * passe à l'ouest du lac de Chucuito 3, entre ce lac et la ville de Cusco; et depuis que d'un côté le royaume de Quito et les provinces de Jaën , de Bracamoros et de Magnas , de l'autre les gouvernemens de Paz , d'Oruro , de la Plata et du Potosi, ont été séparés du Pérou : ce dernier a été divisé en sept intendances, savoir, celles de Truxillo, de Tàrma, de Huancavelica, de Lima, de Guamanga , d'Arequipa et de Cusco, dont chacune comprend plusieurs départemens ou partidos.

Les capitales de ces sept intendances sont, Lima, avec cinquante-deux mille six cents habitans ; Guamanga, vingt-six mille ; Arequipa, vingtquatre mille; Truxillo, cinq mille huit cents; Huancavelica , cinq mille deux cents; Tarmà, cinq mille six cents , et Cusco trente-deux mille.

Cet ancien empire des Incas n'est pas également favorisé des dons de la nature. La côte qui longe

' D'après le dcooinbrement fait en 1793 par ordre de don Gîl Lemos, vice-roi du Pérou, il doit j avoir eu une augmentation depuis celte époque; mais nous ne la connaissons pas.

^ Nous nous servon^ encore de l'ancienne dénomination , quoique depuis six ans Buenos- Âyres forme une république, mais république dont les destinées ne nous paraissent pas encore fixées ; les divisions intestines, pires que la guerre, ne cessent de l'agiter.

y Voy, la carte.

DES DE13X INDES* 5oi

l'Océan indien est un pays misérable ; des marais Vastes et nombreux en occupent une grande partie ; ce qu'ils ne couvrent pas est inondé près de six mois de l'année par les eaux qui descendent des montagnes ; d'épaisses forêts sortent de ces eaux stagiiantes , et fournissent de beaux bois de mâture et de construction. Les Andes ou Cordillières , dont la chaîne s'étend dans toute la longueur des deux Amériques , sont plus hautes dans le Pérou qu'ailleurs '. Les lieux les plus élevés de ces montagnes sont couverts de neige . et servent d^ retraite aux guanacos et aux vigognes , dont* la laine est si estimée.

Les différentes vallées depuis le port d'Atacama jusqu'à Guajaquil sont séparées l'une de l'autre par des déserts sablonneux de douze à quinze lieues, et même au-delà. Les rivières sont trèséloignées, et leurs eaux ne sauraient fertiliser ces sables arides. D'un autre côté, les montagnes couvertes de neige, sous un ciel brûlant, empêchent les vapeurs de se former en nuages ; la température de l'air, toujours égale , refuse au pays les bienfaits de la pluie.

Sur le revers dés Cordillières latérales, et dans l'intervalle qui les sépare de l'autre chaîne de montagnes plus élevées , connues sous le nom de Cor-

' Le Chimboraço a six mille cinq cent trente mètres de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan ; le Gayambé, cinq raille neuf cent cinquante-quatre ; Antisana f volcan , cinq mille huit cent trente-trois ; et le Gotopazi, autre volcan, cinq mille sept cent cinquante-trois.

30â ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

dillières royales ou des Andes ^ sont situées les régions connues sous le nom de la Sierra; elles* s'étendent depuis la province de Chachapoyas jusqu'au pays minéral du Potosi ^

On a fait la remarque que, dans les pays incultes et sauvages, les rivières sont beaucoup plus larges et plus nombreuses que dans les réglons civilisées. On en trouve la preuve au Pérou ; car le débordement des rivières et leur largeur démesurée y opposent des difficultés extrêmes au transport des denrées et des marchandises.

Ces différentes causes , réunies à la mauvaise qualité du sol dans le plus grand nombre des provinces, expliquent le peu de progrès de la culture au Pérou. Depuis que les Espagnols s'y sont établis 5 rien ne montre que les productions s'y soient accrues sensiblement. Cependant elles suffisent au nombre des habitans , qui en sont les seuls consommateurs ; elles font l'aliment du commerce établi dans l'intérieur entre les provinces du royaume.

H nous serait difficile d'établir les divers articles de ce commerce intérieur; nous réunirons seulement ici des détails qui en pourront faire connaître le plus ou moins d'activité et d'étendue.

Il parait qu'à la fin de 1789 l'intendance de Lima avait retiré de son commerce avec le reste du royaume une balance de 725,192 piastres à son avantage. Le profit que cette même province

* Voy. la carte.

DES DEUX INDES. 3o5

avait tiré de ses produits dans la vice-royauté de Buenos -Ayres , la même année, s'était élevé au-dessus de 100,000 piastres. Celui qui se fait des provinces d'Areq^iipa et djn Cusco avec la même vice-royauté , s'élève , année ordinaire , à 2,034^980 piastres; de cette somme i,3oo,475 piastres tourne au profit de la province d'Arequipa , qui donne en échange du vin , de l'eaude-vie , de l'huile , du piment , du sucre , et d'autres productions moins importantes. Le surplus de la somme, qui se monte encore à 735, 5o5 piastres, revient à l'intendance de Cusco pour des molletons et autres lainages, du sucre, du blé, etc. Réciproquement la province d'Arequipa reçoit de Buenos-Ayres le montant de 386,260 piastres de bétail, viande sèche , suif, noix de cocos, cuivre, étain, etc. La province de Cusco reçoit la valeur de 47^,530 piastres en mulets, moutons, bétail, cuirs, cire, savon, suif, molleton, etc. Le bénéfice de ce commerce s*élève pour la province d'Arequipa à 911,215 piastres, et pour la province de Cusco, à 268,975 piastres.

Les provinces de la Sierra qui possèdent les mines les plus riches, et qui, pour cette raison, sont les plus peuplées, quoique les plus stériles, ayant été réunies à l'intendance de Buenos-Ayres, les consommateurs ne peuvent tirer les produits de la terre que des pays attenant à la côte, parce que ces pays forment le seul district où le terrain peut être cultivé avec succès. Arequipa leur en fournit plus

3o4 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

que les autres à cause de sa proximité. Gusco subvient aux besoins de ses habitans par ses mani^factures de frises et d'autres étoffes servant à l'habillement. Cependant, par l'importation devenue plus considérable des marchandises européennes sur la rivière de la Plata, cette branche de commerce est sensiblement déchue , attendu que les camelots, les cotonnades et les habits introduits par ce canal , et vendus à bas prix , ont porté un grand préjudice aux manufactures de l'intérieur.

Le commerce avec les autres provinces du Pérou se fait par mer avec des bâtimens de différentes grandeurs , qui appartiennent principalement aux habitans de Lima. Ces bâtimens ont le port de Callao sur la mer du Sud pour lieu de rendez-vous. Leur chargement réuni forme un objet de seize à dix-sept mille tonneaux de diverses marchandises et denrées ; de cette quantité cinq mille tonneaux sont employés exclusivement au commerce de là mer du Sud : la balance en est toujours plus ou moins au désavantage de l'intendance de Lima.* Une grande partie du numéraire en circulafion dans cette province est absorbé par le commerce qui se fait avec le Chili.

Les marchandises exportées de Lima consistent principalement en étoffes, tant des manufactures de l'intérieur que de celles de Quito ; en sucre et en riz. Lima reçoit en échange une grande quantité de blé, du suif, des cuirs , du cuivre , des cordages, etc.

btS DEUX INjDES. 5o5

l'avantage que le Chili retire de ce commerce provient surtout de la stérilité des vallons qui sont autour de Lima.

Il est commun de voir manquer les moissons dans le territoire de Lima. Cet inconvénient a tellement accru le commerce des blés, que la capitale enlève à elle seule presque la moitié de l'importa tion qu'on en fait dans l'intendance de Lima.

Les productions du Chili expédiées aux ports d'Ârica , d'Ilo et d'Aranta , appelés ports intermé^ diaires, sur le même Océan, ne s'élèvent guère au-delà de la valeur de 5o,ooo piastres, desquelles il faut encore défalquer la valeur du thé de Paraguay, apporté par deux bâtimens qui partent annuellement du port de Pascamayo, chargés aussi de tabac pour le compte du gouvernement.

Les relations de Baldivia, ville située dans une contrée fertile, avec un bon port, s'entretiennent par deux navires qui s'y rendent tous les ans , l'un du port de Valparaîso , avec des subsistances ; l'autre de Lima , avec la solde des troupes qui y sont en garnison. Ce manque de commerce ne saurait être attribué à la stérilité du sol ; car, à une petite distance des Cordillières , il y a des vallons riches en blé et en productions de toute espèce. Les montagnes sont couvertes de chênes et d'autres arbres qui fournissent d'excellens bois de construction ; et les mines d'or dé ce district ont été célèbres par la grande finesse du minerai^

5o6 ÉTAT AGTUEI/ DU COMMERCE

qui ù'ajtrmàis étéai>4es8^u8devingMroîsk2ffidLd, ou Deuf cent cinquante-huit millîènies trois dixièmes de millième, suivant la nouTette manière d e^imer le degré de fin de Tor '.

Les ports de Realexo et de Sonsonate , sur le même Océan , sont les seuls fréquentés par les bâtimens qui font l'exportation deCallao à Guatimala. Ce trafic consiste en cuirs , en vins , en eaux-de-vie, huile, etc. Il est en général peu considérable ; il ne passe guère 3o,ooo piastres. L'importation, au contraire, dans les mêaies ports, est plus que quadruple de rexportation : elle coni»»te en indigo , piment , pois , planches , l>ois de cèdre et de Brésil, il en résulte une balance considérable en faveur de Lima.

Le commerce de Lima avecISanta-Fé de Bogota se fait en partie par terre , à travers la province de Quito , et en partie par mer par les ports de Guayaquil et de Panama. L'exportation <k CaHao vers les port& de Puaa et Guayaquil consiste en vins de Coquimbo, deRasca, de Piseo, et de Conception ; en eaux-de-vie , en sucre, en farine, en cuivre, etc. L'exportation qui, des mêmes ports, $e fait dians celui de Paoama , consiste priocipakment en étoffes provenant des manufactures du pays , en laines et en farines. Les articles principaux qui se transportent par terre vers

' Voyez pour la nouvelle manière d'estimer le titre des métaux précieux , beaucoup plus claire et plus simple que l'ancienne, i'introdviUion ow DietioiaiHaÂTe de (a giograffhU commerçante, p. 369.

DES DEUX INDES. 5o*J

TtiiKiMo , Pacasmayo , pour être epsuite expédiés à Guayaquil et à Panama, sont du coton, des cuirs , des souliers , des chapeaux , des molletons et (du sucre.

L'exportation de la province de Santa-Fé dans celle de Lima consiste en cacao, café , cire, etc. , et s'Slëre ordinairement à la somme de 234)QOO piastres.

Ces divers détails montrent la nature et la circulation du commerce intérieur du Pérou , et font eoans^ître quels sont les objets qui y entrent principulement.

Il en résulte aussi que le Pérou , poi^r pourvoir .à ses besoins, est redevable pour une balance considérable aux autres provinces de l'Amérique espagnole.

Ce qui constitue la richesse principale dupijcQu, au moins jusqu'à présent, ce sont ses naines. Aussiest-ce là, comme dans la Nou^i^eUe-Espagn/e , l'objet qui fixe plus particulièr^lftent l'iatteation du gouvernement et du commerce. Nous nous atta- > obérons donc à en donner une^idée précisé, en pous aidant des recherches du savant auteur de YEssài sur l'économie politique de la Nouveller- Espagne , déjà si souvent cité.

Les provinces de l'Amérique espagnole qui fournissent des métaux précieux sont , la Nouvelle- Espagne ou le Mexique S le Pérou, dans lequel on comprend le Potosi, le Chili, la vice-royauté

' J9ous conserrons les ancicDoes dénominatioDS d« térritoixe , parct

3o8 ÉTAT ACTUEL DU CatfMERCE

de Buenos- Ayres et celle de la Nouvelle-Grenader Il est reconnu que les quatre autres grandes divisions politiques, savoir : les quatte capitanias générales de Guatimala , de la Havane, de Porto- Rico et de Caracas , ne renfernaent point de mine» en exploitation.

Pour apprécier la quantité d'or et d'argent que donne le Pérou , nous produirons les états suivans :

De 17.54 à 1772 , il a été livré à l'hôtel de la monnaie de Lima six millions cent deux mille cent trente-neuf marcs d'argent ', et cent vingtneuf mille cent quatre-vingt marcs d'or ; de 1 772 c* à 1791 , il a été porté à la même monnaie huit millions quatre cent soixante dix-huit mille trois cent soixante-sept marcs d'argent , et quatre-^vingt mille huit cent quarante-six marcs d'or.

La valeur de l'or et de l'argent s'est élevée, dans la première de ces époques , à 68,94495^2 piastres ;dansla secollfle, à 85,434*849 pî^sti^^s? ce qui fait 5 année moyenne , de 1 754 à 1772, 3,83o,ooo piastres ; et de 1772 à 1791 , 45496,000 piastres.

Le produit de l'or a diminué au Pérou pendant que celui de l'argent a augmenté considérablement. En 1790J le produit des mines du

<|ue c'est d'après elles que nous établissoas les données statistiques comprises ici.

' Le marc dont il s'agit est celui deCastille ; il est au marc de France comine 54 1 est à 676, par conséquent plus léger. Un kilogramme pèse 4 marcs 5 gros 35 grains, et une petite fraction de grain du inarc de Gastille.

DES DEUX INDES. 3o9

Pérou était, d'après le Mercurio peruviano \ da cinq cent trente-quatre loille marcs d argent, et de six mille trois cent quatre -vingt marcs d'or.

Depuis 1797 jusqu'en 1801, on a frappé à Lima, en or et en argent, pour la somme de 26,o32,633 piastres; savoir, 23,709,986 piastres, en argent, et 2,322,667 en or.

Dans les cinq années qui ont précédé ces dernières, le produit avait été de 3o, 000,000 de piastres ; mais, attendu que la guerre a empêché en iSoi l'exploitation , par rimpossibilité de transporter du mercure, il fut réduit à 26,o32,633 piastres. On pourrait le fixer, année moyenne, et en temps de paix, à 6,000,000 de piastres. Cependant, pour éviter toute exagération, nous nous arrêterons, avec M. Humbolt, à la quantité de trois mille ^[uatre cent cinquante marcs d or, et de cinq cent soixante-dix mille marcs d'argent,, faisant 5,3oo,ooo piastres, comme le produit^ année moyenne , des mines du Pérou.

De même qu'au Mexique presque tout le produit est dû aux mines de Guanaxuato, de Catorce , de Zacatecas, de Real-del-Monte , et de la Nouvelle-. Biscaye ; ainsi au Pérou , presque tout l'argent est tiré des grandes mines d'Yauricocha , de Lauricocha (appelées communément mines de Pasco^ et du Cero de Bçmbon)^ de celles de Gualgayoc oiv de Chota, et de Huantajaia.

' Volume 1^ pi||^e, ^9.

3lO ETiT ACTUEL DU COMMERCE

Depuis et compris 1792 jusquVa 1801 inclusîvement, il a été fondu à Pasco, eh ïingofe , deux millions quatre cent solicante dix-neuf mille quatorze marcs d'argent de la mine de Yauricocbà , d'après les registres de la trésorerie de Pasco.

Toutes les mines comprises sous le nom de mines de Gualgayoe , dans le district de Chotà, ont fourni aux caisses provinciales de TrùxiUo, depuis le tûois d'avril 1774 jusqu'au mois d'octobre 1 802, la somme d'un million neuf cent douze mille trois cent vingf-sept ndarcs d'argerit, ou, année tnoyenile , soixante-sept mille cent quatrevingt-treize marcs. Le minerai dn Cero die Guafgayoc est très-riche , et Ton ûe doute pas qtre le Cero ne devînt un second Potosi par une exploitation plus étendue.

Hûantajaia renferme beaucoup' d'argent ûaftîf ; cette mine fournit annuellement de soixanté-dix à quatre-vingt tnille marcs d'argent.

Là présidence , ôiï capitanià générale eu Chili , produit annuellement eri or et en argent 1 ,700,000 piastres. Ce produit à aûgnienté consitîéfablement dans ces dernières années. Eti 1790, on a frappé à Saiit-Iago pour 721,060 piastres en or, et 146,000 en argent.

La grande quantité de métaux précieux qtre fournit la vicè-royauté de Buenos-Ayrès est due entièrement à la partie la plus occidentale , c'eètà-dire aux provinces de la Sierra , qui , en 1 778 , ont été séparées du Pérou. On peut évaliier le

* DES DEUX INDES. 3ll

produit annuel, qui est presque tout en argeat, à 4*200,000 piastres.

La montagne seule de Potosi, qui se trouve daas cette partie du Pérou, a foni;ni , en ne comptant que l'argent enregistré qui a pa;yé les droita royaux depuis 1 54^ jusqu'à nos. jours, ane mas^e d'argent qui équivaut à 5,75o,ooo,ooo de livres tournois*

On voit aussi, pax^des états ^utjhen tiques , que pendant l'espace de deux cent trente -trois ans, depuis i556jusqu'eQt 1789,^ on a extrait des mines du Pc^toisi, en argent déclaré à la caisse royale, pour la valeur de plus de 788,000,000 de pias-très '.

Enfin, l'année moyenne de 1779 à 1789, ôm Cero de Potosi , a donné un produit de 3,676,330 piastres de 8 réaux , faisant quatre cent trentedeux mille cinq cent dix marcs de Castillç.

Au reste , les mines du Potosi , dans leur état actuel, n'occupent plus le premier r^ng parmi celles du monde conqu ; mais elles tiennent leur rang immédiatement après celles de Guanaxuato.

Nous parlerons plus bas de la Nouvelle -^ Grenade , comme province séparée; nous consignons ici seulement son produit en métaux précieux , afin de suivre Ténumération de cette branche de

* ly tskVkt îs^re une 4ixninution , peu importante à la vérité, sur cette somme ; cette diminution résulte de la différence de la piastre. Depuis 1 595 il s'agit de la piastre à 8 réauz ; avant celte époque on comptait par piastre de i5 réaux et demi» dont 5 jj font le vaa^Tç d^ Gastille.

3l3f ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

richesses dans les possessions espagnoles autres que le Mexique.

Il résulte deTétat authentique que la Nouvelle- Grenade, si riche en mines dor, produit, année moyenne , dix-huit mille trois cents marcs d'or. Depuis 1789 jusqu'en 1796 , il a été monnayé à Santa-Fé de Bogota, soixante mille treize marcs d'or, faisant une valeur de 8,i6i,,862 piastres; et de 1788 à 1799, on a monnayé à Popayan quarante-sept mille huit cent treize marcs d'or, fai- 8ant6,5o2,542 piastres : ce qui donne pour l'année moyenne de la première quantité huit mille cinq cent soixante -treize marcs d'or, ou 1,161,86^ piastres ; et pour la seconde, six mille huit cent trente marcs d'or, ou 928,951 piastres.

Après cet exposé général des richesses du Pérou , jetons un coup-d'œil sur les provinces connues sous le nom à' intendance.

Celle de Truxillo, la plus septentrionale, et dont la capitale renferme six mille habitans, offre un terrain fertile^ et produit du blé, du maïs, de la vigne, des oliviers, de la canne à sucre, des fruits et des légumes. Nous avons parlé du commerce qu'elle fait avec Lima et le reste du Pérou.

Tarma est moins fertile, plus froide ; on y élève

beaucoup de troupeaux, qui fournissent des laines

et des cuirs. Elle a plusieurs mines d'argent. Sa

capitale, du même nom, offre une population

/d'environ 5,600 habitans.

L'intendance de Lima est une des plus fertiles

DE« DEUX INDES. 3l3

et la plus riche du Pérou. Toutes les céréales d'Europe y croissent, et la canne à sucre y réussit parfaitenient ; l'olivier et la vigne y donnent de forts produits , et l'eau-de-vie y est un des prîncipaux objets d'exportation. Nous avons dit que l'or et l'argent produits par les mines de Tarma se transportent à Lima, où les propriétaires de ces mines font leur séjour.

La situation de cette ville est avantageuse ; elle commande une vallée dans laquelle coule la rivière de Lima , qui baigne les murs de la ville. On y a construit un assez beau port. On estime sa population de cinquante-deux oiille huit cents individus, parmi lesquels on compte treize cent quatre-vingtdix prêtres ou moines , quinze cent quatre-vingts religieuses , six mille Indiens , environ trois mille nègres, et le reste de la population se compose d'Espagnols ou de leurs descendans. On jouit à Lima des quatre saisons comme en Europe, dails un trèsbeau climat. Callào estson port. La population de cette riche contrée ne peut qu'aller en augmentant, par l'introduction de la vaccine, qui y fut apportée en 1802 , et par la suppression des couvens de religieux , et surtout de religieuses ',

' Dans un pays où la population surabonde, il est de l'intérêt de rétat de laisser subsister des couvens de religieuses , parce que c'est par les femmes que se fait l'accroissement du nombre des habitans ; mais dans les pays comme le Pérou, ers établissemens nuisent à la population bien plus que les couvens d'bommes, et doivent être supprimés, ou n'être conserves qu'en très-petit nombre, en laissant aux individus qui s'y retirent la liberté de se consacrer au soin des malades et à l'instruction |9puUire , ou en leur en imposant le dcv(>ic.

5l4 ETAT ACTUEL DU COMMERCE

L'intendance de Huaneavelica, cfo'on écrit aussi Guancavelica, dont la capitale compte cinq mille deux cents habitant', est célèbre par sa mine de mercure, située dans les montagnes de .iS^aitto- Barbay au midi de Huancavelica.

La quantité de mercure qu'on en a retirée s'élève, d'après M. Humbolt, depuis i57t> jusqu'en 1 789 , à un million quarante mille quatre cent cinquante -deux quintaux. Elle donne, d'après diverses estimations du même auteur, six mille quintanx de mercure par an. La Nouvelle-Espagne, ou le Mexique seul, consomme seize mille quintaux de ee minéral. D'après des calculs fondés, les usines de Potosi ont consommé depuis 1545 jusqu'en 1637 la quantité énorme de deux cent trente -quatre mille sept cent quintaux de mercure pour le travail de l'or et de l'argent; depuis 1759 jusqu'en 1763, la consommation a été de quin^ à dix-sept cents quintaux par an *.

D'après les recherches qui en ont été faites , l'Amérique espagnole , savoir , le Mexique , le Pérou , le Chili et le royaume de Buenos- Ayres ( car les autres parties ne connaissent pas les procédés de l'amalgamation ], consomme annuellement plus de vingt-cinq mille quintaux

' Les mine» du Potosi sont, de toutes les mines de l'Amérique espanole, celles qu'on exploite avec le plus d'activité. Pendant l'aonée 1790 on a frappé à la monnaie de Potosi 49S3a,ooo piastres; «avoir, 299,246 piastres, ou deux mille deux cent quatre marcs eo or ; et 3,933,175 piast. , ou quatfe cent soixante-deux mille sii cent neuf Marcs en argent»

DES DEUX IlfBXS. 3l5

de mercure , dont la valeur s'éièTe daos les colo^ nies à plus de 6,5oa,ooo franes.

Il senr importe à la Yera-Croz, tons les ans, {H^ur^e service des mines de la Nouvelle-Espagne^ ui^e qfuai¥titë de bnit cent mille kilt»grammes ^ estimés 65o,ooo piastres.

Les droits que le fisc perçoit sur la vente du mercure ckns les colonies espaf;rK>les ne s'élèvent annuellement qu'à 5369O00 piastres.

La cour de Madrid s'étant réservé lé droit de vendre ôUe seule le mercure en Amérique ^ a coo* clu depuis 1784 tin contrat avec rempereàr d'Autriche , d'après lequel celoih^eî fournit le mereut e au prix de Sa piastres le quintal ; elle envoie ao^. niiellement , en temps de paix , par des vai^^ux de la marine royale, tantôt neul mHle, tantôt vingt-quatre mille quintaux de naerciire.

En i8o3 on forma le projet utile d'approvisionner le Mexique pour plusieurs années, afin que , dans le cas d'une guerre , le travail des mines ne f6t pas entravépar le manque de mercure ; mais ce projet m'a poiiït été exécuté.

Le mercure d'Allemagne, fourni par le goùver*nement autrichien , n^ été introduit au Mexique que depuis l'écroulement des travaux souterrains de Huancavelica , et à une époque où la mine d'Almaden ' , inondée dans la plupart de ses travaux, ne donnait qu'un produit très-faible. Mais,

' Âlmaden ou Almadenejos est un bourg oa petite TÎHe d'Espagno de la province de la Manche , sur les frontières de rEstraroàdure* ,

5l6 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

en 1802, cette dernière mine était de noureau dans un état si florissant, qu'elle seule fournissait^ par an plus de vingt mille quintaux de mercure , et que Ion pouvait concevoir Tespoir de se pas— ser du mercure allemand pour le Mexique et le^ Pérou.

Il y a eu des années où dix à douze mille quintaux de ce dernier mercure ont été importés à la Vera-Cruz.

, Il résulte d'états authentiques que, depuis 1762 jusqu'en 1781 , les usines de la Nouvelle-Espagne seule ont absorbé la somme énorme de cent quatrevingt-onze mille quatre cent cinq quintaux de mercure , valant 60,000,000 de livres tournois.

Cette consommation annonce le besoin du mercure pour mettre en valeur une des premières richesses des colonies espagnoles ; et ce besoin tiendrait éternellement ces provinces dans la dépendance de l'Europe , si elles ne pouvaient pas y suppléer par une extraction de mercure indigène. Mais il résulte des recherches de M. Humbolt et d'autres naturalistes, que l'Amérique espagnole contient un grand nombre de mines de mercure , et qu'à mesure que l'art et les recherches s'y perfectionneront , on parviendra à en exploiter la quantité nécessaire. Ain^i les nouveaux états qui se forment n'ont pas à redouter à cet égard le mal qui rçsuherait de leur rupture avec l'Europe ; il est présiimable que la nécessité les contraindra même dans ce moment de crise à

DES DEUX INDES. 3l7

de livrer à des essais , à des recherches qui les mettent sur la voie des découvertes. Le savant Humbolt indique dans son ouvrage phisieurs lieux où le cinabre s'offre en assez grande quantité pour en extraire beaucoup de mercure.

Revenons à la province de Huancavelîca , dont cette digression nous avait éloigné à propos de la riche mine de Santa-Barba.

Sa population est aujourd'hui au-dessous de ce qu'elle a été ; on attribue cette diminution à celle des travaux de sa mine , et aussi aux événemens qui se passent. On nourrit dans un des districts de cette intendance un grand nombre de vigognes ou n^outons péruviens , dont la laine forme un article de comi^erce très-productif.

Guamanca , autre intendance , est située au midi de la précédente et des pays incultes des bords de l'Âpurimac ; elle offre un sol fertile en grains et en fruits. Les principaux articles de son commerce sont les bestiaux , les cuirs et les fruits confits ; il faut y joindre le produit de ses mines , dont nous avons déjà parlé. Sa ville capitale , qui est la résidence d'un évéque, compte vingt-six mille habitans espagnols, métis, mulâtres et indiens.

Cusco. Cette intendance, ou province, est une des plus industrieu3es et des plus grandes du Pérou. Les habitans de sa capitale, dont le nombre est de trente-deux mille , se distinguent dans les manufactures de drapas , de cuirs, de coton, dont il se fait une grande consommation à Lima.

3l8 ÉTAT ACTUEL DU COMMBRCE

Areqmpa donne son nom à la province où iL est sitoé; c'est une des plw grandes villes dim^ Féfoo , pei^ilee séuleffi«tt de vuigt-ciuaitre mille hatbitans. Le district, le pln^ méricBonal de Fin— tendance d'Ârequipa , a un bon port sur ila mer Pacifique ou l'Océan austral , nommé Arica ; il est ^très-fréquenté par les vaisseaux de commerce.

En terminant ici Tanalyse statistique du Pérou, nous rappellerons que sa population totale , non compris le Chili , s'élève à environ un million trois cent mille âmes ; savoir, cent trente mille blancs, deux cent quarante mille métis ; le surplus se compose d'Indiens de race pure et de nègres en petit nombre. Le roi entretenait ordinairement dans cette vice*roy auté dou2e mille hommes dé troupes réglées, et quarante -neuf mille de milices : en tout soixante et un mille hommes '.

Le commerce du Pérou, comme celui de toutes les colonies espagnoles, a souffert des entraves qu'y a mises le cabinet de Madrid ; aujourd'hui une partie de ces entraves est levée, -mais d'autres circonstances font souffrir le commerce.

On exporte du Pérou de l'or, de l'argent, de la laine de vigogne et de lamas, divers baumes, des plantes médicinales. Il reçoit annuellement de la Plata vingt-cinq à trente mille mulets , qui

1 On a estimé la proportion des troupes entretenues dans les colonies espagnoles d'Amérique , avec la population. En 1796, cette proportion était , sur une population de quatorze à quinze millions , dt vingt-six mille hommes de troupes européennes.

BZS DEUX I^DES. SlQ

S(n»t employés aux trayaux des mines. Les valeurs <pii sortent du Pérou ponr l'Asie sont à peu près de â,8oo,ooo piastres. Il reçoit en échange, des Philippines , pour 270,000 piastres de mousseline , de thé et d'autres marchandises.

Capitainie générale de Guatimata. Elle forme , avec la province de Nicaragua et de la Yera-Paz , un gouvernement particulier dont 1 étendue est de vingt -six mille cent cinquante -deux lieues carrées , peuplées d'un million deux cent mille habitans seulement.

C'est une des plus riches contrées de l'Amérique espagnole ; elle abonde en cacao , en blé , en maïs, en sucre, en coton. On y cultive beaucoup d'indigo. Ses ports lui facilitent la communication avec le Pérou :et le Mexique.

La capitainie générale de Caracas ou de Yenez^uela avec les provinces de Cumana, Venezuela, Coro, Maracaybo, Varinas et la Guyane espagnole, présente une étendue de quarante -sept mille huit cent cioqu3fnte-six lieues carrées , et une population de neuf cent mille habitans seulement ; sur quoi il faut compter cinquantequatre mille esclaves : c'est la partie de l'Amérique espagnole où il s'en trouve le plus '.

■ Depuis l'époque de 1800, à laquelle ne rapporle-la population de Caracas de oeuf oent mille babitans t elle est augmentée : en sorte qu'en 1809 elle était de neuf cent soixante- quinze mille » en y comprenant dix mille Goaranis , qui vivent dan» les fies situées à l'embouchure de FOrénoique ; quatre mille Arrouaks , habitant entre rOrénoque et Rîo-Essequibo; et cinquante mille Gouahiros, qui vivent dans les lagunes de Maracaîboet Rio-de-la* Hacha.

520 ÉTAT ACTUEL Du COMMERCE

La ville de Caracas , capitale de cette capital^nie. comptait quarante-sept mille deux cent vingthuit habitans en 1807. ^^^® s'était élevée à cinquante mille en 1810; et la population de la province de même nom, qui fait partie de la capitainie générale , et avec laquelle elle ne doit pas être confondue, avait en 1810 une population de quatre cent quatre-vingt-seize mille sept cent soixante-douze habitans , ce qui est plus de moitié de celle de la capitainie.

Venezuela est le nom national adopté aujourd'hui par les provinces confédérées , et Caracas est leur métropole. La province de Venezuela a pris le nom de province de Caracas.

Le port de cette province est la Guara, ou Coayre. Il n'est qu'à cinq lieues de Caracas; et, quoique mauvais, il est très -fréquenté. La plupart des négocians de la Guara , ville qui n'a que sept mille âmes, ne sont que facteurs de ceux de Caracas. A peine les marchandises y sont -elles débarquées , qu'on les transporte à dos de mulets à Caracas.

Le Coro, chef-lieu du pays de même nom, est le premier établissement que les Espagnols fondèrent sur la terre-ferme pour communiquer avec Porto-Rico et Saint-Domingue.

Les environs de la ville et du port de Corb sont stériles; mais, à trois lieues plus loin , on trouve de fertiles plaines. La ville de Coro a dix mille habitans , parmi lesquels on comptait à peine

DES DEUX INDES. Sâl

deux cents esclaves. Il s'y fait ayec Curaçao un commerce considérable en bestiaux , en cuirs , en indigo , et même en cochenille.

Le district de Carora, qui, avec la vilk de même nom , n'a que dix mille habitans , fait un commerce assez considérable de la cochenille sauvage. Quoique le sol soit aride , on n'y élève pas moins un grand nombre de bœufs, de chevaux, d'ânes, de brebis , de chèvres : c'est surtout dans la vue d'en tanner les cuirs que ces animaux sont élevés. Autrefois les habitans étaient pauvres , mais ils se sont enrichis depuis qu'ils se sont adonnés à ce genre d'industrie.

Sans faire une description détaillée de la province de Caracas , qui fait partie de la capitainie générale de ce nom , ou Venezuela , nous remarquerons que la population des villes qui s'y trouvent n'est pas comme celle de la plupart des villes d'Europe où il n'y a pas de manufactures , coniposée de propriétaires , de rentiers qui ne font autre chose qu'y dépenser leurs revenuar,*et de marchands. Les habitans des villes <lb cette capitainie sont presque tous des propriétaires-fermiers, qui tous cultivent leurs domaines ou élèvent de nombreux troupeaux dans les campagnes voisines. Les prêtres, les médecins, des escrivanos ( gens de loi qui sont à la fois avocats , notaires, procureurs, et même huissiers ) , et un

petit nombre de marchands forment le reste de la population. On ne rencontre que des forêts ou

des prairies naturelles ( savanes ) dans Tintcrvalle qui sépare le territoire d'une ville d'une autre ville, éloignées ordinairement de dix à douze lieues entre elles. Passons à Gumana.

Cette ville , qui don^ne son nom à une province ou gouvernement, comptait en 1810 une population de trente mille habitans , presque tous laborieux et industrieux. Les vivres sont à très-bon marché, et les habitans très -polis dans le Cumana.

Le commerce de détail de la ville est . presque tout entre les mains de Catalans , de Biscayens , et de Canariens.

On trouve dans cette même province , près des embouchures de Guarapiche, de TOrénoque et du port d'Espagne, la belle et fertile vallée de Yagnaraparo, couverte de plantations de café et de cacao, d'où il se fait une grande exportation de ces riches productions.

La province de la Nouvelle-Barcelone n'est pas moins remarquable par ses produits. C'est cependant un p#ys peu peuplé et peu cultivé. On en exporte tous les ans par milliers des bœufs, des chevaux, des ânes et des mulets, dans les colonies voisines. On y tue aussi une grande quantité de bœufs dont on fume la viande, objeÇ d'un commerce considérable.

Le port de Barcelone exporta durant la p^îx d'Anaiens, c'est-à-dire pendant vin.an, cent trentedeux mille bœufs, deux mille cent chevaux, quatre-

Vingt-quatre mille mulets , huit cents ânes , cè«t quatre-vingt mille quintaux de tasajo ou bœuf fumé, trente-six mille cuirs de bœuf, quatre mille cinq cents cuirs de cheval , six mille peaux de cerf '.

On cultive aux environs de Barcelone les plantes alimentaires du pays , y compris le cacao , dont on fait une grande consommation. On n'exporte de cette province que de cent cinquante à deux cent mille quintaux de cacao , et de trois à quatre mille quintaux d'indigo; environ deux mille quintaux de rocou; et deux cent cinquante à trois cent mille quintaux de coton.

Les marchandises sont emballées avec beaucoup d'art dans des peaux de bœuf et de cerf : on donne à ces ballots une forme carrée , et ils ne sont pas perdus pour le commerce. Le maïs est aussi un objet de culture dans cette province ; mais on n'en exporte guère que de cent cinquante à deux cent mille sacs d'environ cent cinquante livres pesant chacun.

La population de Barcelone, ville riche et mal bâtie, était en 1810 de quinze mille habitans.

Un voyageur qui a été sur les lieux, et qui nous en a donné une excellente relation *, remarque

' Ces quantités ne sont pas celles qu'on exporte en tempt» ordinaires. Ou profilait de la paix pour se débarrasser des quantités que la guerre avait fait accumuler.

* M. Dauxion Lava^sse, dans son P^oyage aux ttes de ia Trinité , TahagOy ei en Venezuela, dans V Amérique méridionale, a volumes , i8i3.

qu'on a mal à propos fait une province à part de la Nouvelle-Andalousie, dépendante de celle de Gumana ; c'est la même province : en sorte qu'il faudrait dire Gumana , ou Nouvelle-Andalousie.

Il est peu de pays plus variés , plus fertiles , mieux arrosés que les différens districts de la province de Gumana. Nous verrons plus bas l'étendue de son commerce extérieur.

Disons un mot de la Guyane espagnole , dont les limites sont comprises entre les possessions portugaises à Saint- Joseph de Marasitanos au sud ; le royaume ou vice-royauté de la Nouvelle- Grenade à l'ouest ; les provinces de Gumana , de Barcelone et de Garacas au nord, et la Guyane française et hollandaise à l'est.

La Guyane espagnole , qui est le pays le plus fertile de la capitainie générale de Garacas ou Venezuela, est cependant le moins cultivé, le plus pauvre et le moins peuplé. « Je ne croîs cependant pas, dit M. Dauxion Lavaysse, qu'il y ait dans le monde un pays plus sain , mieux arrosé, plus fertile, plus agréable à habiter que le pays situé d'un côté entre l'Esquibo ou Essequibo , et de l'autre la Garoni et l'Orénoque. Ce pays, qui fait une partie considérable de celui qui nous occupe , a plus de quarante-cinq lieues du nord au sud , et de soixante-dix de l'est à l'ouest; il n'a pas en étendue un sixième de la Guyane espagnole.

La population se partage entre les indigènes

DES DEUX INDES. 3â5

réunis en missions j ceux qui ne sont pas réunis, et les blancs., Les premiers s'élèvent à quinze mille âmes. Les seconds, qui sont des Arrouaks et des Gouaranis, sont indépendans; ils n'ont pas embrassé le christianisme : leur nombre s'élève également à peu près à quinze mille. On compte huit mille blancs répandus dans les hameaux et les hâtes de la province , environ six mille métis ou gens de couleur libres , environ trois mille esclaves. Total dix - sept mille individus pour la population de la Guyane espagnole.

Jusqu'à présent ce beau pays n'a été qu'une contrée presque sauvage. On n'y cultive que trèspeu de sucre , de coton , d'indigo , de rocou , et du tabac excellent et très-agréable à fumer. Des plantes aromatiques et médicinales, le lignum cassiœ et le kina d'Angustura y deviendront un jour de grands objets de commerce.

Les bœufs, les chevaux, les ânes et les mulets qui y furent originairement transportés d'Europe s'y sont multipliés, et forment des troupeaux considérables. Une grande partie errent sauvages et indomptés dans les savanes et les forêts ; d'autres sont réunis dans des hâtes ou prairies naturelles habitées par des Espagnols qui s'occupent d'élever ces animaux. Il est tel particulier qui possède cinq ou six lieues de pays en tout sens , et qui est propriétaire de trente ou quarante mille bœufs , chevaux ou mulets,

« Lorsque, par l'efifet d'un gouvernement meilleur, la Guyane espagnole pourra prendre tout raccroissement que lui assurent la fertilité de son territoire , ses richesses naturelles et les rivières navigables qui la traversent en tout sens, elle deviendra le centre et l'entrepôt d'un commerce immense, et dont ne peuvent se faire d'idée les personnes les plus instruites qui n'ont point visité ce pays ^ »

C'est sur les bords de l'Orénoque que les habitans de Santa-Fé de Bogota iront échanger les productions de leur sol contre les produits des mstnufactures européennes et des États-Unis d'Amérique; et Santa -Fé de Bogota deviendra le comptoir d'un grand commerce centre le Pérou et les autres parties du monde.

Saint-Thomas , ou San-Thome de Angustura , capitale de la Guyane , offre une population de huit mille cinq cents habitans. Son port, mal ^tué et peu conmiode , peut être regardé comme une des causes de l'état languissant de la colonie, qui dorénavant doit recevoir plus dévie des changemens que la révolution y opère.

La province de Varinas, qui fait partie du Venezuela, ou capitainie de Caracas, forme un gouvernement particulier. Sa population ne passe , guère cent quarante et un mille individus, y compris les douze mille habitans de Varinas, capitalcà

C'est un pays encore dans l'enfance, quoique

* M« Dauxion Lavaysse, tome a, page 3oii.

son territoire ne le eède en rien à toute autre partie de rAmérique méridionale: Depuis environ vingt ans seulement on y cultive la canne a sucre, J'indigo î le coton , ainsi que le cacao, qui faisait précédemment la seule culture dont s'occupassent les habitans.

La province de Maracaïbo tire son nopi de celui de sa ville capitale. Cette- villev^appelée aussi Nouvelle-Za more, est bien bâtie, dans un climat sain, mais chaud; on y comptait en 1807 une population de vingt-cinq mille habitans, dont cinq mille esclaves.

On cultive dans cette province toutes les productions des tropiques; et, swt les coteaux ou lieux élevés, le froment, la vigne et les autres fruits et légumes des régions tempérées de TEurope.

D'après des états authentiques consultés sur les lieux par M. Dauxion Lavaysse , il résulte que les produits de l'agriculture exportés de la capi* tainie générale de Caracas, ou Venezuela, s'élevaient annuellement, depuis 1794 jusqu'en 1806, à environ 4^000,000 de piastres. Outre cette exportation , connue par les registres des douanes, on sait par divers renseignemens qu'année commune les interlopes de la Trinité, de la Grenade , de Tabago , de Curaçao , de Saint-Thomas et de la Martinique , enlevaient pour des sommes considérables de dearées, consistant en cacao, coton 9 indigo , uti peu de cochenille, du rocou, du bois de teinture et de marqueterie , du cuivre ,

3â8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

des cuirs, du maïs, des viandes , des poissons salés et fumés , des bœufs , des chevaux , des mulets , des âues , des singes , des perroquets , etc. , et environ 6 ou 700,000 piastres en espèces. Depuis 1 80 1 ils y ajoutèrent une petite quantité de sucre et de café.

Les importations ont été , année moyenne, de 1789 à 1807 , d'une valeur de 35,ooo,ooo de fr. , y compris la contrebande. Avant la réyolutioa française nous entrions pour moitié dans ce commerce. Les négocians français de la Martinique , les Hollandais de Saint-Ëustache et de Curaçao, lès Danois de Saint-Thomas , les Suédois de Saint- Barthelemi, y avaient leur port ; mais, depuis que l'île de la Trinité a été cédée à l'Angleterre, en 1 797 , elle a fait presque tout ce commerce à elle seule ; elle y a établi des relations commerciales jusqu'à Santa-Fé de Bogota , capitale de la Nouyelle-Grenade , dont il faut entretenir le lecteur.

Cette viôe-royauté , réunie à la présidence de Quito , offre , sur une étendue de soixante-quatre mille cinq cent vingt lieues carrées , une population de dix-huit cent mille âmes : c'est vingt-huit individus par lieue carrée.

Le climat y est extrêmement chaud et humide vers le nord. Les chaleurs excessives y pompent les vapeurs de la mer , qui retombent ensuite en ' torrens considérables , et qui produisent souvent de grands ravages. En général la température de la Nouvelle-Grenade dépend de la direction des

branches cjes Gordillières qui en occupent les différentes^ parties.

le sol est fertile en diverses productions utiles à rhomme. Parmi les arbres remarquables on distingue le carbo, le cèdre, le maria.; le mancenillier , qui porte un fruit semblable aux pommes d'api, mais dont les qualités sont si pernicieuses , que Ton ne pourrait long-temps rester sous son abri sans éprouver des douleurs de nerfs.

La Nouvelle -Grenade a des endroits inhabitables par la rigueur du froid, et où l'on ne trouve que des ours , des lapins , et des chats sauvages ; d'autres où sont des prairies fertiles et des terrains propres à toutes sortes de semences et de fruits. On y élève une grande quantité de bétail.

Il y a des mines d'or, d'argent, et de diverses pierres pjrécieuses dont il faut que nous parlions.

Le royaume de la Nouvelle -Grenade produit , année moyenne , dix-huit mille trois cents marcs d'or; et, d'après des renseignemens authentiques, on sait qu'il a été frappé, depuis le i" janvier 1789 jusqu'au 3i décembre 1795 , dans la monnaie de Santa-Fé de Bogota, soixante mille treize marcs d'or, faisant une valeur de 8, 161 ,862 piastres , dont l'année des sept est de huit mille cinq cent soixante -treize marcs d'or, ou 1,166,980 piastres. La quantité d'or frappée également en espèces dans la monnaie de Popayan , depuis et compris 1788 jusqu'à 1794 compris, s'est élevée à quarante-sept mille huit cent treize marcs

33o ÉTAT ACT13EL DU COMMERCE

d'or, OU 6,502,542 piastres : année moyenne des sept, six mille huit cent trente marcs d'or, ou 928,931 piastres.

La vice-royauté de la Nouvelle-Grenade a beaucoup de filons d'argent extrêmement riches dans la province de Vega de Supîa et dans d'autres endroits. On avait essayé de les exploiter; mais, comme la quantité d'argent ne s'est élevée dans l'une des plus riches qu'à huit mille sept cents marcs depuis 1791 jusqu'à 1797 , tandis que les frais se sont élevés à deux cent seize mille piastres , l'on a abandonné les travaux. Nous ne savons pas s'ils ont été repris.

On voit, par les états de la balance du commerce pour l'époque de 1807 , que la Nouvelle- Grenade reçoit en marchandises d'Europe et d'Asie, y compris la contrebande , pour une somme an-* nuelle de 5,700,000 piastres ; qu'elle exporte également, année moyenne, en produits de l'agriculture, pour 2,000,000 de piastres; en valeurs du produit des mines, pour 3,000j000 de piastres.

Son revenu brut allait, année moyenne, avant les événemens qui se passent aujourd'hui dans cette partie du monde, à 3,8oo,ooo piastres; et le roi d'Espagne en retirait 5 à 6,ooo,ooo'de piastres par an '.

Buenos-Ayres, siège d'une république dont l'existence a de la peine à s'affermir, offrait en i8o4

* Hum boit , Essai fwlitique sur la Nouvelle- Espagnej tome 4 et Si pagre 38 et 40.

une étendue de cent quarante -trois mille quatorze lieues carrées , avec une population de onze cent mille habitans, ce qui fait seulement huit individus par lieue carrée.

Ce pays est fertile , et produit du blé, du maïs , des légumes au-delà de ce qu'il en faut pour la consommation des habitans. La capitale, qui porte le même nom , a environ trente mille habitans ; Tair y est sain , et la situation agréable. Les Anglais s'en étaient emparés pendant la guerre; mais les Espagnols la reprirent en 1806; elle leur est restée depuis.

C'est' dans la partie la plus occidentale de la vice-royauté, aux provinces de la Sierra, qui, en 1778 , ont été séparées du Pérou , que se trouve la grande masse de métaux précieux que fournit Buenos-Ayres. On en peut évaluer le produit annuel, qui est presque tout en argent, à 4)20o,ooo piastres.

La montagne du Potosi a fourni à elle seule , et en ne comptant que l'argent dont elle a payé les droits royaux depuis sa découverte en i545 jusqu'à nos jours, une masse qui équivaut à 5,780,000,000 tournois.

Le droit appelé quint j payé à la trésorerie de la monnaie de Potosi pour l'argent frappé en espèces depuis et compris i555 jusqu'à 1678 compris, s'est élevé à la soloime de 9,801,906 piastres.

Depuis 1679 jusqu'à j 736 compris, le quiat

33â ETAT AGTUSI. DU COMMERCE

et deux autres droits réunis ont donné pendant ces cent cinquante -huit années la somme de 129,4179275 piastres au trésor.

Et depuis 1736 jusqu'à 1789 compris, celle de 14954^,684 piastres.

Il résulte d'états également authentiques que la Vice-royauté de Buenos-Ayres recevait, année moyenne, à l'époque de 18049 en importations d'Europe et d'Asie, pour une somme de 3,5oo,ooo piastres; qu'il en était exporté en produits de l'agriculture pour une somme de 2,000,000 àt piastres ; et en valeur du produit de ses mines , pour 5,000,000 de piastres.

Le roi en retirait annuellement, tous frais d'administration prélevés , 6 à 700,000 piastres.

La capitainie, ou présidence du Chili « est réunie dans ce moment au même gouvernement républicain que Buenos-Ayres; elle présente une étendue de vingt-deux mille cinq cent soixantequatorze lieues carrées. C'est un pays riche et susceptible d'un grand développement de prospér rite. Sa population, composée d'Européens, de créoles, de métis, d'Indiens soumis, s'élève à huit cent dix mille âmes. Le climat est un des plus salubres du monde, tempéré et propre à la végétation.

Toutes les céréales d'Europe y réussissent , surtout le maïs, l'orge , le seigle , l'avoine ; la vigne et l'olivier y croissent et donnent des produits utiles. Dans les provinces du nord on cultive le coton , le sucre , le manioc , la jalap , la salsepa-

reîlle , l'indigo , et toutes les productions des climats chauds.

Le Chili a de superbes forêts qui conservent presque toutes leur verdure . et d'immenses prairies couvertes de bestiaux. Les chevaux du Chili sont beaux , forts et pleins de feu.

Le Chili est divisé en plusieurs provinces* Santiago , ville de quarante mille âmes, en est la capitale ; les habitans jouissent d'une grande aisance, qu'ils doivent à leur commerce et aux mines dont ils sont propriétaires.

Le produit en or et en argent de la présidence ou capitainie générale du Chili produit annuellement en or et en argent 1,700,000 piastres. Le produit des mines du Chili a augmenté considérablement dans ces derniers temps. En 1 790 on a frappé à Sant-Iago pour 72 1 ,000 piastres en or, et 166,000 en argent, provenant de ses mines.

" Cuba et Porto-Rico dépendent de l'Amérique espagnole. Ces deux colonies réunies forment une étendue de six mille neuf cent vingt-une lieues carrées, sur lesquelles existe une population de six cent mille individus ; ce qui fait quatre-vingtsept individus par lieue carrée.

Cuba est une possession importante pour l'Espagne , et où jusqu'à présent l'insurrection n'a point fait de progrès. Les Anglais ont cru un moment qu'elle leur serait abandonnée dans les discussions relatives à la cession des Florides aux

États-Unis : elle serait pour eux une barrière contre ces derniers, et leur servirait de point d'appui pour leur commerce avec le continent et la défense de la Jamaïque.

La Havane , ville de près de vingt mille habitans, est de toutes les capitainies de rAmérique espagnole celle qui ressemble le plus aux grandes villes d'Europe, sous le rapport des usages , des raffinemens du luxe et de la sociétjé. C'est à la Havane que Ton connaît le mieux la situation de» affaires politiques et leur influence sur le commerce. Cependant, malgré les efforts de la société patriotique de l'tle de Cuba^ qui encourage les sciences avec un zèle généreux, les sciences prospèrent lentement dans un pays où la culture et le commerce des produits coloniaux fixent toute Tattention des habitans.

La culture du café , et du sucre surtout , a fait de grands progrès à Cuba : on trouve qu'année moyeilne il s'en exporte trente -sept millions six cent mille kilogrammes.

Le revenu brut de cette île , dont la populatioq libre ne passe pas trois cent quarante mille habitans, et douze cents esclaves , va à 2,3oo,ooo piastres ; elle tire du Mexique un situado ou secours qui n'est pas compris dans cette somme.

Il y a à Cuba une force armée de vingt-quatre mille cinq cents hommes , sur lesquels deux noLille quatre cents hommes d'infanterie régulière , et cinq cent dix-sept de cavalerie.

Porto-Rico est une île importante par sa situation ; sa population ne va guère cependant qu'à cent quarante mille habitans : les frais d'administration y surpassent les revenus qu'on en tire, et le Mexique y supplée par un envoi de secours annuel '.

Les îles de Cuba et de Porto-Rico réunies offrent, sur une étendue de six mille neuf cent vingt-une lieues carrées, une population de six cent mille habitans : c'est quatre-vingt-sept individus par lieue carrée. La valeur de leurs exportations en denrées coloniales était, en i8o4> de 9,000,000 de piastres ; et les importations en marchandises d'Europe et d'Asie, de 11,006,000.

Il reste encore aux Espagnols, en Amérique , le Nouveau - Mexique et les deux Florides. Nous entretiendrons nos lecteurs de ces dernières au chapitre des Etats-Unis.

Le Nouveau-Mexique est une contrée vaste et peu habitée , qui a la Louisiane à l'est , le Mexique au sud, et l'Océan pacifique à l'ouest : elle a dans le sens 4e plus étendu six cents lieues environ de long , et trois cents de large ; elle confine à la Californie par l'ouest. Le sol en est fertile et fournit abondamp3ent du blé , du maïs , des fruits délicats, et même des raisins. Il y a des mines d'étain : et l'on soupçonne même qu'il y a des mines d'or.

' Kous reovoyond à ,i'Jfisloire fthUosophîffu^ pour les aufres détails qui ne sont pas ici. On doit se rappeler que notre objet est de tracer Tétat aclutl de» établihstmens coloniaux j et c'est à quoi nous nous bornons, lorsque des renscigaemens sûrs nous en offrent lenioyen.

L'intérieur des terres présente des marais salans : les bourgades de cette contrée sont peuplées de naturels du pays.

Le coton réussit très-bien dans la partie australe du NouTcau- Mexique ; des troupes nombreuses de chevaux sauvages trouvent aisément à s'y nourrir.

Trois villes se font remarquer dans le Nouveau- Mexique , Santa-Fé , capitale , avec trois mille six cent habitans ; Santa-Cruz, neuf mille; et Aîbuquerque, six mille. Lés Espagnols qui se trouvent dans ces villes sont en général industrieux , actifs et adonnés à la culture.

Terminons cette analyse par des rapprochemens qui peuvent donner une idée de l'importance et de l'état actuel des contrées de l'Amérique espagnole , dont le sort est aujourd'hui livré aux chances d'une révolution incertaine encore dans ses résultats , quoique l'on ne puisse qu'en attendre un mouvement favorable au développement de l'industrie et du commerce dans ces riches et vastes contrées.

On peut juger de l'étendue et de l'activité de leur commerce par les résultats suivans :

Les importations dans l'Amérique espagnole par la Vera-Cruzsont, année moyenne, de 1 5, 000,000 de piastres ; l'exportation ( non compris les métaux précieux ) est de 5, 000, 000.

La Havane : exportations en productions indigènes , 8,000,000 de piastres ; dont , en sucre ,

trente et un million six cent mille kilogr. » , valant 6,3oo,ooo piastres (en évaluant la caisse de sucre 4o piastres ) ; en cire , cinq cent vingt-cinq mille kilogrammes, ou 720,000 piastres ( Tarrobe à 1 8 piastres ) ; en café , six cent vingt-cinq mille kilogrammes , ou â5o,ooo piastres ( Tarrobe à 5 piastres ).

Lima. Importation , 5,ooo,ooo de piastres; exportation ( y compris les métaux précieux ) , 7,ooo',ooo de piastres.

Carthagène des -Indes , y compris les petits ports voisins de Rio-de-la-Hacha , Santa-Marta et Porto -Belo^ dont les liaisons commerciales sont les plus rapprochées. Exportations de l'agriculture indigène , sans compter les métaux précieux, 1,200,000 piastres : dont un million cinq cent mille kilogr. de coton , cent mille kilogr. de sucre, 10,000 kilogr. d'indigo > quatre cent mille kilogr. de bois de Brésil , cent mille kilogr. de quinquina de la Nouvelle - Grenade , mille kilogr. de baume de Tolu , six mille kilogn d'ipécacuanha ^. Importations , pour une valeur de 4)000,000 de piastres.

La Guayra, principal port de la province de Caracas, De 1796 à 1800, l'exportation a été, année moyenne, de 1,600,000 piastres : dont deux millions neuf cent soixante-cinq mille kilog.

> On sait qa'un kilogramme est un peu plus de deux livres de seize onces poids de marc.

* Il ne faut pas coufondre Tipécacuanha c»pagQol dont il s*agit ici avec celai du Brésil* ^

de cacao, quatre -vingt -dix -neuf mille kilogr. d'indigo, trois cent cinquante-quatre mille kilogr. de coton , et cent quatre-yingt-douzc mille kilogrammes de café.

De 1 789 à 1 796 on a pu évaluer, année moyenne, les importations à la Guayra, à 2,362,000 piastres. L'exportation , à la même époque , en productions indigènes, a été de 2,739,000 piastres : dont quatre millions sept cent soixante-quinze mille kilogr. de cacao , trois cent quatre-vingtsix mille kilogr. d'indigo , deux cent quatre mille kilogr. de coton , cent soixante-six mille kilogr. de café, et soixante-treize mille pièces de cuirs.

Guajaquil. Exportation en productions indigènes , 55o,ooo piastres , dont cinq millions de kilogr. de cacao. Importation , pour une valeur de 1,200,000 piastres.

Cumana , y compris le petit port voisin nommé Nueva-Barcelona. Importations, 1,000,000 de piastres. Exportation, 1,200,000 piastres, dont un million cent mille kilogr. de cacao , 5oo,ooo kilogr. de coton, six mille mulets, un million deux cent mille kilogr. de taBaJo (viande salée) '.

On n'a point tenu compte dans ces estimations de la contrebande , excepté dans les ports de Carthagène et de Cumana.

Le tableau suivant présente de nouvelles données sur le commerce de l'Amérique e^agnole , et un intéressant objet de comparaison.

' Humbolt , Etiai jHditiqvko sur ia NouveUe-EifQ^$, i. 4 , p. 469.

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