‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 3)Chapitre 10 sur 13 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

▼▲LlUl

• des ourcfaMidÎBes nationales exportées.

33,8i3.io6 i5

7,4aa,OQ8 »

i49,ai8 i5

VALSUE

des

marchandises

étrangères

exportées.

TÂLKIJB

des retours d'Amérique.

* Petites îles d'Espagne ttur la côte de Catalogne , presque vis-à-vis remkx)uchure de l'Èbre.

** Les sommes sont réduites €n livres tournoîSt

DES DEUX INDES. 2'jg

Telle était Timportance des colonies espagnoles pour la métropole, les richesses qu'elle en tirait, et rétendue des affaires que cette circulation entretenait. Nous allons nous occuper maintenant des colonies; la révolution qui s'y opère ajoute encore à l'intérêt qu'elles inspirent. Le tableau de leurs diverses provinces , de leur population , et celui de leur produit respectif, doit servir de base à ce que nous avons à en dire ; c'en est en quelque sorte la statistique abrégée.

aSo ÉTAT ACTCEL DU COMMERCE

DES DE13X INDES. 2%l

On voit ici Ténorme puissance que devait donner à la monarchie la possession d'une aussi riche contrée. A la vérité , sa population, son industrie, n'étaient pas en proportion de son étendue ; mais les ricliesses en métaux qu'on en exportait , et le débouché qu elle offrait au commerce de la métropole, devaient faire de TEspagne le premier état colonial de l'Europe : elle surpassait sous ce rapport l'Angleterre même , ainsi qu'il résulte de la comparaison des possessions de l'Inde anglaise avec celles de l'Amérique espagnole.

« D'après les recherches que j'ai été à portée de faire sur l'état des finances des colonies. espagnoles , dit le savant M. Humbolt ' , il m'a paru que l'on pouvait évaluer le revenu brut de toute l'Amérique espagnole à 36,ooo,ooo de piastres. La population de l'Amérique espagnole est à peu près de quinze millions d'habitans ^; sa surface de quatre cent soixante-huit mille lieues carrées 3.

Les colonies dont on peut indiquer avec quelque certitude le revenu brut, sont les suivantes :

« Vice -royauté de la Nouvelle- piastres.

Espagne 20,000,000

« Vice-royauté du Pérou 4»^^^»^^^

1 Estai politiqite sur la Not/veUc- Espagne , tome 5 , page 39.

* Cette estimation est plus forte de douze cent mille que celle qui est indiquée dans le tableau précëdeot. Mais l'auteur écrivait plusieurs années aprê^ l'ëpoque où le tableau a été dressé » et croyait sans doute la première estimation trop faible.

' Un peu moiiis que celle qui est indiquée sur le même tableau.

t Vice - royauté de la Nouvelle- piastre».

Grenade 3,8oo,ooo

« €apitania générale de Caracas. 1,800,000

c €apitania générale de la Bavane, et l'île de Cuba, sans les Florides. . 2,500,000

« Iles Philippines, sans le ùiuaéo^ Tenant d'Acapulco • 1,700,000

« Les îles Canaries , annexées & TAndalousie , ont un revenu brut , y compris la ferme du tabac, de 3. . . 240,000

« De ces 38, 000 ,000 de piastres, auxquels s'élève le revenu brut des colonies espagnoles en Amérique , en Asie et en Afrique , on peut considérer 8,000,000 et demi de piastres comme profit de monnoyage et impôts levés sur le produit des mines d'or et d'argent ; 9,000,000 de piastres comme revenu de la régie du tabac; 20,000,000 et demi comme produit d'alcavala, d'almoxari-

' On donne le nom de ntuados à des sommes que les provinces du continent, surtout le Mexique, prennent sur leurs revenus pour venir au secours des autres colonies. Les secours annuels ( siiuados ) pris sur une moyenne proportionnelle, de 178S à 1793 , se sont -éfevés , pour le Mexique seul, à la somme de 3,635,ooo piastres^ -répartis entre Cuba, la Floride , Porto-Rico , les Philippines , la Louisiane , la Trinité , et la partie espagnole de Saint-Domingue.

* La population de ces Iles , en ne comptant qme les ladicDS soumis dans l'ile de Luçon et la Bissayes , donne un million neuf cent mille habîtans ; leur sui^Mïe e»t ée quaftonse raille six cent ^uaraBle lieues carrées.

' Leur population est de cent qlialre vingt mille hafaitans sur quatre cent vingt et une iieacs carrées.

Nota, La capitania générale du GhîH^ et la vice-foyauté de Buenos- Ayres ne sont pas comprises id, à défaut de renseigneraens certains.

fazgo ï, dé tribut dlndiens, de vent« de pondre et d'autres droits sur la consommation. »

L'administration intérieure des colonies espagnoles absorbait, ayant la révolution, 3 1 ,000,006 de piastres par an ; il en refluait près de 8,000,000 dans le trésor royal de Madrid.

Il n'est pas sans intérêt, dans l'état actuel des choses, de pousser cet examen plus loin, et de déterminer le rerenu net que la métropole tirait de ses colonies. Nous empruntons encore ces importans détails du même auteur , dont le bel ouvrage sur ces contrées nous fournît tant d'utiles documeiis.

« Le trésor royal de Madrid reçoit * de la viceroyauté de la Nouvelle-Espagne 5 à 6,000,000 de piastres par an ; de la vice-royauté du Pérou , un peu plus de 1,000,000 ; -de la vice-royauté de Buenos- Ayres, 6 à 700,000 piastres ; de la viceroyauté de la Nouvelle - Grenade , 4 à 5oo,ooo piastres.

« Dans les capitanias générales de Caracas , du Chili , de Guatimala , de l'île de Cuba et de Porto- Rico , les recettes sont absorbées par les frais d'administratioa ; il%n est de même aux Philippines eUaux îles Canaries.

« Toutes les colonies ne produisent par consé-

■ Vaieavaia et Va4mox€Êrifax^ scmt ëes droits de domnes ^i se perçoivent sur les marchandises 4i leur entrer et à leur soi^ic da«i les possessions espagnoles.

' L'auteur écrivait en 1810.

quent au fisc d'Espagne , année commune 9 que la somme de 8,200,000 piastres.

« Si Ton considère les colonies comme dés provinces éloignées , on trouve que la partie européenne de' la monarchie espagnole a un revenu qui égale à peine celui de la partie américaine '. »

En effet, nous avons vu plus haut. que le revenu brut des colonies d'Amérique s'élevait à 38,000,000 de piastres ; et celui d'Espagne a varié entre 36 à 37,000,000 de piastres : en 1810, il n'a été que de 35, 000, 000.

Ces données sur la valeur de l'Amérique espagnole nous permettent d'en comparer l'importance avec les possessions anglaises dans l'Inde. On sera peut-être étonné de voir que ces dernières sont loin d'égaler la richesse de la première.

Le tableau suivant en donne la preuve.

ËtBITOIII bu LIBUBS.CiElKKS

de a5 au degrë.

AMiaiQUB P0S8B8SIOHS AHQLAISBS

espagnole, i en Asie.

Étcodue

48,3oo 33,000,000 43,000,000 3,400,000 *

PoDulatioD.

Revenu brut en piastres * . . .

Revenu net en piastres

* Le revenu brut de la péninsule ou Espagne d'Europe est de 35,000,000 de piastres; sa population de dix millions quatre cent mille habitans (en 1810); son étendue de vingt-cinq mille lieues carrées.

* La piastre vaut 5 francs 5o centimes.

Il résulte de ce tableau, qui se rapporte à i8o4s que le revenu net des possessions espagnoles remportait sur celui des possessions anglaises : différence qui s'explique par celle des frais d'administration et du service militaire , plus considérable dans les possessions anglaises que partout ailleurs. Au surplus, on n'a fait entrer dans cette estimation que le territoire sur lequel la compagnie anglaise a acquis la souveraineté , et l'on n'y comprend pas les alliés et les tributaires , tels que le Nizam, les princes d'Oude, de Carnatic, de My-^ sore , de Cochin , de Travancore, sur lesquels les Anglais lèvent des tributs plus ou moins considérables.

Ces considérations peuvent faire apprécier l'énorme perte que doit faire l'Espagne par la séparation du continent américain , et la puissance à laquelle s''élèveraît celui-ci, si, par une sage et vigoureuse conduite , il parvenait à assurer son indépendance sous une forme de gouvernement régulier et libre. On en sera encore plus convaincu par les résultats suivans.

Les colonies espagnoles se composent, i"* de provinces continentales en Amérique; a* d'îles dans la même partie du monde ; S"" de possessions dans l'Inde et en Afrique.

Les premières sont : la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne , celle du Pérou , celle de Buénos- Ayres , celle de la Nouvelle-Grenade , la capitai-

nie générale de Caracas, du Chili, de Guatimala;

à quoi on pourrait ajouter les Florides ou la Louisiane^ si la cession aux Etats «-Unis n'était pas confirmée; les secondes, Cuba, Porto-Rico; les troisièmes , les îles Philippines et les îles Marianes ; enfin les quatrièmes se bornent aux Canaries, annexées au gourernement de TAndalousie.

Entrons- dans quelques détails. De ces possessions , plusieurs feraient à elles seules des états puissans. Tel est le Mexique ou la Nouvelle-Espagne , dont le savant M. Humbolt nous a donné une si belle et si riche description.

Ce royaume, aujourd'hui entraîné dans une guerre pour la liberté, est, par son état de civilisation , bien supérieur à ce que l'on observe dans les autres possessions espagnoles. Cependairt plusieurs branches de Tagriculture ont atteint un plus haut degré de perfection dans la province de Caracas que dans la Nouvelle-Espagne. C'est que moins une colonie a de mines, plus l'industrie de ses habitans se porte à la culture des productions végétales ; mais cela ne suffit pas pour hâter les progrès de la civilisation , et le développement de l'industrie. La fertilité du sol d'ailleurs est plus grande dans les provinces de Cumana , de la Nouvelle-Barcelone et de Venezuela. Elle est plus grande sur les bords de l'Orénoque et dans la partie boréale de la Nouvelle-Grenade que dans le royaume du Mexique , dont plusieurs régions sont stériles, manquent d'eau, et paraissent dénuées de végétation. Mais, en considérant la

grandeur de la population du Mexique , le nombre de villes considérables qui y sont rapprochées les unes des autres, l'énorme valeur de Texploi* tation métallique et son influence sur le commerce de l'Europe et de l'Asie, on explique facilement la préférence que la cour de Madrid accordait au Mexique sur ses autres colonies.

On a vu, par le tableau général des possessions espagnoles, que le Mexique a une surface de cent dix-huit mille lieues carrées , dont deux tiers sont sous la zone tempérée. Le tiers renfermé dans la zone torride jouit en grande partie , à cause de l'extrême élévation de ses plateaux , d'une température analogue à celle qu'on trouve au printemps dans le midi de l'Italie et de l'Espagne.

Cette étendue n''a pas une population proportionnée , mais cependant supérieure à toute autre population dans cette partie du monde. Les recensemens les plus exacts la portent à cinq mil* lions huit cent quarante mille habitans , parmi lesquels deux millions et demi d'indigènes de race cuivrée ' , un million d'Espagnols mexicains , soixante-dix mille espagnols européens, presque

* Un préjugé répandu en Europe fait croire qu'un très-petit nombre dindigènes à tcînt cuivré, ou desccndans des anciens Mexicains, s'est conservé jusqu'à nos jours. Les cruautés des Européens ont fait disparaître les anciens habitans des Antilles , à la vérité ; mais on on n'est point parvenu à cet horrible résultat sur le continent aaé* ricain. « Dans la Nouvelle-Espagne, dit M. Humbolt, qui y a séjourné , le nombre des Indiens excède deux millions et demi, en ne comptant que ceux qui sont de race pure sans mélange de sang européen ou africain. » ( Tome 1 , page 3(i8. )

pas de nègres esclayes. La population est concen^ trée sur le plateau central. Le clergé ne comprend que quatorze mille individus. Mexico a cent trente-cinq mille habitans.

L'agriculture n'a pas à beaucoup près atteint le degré de prospérité auquel elle parviendra. La banane « le manioc , le maïs et les céréales sont les substances qu'elle donne pour la nourriture du peuple. Les céréales, cultivées sous la zone torride et partout où le sol s'élève de cinq à six cents toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer^ y produisent vingt-quatre grains pour un. Le maguey (agave) peut être considéré comme la vigne des indigènes. La culture de la canne à sucre y a fait depuis peu des progrès rapides : la Vera- Cruz exporte annuellement onze millions de livres pesant , ou pour i,3oo,ooo piastres de sucre mexicain '. On récolte du coton de la plus belle qualité sur les côtes occidentales. Les cultures du cacao et de l'indigo sont négligées. La vanille des forêts de Quilate offre une récolte annuelle de neuf cents milliers! Le tabac est cultivé avec soin dans les districts d'Oribaza et de Cordova ; la cire abonde dans le Yucatan ; la récolte de la cochenille d'Oaxaca est de huit cent mille livres pesant par an ; les bêtes à cornes se sont extrêmement multipliées dans les provincias inter--

* Cette piastre répond, comme od sait, à 5 francs et quelques centimes ; c'est du sucre à i^ sous tournois ou 70 centimes la livre poids de marc, valeur dans le port.

Des deux inoes. 389

nas ï et sur les côtes orientales , entre Panuco et Huasacualco. Les dîmes du clergé, dont la valeur désigne l'accroissement du produit, avaient augmenté d'un cinquième depuis 1800.

Mais ce qui distingue plus particulièrejnent le Mexique ou la Nouvelle-Espagne parmi toutes les contrées de l'Amérique, c'est le produit de ses mines. On estime qu'il est annuelleoient de seize cents kilogrammes en or, de cinq cent trente-sept mille kilogr. en argent, évalués â3,ooo,ooo>de piastres , ou près de la moitié de la valeur des métaux précieux qu'on retire annuellement des mines des deux Amériques.

L'hôtel des monnaies de Mexico a fourni de 1690 à i8o3, plus de 1, 353, 000, 000 de piastres. Trois districts de mines, Guanaxuato, Zacatecas et Catorce , qui forment un groupe central placé entre les 2 1 et 24 degrés de latitude, donnent presque la moitié de tout l'or et de tout l'argent qui sont retirés annuellement des mines de la Nouvelle-Espagne. Le seul filon de Guanaxuato, plus riche que le gîte de minerai du Potosi , fournit , année commune, cent trente mille kilogrammes d'argent, ou un sixième de tout l'argent que l'Amé-

* Od doxioe le nom de jrrovineias internas à Tétendue de pays qui se trouve au nord et au nord-ouest du royaume de la Kouvelle-Galice. Elles couiprenneot i* le petit royaume de Léon , 2^ la colonie du lîonveau-SaDt-Aoder , 3*> le Texas, 4° la Nouvelle- Biscaye, 5* Sonera, 6° Gahahuila, 7° le Nuevo- Mexico. EIlçs forment une étendue de cinquante - neuf mille trois cent soixante - quinze lieues carrées, peuplée de irois cent cinquante- neuf mille deux cents habitant.

2ga ÉTAT ACTUEL DU GOMMEKCE

rique yerse aDouellement dans la circulation '. La seule mine de Yalenciana , dans laquelle les frais d*exploitation excèdent 4^000,000 et demi de francs par an , n'a cessé de donner chaque année à ses propriétaires , depuis quarante ans , un profit net de plus de 3,ooo,ooo de francs. Ce profit s'est élevé quelquefois à 6,000,000. Ces produits expliquent la fortune de quelques grandes maisons d'Espagne qui jouissent d'immenses revenus. On a remarqué que les travaux des mines avaient occasionné des défrichemens , et par conséquent encouragé l'agriculture dans les environs; mais, en général, les spéculations se portant vers ce genre de richesse, il ne se fait pas*, ou se fait beaucoup mjotùs de grandes entreprises agricoles : ce *ne sera que lorsque la population sera devenue plus considérable , et que les richesses seront réparties dans toutes les clauses , que les grands travaux agricoles pourront avoir de l'activité. La révolution qui s'opère au Mexique, si elle parvient à un tern>e désiré, est de nature à produire un effet aussi .salutaire.

«• La richesse des mines mexicaines consiste plus dans l'abondance que dans la valeur intrinsèque des minerais d'argent : cette valeur ne s'élève , taux moyen , qu'à 0,002 ( ou trois à quatre

' IVouB apprenons que la guerre et les événcmens politiques qui agitent la Nouvdle-Etpagoe ont apporté quelque diminution dam les travaux des mines et Texportation de lenr produit en Europe. La paix aura bientôt réparé le premier vide : on peut douter qu'il en soit de même du second.

DES DEUX INDES. agi

onces par quintal de cent livres ). La quantité des minerais extraits au moyen du mercure est à celle produite par la fonte en raison de 3 7 à 1. Le procédé de l'amalgamation dont on se sert est long, et cause une grande perte de mercure ; cette perte s'élève pour la»]Nouvelle-Espagne à sept cent mille kilogrammes par an^ ou quatorze mille quintaux. Il est à présumer que les Cordillières mexicaines fourniront un jour le mercure , le fer , le cuivre et le plomb nécessaires à la consommation intérieure '. »

L'industrie manufacturière au Mexique est, comme nous l'avons remarqué, d'une importance au-dessous de ce qu'elle pourrait être. La valeur de soii produit annuel est estimée de 7 à 8,000,000 de piastres. Les fabriques de cuirs , de draps , de toiles de coton, ont pris quelque essor depuis plusieurs années. La liberté , la paix , soutiens de l'industrie, rélèveront un jour à un haut degré de prospérité , lorsque la main de plomb du despo* tisme sera enfin brisée dans cette riche contrée.

Voici la statistique de son commerce, telle qu'elle se présente pour une année moyenne depuis i8o3 jusqu'à 1810. Importations des productions et marchandises étrangères, 20,000,000 de piastres ; exportations en productions de l'agriculture et de l'industrie manufacturière , 6,000,000 de piastres ; les mines produisent en or et en argent 23,000,000 de piastres, dont 8 à 9 sont

i Humbolt » tome 5 , page 85.

exportés pour le compte du roî : par conséquent, si Ton déduit des 1 5, 000, 000 de piastres restant 1 4»ooo,ooo pour solder Texcédant de l'importation sur l'exportation , on trouve que le numéraire du Mexique augmente à peine de i ,000,000 de piastres par an.

Le revenu brut s'élève à 20,000,000 de piastres^ dont 5,5oo,ooo du produit des mines d'or et d'argent, 4)000,000 de la ferme du tabac , 3, 000,000 des Alcavales, i,3oo,ooo delà capitation des Indiens, et 800,000 de l'impôt sur le pulque, ou suc fermenté de l'agave , qui tient lieu de vin au peuple.

La situation de Mexico, capitale de ce beau royaume , offre des avantages inappréciables , si on la considère sous le rapport de ses communications avec le reste du monde policé. Placé sur un islhme qui est baigné par la mer du Sud et par l'Océan atlantique , Mexico paraît destiné à exercer une grande influence sur les événemens politiques qui agitent les deux mondes , et à devenir le centre d'une grande puissance. Un soqverain qui régirait l'état par des lois constitutionnelles et libérales, et dont la résidence serait dans cette ville, pourrait se placer au rang des premières puissances du monde ; il communiquerait en cinq semaines avec l'Europe , et en six avec lefi îles Philippines et l'Asie. Le vaste rbyaume de la Nouvelle-Espagne , soigneusement cultivé , produirait lui seul tout ce que le commerce ras-

semble sur le reste du globe, le sucré , la cochenille , le cacao , le café , le coton , le froment , le chanvre , les huiles , la soie , le vin ; il fournirait tous les métaux , sans même exclure le mercure ; il fournirait de superbe bois de construction. L'abondance du fer et du cuivre favoriserait les progrès de la navigation mexicaine. Mais 1 état des côtes et le manque de ports depuis l'embouchure du Rio-Alvaro jusqu'à celle de Rio-Bravo, opposent des obstacles qu'il serait difficile de vaincre.

Ces obstacles, à la vérité, n'existent pas du côté de l'Océan très-mal nommé Pacifique. Saint- François , dans la Nouvelle-Californie , San-Blas, dans l'intçndance de Guadalaxara , près de l'embouchure do la rivière de Sant-Iago, surtout Acapulco, sont des ports magnifiques.

Les côtes orientales n'ont pas le même avantage ; il n'y existe proprement pas de ports ; car celui de la Vera-Cruz , par lequel se fait annuellement un commerce de 5o à 6o,ooo,o()o.de piastres, n'est qu'un assez mauvais mouillage entre les bas-fonds de la Caleta, de la Galeta et de la Lavandera.

Mécontens du port de la Vera-Cruz , les habitans du Mexique se bercent de l'espérance de pouvoir ouvrir des voies plus sûres au commerce avec l'Europe ; ils désignent au sud de la Vera- Cruz les bouches des rivières d'Alvarado et de Guasacualco ; au nord de Vera-Cruz le Rio-Tampico, et surtout le village de Sotto- la -Marina.

Mais ces peints , qui ont déjà fixé rattention du gouvernement , ne pourraient devenir utiles qu'en ouvrant les rivières et en faisant d'immenses travaux : encore ne parviendrait- on à avoir que de médiocres lieux de relâche pour de petits vaisseaux.

C'est donc par le port de la Vera-Cruz que se fera encore long-temps le commerce du Mexique et de presque toutes les provinces qui composaient naguère le domaine de l'Espagne en Amérique.

C'est donc d'après les exportations et les importations qui se font par ce port que nous pouvons estimer ce commerce. Voici lès résultats, évalués en piastres 9 qu'il offre pour 1804.

Imoort t' na ( Bn productions nationales.. . io,iia,3a4 piastres, de l'Espagne. | g^ productions étrangères. . 4.493,736

Importatîoni de l'Amérique 1,619,68a

Exportation. < ^""^ l'Espagne. . i8,o53,37.

de la VeraCrui. | p^^^ r Amérique 5,4.4,5 1 .

Mouvement du commerce 07,985,624 piastres.

Parmi les productions nationales importées d'Espagne à la Vera-Cruz, il y avait quarante-huit mille sept cent trente-sept barriques d'eau-de-vie, dont la valeur est estimée i,235,i3o piastres; quarante-trois mille cent soixante-deux barriques de vin (valeur, 837,776 piastres); vingt mille neuf cent quarante-six arrobes d'huile ( valeur, 78,456 piastres ); dix-neuf mille sept cent vingt et

une livres de safran ( 287,007 piastres ); soixantedix -neuf mille deux cents bouteilles de bière ( valeur, 78,466 piastres) ; cent trente-six mille trois cent quatre -vingt et une rames de papier ( valeur, 486,583 piastres) ; soixante-treize mille huit cent vingt- sept quintaux de fer (valeur, 812,707 piastres) ; trois mille cent huit quintaux d'acier (valeur, 53,o52 piastres) ;et pour plus de 6,000,000 de piastres ' en soieries , lainages , toiles de lin , mousselines et chapeaux , contenus dans des caisses que les négocians ne sont point tenus d'ouvrir à la douane.

Au nombre des productions étrangères importées d'Espagne il y avait pour 4^000,000 de piastres en soieries , toiles , draps et autres étoffes ; en cannelle, quarante-sept mille deux cent trente-six livres (valeur, 163,171 piastres); en clous de girofle , vingt-huit mille cent soixante-sept livres ( valeur, 86,952 piastres ) ; et en deux mille neuf cent quatre-vingt dix-sept quintaux d'acier ( valeur 5 1,477 pisistres ). Ces valeurs, comme les précédentes , sont à l'estimation dans le port.

Parmi les productions américaines importées des autres colonies espagnoles à la Yera-Cruz il y avait vingt-sept mille huit cent quatorze arrobes de cire de la Havane ( valeur, 576,836 piastres ) ; mille neuf cent vingt-huit arrobes de cire de campéche ( valeur , 26,068 piastres ) ; treize mille

' Toutes ces valeurs sont celles des marcbandises dans le port de la Vcra-Cruz.

2g6 ÉTAT ACTUEL DU GOMMEKGE

<juatre cent vingt-trois fanègues ^ de cacao de Tabasco ( valeur, 4^1 5845 piastres) ; huit mille cent quarante et une fanègues de cacao de Caracas ( valeur, 2,o55 piastres ) ; quarante- neuf mille cinq cent trente-cinq quintaux de boi^ de campêcbe (valeur, 100,219 piastres); et dix-huit mille quatre cent quatre-vingt-seize fanègues de sel ( valeur, 57,845 piastres ).

Parmi les productions indigènes exportées du Mexique pour la métropole , et comprises dans le tableau plus haut, il y avait trois cent quatrevingt-un mille cinq cent neuf arrobes de sucre (valeur, 1,097,506 piastres); onze mille sept cent trente-sept arrobes de cochenille fine, résultat d'une récolte très-modique (valeur, 1,220,193 piastres ) ; huit cent soixante-sept arrobes de granilla ( val. , 24^4 * 4 Piastres ); quatre cent soixantequatre arrobes de cochenille en poudre (valeur, 5,816 piastres); cent quatre-vingt-neuf mille trois cent quatre-vingt-dix-sept livres d'indigo (valeur,' 367,502 piastres); trente -sept mille sept cent quatre-vingt-dix-sept quintaux de bois de campêche (valeur, 77,486 piastres ) ; mille huit cent dix-huit quintaux de jalap ( valeur, 62,41 > piastres ) ; sept mille cent soixante-neuf quintaux de salsepareille ( valeur, 96,734 piastres ) ; quatorze

> Jj'arrobeest un poids de vingt-cinq livres, poids de marc, à bien peu de choses près; la fanègue est une mesure de capacité qui est à peu près le ^ du ifetier de Paris; elle contient cent cinquante livres pesant de blé.

cent milliers de vanille (val., 111,195 piast. ); et trois mille sept cent quatre-vingt-six fanègues de cacao deGuayaquil (valeur, 460, 585 piastres).

L'exportation de Targent monnoyé , non comprise dans le tableau, s'est élevée à 16,847,843 piastres, dont i3,5oo,ooo pour le compte du •^ roi d'Espagne, et le reste pour le commerce et les particuliers '.

Pendant cette même année 1 804 9 il est entré à la Vera-Cruz , venant d'Espagne , cent sept bâtimens; des colonies espagnoles en Amérique, cent vingt-trois.

Dans l'année suivante, i8o5, l'importation d'Espagne à la Vera-Cruz a été , en productions indigènes, d'une valeur de i,5i4?473 piastres (le papier seul, soixante mille six cent dix-sept rames, évaluées 582,769 piastres ) ; en productions et marchandises étrangères pour 574,963 piastres. L'importation d'Amérique a été de la valeur de 1,2612,907 piastres (la cire seule de la Havane, dix-neuf mille neuf cent soixante-neuf arrobes , valeur, 547,304 piastres ).

L'exportation pour l'Espagne a été pendant

cette même année i8o5, d'une valeur de 1 10,200 piastres ; pour l'Amérique , de 33o,546 piastres ; l'exportation faite par des vaisseaux neutres, pour une valeur de 562,048 piastres : mouvement total du commerce, 4^355, 137 piastres.

1 On n'a point porté non plus dans cet ctat vingt mille quintaux dç mercure importés pour le compte du gouvernement.

En 1806 , ce mouTement a été ainsi qu'il suit : importations d'Espagne en productions espagnoles, pour 1,815,579 piastres; en productions étrangères, 327,295 piastres; importations d'Amérique , 1 ,4^,344 piastres ; importations faites par des Taisseaux neutres, 3,485,655 piastres. Exportations pour l'Espagne, 8o5,o37 piastres; ponrrAmérique, 574,191 piastres; pour des ports neutres . 4- * o 1 ,534 piastres '.

Par conséquent, importations totales, 7, 1 37,773 piastres ; exportations totales^ 5,478,762 piastres ; moîjvement général du commerce, I2,6i6,535 piastres.

Cette année ne peut être prise pour mesure du commerce de ce pays; mais une moyenne proportionnelle formée des années 1802, i8o3 et 1804 (tniis années de paix), prouve que l'importation totale est à la Yera-Cruz de 20,700,000 piastres; et l'exportation, non compris Tor et l'argeut monnayés ou ouvragés, de 6,5oo,ooo piastres.

Il faudrait ajouter à ce résultat le commercé de contrebande, très-actif en tout temps dans cette

* La FraiK^ el TEspagne, soumises «Ion à Bonaparte» étaient en ^erre arec rÀDglctcrre- Les ports et les bâtimens neutres furent les moyens employés par le commerce pour continuer ses opérations. L'on voit par les états ci-dessus que l'importation de^ espèces monno} ées en Espagne cesse dès -lors , et que le mouvement du commerce en denrées et marchandises diminue sensiblement. En effet , le moo- Tcment du commerce arait été en i8o4 de 37,983,604 piastres; il n'est en 1806 que de ia,6i6,535.

belle partie du monde ; mais oq ne peut guère Févaluer au-dessus d'un dixième : ainsi, ce serait 2,700,000 piastres à ajouter à l'importation , et 65o,ooo à l'exportation.

Il résulte des données que nous ayons établies sur le commerce de la Nouvelle-Espagne , que ce yaste pays , dans l'état actuel de sa civilisation et de son industrie, a besoin de productions et de marchandises étrangères pour la valeur de loo à 110,000,000 de francs. En accordant une pleine liberté au commerce d'Acapulco et de San-Blas avec la Chine et avec l'Inde , le Mexique pourra tirer des toiles de coton , des soieries , du papier , des épiceries , et peut-être même du mercure directement de l'Asie : cette circonstance diminuera les importations de l'Europe de plus de 20,000,000 de francs. Plus les rapports de l'Amérique avec l'Asie orientale seront multipliés, et moins la somme d'or et d'argent que le nouveau continent versera annuellement dans le commerce de l'Europe sera considérable. Les effets de cette révolution, inévitables dans le commerce du Mexique, se feront sentir plus promptement sur le continent européen que ceux qui résulteront de l'éta-' blissement et des progrès plus tardifs des manufactures dans cette partie de l'Amérique.

Ces progrès seront encore plus lents au Pérou. Cette vice-royauté, qui, sur une étendue de trente mille trois cent quatre-vingt-dix lieues carrées, n'offre qu'une population de six cent mille indi-

vidus ', est loin de l'état de prospérité où est parvenu le Mexique.

Ce royaume a subi différentes divisions de son immense territoire ; depuis que la frontière du royaume de Buenos- Ayres ^ passe à Touest du lac de Chucuito 3, entre ce lac et la ville de. Cusco ; et depuis que d'un côté le royaume de Quito et les provinces de Jacn , de Bracamoros et de Magnas, de l'autre les gouvernemens de Paz, d'Oruro , de la Plata et du Potosi, ont été séparés du Pérou : ce dernier a été divisé en sept intendances, savoir , celles de Truxillo , de Tarma , de Huancavelica, de Lima, de Guamanga, d'Arequipa et de Cusco , dont chacune comprend plusieurs départemens ou partidos.

Les capitales de ces sept intendances sont, Lima, avec cinquante-deux mille six cents habitans ; Guamanga, vingt-six mille ; Arequipa, vingtquatre mille ; Truxillo , cinq mille huit cents ; Huancavelica , cinq mille deux cents ; Tarma , cinq mille six cents , et Cusco trente-deux mille.

Cet ancien empire des Incas n'est pas également favorisé des dons de la nature. La côte qui longe

' D*apvès le dénombrement fait en 1793 par ordre de don Gil Lemos, vice-roi du Pérou, il doit y avoir eu une augmentation depuis celte époque; mais nous ne la connaissons pas.

* Nous nous servons encore de l'ancienne dénomination , quoique depuis six ans Buenos- Âyres forme une république, mais république dont les destinées ne nous paraissent pas encore fixées ; les divistoas intestines, pires que la guerre, ne cessent de l'agiter.

* Fojr, la carie.

DES DEUX INDES* 5oi

rOcéan indien est un pays misérable ; des marais vastes et nombreux en occupent une grande partie ; ce qu'ils ne couvrent pas est inondé près de six mois de Tannée par les eaux qui descendent des montagnes ; d'épaisses forêts sortent de ces eaux stagnantes , et fournissent de beaux bois de mâture et de construction. Les Andes ou Cordil- Hères , dont la chaîne s'étend dans toute la lon^ gueur des deux Amériques , sont plus hautes dans le Pérou qu'ailleurs '. Les lieux les plus élevés de ces montagnes sont couverts de neige , et servent de retraite aux guanacos et aux vigognes , dont la laine est si estimée.

Les différentes vallées depuis le port d'Atacama jusqu'à Guayaquil sont séparées l'une de l'autre par des déserts sablonneux de douze à quinze lieues , et même au - delà. Les rivières sont trèséloignées , et leurs eaux ne sauraient fertiliser ces sables arides. D'un autre côté, les montagnes couvertes de neige, sous un ciel brûlant, empêchent les vapeurs de se former en nuages ; la température de l'air, toujours égale , refuse au pays les bienfaits de la pluie.

Sur le revers des Cordillières latérales, et dans l'intervalle qui les sépare de l'autre chaîne de montagnes plus élevées, connues sous le nom de Cor"

* Le Cbimboraço ^ six mille cinq ceut trente mètres de hauteur au-dessus du niYei.u de l'Océan ; le Gayambé , cinq mille neuf cent cinquante-quatre ; Ântisana , volcan , cinq mille buit cent trente-trois; et le Gotopaxi, autre volcan, cinq mille sept cent cinquante-trois.

3oa ÉTAT ACttEL DU GOMMEKGE

dillières royales ou des Andes, sont situées les régions connues sous le nom de la Sierra; elles s'étendent depuis la province de Chachapoyas jusqu'au pays minéral du Potosî^.

On a fait la remarque que, dans les pays incultes et sauvages, les rivières sont beaucoup plus larges et plus nombreuses que dans les régions civilisées. On en trouve la preuve au Pérou ; car le débordement des rivières et leur largeur démesurée y opposent des difficultés extrêmes au transport dés denrées et des marchandises.

Ces différentes causes , réunies à la mauvaise qualité du sol dans le plus grand nombre des provinces , .expliquent le peu de progrès de la culture au Pérou. Depuis que les Espagnols s'y sont établis , rJen ne montre que les productions s'y soient accrues sensiblement. Cependant elles suffisent au nombre des habitans , qui en sont les seuls consommateurs ; elles font l'aliment du commerce établi dans l'intérieur entre les provinces du rovaume.

11 nous serait difficile d'établir les divers articles de ce commerce intérieur; nous réunirons seulement ici des détails qui en pourront faire connaître le plus ou moins d'activité et d'étendue.

Il parait qu'à la fin de 1789 l'intendance de Lima avait retiré de son commerce avec le reste du royaume une balance de .725, 192 piastres à son avantage. Le profit que cette même province

* Voy, la carte.

DES DEUX INDES. 5o5

avait tiré de ses produits dans la vice-royauté de Buenos - Ayres , la même année, s'était élevé au-dessus de 100,000 piastres. Celui qui se fait des provinces d'Arequipa et du Cusco avec la même Vice-royauté, s'élève, année ordinaire, à 2,034,980 piastres; de cette somme i,3oo,475 piastres tourne au profit de la province d'Arequipa , qui donne en échange du vin , de l'eaude-vie , de l'huile , du piment , du sucre , et d'autres productions moins importantes. Le surplus de la somme, qui se monte encore à ^35,505 piastres, revient à l'intendance de Cusco pour des molletons et autres lainages, du sucre, du blé, etc. Réciproquement la province d'Arequipa reçoit de Buenos- Ayres le montant de 3S6,â6o piastres de bétail, viande sèche, suif, noix de cocos, cuivre, étain, etc. La province de Cusco reçoit la valeur de 475,530 piastres en mulets, moutons, bétail, cuirs, cire, savon, suif, molleton, etc. Le bénéfice de ce commerce s'élève pour la province d'Arequipa à 911,215 piastres, et pour la province de Cusco, à 268,975 piastres.

Les provinces de la Sierra qui possèdent les mines les plus riches, et qui, pour cette raison, sont les plus peuplées, quoique les plus stériles, ayant été réunies à l'intendance de Buenos-Avres, les consommateurs ne peuvent tirer les produits de la terre que despays attenant à la côte, parce que ces pays forment le seul district où le terrain peut être cultivé avec succès. Arequipa leur en fournit plus

3o4 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

que les autres à cause de sa proximité. Cusco subvient aux besoins de ses habitans par ses manufactures de frises et d'autres étoffes servant à Thabillement. Cependant, par l'importation devenue plus considérable des marchandises européennes sur la rivière de la Plata, cette branche de commerce est sensiblement déchue , attendu que les camelots , les cotonnades et les habits introduits par ce canal , et vendus à bas prix , ont porté un grand préjudice aux manufactures de l'intérieur.

Le commerce avec les autres provinces du Pérou se fait par mer avec des bâtimens de différentes grandeurs , qui appartiennent principalement aux habitans de Lima. Ces bâtimens ont le pojt de Callao sur la mer du Sud pour lieu de rendez-vous. Leur chargement réuni forme un objet de seize à dix-sept mille tonneaux de diverses marchandises et denrées ; de cette quantité cinq mille tonneaux sont employés exclusivement au commerce de la mer du Sud : la balancé en est toujours plus ou moins au désavantage de l'intendance de Lima. Une grande partie du numéraire en circulation dans cette province est absorbé par le commerce qui se fait avec le Chili.

Les marchandises exportées de Lima consistent principalement en étoffes, tant des manufactures de l'intérieur que de celles de Quito ; en sucre et en riz. Lima reçoit en échange une grande quantité de blé, du suif, des cuirs, du cuivre, des cordages, etc.

b£S DBUX INDES. 5o5

L'avantage que le Chili retire de ce commerce provient surtout de la stérilité des valions qui sont autour de Lima.

Il est commun de voir manquer les moissons dans le territoire de Lima. Cet inconvénient a tellement accru le commerce des blés, que la capitale enlève à elle seule presque la moitié de l'importation qu'on en fait dans l'intendance de Lima.

Les productions du Chili expédiées aux ports d'Arica , d'Ilo et d'Aranta , appelés ports intermédiaires, sur le même Océan, ne s'élèvent guère au-delà de la valeur de 5o,ooo piastres , desquelles il faut encore défalquer la valeur du thé de Paraguay, apporté par deux bâtimens qui partent annuellement du port de Pascamayo, chargés aussi de tabac pour le compte du gouvernement.

Les relations de Baldivia, ville située dans une contrée fertile, avec un ban port , s'entretiennent par deux navires qui s'y rendent tous les ans , l'un du port de Valparaiso , avec des subsistances ; l'autre de Lima , avec la solde des troupes qui y sont en garnison. Ce manque de commerce ne saurait être attribué à la stérilité du sol ; car, à une petite distance des Cordillières , il y a des vallons riches en blé et en productions de toute espèce. Les montagnes sont couvertes de chênes et d'autres arbres qui fournissent d'excellens bois de construction ; et les mines d'or de ce district ont été célèbres parla grande finesse du minerai,

5o6 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

qui n'a jamais été au-dessous de yingt^troiskaraks, ou neuf cent cinquante-huit millièmes trois dixièmes de millième, suivant la nouvelle manière d'estimer le degré de fin de l'or '.

Les ports de Realexo et de Sonsonate , sur le même Océan , sont les seuls fréquentés par les bâtimens qui font l'exportation de Callao à Guatimala. Ce trafic consiste en cuirs, en vins, en eaux-de-vie, huile, etc. 11 est en général peu considérable ; il ne passe guère 3o,ooo piastres. L'importation, au contraire, dans les mêmes ports, est plus que qua/JrupIe de l'exportation : elle consiste en indigo, piment, pois, planches , bois de cèdre et de Brésil. Il en résulte une balance considérable en faveur de Lima.

Le commerce de Lima avec Santa-Fé de Bogota se fait en partie par terre , à travers la province de Quito , et en partie par mer par les ports de Guayaquil et de Panama. L'exportation de Callao vers les ports de Puna et Guayaquil consiste en vins de Coquimbo, deRasca, de Pisco, et de Conception ; en eaux-de-vie , en sucre, en farine, en cuivre, etc. L'exportation qui, des mêmes ports, se fait dans celui de Panama, consiste principalement en étoffes provenant des manufactures du pays , en laines et en farines. Les articles principaux qui se transportent par terre vers

' Foyes pour la nouYellc manière d'estimer le titre des métaux précieux , beaucoup plus claire et plus simple que l'ancienne, ^'introduetion au Dictionnaire de la géographie commerçante, p. 369.

DES DEUX INDES. 5o'J

Truxillo , Pacasmayo , pour être ensuite expédiés à Guayaquil et à Panama, sont du coton, des cuirs , des souliers , des chapeaux , des molletons et du sucre.

L'exportation de la province de Santa-Fé dans celle de Lima consiste en cacao, café , cire, etc. , et s'élève ordinairement à la somme de 2845O00 piastres.

Ces divers détails montrent la nature et la circulation du commerce intérieur du Pérou , et font connaître quels sont les objets qui y entrent principalement.

Il en résulte aussi que le Pérou, pour pourvoir à ses besoins, est redevable pour une balance considérable aux autres provinces de l'Amérique espagnole.

Ce qui constitue la richesse principale du Pérou^ au moins jusqu'à présent, ce sont ses mines.

Aussi est-ce là, comme dans la Nouvelle-Espagne , l'objet qui fixe plus particulièrement l'attention du gouvernement et du commerce. Nous nous attacherons donc à en donner une idée précise , en nous aidant des recherches du savant auteur de VEssai sur l'économie politique de la Nouvelle-^ Espagne , déjà si souvent cité.

Les provinces de l'Amérique espagnole qui fournissent des métaux précieux sont , la Nouvelle- Espagne ou le Mexique ', le Pérou, dans lequel on comprend le Potôsi , le Chili , la vice-royauté

* I9ous conserTODS les anciennes dénominations de territoire , parce

3o8 ÉTAT ACTUEL DU COHHEKGE

de Buenos- Ayres et celle de la Nouvelle-Grenade. Il est reconnu que les quatre autres grandes divisions politiques, savoir : les quatre capitanias générales de Guatimala , de la Havane, de Porto- Rico et de Caracas , ne renferment point de mines en exploitation.

Pour apprécier la quantité d'or et d'argent que donne le Pérou , nous produirons les états suivans :

De 1754 à 1772 , il 3 été livré à l'hôtel de la monnaie de Lima six millions cent deux mille cent trente-neuf marcs d'argent ', et cent vingtneuf mille cent quatre-vingt marcs d'or ; de 1 772 à 1791 , il a été porté à la même monnaie huit millions quatre cent soixante dix-huit mille trois cent soixante-sept marcs d'argent , et quatre-vingt mille huit cent quarante-six marcs d'or.

La valeur de l'or et de l'argent s'est élevée, dans la première de ces époques, à 68,9449^^^ piastres ; dans la seconde, à 85,454.849 piastres, ce qui fait, année moyenne, de 1754 a 1772, 3,83o,ooo piastres ; et de 1772 à 1791, 4^496,000 piastres.

Le produit de l'or a diminué au Pérou pendant que celui de l'argent a augmenté considérablement. En 1790, le produit des mines du

que c'est d'après elles que nous ëtablissoas les données statistiques comprises ici.

' Le marc dont il s'agit est celui deCastille ; il est au marc de France comme 54 1 est à 676, par conséquent plus léger. Un kilogramme pèse 4 marcs 5 gros 35 grains, et une petite fraction de grain du marc de Gastille.

Pérou était , d'après le Mercurio peruviano ' , de cinq cent trente-quatre mille marcs d'argent, et de six mille trois cent quatre -vingt marcs d'or.

Depuis 1797 jusqu'en 1801, on a frappé à Lima, en or et en argent, pour la somme de 26,032, 653 piastres; savoir, 23,709,986 piastres en argent, et 2,322,667 ^^ ^^*

Dans les cinq années qu^ ont précédé ces dernières, le produit avait été de 3o, 000,000 de piastres ; mais, attendu que la guerre a empêché en 1801 l'exploitation , par l'impossibilité de transporter du mercure, il fut réduit à 26,o32,633 piastres. On pourrait le fixer, année moyenne, et en temps de paix, à 6,000,000 de piastres. Cependant, pour éviter toute exagération , nous nous arrêterons , avec M. Humbolt , à la quantité de trois mille quatre cent cinquante mares d'or, et de cinq cent soixante-dix mille marcs d'argent, faisant 5,3oo,ooo piastres, comme le produit, année moyenne , des mines du Pérou.

De même qu'au Mexique presque tout ie produit est dû aux mines de Guanaxuato, de Catorce , de Zacatecas, de Real-del-Monte , et de la Nouvelle- Biscaye ; ainsi au Pérou , presque tout l'argent est tiré des grandes mines d'Yauricocha , de Lauricocha (appelées communément mines de Pasco, et du Cero de Bombon)^ de celles de Gualgayo.c ou de Chota, et de Huantajaia.

' Volume L, page 59.

3lO ÉTAT ACTUEL DU GOMMEKGE

Depuis et compris 1792 jusqu'en 1801 inclusivement, il a été fondu à Pasco , en lingots , deux millions quatre cent soixante dix-neuf mille quatorze marcs d'argent de la mine de Yauricocha , d'après les registres de la trésorerie de Pasco.

Toutes les mines comprises sous le nom de mines de Gualgayoc , dans le district de Chota , ont fourni aux caisses provinciales de Truxillo , depuis le mois d'avril 1774 jusqu'au mois d'octobre 180251a somme d'un million neu f cent douze mille trois cent vingt-sept marcs d'argent, ou, année moyenne , soixante-sept mille cent quatrevingt-treize marcs. Le minerai du Cero de Gualgayoc est très-riche, et l'on ne doute pas que le Cero ne devînt un second Potosi par une exploitation plus étendue.

Huantajaia renferme beaucoup d'argent natif ; cette mine fournit annuellement de soixante-dix à quatre-vingt mille marcs d'argent.

La présidence, ou capitania générale du Chili, produit annuellement en or et en argent 1 ,700,000 piastres. Ce produit a augmenté considérablement dans ces dernières années. En 1790, on a frappé à Sant-Iago pour 721,000 piastres en or, et 146,000 en argent.

La grande quantité de métaux précieux que fournit la vice-royauté de Buenos-Ayres est due entièrement à la partie la plus occidentale , c'està-dire aux provinces de la Sierra , qui , en 1 778 , ont été séparées du Pérou. On peut évaluer le

DES DEUX INDES. 3ll

produit annuel, qui est presque tout en argent, à 4*200,000 piastres.

La montagne seule de Potosi, qui se trouve dans cetle partie du Pérou, a fourni, en ne comptant que Targent enregistré qui a payé les droits royaux depuis i545 jusqu'à nos jours, une masse d'argent qui équivaut à 5,760,000,000 de livres tournois.

On voit aussi, par des états authentiques» que pendant l'espace de deux cent trente -trois ans, depuis 1 556 jusqu'en 1 789 , on a extrait des mines du Potosi , en argent déclaré à la caisse royale , pour la valeur de plus de 788,000,000 de piastres '.

Enfin, l'année moyenne de 1779 à 1789, du Cero de Potosi , a donné un produit de 5,676,330 piastres de 8 réaux , faisant quatre cent trentedeux mille cinq cent dix marQS de Castille.

Au reste, les mines du. Potosi, dans leur état actuel , n'occupent plus le premier rang parmi celles du monde connu ; mais elles tiennent leur rang immédiatement après celles de Guanaxuato.

Nous parlerons plus bas de la Nouvelle-Grenade , comme province séparée; nous consignons ici seulement son produit en métaux précieux , afin de suivre l'énumération de cette branche de

' Il faut faire une diminution , peu importante à la ▼«rite, sur cette somme ; cette diminution résulte de la diffëi'ence de la piastre. Depuis 1 595 il s'agit de la piastre à 8 réauz ; avant cette époque ob comptait par piastre de i3 réaux et demi, dont 5 ^ font le marc de Gastille.^

3lâ ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

richesses dans les possessions espagnoles autres que le Mexique.

11 résulte de Tétat authentique que la Nouvelle- Grenade, si riche en mines d'or, produit, année moyenne, dix-huit mille trois cents marcs d'or. Depuis 1789 jusqu'en 1795 , il a été monnayé à Santa-Fé de Bogota, soixante mille treize marcs d'or, faisant une valeur de 8,161,862 piastres; et de 1788 à 1799, on a monnayé à Popayan quarante-sept mille huit cent treize marcs d'or, faisant 6,502,542 piastres : ce qui donne pour l'année moyenne de la première quantité huit mille cinq cent soixaî]te-treize marcs d'or, ou 1,161,862 piastres ; et pour la seconde , six mille huit cent trente marcs d'or, ou 928.951 piastres.

Après cet exposé général des richesses du Pérou , jetons un coup-d'œil sur les provinces connues sous le nom d'intendance.

Celle de Truxillo, la plus septentrionale, et dont la capitale renferme six mille habitans , offre un terrain fertile, et produit du blé, du maïs, de la vigne, des oliviers, de la canne à sucre, des fruits et des légumes. Nous avons parlé du commerce qu'elle fait avec Lima et le reste du Pérou.

Tarma est mbins fertile, plus froide ; on y élève beaucoup de troupeaux, qui fournissent des laines et des cuirs. Elle a plusieurs mines d'argent. Sa capitale , du même nom , offre une population d'environ 5, 600 habitans.

L'intendance de Lima est une des plus fertiles

DES DEUX INDES. 3l3

et la plus riche du Pérou. Toutes les céréales d'Europe y croissent, et la canne à sucre y réussit parfaitement ; Tolivier et la vigne y donnent de forts produits , et Teau-de-vie y est un des principaux objets d'exportation. Nous avons dit que lor et l'argent produits par les mines de Tarma se transportent à Lima , où les propriétaires de ces mines font leur séjour.

La situation de cetfe ville est avantageuse ; elle commande une vallée dans laquelle coule la rivière de Lima , qui baigne les murs de la ville. On y a construit un assez beau port. On estime sa population de cinquante-deux mille huit cents individus, parmi lesquels on compte treize cent quatre-vingt* dix prêtres ou moines , quinze cent quatre-vingts religieuses, six mille Indiens , environ trois mille nègres, et le reste de la population se compose d'Espagnols ou de leurs descendans. On jouit à Limn des quatre saisons comme en Europe, dans un très» beau climat. Callao est son port. La population df cette riche contrée ne peut qu'aller en augmen-* tant, par l'introduction de la vaccine, qui y fut apjportée en 1 802 , et par la suppression des couvens de religieux, et surtout de religieuses '.

' Dans un pays où la population surabonde, il est de rintérêt de rétat d(^ laisser subsister des couvens de religieuses , parce que c'est par les femmes que se fait l'accroisse ment du nombre des babitans ; mais dans k's pays comme le Pérou, cos établissemens n'uisent à la population bien plus que les couvens d'hommes , et doivent être suppri* mes, ou n'être conservés qu'en très-petit nombre, en laissant aux indi« vidus qui s'y retirent la liberté de se consacrer au soin des malades cC à l'instruction populaire, ou en leur eo imposant le devoir.

3l4 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

L'intendance de Huancavelica, qu'on écrit aussi Guancavelica, dont la capitale compte cinq mille deux cents habitans, est célèbre par sa mine de mercure , située dans les montagnes de Santa- Barba ^ au midi de Huancavelica.

La quantité de mercure qu'on en a retirée s'élève, d'après M. Humbolt, depuis 1570 jusqu'en 1789, à un million quarante mille quatre cent cinquante -deux quintaux. Elle donne, d'après diverses estimations du même auteur, six mille quintaux de mercure par an. La Nouvelle-Espagne 5 ou le Mexique seul , consomme seize mille quintaux de ce minéral. D'après des calculs fondés , les usines de Potosi ont consommé depuis 1545 jusqu'en 1637 la quantité énorme de deux cent trente -quatre mille sept cent quintaux de mercure pour le travail de l'or et de l'argent; depuis 1769 jusqu'en 1765, la consommation a été de quinze à dix-sept cents quintaux pSiT an \

D'après les recherches qui en ont été faites, l'Amérique espagnole , savoir , le Mexique , le Pérou , le Chili et le royaume de Buenos- Ayres ( car les autres parties ne connaissent pas les procédés de l'amalgamation ) , consotfime annuellement plus de vingt-cinq mille quintaux

' Les mines du Potosi sont, de toutes les mines de l'Amérique espanoie, celles qu'on exploite avec le plus d'activité. Pendant l'année ijçjç on a frappé à la monnaie de Potosi 4)3aa,ooo piastres; savoir, 299,^4^ piastres, ou deux mille deux cent quatre marcs en or ; et 3,933,175 ^iast. , ou quatre cent soixante^deux mille six cent neuf marcs en argent.

DES DEUX INDES. 3l5

de mercure , dont la valeur s'élève dans les colonies à plus de 6,5oo,ooo francs.

Il s'en importe à la Vera-Cruz, tous les ans, pour le service des mines de la Nouvelle-Espagne, une quantité de huit cent mille kilogrammes , estimés 65o,ooo piastres.

Les droits que le fisc perçoit sur la vente du mercure dans les colonies espagnoles ne s'élèvent annuellement qu'à 536, ooo piastres.

La cour de Madrid s'étant réservé le droit de vendre elle seule k mercure en Amérique, a conclu depuis 1784 un contrat avec l'empereur d'Autriche, d'après lequel celui-ci fournit le mercure au prix de Sa piastres le quintal ; elle envoie annuellement , en temps de paix , par des vaisseaux de la marine royale, tantôt neuf mille, tantôt vingt-quatre mille quintaux de mercure.

En i8o3 on forma le projet utile d'approvisionner le Mexique pour plusieurs années, afin que, dans le cas d'une guerre , le travail des mines ne fût pas entravé par le manque de mercure ; mais ce projet n'a point été exécuté.

Le mercure d'Allemagne , fourni par le gouver-, nement autrichien , n'a été introduit au Mexique que depuis l'écroulement des travaux souterrains de Huancavelica , et à une époque où la mine d'Almaden ' , inondée dans la plupart de ses travaux, ne donnait qu'un produit très-faible. Mais^^

' Almaden ou Almadenejos est un bourg ou petite Tille d'Espagnç. de la province de la Manche, sur lei frontières de rEstramadure.

3l6 ÉTAT ACTUEL DtJ GOMMEKCE '

en 18029 cette dernière mine était de nouveau dans un état si florissant, qu'elle seule fournissait par an plus de vingt mille quintaux de mercure , et que l'on pouvait concevoir l'espoir de se passer du mercure allemand pour le Mexique et le Pérou.

Il y a eu des années où dix à douze mille quintaux de ce dernier mercure ont été importés à la Vera-Cruz.

Il résulte d'états authentiques que, depuis 1762 jusqu'en 1781 , les usines de la Nouvelle-Espagne seule ont absorbé la somme énorme de cent quatrevingt-onze mille quatre cent cinq quintaux de mercure , valant 60,000,000 de livres tournois.

Cette consommation annonce le besoin du mercure pour mettre en valeur une des premières richesses des colonies espagnoles ; et ce besoin tiendrait éternellement ces provinces dans la dépendance de l'Europe , si elles ne pouvaient pas y suppléer par une extraction de mercure indigène. Mais il résulte des recherches de M. Humbolt et d'autres naturalistes, que l'Amérique espagnole contient un grand nombre de mines de mercure , et qu'à mesure que l'art et les recherches s'y perfectionneront , on parviendra à en exploiter la quantité nécessaire^ Ainsi les nouveaux états qui se forment n'ont pas à redouter à cet égard le mal qui résulterait de leur rupture avec l'Europe ; il est présumable que la nécessité les contraindra même dans ce moment de crise à

DES DEUX INDES. 3l7

se livrer à des essais , à des recherches qui les mettent sur la voie des découvertes. Le savant Humbolt indique dans son ouvrage plusieurs lieux où le cinabre s'offre en assez grande quantité pour en extraire beaucoup de mercure.

Revenons à la province de Huancavelica , dont cette digression nous avait éloigné à propos de la riche mine de Santa-Barba.

Sa population est aujourd'hui au-dessous de ce qu'elle a été; on attribue cette diminution à celle des travaux de sa mine , et aussi aux événemens qui se passent. On nourrit dans un des districts de cette intendance un grand nombre de^ vigognes ou moutons péruviens , dont la laine forme un article de commerce très-productif.

Guamanca , autre intendance , est située au midi de la précédente et des pays incultes des bords de l'Apurimac ; elle offre un sol fertile en grains et en fruits.. Les principaux articles de son commerce sont les bestiaux, les cuixs et les fruits confits ; il faut y joindre le produit de ses mines , dont nous ayons déjà parlé. Sa ville capitale , qui est la résidence d'un évêque, compte vingt-six mille habitans espagnols, métis, mulâtres et indiens.

Cusco. Cette intendance, ou province, est une des plus industrieuses et des plus grandes du Pérou. Les habitans de sa capitale , dont le nombre est de trente-deux mille , se distinguent dans les manufactures de draps , de cuirs, de coton, dont ^ il se fait une grande consommation à Lima.

3l8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

Arequipa donne son nom à la province où il est situé ; c'est une des plus grandes villes du Pérou , peuplée seulement de vingt-quatre mille habitans. Le district , le plus méridional de Tintendance d'Arequipa , a un bon port sur la mer Pacifique ou l'Océan austral , nommé Arica ; il est très-fréquenté par les vaisseaux de commerce.

En terminant ici l'analyse statistique du Pérou, nous rappellerons que sa population totale , non compris le Chili , s'élève à environ un million trois cent mille âmes ; savoir, cent trente mille blancs, deux cent quarante mille métis ; le surplus se compose d'Indiens de race pure et de nègres en petit nombre. Le roi entretenait ordinairement dans cette vice-royauté douze mille hommes de troupes réglées, et quarante -neuf mille de milices : en tout soixante et un mille hommes *.

Le commerce du Pérou, comme celui de toutes les colonies espagnoles, a souffert des entraves qu'y a mises le cabinet de Madrid ; aujourd'hui une partie de ces entraves est levée, mais d'autres circonstances font souffrir le commerce.

On exporte du Pérou de l'or, de l'argent, de la laine de vigogne et de lamas, divers baumes, des plantes médicinales. Il reçoit annuellement de la Plata vingt-cinq à trente mille mulets, qui

1 On a estimé k proportion des troupes entretenues dans les colonies espagnoles d'Amérique ) avec la population. £n 1796, cette proportion ét;>it , sur une population de quatorze à quinze millions, de vingt-six mille hommes de troupes européennes.

DES DEUX INDES. Sig

sont employés aux travaux des mines. Les valeurs qui sortent du Pérou pour l'Asie sont à peu près de 3,800,000 piastres. Il reçoit en échange, des Philippines, pour 270,000 piastres de mousseline , de thé et d'autres marchandises.

Capitainie générale de Guatimala. Elle forme , avec la province de Nicaragua et de la Vera-Paz , un gouvernement particulier dont l'étendue est de vingt -six mille cent cinquante -deux lieues carrées , peuplées d'un million deux cent mille habitans seuleâient.

C'est une des plus riches contrées de l'Amérique espagnole ; elle abonde en cacao , en blé , en maïs, en sucre, en coton. On y cultive beaucoup d'indigo. Ses ports lui facilitent la communication avec le Pérou et le Mexique.

La capitainie générale de Caracas ou de Venezuela avec les provinces de Cumana, Venezuela, Coro, Maracaybo, Varinas et la Guyane espagnole, présente une étendue de quarante -sept mille huit cent cinquante-six lieues carrées , et une population de neuf cent mille habitans seulement ; sur quoi il faut compter jcinquantequatre mille esclaves : c'est la partie de l'Amérique espagnole où il s'en trouve le plus *.

' Depuis l'époque de 1800, à laquelle se rapporte la population de Caracas de neuf cent mille habitans , elle est augmentée : en sorte qu'en 1809 elle était de neuf cent soixante- quinze mille , en y comprenant dix mille Guaranis , qui vivent dans les îles situées à l'embouchure de rOiénoque ; quatre mille Arrouaks , habitant entre rOrénoque et Bîo-Essequibo; et cinquante mille Gouahiros, qui vivent dans les lagunes de Maracaibo et Bio-de-la- Hacha,

La ville de Caracas , capitale de cetti nie) comptait quarante-sept mille deux c huit habitans ea 1807. Elle s'était élet qiiaote mille en 1810; et la populati province de même nom, qui fait partie pitaînie générale , et avec laquelle elle m être confondue, avait en 1810 unepopu quatre cent quatre-vingt-seize mille 1 soixante-douze habitans , ce qui est plu.

tié de celle de la capitainie.

Veoeiuela est le nom national adopt( d'hui par les provinces confédérées, et est leur métropole. La prorince de Ver pris le nom de province de Caracas.

Le port de cette province esl la Gt Goayre. Il n'est qu'à cinq lieues de Car; quoique mauvais , il est très -fréquenté, part des né'gocîans de la Guara , ville qu sept mille âmes, ne sont que facteurs de Caracas. A peine les marchandises y s( débarquées , qu'on les transporte à dos d à' Caracas.

Le Coro, chef-lieu du pays de mon est te premier établissement que lesE fondèrent sur la terre-ferme pour comn avec Porto-Rico et Saint-Domingue.

Les environs de la ville et du port de ( stériles; mais, à trois lieues plus loin, o de fertiles plaines. La ville de Coro a c habitans, parmi lesquels on comptait

DES DEUX INDES» 3âl

deux cents esclaves. Il s'y fait avec Curaçao un commerce considérable en bestiaux , en cuirs , en indigo , et même en cochenille.

Le district de Carora,(fiu, avec la ville de même nom 9 n'a que dix mille habitans , fait un commerce assez considérable de la cochenille sauvage. Quoique le sol soif aride, on n'y élève pas moins un grand nombre de bœufs, de chevaux, d'ânes, de brebis , de chèvres : c'est surtout dans la vue d'en tanner les cuirs que ces animaux sont élevés. Autrefois les habitans étaient pauvres , mais ils se sont enrichis depuis qu'ils se sont adonnés à ce genre d'industrie.

Sans faire une description détaillée de la province de Caracas , qui fait partie de la capitainie générale de ce nom , ou Venezuela , nous remarquerons que la population des villes qui s'y trouvent n'est pas comme celle de la plupart des villes d'Europe où il n'y a pas de manufactures , composée de propriétaires , de rentiers qui ne font autre chose qu'y dépenser leurs revenus , et de marchands. Les habitans des villes de cette capitainie sont presque tous des propriétaires-fermiers, qui tous cultivent leurs domaines ou élèvent de nombreux troupeaux dans les campagnes voisines. Les prêtres , les médecins , des escrivanos ( gens de loi qui sont à la fois avocats , notaires , procureurs , et même huissiers ) , et un

petit nombre de marchands forment le reste de la population. On ne^rencontre que des forêts ou

des prairies naturelles ( saTanes ) dans l'intervalle qui sépare le territoire d'une ville d'une autre ville, éloignées ordinairement de dix à douze lieues entre elles. Passons à Cumana.

Cette ville , qui donne son nom à une province ou gouvernement, comptait en 1810 une population de trente mille habitans , presque tous laborieux et industrieux. Les vivres sont à très-bon marché, et les habitans très -polis dans le Cumana.

Le commerce de détail de la ville est presque tout entre les mains de Catalans , de Biscayens , et de Canariens.

On trouve dans cette même province , près des embouchures de Guarapiche, de l'Orénoque et du port d'Espagne, la belle et fertile vallée de Yagnaraparo , couverte dé plantations de café et de cacao, d'où il se fait une grande exportation de ces riches productions.

La province de la Nouvelle-Barcelone n'est pas moins remarquable par ses produits. C'est cependant un pays peu peuplé et peu cultivé. On en exporte tous les ans par milliers des bœufs, des chevaux , des ânes et des mulets, dans les colonies voisines. On y tue aussi une grande quantité de bœufs dont on fume la viande, objet d'un commerce considérable.

Le port de Barcelone exporta durant la paix d'Amiens, c'est-à-dire pendant un an, cent trentedeux mille bœufs, deux mille cent chevaux, quatre-

DES DEUX INDES* SâS

vingt-quatre mille muîets , huit cents ânes , cent quatre-vingt mille quintaux de tasajo ou bœuf furné, trente -six mille cuirs de bœuf, quatre mille cinq cents cuirs de cheval , six mille peaux de cerf '.

On cultive aux environs de Barcelone les plantes alimentaires du pays, y compris le cacao, dont on fait une grande consommation. On n'exporte de cette province que de cent cinquante à deux cent mille quintaux de cacao, et de trois à quatre mille quintaux d'indigo ; environ deux mille quintaux de rocou ; et deux cent cinquante à trois cent mille quintaux de coton.

Les marchandises sont emballées avec beaucoup d'art dans des peaux de bœuf et de cerf 2 on donne à ces ballots une forme carrée , et ils ne sont pas perdus pour le commerce. Le maïs est aussi un objet de culture dans cette province ; mais on n'en exporte guère que de cent cinquante à deux cent mille sacs d'environ cent cinquante livres j^esant chacun.

La population de Barcelone , ville riche et mal bâtie, était en 1810 de quinze mille habitans.

Un voyageur qui a été sur les lieux , et qui nous en a donné une excellente relation *, remarque

' Ces quantités ne sont pas celles qu'on exporte en temps ordinaires. On proBtait de la paix pour se débarrasser des quantités que la guerreavait fait accumuler. *

' M. Dauxion Lava)sse, dans son Foyat/e aux îles de ia Trinité j. TahagOf €t en VenczvMa, dans l'Amérique méridionaie, a Tolumes/ i8i3.

5^4 l&TÀT ACttEL hV COMMERCE

qu'on a mal à propos fait une province à part de la Nouvelle-Andalousie, dépendante de celle de Cumana ; c'est la même province : en sorte qu'il faudrait dire Cumana, ou Nouvelle-Andalousie.

Il est peu de pays plus variés , plus fertiles , mieux arrosés que les dîfférens districts de la province de Cumana. Nous verrons plus bas l'étendue de son commerce extérieur.

Disons un mot de la Guyane espagnole , dont les limites sont comprises entre les possessions portugaises à Saint -Joseph de Marasitanos au sud ; le royaume ou vice-royauté de la Nouvelle- Grenade à l'ouest ; les provinces de Cumana , de Barcelone et de Caracas au nord, et la Guyane française et hollandaise à l'est.

La Guyane espagnole , qui est le pays le plus fertile de la capitainie générale de Caracas ou Venezuela, est cependant le moins cultivé, le plus pauvre et le moins peuplé. « Je ne crois cependant pas , dit M. Dauxion Lavaysse , qu'il y ait dans le monde un pays plus sain , mieux arrosé , plus fertile , plus agréable à habiter que le pays situé d'un côté entre l'Esquibo ou Essequibo , et de l'autre la Caroni et TOrénoque. Ce pays, qui fait une partie considérable de celui qui nous occupe , a plus de quarante-cinq lieues du nord au sud , et de soixante-dix de l'est à l'ouest; il n'a pas en étendue un sixième de la Guyane espagnole.

La population se partage entre les indigènes

réunis en missions ^ ceux qui ne sont pas réunis, et les blancs. Les premiers s'élèvent à quinze mille âmes. Les seconds , qui sont des Arrouaks et des Gouaranis , sont indépendans ; ils n'ont pas embrassé le christianisme : leur nombre s'élève également à peu près à quioze mille. On compte huit mille blancs répandus dans les hameaux et les hâtes de la province, environ six mille métis ou gens de couleur libres , environ trois mille esclaves. Total dix - sept mille individus pour la population de la Guyane espagnole.

Jusqu'à présent ce beau pays n'a été qu'une contrée presque sauvage. On n'y cultive que trèspeu de sucre , de coton , d'indigo , de rocou , et du tabac excellent et très-agréable à fumer. Des plantes aromatiques et médicinales, le lignum cassiœ et le kîna d'Angustura y deviendront un jour de grands objets de commerce.

Les bœufs, les chevaux, les ânes et les mulets qui y furent originairement transportés d'Europe s'y sont multipliés, et forment des troupeaux considérables. Une grande partie errent sauvages et indomptés dans les savanes et les forêts ; d'autres sont réunis dans des hâtes ou prairies naturelles habitées par des Espagnols qui s'occupent d'élever ces animaux. Il est tel particulier qui possède cinq ou six lieues de pays en tout sens , et qui est propriétaire de trente ou quarante mille bœufs , chevaux ou mulets.

« Lorsque, par l'effet d'un gouvernement meilleur, la Guyane espagnole pourra prendre tout l'accroîssement que lui assurent la fertilité de son territoire , ses richesses naturelles et les rivières navigables qui la traversent en tout sens, elle deviendra le centre et l'entrepôt d'un commerce iiùmense , et dont ne peuvent se faire d'idée les personnes les plus instruites qui n'ont point visité ce pays '. »

C'est sur les bords de l'Orénoque que les habitans de Santa-Fé de Bogota iront échanger les productions de leur sol contre les produits des manufactures européennes et des États-Unis d'Amériquç; et Santa-Fé de Bogota deviendra le comptoir d'un grand commerce entre le Pérou et les autres parties du monde.

Saint-Thomas , ou San-Thome de Angustura , capitale de la Guyane, offre une population de huit mille cinq cents habitans. Son port , mal situé et peu commode , peut être regardé comme une des causes de l'état languissant de la colonie, qui dorénavant doit recevoir plus dévie des changemens que la révolution y opère.

La province de Varinas, qui fait partie du Venezuela, ou capitainie de Caracas, forme un gouvernement particulier. Sa population ne passe guère cent quarante et un mille individus, y compris les douze mille habitans de Yarinas, capitale.

C'est un pays encore dans l'enfance, quoique

' M« Dauxion Lavaysse, tome 2, page 5oi.

son territoire ne le cède en rien à toute autre partie de TAmérique méridionale. Depuis environ vingt ans seulement on y cultive la canne à sucre, l'indigo , le coton , ainsi que le cacao , qui faisait précédemment la seule culture dont s'occupassent les habitans.

La province de Maracaïbo tire son nom de celui de sa ville capitale. Cette ville, appelée aussi Nouvelle-Zamore, est bien bâtie, dans un climat sain, mais chaud ; on y comptait en 1807 "une population de vingt-cinq mille habitans, dont cinq mille esclaves.

On cultive dans cette province toutes les productions des tropiques ; et , sur les coteaux ou lieux élevés, le froment, là vigne et les autres fruits et légumes des régions tempérées de l'Europe.

D'après des états authentiques consultés sur les lieux par M. Dauxion Lavaysse , il résulte que les produits de l'agriculture exportés de la capitainie générale de Caracas , ou Venezuela , s'élevaient annuellement, depuis 1794 jusqu'en 1806, à environ 49000,000 de piastres. Outre cette exportation , connue par les registres des douanes , on sait par divers renseignemens qu'année commune les interlopes de la Trinité, de la Grenade , de Tabago , de Curaçao , de Saint-Thomas et de la Martinique , enlevaient pour des sommes considérables de denrées, consistant en cacao, coton , indigo , un peu de cochenille , du rocou , du bois de teinture et de marqueterie , du cuivre ^

des cuirs , du maïs , des Tiandes , des poissons salés et fumés , des bœufs , des chevaux , des mulets , des ânes , des singes, des perroquets, etc. ,. et environ 6 ou 700,000 piastres en espèces. Depuis 1801 ils y ajoutèrent une petite quantité de sucre et de café.

Les importations ont été j année moyenne, de 1789 à 1807 , d'une valeur de 35,ooo,ooo de fr. , y compris la contrebande. Avant la révolution française nous entrions pour moitié dans ce commerce. Les négocians français de la Martinique , les Hollandais de Saint-Eustache et de Curaçao, les Danois de Saint-Thomas, les Suédois de Saint- Barthelemi, y avaient leur port ; mais, depuis que Tîle de la Trinité a été cédée à l'Angleterre , en 1 797 , elle a fait presque tout ce commerce à elle seule ; elle y a établi des relations commerciales jusqu'à Santa-Fé de Bogota , capitale de la Nouvelle-Grenade, dont il faut entretenir le lecteur.

Cette vice-royauté , réunie à la présidence de Quito , offre , sur une étendue de soixante-quat^-e mille cinq cent vingt lieues carrées , une population de dix-huit cent mille âmes : c'est vingt-huit individus par lieue carrée.

Le climat y est extrêmement chaud et humide vers le nord. Les chaleurs excessives y pompent les vapeurs de la mer , qui retombent ensuite en torrens considérables , et qui produisent souvent de grands ravages. En général la température de la Nouvelle-Grenade dépend de la direction des

branches des Cordillîères qui en occupent les difiPéreotes parties.

Le sol est fertile en diverses productions utiles à rhomme. Parmi les arbres remarquables on distingue le carbo , le cèdre , le maria ; le mancenillier , qui porte un fruit semblable aux pommes d'api t mais dont les qualités sont si pernicieuses , que Ton né pourrait long-temps rester sous son abri sans éprouver des douleurs de nerfs.

La Nouvelle-Grenade a des endroits inhabitables par la rigueur du froid, et où Ton ne trouve que des ours , des lapins , et des chats sauvages ; d'autres où sont des prairies fertiles et des terrains propres à toutes sortes de semences et de fruits. On y élève une grande quantité de bétail.

Il y a des mines d'or , d'argent , et de diverses pierres précieuses dont il faut que nous parlions.

Le royaume de la Nouvelle -Grenade produit, année moyenne , dix-huit mille trois cents marcs d'or; et, d'après des renseignemens authentiques, on sait qu'il a été frappé, depuis le \" janvier 1789 jusqu'au 3i décembre 1796 , dans la monnaie de Santa-Fé de Bogota, soixante mille treize marcs d'or, faisant une valeur de 8,161,862 piastres , dont l'année des sept est de huit mille cinq cent soixante -treize marcs d'or, ou 1,165,980 piastres. La quantité d'or frappée également en espèces dans la monnaie de Popayan , depuis et compris 1788 jusqu'à 1794 compris, s'est élevée à quarante-sept mille huit cent treize marcs

d'or ^ OU 6,502,542 piastres : année moyenne des sept, six mille huit cent trente marcs d'or, ou 928,931 piastres.

La vice-royauté de la Nouvelle-Grenade a beaucoup de filons d'argent extrêmement riches dans la province de Yega de Supia et dans d'autres endroits. On avait essayé de les exploiter; mais, comme la quantité d'argent ne s'est élevée dans l'une des plus riches qu'à huit mille sept cents marcs depuis 1791 jusqu'à 1797, tandis que les frais se sont élevés à deux cent seize mille piastres , l'on a abandonné les travaux. Nous ne savons pas s'ils ont été repris.

On voit, par les états de la balance du commerce pour l'époque de 1807 ^ que la Nouvelle- Grenade reçoit en mslrchandises d'Europe et d'Asie, y compris la contrebande, pour une somme annuelle de 5,700,000 piastres ; qu'elle exporte également, année moyenne, en produits de l'agriculture, pour 2,000,000 de piastres; en valeurs du produit des mines, pour 3, 000^000 de piastres.

Son revenu brut allait, année moyenne, avant les événemens qui se passent aujourd'hui dans cette partie du monde, à 3, 800, 000 piastres; et le roi d'Espagne en retirait 5 à 6,000,000 de piastres par an '.

Buenos-Ayres, siège d'une république dontl'existence a de la peine à s'affermir, offrait en i8o4

' Hum boit, Essai folitique sur la NouveUe-E^'pagne , tome 4 c* 5, pages 38 et 4o.'

DES DEUX INDES, ÔÔl

une étendue de cent quarante -trois mille quatorze lieues carrées , avec une population de onze cent mille habitans, ce qui fait seulement huit individus par lieue carrée.

Ce pays est fertile , et produit du blé , du mais , des légumes au-delà de ce qu'il en faut pour la consommation des habitans. La capitale , qui porte le même nom , a environ trente mille habitans ; l'air y est sain , et la situation agréable. Les Anglais s'en étaient emparés pendant la guerre ; mais les Espagnols la reprirent en iSo6; elle leur est restée depuis.

C'est dans la partie la plus occidentale de la vice-royauté, aux provinces de la Sierra, qui, en 1778 , ont été séparées du Pérou , que se trouve la grande masse de métaux précieux que fournit Buenos- Ayres. On en peut évaluer le produit annuel, qui est presque tout en argent, à 49200,000 piastres.

La montagne du Potosi a fourni à elle seule , et en ne comptant que l'argent dont elle a payé les droits royaux depuis sa découverte en i545 jusqu'à nos jours, une masse qui équivaut à 5,780,000,000 tournois.

Le droit appelé quinte payé à la trésorerie de la monnaie de Potosi pour l'argent frappé en espèces depuis et compris i555 jusqu'à 1678 compris, s'est élevé à la sonime de 9,801,906 piastres.

Pepuis 1679 jusqu'à 1736 compris, le quint

332 ÉTAT kCTVEL DU COMMERCE

et deux autres droits réunis oot donné pendant ces cent cinquante - huit années la somme de 129,4* 7^275 piastres au trésor.

Et depuis 1736 jusqu'à 1789 compris, celle .de 14954^9684 piastres.

Il résulte d états également authentiques que la vice-royauté de Buenos-Ayres recevait, année moyenne, à l'époque de 18049 en importations d'Europe et d'Asie, pour une somme de 3,5oo,ooo piastres ; qu'il en était exporté en produits de l'agriculture pour une somme de 2,000,000 de piastres ; et en valeur du produit de ses mines , pour 5,000,000 de piastres.

Le roi en retirait annuellement, tous frais d'administration prélevés , 6 à 700,000 piastres.

La capitainie , ou présidence du Chili , est réunie dans ce moment au même gouvernement républicain que Buenos-Ayres ; elle présente une étendue de vingt-deux mille cinq cent soixantequatorze lieues carrées. C'est un pays riche et susceptible d'un grand développement de prospérité. Sa population, composée d'Européens, de créoles, de métis, d'Indiens soumis, s'élève à huit cent dix mille âmes. Le climat est un des plus salubres du monde, tempéré et propre à la végétation.

Toutes les céréales d'Europe y réussissent , surtout le maïs , l'orge , le seigle , l'avoine ; la vigne et l'olivier y croissent et donnent des produits utiles. Dans les provinces du nord on cultive le coton, le sucre , le manioc , la jalap , la salsepa-

reille , l'indigo , et toutes les productions des climats chauds.

Le Chili a de superbes forêts qui conservent presque toutes leur verdure • et d'immenses prairies couvertes de bestiaux. Les chevaux du Chili sont beaux , forts et pleins de feu.

Le Chili est divisé en plusieurs provinces. Santiago 9 ville de quarante mille âmes, en est la capitale ; les habitans jouissent d'une grande aisance, qu'ils doivent à leur commerce et aux mines dont ils sont propriétaires.

Le produit en or et en argent de la présidence ou capitainie générale du Chili produit annuellement en or et en argent i ,700,000 piastres. Le produit des mines du Chili a augmenté considérablement dans ces derniers temps. En 1 790 on a frappé à Sant-Iago pour 72 1 ,000 piastres en or, et 166,000 en argent, provenant de ses mines.

Cuba et Porto-Rîco dépendent de l'Amérique espagnole. Ces deux colonies réunies forment une étendue de six mille neuf cent vingt-une lieues carrées , sur lesquelles existe une population de six cent mille individus ; ce qui fait quatre-vingtsept individus par lieue carrée.

Cuba est une possession importante pour l'Espagne , et où jusqu'à présent l'insurrection n'a point fait de progrès. Les Anglais ont cru un moment qu'elle leur serait abandonnée dans les discussions relatives à la cession des Florides aux

États-Unis : elle serait pour eux une barrière contre ces derniers, et leur servirait de point d'appui pour leur commerce avec le continent et la défense de la Jamaïque.

La Havane , ville de près de vingt mille habltans , est de toutes les capitainies de TAmérique espagnole celle qui ressemble le plus aux grandes villes d'Europe, sous le rapport des usages , des raffinemens du luxe et de la société. C'est à la Havane que l'on connaît le mieux la situation des affaires politiques et leur influence sur le commerce. Cependant, malgré les efforts de la société patriotique de l*tle de Cuba ^ qui encourage les sciences avec un zèle généreux, les sciences prospèrent lentement dans un pays où la culture et le commerce des produits coloniaux fixent toute l'attention des habitans.

La culture du café , et du sucre surtout , a fait de grands progrès à Cuba : on trouve qu'année moyenne il s'en exporte trente -sept millions six cent mille kilogrammes.

Le revenu brut de cette île , dont la population libre ne passe pas trois cent quarante mille habitans, et douze cents esclaves, va à â,3oo,ooo piastres ; elle tire du Mexique un situado ou secours qui n'est pas compris dans cette somme.

Il y a à Cuba une force armée de vingt-quatre mille cinq cents hommes , sur lesquels deux mille quatre cents hommes d'infanterie régulière , et cmq cent dix -sept de cavalerie.

Porto-Rîco est une île importante par sa situation ; sa population ne va guère cependant qu'à cent quarante mille habitans : les frais d'administration y surpassent les revenus qu'on en tire, et le Mexique y supplée par un envoi de secours annuel '.

Les îles de Cuba et de Porto-Rico réunies offrent, sur une étendue de six mille neuf cent vingt-une lieues carrées, une population de six cent mille habitans : c'est quatre-vingt-sept individus par lieue carrée. La valeur de leurs exportations en denrées coloniales était, en 18045 de 9,000,000 de piastres ; et les importations en marchandises * d'Europe et d'Asie, de 11,000,000.

11 reste encore aux Espagnols, en Amérique , le Nouveau - Mexique et les deux Florides. Nous entretiendrons nos lecteurs de ces dernières au chapitre des Etats-Unis.

Le Nouveau-Mexique est une contrée vaste et peu habitée , qui a la Louisiane à l'est , le Mexique au sud, et l'Océan pacifique à l'ouest : elle a dans le sens le plus étendu six cents lieues environ de long , et trois cents de large ; elle confine à la Californie par l'ouest. Le sol en est fertile et fournit abondamment du blé, du maïs, des fruits délicats, et même des raisins. Ilyadesminesd'étain:. et l'on soupçonne même qu'il y a des mines d'or.

' Nous renvoyons à l'Histoire pfUlosophique pour les autres détails qui ne soot pas ici. On doit »e rappeler que notre objet est de tracer Tétat actuel des établi^scmens coloniaux j et c'est à quoi nous nous bornons, lorsque des renseignement sûrs nous en offreii^ le moyen.

336 iTAT ACTUEL DU COMMERCE

L'intérieur des terres présente des marais salans : les bourgades de cette contrée sont peuplées de naturels du pays.

Le coton réussit très-bien dans la partie australe du Nouveau -Mexique ; des troupes nombreuses de chevaux sauvages trouvent aisément à s'y nourrir.

Trois villes se font remarquer dans le Nouveau- Mexique , Santa-Fé, capitale , avec trois mille six cent habitans ; Santa-Cruz, neuf mille ; et Albuquerque, six mille. Les Espagnols qui se trouvent dans ces villes sont en général industrieux , actifs et adonnés à la culture.

Terminons cette analyse par des rapprochemens qui peuvent donner une idée de l'importance et de l'état actuel des contrées de l'Amérique espagnole , dont le sort est aujourd'hui livré aux chances d'une révolution incertaine encore dans ses résultats , quoique l'on ne puisse qu'en attendre un mouvement favorable au développement de l'industrie et du commerce dans ces riches et vastes contrées.

On peut juger de l'étendue et de l'activité de leur commerce par les résultats suivans :

Les importations dans l'Amérique espagnole par la Vera-Cruzsont, année moyenne, de 1 5, 000,000 de piastres ; l'exportation ( non compris les métaux précieux) est de 5, 000, 000.

La Havane : exportations en productions indigènes , 8,000,000 de piastres ; dont , en sucre ,

trente et un million six cent mille kilogr. * , valant 6,3oo,ooo piastres (en évaluant la caisse de sucre 4o piastres ) ; en cire , cinq cent vingt-cinq mille kilogrammes, ou 720,000 piastres ( Tarrobe à 1 S piastres ) ; en café , six cent vingt-ci,nq mille kilogrammes, ou 260,000 piastres (Tarrobe à 5 piastres ).

Lima. Importation , 5, 000, 000 de piastres ; exportation ( y compris les métaux précieux ) , 7,000,000 de piastres.

Carthagène des Indes , y compris les petits ports voisins de Rio-de-la-H^cha , Sapta-Marta et Porto -Belo, dont les liaisons commerciales sont les plus rapprochées. Exportations de Tagriculture indigène , sans compter les métaux précieux, 1,200,000 piastres : dont un million cinq cent mille kilogr. de coton , cent mille kilogr. de sucre, 10,000 kilogr. d'indigo, quatre cent mille kilogr. de bois de Brésil , cent mille kilogr. de quinquina de la Nouvelle - Grenade , mille kilogr. de baume de Tolu , six mille-kilogr. d'ipécacuanha ^. Importations , pour une valeur de 4>ooo,ooo de piastres.

La Guayra , principal port de la province de Caracas. De 1796 à 1800, lexportation a été, année moyenne, de 1,600,000 piastres : dont deux millions neuf cent soixante-cinq mille kilog.

1 On sait qu'un kilogramme est un peu plus de deux livres de seize onces poids de marc.

* 11 ne faut pas confondre Tipécacuanha espagnol dont il s'agit ici avec celui du Brésil.

338 ÉTAT AGTUXL DU GOMMEHCE

de cacao , quatre - vingt - dix - neuf mille kilogr. d'indigo, trois cent cinquante-quatre mille kilogr. de coton , et cent quatre-yingt-douze mille kilogrammes de café^

De 1 789 à 1 796 on a pu évaluer, année moyenne, les importations à la Guajra, à 2,36â,ooo piastres. L'exportation , à la même époque , en productions indigènes , a été de 2,739,000 piastres : dont quatre millions sept cent soixante-nquin^e mille kilogr. de cacao , trois cent quatre-vingtsix mille kilogr. d'indigo , deux cent quatre mille kilogr. de coton , tient soixante-six mille kilogr. de café , et soixante^treize mille pièces de cuirs.

Guayaquil. Exportation en productions indigènes, 55o,ooo piastres , dont cinq millions de kilogr. de cacao. Importation , pour une valeur de 1,200,000 piastres.

Cumana , y compris le petit port voisin nommé Nueva-Barcelona. Importations, 1,000,000 de piastres. Exportation, 1,200,000 piastres, dont ' un million-cent mille kilogr. de cacao, 5oo,ooo kilogr. de coton , six mille mulets , un million deux cent mille kilogr. de tasajo (viande salée) '.

On n'a point tenu compte dans ces estimations de la contrebande, excepté dans les ports de Carthagène et de Cumana.

Le tableau suivant présente de nouvelles données sur le commerce de l'Amérique espagnole , et un intéressant objet de comparaison.

> Humboh , EtsiU poiitigne sur ia NouveUe- Etpm^n^ > t. 4 » p* 46s.

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