‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 3)Chapitre 9 sur 13 · COLONIES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

COLONIES ESPAGNOLES

Une noble et dangereuse révolution tient l'Espagne aujourd'hui dans une crise qu'il n'est pas de notrje objet de faire connaître à nos lecteurs. Assez d'autres la leur apprendront : d'ailleurs ce drame ^litique est loin encore d'être à son terme.

Puissent les Espagnols , au milieu des scènes diverses qui agitent leur belle péninsule , ne point perdre de vue le but où ils doivent tendre ! Puissent-ils ne pas oublier que c'est pour le bonheur individuel , pour la liberté personnelle que tout gouvernement est établi ! Qu'importerait au citoyen un régime plutôt qu'un autre , si ses actions, sa vie, sa conduite, se trouvaient entravées, gênées par des actes législatifs ou des servitudes nouvelles, qui, pour être l'œuvre de tous, n'en seraient ni moins pénibles ni moins contraires au but de la société ? .

La liberté politique, qui est celle de tout le corps social, n'est et ne peut être que l'instrument et Tétai de la liberté individuelle , de cette indépendance morale qui assure à l'homme l'exercice de ses facultés, sans qu'il ait besoin d'attendre l'intervention de l'autorité publique.

La liberté personnelle est un des élémens de l'existence individuelle. Elle est nécessaire à la

vie. Les animaux meurent, Thomme dégénère lorsqu'il en est privé : ainsi Ta voulu la Providence ; c'est une loi de la nature. De là cette lutte terrible qui règne depuis tant de siècles entre rhomme, que ce besoin commande, et l'autorité qui en veut comprimer Tactioo et les effets. Plus la liberté individuelle a d'essor dans une nation , plus les arts , le commerce , les sciences . les graodes entreprises s'y montrent dan^leur ricbe développement. Ainsi la Grèce autrefA, ainsi l'Angleterre aujourd'hui nous présentent des résultats disproportionnés à leur étendue, à leur population , par l'influence seule du principe que nous venons d'établir. Que ce principe soit étouffe, ^u'il cesse d'agir, l'empire britannique n'est bientôt I^Jus que le royaume-uni d'Angleterre, qu'une puissance du troisième ordre , et l'Anglais, souverain de l'Inde , qu'un courtier subalterne de marchandises, ou , oe qui est moins encore, un h^mbk et triste courtisan du palais de Saint-James.

La France a fait cette triste épreuve. Après les écarts les plus déplorables des passions politiques, après l'exiagération la plus insensée des maximes d'indépendttnce sociale , elle a vu ses citoyens privés, par une incroyable inconséquence, des libertés les pluB ordinaires de la vie. Sous un gouvernement militaire une police arbitraire était devenue le code de son droit public ; les actes de la volonté individuelle ne s'exerçaient qu'au gré de l'autorité; les droits de refuge, de domicile, de

résidence, de voyage, de réunion, furent détruits, et ce qu'on n'avait pas vu sous les plus despotiques monarques français, même aux temps d'orages et de troubles , devint l'état habituel d'un peuple entier, de la plus brillante nation de l'Europe.

Qu'un pareil écueil ne soit pas le terme des entreprises du peuple espagnol ! Puisse-t-il , au milieu des angoisses qui accompagnent les révolutions, affranchir lea individus de ces lois rigoureuses et de servitude , plus odieuses peut - être et plus inconséquentes dans notre siècle que ne l'était autrefois la féodalité l

L'indépendance individuelle , cette liberté que nous réclamons , a son inconvénient sans doute. Elle soustrait quelquefois le coupable à l'action de la justice ; elle facilite peut-être à l'homme pervers le moyen d'y échaj^er ; mais de pareils ino* tifs doivent-ils lutter contre le principe conservateur de la liberté , sans laquelle tout languit ou dégénère dans une nation? Mais ces points sortent du cercle où notre travail nous retient ; nous laissons donc à la sagacité du lecteur le soin d'en tirer des conséquences , et nous rentrons dans le cadre des objets qui doivent nous occuper.

Commençons par U péninsule, et disons un mot de sa |^uation commerciale « surtout par rapport à la France. Nous passerons ensuite à ses colonies , théâtre de grands événemens, et encore dans toute l'agitation de peuples qui brisent leurs chaînes.

L'Espagne , sous le rapport du commerce comme sous celui de la puissance politique , n'était plus depuis long-temps ce qu'on l'avait vue au seizième siècle. Elle avait été une des premières nations manufacturières de l'Europe ; les nombreux produits de ses fabriques de draperies et de bonneteries obtenaient partout une réputation méritée, et ses soieries étaient très -recherchées. La fertilité de son sol , la beauté de son climat , sa position sur les deux mers , la propriété des plus belles laines de l'Europe, la qualité supérieure de ses soudes et la bonté de ses vins avaient marqué l'Espagne du sceau de la plus grande prospérité.

Il suffit , pour s'en convaincre , de porter son attention sur ce qu'était le commerce de l'Espagne vers la fin du dernier siècle ; on y verra un fonds de richesses qui ne pouvait donner qu'un grand essor à l'industrie nationale , si cette industrie eût été mieux secondée.

La péninsule exportait en Europe , seulement, pour 12,5 12,000 fr. de ses vin$;pour 9,5oo,ooo francs d'eaux-^de-vie ; pour 2,786,000 fr. de raisins secs ; pour 1,000,000 de figues, de noix, de châtaignes de Malaga , de Valence et de Catalogne ; pour 5,640,000 fr. d'huile; pour 5,!^o,ooo fr. de barille , de soude , et d'agua-azul ; pour 176,000 francs de kermès de Valence; 1,600,000 francs de garance ; 5, 600, 000 francs de liège en planches et en bouchons de la Catalogne ; pour 21,1 76,000

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francs de laine soit lavée, soit en suint; pour 20,200,000 francs de fil. Total 87,182,246 fr. d'exportation , pour lesquels l'Espagne recevait des marchandises et objets de consommation.

Il est remarquable que , dans cette somme considérable, n'entraient ni les denrées de ses colonies , comme cochenille , cacao , indigo ou autres productions de ses possessions dans les deux Indes, ni les métaux précieux ; résultat qui constate que sa culture, avec un peu d'encouragement et un meilleur régime administratif, eût pu devenir une des plus riches de l'Europe.

On n'y voit point figurer non plus les objets de son industrie ; elle était alors trop peu avancée : des privilèges , de mauvais règlemens entravaient la liberté du travail , et la nation tirait de l'étranger ce qu'elle aurait pu fabriquer chez elle.

« A ces causes s'en joignaient d'autres qui ont fait perdre à l'Espagne la prépondérance manufacturière qu'elle s'était acquise sous le règne de Charles-Quint , dit le savant auteur déjà cité ' ; d'un côté le progrès des lumières a eu une marche plus rapide chez les autres nations du continent; de l'autre , la possession de l'Amérique a dirigé peu à peu vers ses riches contrées la population , les fortunes et les spéculations des Espagnols. Dèslors le sol a été négligé , et l'industrie , qui ne présentait pas les mêmes bénéfices , a été presque abandonnée. L'Espagne s'est bornée à échanger

■ De l'Industrie françaises par M. le comte Gbaptal, t. i , p. 5.

eD Europe les nombreuses productions du Mexique et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commenceaient dp dix-huitième siècle , l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol , tels que ses laines , ses soudes et ses yins.

c Si l'Espagne , riche des productions du Nou- Yeau*Monde , airait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

« Vers la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissement de Philippe ▼( petit-fiU de Louis jir^wat le trône d'Espagne , et le:» guerres qui ont précédé cet événement , l'Espagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est rapeUsêé, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisi* tion^ le despotisme, la corruption de cour, le» intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jusqu'alors conservé quelque influence.

produits étrangers 9 et mit des droits énormes à leur introduction. II. éluda l'exécution des traités decommercequilui parurent désavantageux : mais le mal était fait ; Tinfériorité des produits de son industrie était trop grande , et l'intérêt du commence trop puissant pour que les actes de Tautorité "dussent exécutés* La France et TAngleterfe continuèrent leur commerce avec l'Espagne , malgré les Texations et la sévérité des lois. On imprimait sur les produits la marque d'un fabricant espagnol. Les commerçans du midi de la France s'abonnaient à l'année avec les chefs des douanes pour introduire leurs marchandises. L'or et l'argent étaient versés dans nos villes frontières moyennant un léger sacrifice. Les établissemens industriels formés en Espagne n'étaient phis qu'un moyen de faciliter la fraude et de la faire circuler impunément dans l'intérieur.

« En consultant les traités de commerce par lesquels l'Espagne s'est successivement liée avec la France , on est étonné de voir qu'elle n'en a presque .jamais observé aucune condition. Le pacte de famille, le traité de 1761 , la convention de 1 763 , et les articles supplémentaires de 1 774 > avaient stipulé que les Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans' toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

' Qu'il nous soit pernÛB de foire une inflexion sar ce panage du oélèbie auteur «de i* IndmMê frtmçoiu. Sans doute il y aurait à s'étonner que , d'après les txait^ , les deux nations ne se fÎMSent pas

en Europe les nombreuses productions du Mexique et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commencement dp dix-huitième siècle , l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol , tels que ses laines , ses soudes et ses vins.

c Si l'Espagne , riche des productions du Nouyeau'Monde , airait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

« Vers la fm du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

* Depuis rétablissement de Philippe y\ petit-fiU de Louis ut»' sof le trône d'Espagne ^ et le:» guerres qui ont précédé cet événement, l'Espagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est rafetisté, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisi* tion^ le despotisme, la corruption de cour, le» intrigues prirent la place des principes et des habitudes sahitaires qui avaient jusqu'àlors conservé quelque influence.

produits étrangers 9 et mit des droits énormes à leur introduction. II. éluda l'exécution des traités decommercequilui parurent désavantageux : mais le mal était fait ; l'infériorité des produits de son industrie était trop grande , et l'intérêt du commence trop puissant pour que les actes de l'autorité "fussent exécutés* La France et TAngletewe continuèrent leur commerce avec l'Espagne , malgré les Texations et la sévérité des lois. On imprimait sur les produits la marque d'un fabricant espagfiol. Les commerçans du midi de la France s'abonnaient à l'année avec les chefs des douanes pour introduire leurs marchandises. L'or et l'ar- ' gent étaient versés dans nos villes frontières moyennant un léger sacrifice. Les établissemens industriels formés en Espagne n'étaient phis qu'un moyen de faciliter la fraude et de la faire circuler impunément dans l'intérieur.

« En consultant les traités de commerce par lesquels l'Espagne s')est successivement liée avec la France , on est étonné de voir qu'elle n'en a presque .jamais observé aucune condition. Le pacte de famille, le traité de 1761 9 la convention de 1 763 , et les articles supplémentaires de 1 774 9 avaient stipulé que les Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans' toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

' Qu'il nous soit permû de foire une inflexion sur ce panage du oélèbie auteur «de i'Indminê frtmçoiu. Sans doute il y aurait à s'étonner <|ue , d'après les traités , les deux nations ne ae fusieot pas

en Europe les nombreuses productions du Mexique et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commencement dp dix*huitième siècle , l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans , et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol , tels que ses laines , ses soudes et ses vins.

c Si l'Espagne , riche des productions du Nouyeau'Monde , airait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

« Vers la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissement de Philippe ▼( petit-fiU de Louis UTy'sac le trône d'Espagne , et les guerres qui ont précédé cet événement , l'Espagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est rafétit$é, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisi* tion^ le despotisme, la corruption de cour, les intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jusqu'àion conservé quelque influence.

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produits étrangers 9 et mit des droits énormes à leur introduction. II. éluda l'exécution des traités de commerce qui lui parurent désavantageux : mais le mal était fait ; Tinfériorité des produits de son industrie était trop grande , et l'intérêt du commence trop pujssant pour que les actes de Tautorité'^ssent exécutés* La France et l'Angleterfe continuèrent leur commerce avec l'Espagne , malgré les Texations et la sévérité des lois. On imprimait sur les produits la marque d'un fabricant espagnol. Les commerçans du midi de la France s'abonnaient à l'année avec les chefs des douanes pour introduire leurs marchandises. L'or et l'ar- ' gent étaient versés dans nos villes frontières moyennant un léger sacrifice. Les établissemens industriels formés en Espagne n'étaient phis qu'un moyen de faciliter la fraude et de la faire circuler impunément dans l'intérieur.

« En consultant les traités de commerce par lesquels l'Espagne s')est successivement liée avec la France , on est étonné de voir qu'elle n'en a pres^ que .jamais observé aucune condition. Le pacte de famille, le traité de 1761 , la convention de 1 763 , et les articles supplémentaires de 1 774 9 avaient stipulé que les Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans' toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

* Qu'il nous soit permis de foire une réflexion sur ce patsage du oélèbce a«teur«de i' Indminê frtmçoiu. Sans doute il y aurait à s'étonner i|ue , d'après les traités , les deux nations ne se fussent pas

en Europe les nombreuse^ productions du Mexique et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commencement dp dix-huitième siècle , l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol , tels que ses laines , ses soudes et ses vins.

c Si l'Espagne , riche des productions du Nou- Yeau*Monde , airait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

« Vers la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissement de Philippe ▼( petit-fiU de Loub ut y^ sac le trône d'Espagne , et le:» guerres qui ont précédé cet événement , l'Espagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est TWfttiiiè, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisition ^ le despotisme, la corruption de cour, lett intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jusqu'alors conservé quelque influence.

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« En consultant les traités de commerce par lesquels l'Espagne s')est successivement liée avec la France , on est étonné de voir qu'elle n'en a pres^ que .jamais observé aucune condition. Le pacte de famille, le traité de 1761 , la convention de 1 763 , et les articles supplémentaires de 1 774 9 avaient stipulé que les Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans' toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

' Qu'il nous soit permis de foire une réflexion sur ce patsage du oélèbce a«teur«de i* Indminê frtmçoiu. Sans doute il y aurait à s'étonner que, d'après les traités, les deux nations ne se fussent pas

en Europe les nombreuses productions du Mexi-* que et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commenceaient dp dix*huitième siècle, l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol, tels que ses laines , ses soudes et ses vins.

c Si l'Espagne , riche des productions du Nou- Yeau*Monde , arait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

« Vers la fin du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissement de Philippe t% petit-fils de Louis ziT,^8af le trône d'Espagne ^ et les guerres qui ont précédé cet événement , l'Espagne a vu décroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est rapetitii, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisition > le despotisme, la corruption de cour, les intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jusqu'à- Ion conservé quelque influence.

produits étrangers 9 et mit des droits énormes à leur introduction. II. éluda l'exécution des traités de commerce qui lui parurent désavantageux : mais le mal était fait ; Tinfériorité des produits de son industrie était trop grande , et l'intérêt du commence trop puissant pour que les actes de l'autorité "^ssent exécutés* La France et l'Angleterfe continuèrent leur commerce avec l'Espagne , malgré les Texations et la sévérité des lois. On imprimait sur les produits la marque d'un fabricant espagisol. Les commerçans du midi de la France s'abonnaient à l'année avec les chefs des douanes pour introduire leurs marchandises. L*or et l'ar- ' gent étaient versés dans nos villes frontières moyennant un léger sacrifice. Les établissemens industriels formés en Espagne n'étaient phis qu'un moyen de faciliter la fraude et de la faire circuler impunément dans l'intérieur.

« En consultant les traités de commerce par lesquels l'Espagne s'iest successivement liée avec la France , on est étonné de voir qu'elle n'en a presque .jamais observé aucune condition. Le pacte de famille, le traité de 1761 , la convention de 1 763 , et les articles supplémentaires de 1 774 9 avaient stipulé que les Français et les Espagnols ne feraient qu'un même peuple dans toutes leurs relations commerciales ^. Ces conditions n'ont ja-

■ Qu'il nous soit permû de foire une inflexion sur ce passage du oélëbie a«teur«de i* Jndminê frtmçoiu. Sans doute il y aurait à s'é* tonner que, d'après les traités, les deux nations ne sefnsseot pas

mais reçu leur exécution en Espa^^ne , et la France y a été constamment sacrifiée à l'Angleterre. L'écarlate des fabriques anglaises entrait dans l'assortiment des expéditions , tandis que l'écarlate française était imposée séparément, et très-cher; on tarifait les draps fins d'Angleterre coipme draps de qualité ordinaire, ceux des autrefl** nations payaient beaucoup plus.

« Les contestations qu'éprouyaient les commerçans français en Espagne devenaient interminables par la nécessité de passer par la filière de ces nombreuses chancelleries qui prononçaient sur les affaires commerciales : les Anglais avaient obtenu une juridiction plus prompte et moins dispendieuse. Les visites se faisaient en tout temps par les douaniers dans les magasins des Français, tandis que dans ceux des Anglais elles ne pouvaient avoir lieu qu'en présence du commissaire des relations commerciales ou de son délégué.

« Les choses étaient dans cet état lorsque l'ordonnance de 1779 vint aggraver notre position en Espagne en repoussant plusieurs articles importans de nos fabriques , et en augmentant les droits d'entrée de beaucoup d'autres. Cette ordonnance prohiba les cotonnades ; et la loi fut ob-

comportées comme une seule et même nation, si ces traités avaient été néfiTO' iés ou au moins sanctionnés du consentement et avec l'avis et l'assentiment des peuples; mais ceux-ci n'y étant pour rien , n'étant ni consultés, ni pris pour juges de leurs intérêts, la force des choses l'emporta , et les deux peuples restèrei|t aussi divisés que s'il n'j avait point eu de traités.

servée arec une telle rigueur, que Ton confisquait les tissus de fil dans lesquels on est forcé de faire entrer quelques bandes de cotoh rouge ou violet , parce que ces couleurs sont plus belles et plus solides sur le coton que sur le fil. Cet acte de prohibition ferma un immense débouché à nos fabriques de mouchoirs du Bé^rn et de la Mayenne, et à celles de batiste et de linon de Saint-Quentin , Courtray et Valenciennes.

« La chapellerie française, surtout celle de Lyon, avait eu jusque-là un grand débouché de ses produits en Espagne; mais la même ordonnance anéantit ce commerce ; l'importation en fut prohibée pour Madrid , et dans un rayon de trente lieues autour de celte capitale ; partout ailleurs le droit fut établi de 3 livres lo sous à 5 livres i5 sous par chapeau , selon le degré de finesse , indépendamment de la taxe d'inter-^nation , qui était de trente-trois pour cent de la valeur.

« Les bas de soie avaient eu leur entrée libre jusqu'à cette époque , et la France en fournissait à l'Espagne environ quarante mille douzaines par an ; l'ordonnance en soumit l'importation à un droit tellement fort, qu'il équivalait à une prohibition. Nos toiles et nos draps éprouvèrent les mêmes embarras. Ajoutons à cela que tous les actes des agens du fisc étaient arbitraires , que la législation variait au gré des préposés et de l'administration du port. La visite des vaisseaux devait être faite conformément aux sages disposi-

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tions de Tarticle 7 du traité supplémentaire de 1774? et les seuls objets de contrebande pouvaient être confisqués ; mais on séquestrait la totalité de la cargaison. La confiscation et l'emprisonnement devaient être prononcés sans jugement préalable ; les balles et ballots, restaient exposés aux intempéries de la saison jusqu'à ce qu'il plût aux agens espagnols de les visiter. Ainsi l'homme coupable qui avait chargé sur un navire des objets prohibés compromettait la, fortune du négociant honnête qui n'expédiait sur le même vaisseau que des marchandises tolérées.

« Ce qu'il y avait encore de plus fâcheux pour le commerce dans la législation des douanes en Espagne, c'est qu'elle variait suivant les caprices ou les besoins du gouvernement ; à tel point que des expéditions de même nature, faites à des temps très-rapprochés , y éprouvaient des chances très-différentes. On repoussait le lendemain des objets qui auraient pu être admis la veille ; on grevait d'un fort droit d'entrée ce qui en avait été exempt jusque-là ; et comme le commerçant ne hasarde une expédition qu'après l'avoir bien cal* culée, celles qu'il dirigeait sur l'Espagne ne lui présentant plus de garantie, il s'était vu forcé à traiter avec les chefe des douanes pour pouvoir établir ses opérations sur des bases fixes : de sorte que le pays était couvert de marchandises étrangères qui ne payaient plus de droits au tré^r public.

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c Tel Sera le sort de tous les gouyernemens tant que Tindustrie de leur nation sera très-iAférieure à celle des pays voisins , et que les lois , variant au gré de Fautorité , n'offriront plus au commerce ni garantie de sa propriété , ni des bases solides sur lesquelles il puisse régler sa conduite. Le besoin et l'intérêt réciproques triompheront constamment de tous les obstacles que peut op* poser l'autorité. »

L'Espagne tient aujourd'hui à peu près la conduite que blâme le ministre dont nous venons de rapporter le passage qui précède. Irrités de la stagnation du commerce , du défaut de travail pour la classe ouvrière , les cortès ont frappé de prohibition presque tous les produits de l'industrie étrangère. Mais cette mesure, arrachée par les circonstances plutôt que sagement mûrie et combinée , produit aujourd'hui l'effet qu'on vient de rappeler ; les ateliers nationaux ne profitent pas , ou profitent peu de la prohibition . parce que l'industrie espagnole n'a pas encore dans beaucoup de branches atteint la perfection qui rend la concurrence étrangère inutile ou peu dangereuse. Les avantages d'une plus grande perfection et du bas prix surmontent tous les obstacles , quand la corruption ne vient pas au secours du commerce. 11 n'y a pas de doute que le gouvernement libéral qui fait des efforts pour se consolider en Espagne reviendra sur cette mesure , et ne l'emploiera qu'en

2'J2 iTAT ACTUEL DU COMMERCE

proportion de son utilité » et surtout de la possibilité de l'exécuter.

L'Espagne fournissait à la France et lui foui*nit encore une assez grande quantité de productions de son sol et de ses colonies ; moins qu'autrefois cependant, parce que le sol français et la culture ont multiplié chez nous beaucoup de ces productions que nous tirions auparavant du dehors.

Celles de son sol que l'Espagne envoie chez nous consistent surtout en laine de mérinos^ soude d'Alicante et de Carthagène , vins et eaux* , de - vie : peu de ces dernières. La cochenille et les peaux de Buenos-Ayres entrent encore dans les marchandises qui nous viennent par la voie de Cadix , des colonies espagnoles.

Mais ce qui rendait fructueuses nos relations avec l'Espagne avant la grande scission des colonies et les événemens de la péninsule , c'était surtout l'or et l'argent que la France en tirait. On a évalué constamment ce numéraire à 5o, 000,000 de francs, par année.

La laine des mérinos était alors un objet de sept à huit millions; les soudes une valeur de deux à trois millions.

L'importation de ces articles a dû diminuer; parce que> d'un côté, la guerre qui a dévasté l'Espagne a détruit un grand nombre de mérinos, et çu'il faut du temps pour réparer ces pertes ;

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et que d'un autre doté la propagation en France de cette espèce de moutons fournit déjà , en laine qu'elle donne , au moins un tiers de nos besoins. Quant à la soude , l'importation doit en être encore plus restreinte depuis que nous avons trouvé le moyen d'en extraire du sel marin , et de pouvoir à plus bas prix en approvisionner nos nombreux ateliers de savonnerie, de teintureries, nos buanderies , blanchissages , verreries , etc.

Si l'on considère encore que les troubles survenus dans les colonies espagnoles interrompent le commerce réglé que la métropole entretenait avec elles , on verra l'Espagne ne plus offrir à nos produits que la consommation de ses habitans :

pilleurs la privation du numéraire qu'elle retirai tîhkMexique et du Pérou ne lui permettrait plus de s jlder la balance de l'immense commerce que nous faisions avec elle.

Dans l'état actuel où se trouve l'Espagne, notre commerce doit donc être considérablement réduit, et cette réduction porte principalement sur les cotonnades, les toiles peintes, la draperie légère, la chapellerie, la bonneterie, la mégisserie et autres objets, qu'elle tirait de France pour les envoyer dans ses colonies. Le débouché de ces divers produits pour la consommation intérieure ne peut pas être considérable, attendu que 4a plupart se fabriquent aujourd'hui dans le pays, et que , pour peu qu'on éprouve de difficultés à

en Europe les nombreuse^ productions du Mexique et du Pérou contre des objets qu'elle envoyait à ses colons. Au commenceoient dp dix-huitième siècle , l'Espagne ne retirait presque plus de son territoire européen que quelques grossières productions nécessaires à la consommation de ses habitans, et elle n'offrait au commerce qu'un petit nombre d'objets particuliers à son sol, tels que ses laines , ses soudes et ses vins.

« Si l'Espagne , riche des productions du Nouyeau*Monde , avait su conserver sa prééminence manufacturière, elle serait aujourd'hui, sans aucun doute, la nation la plus puissante de l'Europe ; mais le système qu'elle a suivi l'a fait descendre du rang où elle s'était élevée ^ ; et , devenue tributaire de l'industrie de ses voisins, elle a retiré moins d'avantages de son sol et de ses colonies que les étrangers , à qui elle fournissait les matières premières qui en provenaient , pour les reprendre ensuite en objets fabriqués.

c Vers la fm du dernier siècle , le gouvernement espagnol s'occupa enfin de faire revivre l'industrie dans ses états , et employa divers moyens pour arriver à ce but. Il prohiba d'abord presque tous les

' Depuis rétablissement de Philippe y^ petit-BU de Louis ziT,'8ar le trône d'Espagne » et les guerres qui ont précédé cet événement , l'Espagne a vu Recroître sa prospérité intérieure. Le gouvernement s'est rwptAUêi, si l'on peut employer une telle expression. L'inquisi* tion^ le des^tisme, la corruption de cour, les intrigues prirent la place des principes et des habitudes salutaires qui avaient jusqu'alors conservé quelque influence.

est réduit à presque rien , et si celui qui se faisait avec Tintérieur est presque détruit par Teffet de la prohibition et l'établissement du grand nombre de fabriques qui s'y sont formées , le commerce des productions du sol français a moins souffert. Il était considérable autrefois. Nous envoyions autrefois en Espagne pour une valeur de 3 à 4,000,000 en moutons des montagnes de TAreyron, du Tarn et des Pyrénées Ten jeunes mulets du Limousin , du Cantal et du Poitou ; en porcs du Périgord et du Quercy, etc. Nous fournissions à ce pays des grains , des légumes , des poissons, des fruits, pour environ 2,000,000. Nous lui vendions presque tous les produits chimiques employés dans ses fabriques , ainsi que des ma-> tières colorantes nécessaires à ses teintures. Ce commerce ne peut se perdre entièrement, et même il doit prendre de l'activité en proportion de celle des fabriques d'Espagne, puisqu'il fournit des objets, les uns nécessaires à la subsistance du peuple , les autres à ses travaux d'industrie.

Ajoutons à ces notions l'aperçu du commerce actif de l'Espagne avec l'Europe et l'Amérique , estimé en francs d'après des données certaines.

La valeur des marchandises nationales expor-« tées d'Espagne en Amérique fut, savoir :

276 iTki ACTUEL DU COMMERCE

En 1788 39,255,809 fr-

En 1789 36,100,010

En 1790 25,5oo,ooo

En 1791 29,000,000

En 1 792 67,500,000

Le terme moyen est d'environ. . 44»^^^9^o^ fr* La valeur des marchandises étrangères, terme moyen 35,ooo,ooo

Total 79,000,000 fr.

•Ainsi TEspagne envoyait annuellement pour £oixante-dix-neuf millions de marchandises. dans ses colonies : c'était surtout par Cadix que ge faisait ce grand commerce , aujourd'hui suspendu, et très-sûrement réduit pour toujours de beaucoup par l'affranchissement des colonies.

Ce commerce avait été encore plus considérable depuis l'époque que nous venons de prendre pour terme de comparaison. En effet, celui de la Vera-Cruz seul , port du Mexique par où se font presque toutes les expéditions de l'Amérique continentale , avait été en 1 802 , savoir :

Importations venues d'Espagne

pour une valeur de 82,494^000 fr.

Exportations des productions et

métaux précieux en Espagne. 1 1 5,342,000 fr.

Les articles principaux du commerce de l'Espagne avec ses colonies consistent en une quantité considérable d'ouvrages des manufactures

espagnoles, en une importation en Europe de productions coloniales et de métaux précieux , tant en lingots qu'en piastres , soit pour le gouvernement, soit pour les particuliers.

L'Espagne envoie aux colonies des carreaux de faïence de Valence, des gros draps de cette province pour l'habillement des troupes , beaucoup de quincaillerie, du papier peint pour ameublement, des indiennes , des toiles et étoffes de coton de Catalogne , des bas de coton , des rubans de même matière, une énorme quantité de mouchoirs de soie ; beaucoup de bas de fil tricotés ; huit cent mille varras ' de toileries ; du linge de table ; des rubans de fil ; des peaux , cuirs et corroieries de la Galice; deux cent mille paires de souliers; beaucoup de bas de soie , beaucoup d'étoffes de soie , et mêlées d'or et d'argent; beaucoup de papier de Valence et de Catalogne.

Les colonies donnent en retour a l'Espagne du café, du sucre, un peu de coton, du tabac, des cuirs , du cacao , de la vanille , des bois de teinture , des bois de construction , et des sommes considérables en or et argent monnoyés.

Une partie de l'or et de l'argent appartient au roi, le surplus arrive pour le compte des négo* cians , et sert à solder la balance du commerce entre l'Espagne et ses colonies.

On évalue ordinairement, d'après des calculs

' La varre ( varas ) ou tarré d'Espagne, répond à vingt-neuf pouces quatre lignes du pied-dc-roi. Une varrc et demie fait l'aune de Paris.

modérés, de 120 à i5o,ooo,ooo de livres tottrnoisla quantité connue et déclarée d'or et d'argent qui passait annuellement des colonies américaines en Espagne. Il en passait aussi en fraude pour des sommes considérables. Une grande partie servait à payer à l'étranger les marchandises qu'on en avait tirées, et que l'Espagne Ji 'avait pu fournir. Le tableau suivant, qui comprend, outre le continent 5 les Philippines , Cuba , la Trinité , etc. , fait connaître dans quelle proportion chaque port de l'Espagne contribuait à son commerce colonial, en prenant une année antérieure à la guerre, telle que fut celle de 1788.

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