‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 12 sur 34 · COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

COLONIES FRANÇAISES

Lia. France n'est plus ce qu'elle était arant et pendaot la révolution qui s'est opérée daas son lein. De nouveaux intérêts s'y sont formés ; des moeurs , ou plutôt des habitudes nouvelles s'y sont introduites. Ses destinées sont enfin fixées, quoique son avenir offre encore d'importantes améliorations à foire. La liberté , objet de tant d'agitations et de soins, j est mal connue des uns, méprisée des autres, abhorre de certains individus,' qui voient en elle rennemie irréconciliable du pouvoir absolu dont ils sont idolâtres. Au milieu de ce conflit , cette grande et puissante nation ne s'occupe pas assez peut-être de la réforme de quelques lois vicieuses qui , si elles subsistaient, rendraient toutes ses espérances vaines, et remplaceraient les anciennes servitudes par des servitudes plus dures et plus insupportables peut-être dans le commerce de Jji vie.

•u ceiii*a liberté a été méconnue dans notre révo- .'^,j'*, si l'esprit public et l'indépendance morale ont été entravés , le travail est resté libre ; mais ce n'a pas été sans de violentes attaques auxquelles jusqu'ici il a résisté. Quelle est la raison a5

354 ^TAT ACTUEL oc COHHERCZ

d'uti pareil phénomène ? A <|uoi attribuer cette lutte et cet esprit de doute politique chez un peuple éclairé, riche, et le premier du monde par la ^oire militaire ; ce n'est pas ici le lieu d'en rechercher les causes.

En prenant la France telle qu'elle est, nous nous bornerons à présenter l'idée de son commerce à une époque très-rapprochée, et à faire connaître ses possessions coloniales.

Ce beau royaume compte sur une étendue de trente-quatre mille huit cent dix lieues carrées ( j compris la Corse) , ringt-neuf millions deux cent dix-sept mille habitans, distingués par leur goûtdanslesWtsJeur aptitude à tous les travaux, et leurs progres dans les sciences.

Le sot fécond en tout genre de productions présente une masse de richesse supérieure à tout ce qu'on trouve ailleurs : les estimations les plus sûres en portent la valeur à 4*678,708,000 fr. , produit brut d'un capital de 32,giio,530,ooo fr. en propriétés immobiliaires; et de 3, 000,000,000 en propriétés mobiliaires agricoles'. C'est sur

' Pirini Ici noiubreui produit) de li culture qui en compOKnl if rCTcnu bnit il bul fiire rcoiirquu Ici tioi, dont la 'i'^t*>J'l,nit mofeana, Mt da 7ilt,ç)4>>6?S rrnacc, j conpri» cinq millî't,^ j^j, cent cinquante- huit ■oiUe huit cent qu*tte-rMgt dii bcctolRWr, fj^,. TiU pour U fubtinlioD d«« eaïu-de-vic; let laiDca. 8i,33g,3i7rrai>c); coo>Bi de loit, ii,^it,t»j friBC*; ckiavie, 3i>,ç)4i,S4o (Vkhsi ; lii», i|^ooo,ooo de franc* ; gviocc . 4>P<M,0M) 4e frUM* ; boii cl forStt , ifiiUoiiMO fraoci ; huilei de toqte npecc, ^0,000,000 de fraoc*; labici, 7,000,000 de Aeitcaj petiiei cdHiitci, lellei q«e pMtel, fsndr.

DKS DKKX INDBS. 555

ce produit brut que sont prélerés )et Hiaires de la. culture , les ÎDtérèti des capitaux et du fonds d'exploitation ; ce qai laisse un produit net de 1 ,3^,'joS,3']0 francs , sur lequel sout assis l'Iinpdt foncier et le re?eiiu des propriétaires '.

La richesse de la France ne se montre pas moins dans les r^nltato de son industrie, te Oiinistre savant et zélé à qui lïous devons les précéden» rense^etnens a égalettleni éviloé tous ks tra* Taux industriels du royaume.

Il a tiDUTé que les prodaîts de l'industrie ma- Dufactorièi^ ftprësevtent ufle râleur codaaïcrtil&le de 1 ,830, 1 034<>9 ftincB , f «Uur qui Se compose , savoir , de 4 ifljOoOiOoo de francs en matières pre* mières indignes.; de r86,âoo,doo defrahcs en matières premières exotique^ ; de 844)OOo,ooo d« francs en main-d'œuvre; de 192,000,000 de

honblM, i^\kM,Mltai>, t;7aD,DM fr.; cbttiigiictai»*, S,int,fiMrT. EaGn un rcTcou brut de i,j)Kh33i,tl48 fiMw* pour !«• gw^i* fl Ugataet ttet que l'oa i^colte fuiii, looéfe majeauc , u«oir, cinquautE- •« miflioDi dnq cest nrille dew Mnt* bectoiltrM de bli , Il 18 fima llKCtolitn ; tiEOte miHifn» dau M«t 9MlK-T>ngt-<du nllq Mât Mttiaaie-nii hectolitret de lugle et méleil, 1 11 fr. ; six miliiont Iroï^ cent état milll Uoii cent kîk heet«[ilrei de milg i 1 1 franc* ; huit ulHioM qutra ciBt osUf tillla quMM teni mUMI^ii^ûW (mMuMnI da MmuD à C &. ; ua nillian tcft mdI ^wnn tîsgt db-kuit milb ■il ceal uiie hectoHtrM de légumei tcca ( poia, baricoU, lenlilln , Rtet)* iH fr. ; Ai-arnf millioin hait ceuf mille lept tcd< qua^nle- UB liectoliire* de pominea de Itrre à3lr>|tMakeiicbiA>!l|eMiManr- •ii hedolîtret d'iTOine i 9 fnnc* ; >d millioa cenf troii aille omi tODiDle- dii -Mpl ticctulîtrei de menui gruni { dteoeiir, l'eMe, ia3Uiit,rtç.] Hthtéa. ....

356 iTkr ACTDiL du cohhbice

fraocs de dépenses géoérales, telles qu'usé d'outils, réparatiouB , chauffage, iatérits de la première miae de fonds pour construction , achat de mëtien, etc. Enfin, de i8â,oo5,aai, francs pour béuéfice du fabricant.

Dans cette estimation de la richesse industrielle D'est point comprise celle qui résulte de rcxploitatjon< des mines de fer, houille et substances salines de la France , qui foraie un objet d'une grande valeur.

£n retranchant du produit total de l'industrie française4i6,ooo,ooodefrancsdesproduitsdu80l, il reste i,4o4fioa,4o9 fr., qui représentent les frais de fabrique de tout genre , la atain-d'ceurre , la valeur des matières premières tirées de l'étranger j> et les bénéfices du manufacturier.

Donnons maintenant une idée du commerce extérieur de la France ; on verra ce qu'il peut devenir encore par ce qu'il a été k une époque an- . térieure aux cbangemens qui s'y sont opérés : ladiatribution où nous allons entrer de ses diverses branches . facilitera l'application des résultats et dea conséqueuces qu'on en pourra tirer. Nous suivrons encore ici le savant auteur qui noue a servi de guide dans l'évaluation des richesses territoriales et de l'industrie.

La'première classe des matières qui composent le commerce d'importation çt d'exportation consiste en boissons et en comestiblea ; la seconde.

DKS DIDX INDES. 357

en matières premières des fabriques ; la troisième, en bêtes de somme ; la quatrième se compose dee métaux en nature ; la cinquième , des produits fabriqués ou manufacturés'; la sixième, des drogues médicinales et de celles qu'on emploie aux fabriques ; la septième, des matières d'or et d'argent.

1" CLASSE. Bouton» et comettibte».

kwmitt. luporUliou. EiportalioDi.

17S7.... ao4,65i,3oo ft. a3i, 800,900 fr,

i7â8 â43,6i3,ioo a53,4o7,aoo

II* CLASSE. Matièret premières de» fabriquée.

Aaafct. Impoitilioai. Eiportttiotti.

1787.... i94,65i,5oo fr. 4')^07>8oo fr. 1788.... i7i,924>6oo ^ii,l\,62,-)oo

178g.... 176,113,000 44>^90)Ooo

111* CLASSE. Bêtee de tomme.

knitM,

3,104,000 fr.

1,465,600 fr.

IT* CLASSE. Métaux en nature.

Ai>i>.

.. 30,335,100 fr.

6,755,400 fr.

.. 3i,568,goo

4,i3i,ooo

1^58 BTAT ACTUKL DU COMMERCE

T* CLASSE. Produit» fabritjàét ou manafacturét.

AoDlici. ImportflioiH. EipgruiioDf.

1787.... 120,526,700 fr- i54io38,4oQ fr- 1788.... 69,609,600 1 56,36 1,800

1 789. . . . 63,635,000 1 56,5â9,ooo

Ti* CLASSE. Progufs médicinmlet et empbyéet aux fabrique».

Aonjct. ImpoiUtiMN. Expgrittioaa.

1787.... 6,g6o,aoo fr. 3,324,000 fr.

vil* CLASSE. Matieret d'or et d'argent.

Ad née*. ImportatioBi. EipocUtioQS.

1787.... 80,853,100 fr. 5,731,000 fr. 1788.... 60,705,100 1,I03,00Q

La valeur totale de nos importations en France a donc été,

en 1787, de 630,871,700 fr.

et celle des exportations ,

CD 1787, de l^l^l^,%\l,\QQ fr.

DES DEbX INRES. 559

Ces résultats paraissent défavorables  la balance du commerce français, puisque les importations sont de beaucoup au-dessus des exportations; mais , si l'on considère qu'on a fait entrer dans le calcul des importations les productions de nos colonies d'Asie , d'Afrique et d'Amérique pour une somme de 340,000,000 , tandis que les exportations pour ces colonies ne e'éle?aient , terme moyen , qu'à 90,000,000 , ou trouvera que les exportations excèdent les importations.

II faut encore remarquer que dans ces tableaux sont compris les monnaies étrangères et les lingots d'or et d'argent importées pour une valeur de plus de 60,000,000. Il résulte de ces considérations que la balance du commerce a été constamment à l'avantage de fa France.

£n I ^ga, le commerce français prit tout à coup un grand accroissement par l'activité qui s'étendit à toutes les branches d'industrie et de spéculations. A cette époque les états du continent de l'Europe, ou ceux avec lesquels la France commerçaK, conservaient encore leurs liaisons et leurs besoins ; les manufactures n'y avaient pas fait les mêmes progrès que chez nous , et l'on n'y voyait pas encore formés ces établissemens qui fournissent en grande partie à la consommation intérieure de chacun d'eux. Cette circonstance et le grand mouvement donné aux esprits et aux travaux en France expliquent pourquoi nos exportations s'élevèrent, pendant 179a, à 7iio,tSo,OM>

36o KTAT ACTLEt DU COUHERCE

francB , et nos importations à 496,570,000. En Toici la répartition entre tous les états de l'Europe, l'empire ottoman et les États-Unis de l'Amérique. Ces détails peuvent fournir d'utiles points de comparaison : nous les tirons de pièces authentiques ^

Iniportationt en France, et exportation» dan» V étranger , pendant 1792.

Etili. Impcn'litioai. Ëiportalbo*.

Espapie 7;,aoi,ooo fr. 69,53o,ooo fr.

Porlugal 6,1^7,000 ?iad7>°°*>

Étals du roi de Sar-

daigne 18,549,000 aa,6o3,ooo

République de Gènes. 39,759,000 34.147,000

Hilatiai!! et Toscane. io,a58,ooo a3,3a8,ooo

Naplcs et Sicile • 3l!,o64,ooo 14, 186,000

Eonje et Vcdïhj 3,779,000 io,3S6,aoo

Angleterre, Ecosse et

Irlande 86,401,000 59,748,000

Hollande 3o,ggf>,ooo 1 19,597,000

VUles anséaiiqucfi. . . 15,842,000 go,g58,ooo

Ëtats autrichiens en Flandre et en Allemagne 13,91 1,000 74,065,000

Allemagne et Pologne. 19,781,000 67,378,000

Suisse, ses alliés et

Genève 10,087,000 53,3Si,o«o

Danemarck et Nor-

wégc 9,380,000 9,923,000

ToTiux 353,145,000 fr, 645,661,000 fr.

■ ToMwM tAmaHf dm eemnurtt tamt ^or Utm fu* foe «mt, Awi^ att, mnûtèrt du Mffèitu étramgèrm , 1791.

D£S DEUX IRDBS. 36l

ilata. ImportitioDi. BxporlalraH.

RiFOBT.... 353,145,000 fr. 645,661,000 fr.

Suède 7,195,000 34)55,000

PnuM 3,340,000 1 3,549,000

RuMie 5,i84>ooo 4i^^tOO<>

Étala -liulB d'Améri-

qne 15,098,000 5,69a,ooo

Le levant 01 l'e:npiro ¥

ottoman S7,5i3,ooo /i^,S&a,ooQ

ToTici 4Sit375,ooo fr. 730,188,000 fr.

Cène somme de 720,1 88,000 fraocs, résultat deTexportatioD, se composait , 1 * de 397,075,000 francs en denrées de crû de la Fraace, produits de ses fabriques et manufactures; a* de 3o,03g,ooofr. en marchandises provenaDt du commerce de llnde ; 3* de a93,o84)O0o fr. en denrées des tles françaises de l'Amérique.

Les 993,084,000 francs de denrées coloniales n'étaient pas le seul résultat de nos possessions en Amérique, et de notre commerce avec les deux Indes ; ce résultat présentait encore bien d'autres avantages. En voici l'analyse à une époque où nous n'avions encore perdu aucun des établissemens recouTrés à la paix de 1 783.

On s'est assuré qu'année moyenne de 1 787 à 1789 inclusirement , le commerce reccTait des colonies françaises d'Amérique en café , quatre cent douze mille huit cent soixanteM{uatorze quintaux (poids de marc) ; en coton , quatre-vingtquinie mille six cent six quintaux ; en sucre de

36a iTKT ACTUEL DC COHICERCE

toutes sortes , un millioD sept cent quatre-vingtneuf mille sept cent treize quintaux ; en indigo , onze mille trois cent quarante-huit quintaux, et en beaucoup d'autres denrées pour une valeur de 3o5,4oi,ooo francs.

On sait aussi que pendant une année moyenne de 1787 à i789inchsivement,lecommerceafait passer aux colonies françaises d'Amérique deux cent quatre-vingt-treize mille six cent quarantecinq quintaux de farine , cent dix-neuf mille cinq cent six muids , et vingt-six mille six cent vingtcinq bouteilles de vins de Bordeaux et autres ; . pour 1 5,43g,ooo francs de toilerie nationale , non compris les mouchoirs et les mousselines ; toiles des Indes, pour une valeur de 714,000 &ancs; en viandes et poissons salés , pour4<579,ooo francs ; ce qui , avec d'autres denrées et marchandises , a donné une exportation de 69,993,000 francs ; somme que nous avons vu ne s'être élevée en 1793 qu'à celle de 5s,563,ooo francs.

Si nous nous rapprochons des époques postérieures , nous trouvons un grand changement dans ces résultats du commerce colonial. En effet, en l'an 8 les états authentiques de la balance du commerce ne portent les importations coloniales de France j tant des Indes occidentales qu'orientales , qu'à une somme de i,483,ooo fr. en café, épiceries , toilerie de» Indes , gomme y et les exportations à celle de â8a,3oo fr. en métaux et autres objets.La guerre maritime, l'insurrection de Saint-

DomJDgue , reDTahieseiueDt de dos établisfiemeDS par les Anglais expliquent cette nullité, qui a duré jusqu'à la paix de i8i4 t époque à laqt^elle nous sommes rentrés dans nos possessions.

Il est remarquable pourtant qu'à cette mémo époque de l'an 8 notre commerce continental conservait son importance et son étendue dans les marchés de l'Europe : en voici le résumé officiel.

Importatiom en France pendant l'an 8.

1* Su6siilancei. Denrée» coloniales ',

boissons Ae loules sortes, pourune somme fraac*.

de ii4)igo ooo

Dont particulièrement , en eauK-de-vie, Troniages, rmao.

huile d'olive , poinomi. . . 1 1 ,63g,ooo

Café 36,671,000

Sucre 4^,856,000

Epicerie, en poivre, etc. . . . ]),254,ooo 9° Mitaua:. Cuivre, fer, scier, élain,

plomb , etc S,69'|,ooo~

5* Matiimt prtmièrt» pour les manu-

Êictures et les arts iSS.Sgi ,5oo

Dont particulièremeol , co- tnwt.

ton 35,173,000

Laine i4,8i3,ooo

• Potasse et Mnde ■ 1 ,476,000

Huile pour fabrique i3, 131,000

Indigo , i3,335,ooo

CocbeniUe ^(fiii,win

Tabac 1 1,657,000

' Le* denrtet ooloablu noiu itaiârat t celle jpoipiï par lc> Améric«Da,lM D«m», al kt Ai(luai«a*l« oosi «l«iMuim<

364 ilAT ACTtEt DU COMMERCE

4* Béte» de «omme et chevaui 788,600

S* Induttrie étrœngirc, teQe qu« rubanerie, toilerie de coton, chapellerie de paille, mercerie, peaux, pelleterie, quincaîUeiie, savon, elc 39,a65,ooo

Dont particulièrement, toi- fraao.

lerie de coton 34,000,000

Kubanerte 9,738,000

Mercerie , peaiix, pelleterie, quincaillerie , savon ^^9'S,owt

6* Uatièrtt dfor et tCargetu enr^ùtrées, particulièrement piastres venannnbpagne 38,4^7,000

7* OiijeU réunit. . v 3,098,800

Ce qui donne une importation eu France de la somme de 335, 1 16,400 fraiirs.

l^es exportations de la France, pendant ta même année, ont été ainsi qull suit :

I* Suitùtance* ei hmuont 87,563,5ijo

Dont particulièrement , en rnnra.

bestianx i3,65j,ooo

Eanx-de-vie ifi,66g,o-jo

Vins diven 31 ,33g,ooo

Vins de Bordeaux 1 1,488,000

Sel 5,386,000

Blé et farine 5,517,000 •

Fromages et fruits secs 3,875,000

3*. Métaux. Cuivre, éUin, plomb, fer. ^,53o,ooo 3* Matiireê premièrei pour Icit manu-

Eactutes et les arts 33,694,500

Dont particuliëEement , co- (nota.

ton Qlé 3,3^,0Qo

DES DtVX INDKS. 5G5

Cuin appréléa. 7,55a,ooo

Cochenille 5,6o4)0ou

Tabae 4^5,ooo

4' S^Uê de somme , muleta a,a44iW>o

5* /wtuMm/'ranfaiM, telle que bonneterie, draperie, étoffes de laine, de soie, chapellerie , toilerie de liu et de chanvre , bijouterie, mercerie, meablea, quiDcailIc*

He, etc i4o,854,3on

I>ont particuHèrement, soie- Tnaet.

ries 4iia3*>ooo

Lainage aS, 146,000

Cotonnades ia,335,ooo

Toiles de lin et chanvre 34,866,flno

ftlodea, mcuMes, horlogerie, bijouterie, meroerfe, peaux, haUJlemens , porcelaines , clous, quincaillerie, savon, verrerie aa, 000,000

& Matièra d'or et d'argent (i^,aan

7* Olijeta réumt a, 199,000

Ce qui donne» pour nos exportations .sur le continent, pendant cette année, la somme de 371,575,600 ^■;etparcon8équent une différence en fa?eur de l'importation , de 53,540}8oo fr.

La paix d'Amiens (aSmars 1802) ayant rendu un moment la liberté au commerce , il en profita pour rouvrir ses relations avec l'Inde et les colonies d'Amérique.

Nous reçûmes de ces dernières pendant l'année qui suivit la signature , c'est-à-dire pendant

l'an 10 et partie de l'an 1 1 , les quantités suivantes de denrées coloniales , savoir :

En café des colonies françaises, sept millions cent soixante<cinq mille quatre cent quatre-vingt* six kilogrammes ■ ; de l'étranger , quatre millions deux cent soixante-onze mille cinq cent quatrevingt-cinq kilogr. : total des cafés, onze millions quatre cent trente-sept mille soixante-onze kilogrammes.

En sucre brut des colonies françaises, trois millions six cent quatre-vingt-dix-sept mille deux cent vingt-sept kilogrammes ; de l'étranger, treize millions cinq cent quatre-vingt dix-neuf mille cinq cent trente -neuf kilogr.: total des sucres bruts, dix -sept millions deux cent quatre-vingtseize mille sept cent soixante-trois kilogrammes.

En sucre terré des colonies françaises, cinq millions sept cent six mille cent soixante-treize kilogrammes; de l'étranger,' deux millions deux cent cinquante-quatre mille siï cent quatre-vingtcinq kilogr. : total des sucres terrés, sept millions neuf cent soixante mille huit dent cinquante-huit kilogrammes.

En sucre rafmé des colonies françaises, cinq mille cinq cent soixante-huit kilogr. ; de l'étranger, deux millions deux cent quatr^rvingt^neuf mille cent quatre-vingt-cinq kilogr. : total des sucres

' Nou* aiDDi ài\i n-mirquf que le kilograromc pèie 4cai lîvm cinq gro* Ircutr-cinq gnini poid* du nuic , et pvul lire prit pour deg« livrM dm In gman marduadlN».

DBS DEUX INDEB. 367

rafinés, deux millions deux cent quatre-fiagtquatorze miUe sept cent ciuquaute-troia kilogr.

Ed tabacs , par bâtimeos fraoçaÎK , quatre mil- UoDS sept cent dix-sept mille sept cent dix-huit kilogrammes ; par bdtioieQS étrangers , deux millions huit cent soixante-deux mille six cent cinquante-deux kilogr. : total des tabacs importés, sept millions cinq cent quatre-TÏagt mille trois cent soixante-dix kilogrammes '.

I^es avantages que la France retirait de ses possessioDS coloniales suffisent pour ea démontrer l'importance et exciter ses regrets : ces possessions lui sont en effet d'auunt plus utiles maintenant que , comme tout le proure , bientôt chaque nation fabriquera à peu près chez elle , et même tirefa de son sol tout c« qui peut être nécessaire à ses besoins, et qu'alors les débouchés et les marchés diminuant d'autant sur le continent , rendront les établtssemens coloniaux nécessaires dans les mêmes proportions pour la vente des produits du sol français et de l'isdustrie.

Dans le tableau que nous allooa présenter de nos colonies , la France trouvera sans doute des ressources que te génie du commerce , enfant dé la liberté, ne manque jamais de créer ; puisse donc cette liberté s'étendre , se fortifier , exercer sa noble influence, et ne plus o&ir l'équivoque jouis-

- * Les driHl» d'enli4e lar cet dcBfteoBt produk. nvoir, la cifii*. 6i7S^,Si5 rnniai le nicre bTot, 7,71 1^70 Criaca; Icducm ictr^rt nfioëa, 6,gi4,5a6 tnam; \r» Utacicn fcnBa, 3,965,146 rianc*.

368 itlT ACTCIL DQ COHIIBECS

ssDce d'un bien qu'oD craint toujours de perdre. Commençons par les possessions de l'Amérique ; nous suivrons , dans l'ordre oà nous allons les placer , la classification adoptée par l'auteur de VHarmonie maritime et eolaniaU^; elle nous parait la plus naturelle.

CoUmie» françaitet en Amérique.

La Guyane. Cette vaste colonie fait partie du coùtinent méridional de l'Amérique , et se trouve au vent de nos autres établissemens. C'est la seule possession continentale qui nous reste dans le Nouveau -Monde , depuis la cession du Canada aux Anglais , et de la Louisiane aux Espagnols , qui l'ont cédée à leur tour aux États-Unis.

La Guyaoe française n'avait jamais été attaquée depuis plus de deux cents ans qu'elle est à nous ; mais enfin elle tomba en 1809 au pouvoir des Portugais* qui nous la rendirent à la paix de i&i4>

Les limites en avaient été fixées d'une manière positive par l'article 7 du traité d'Amiens;il porte : « Les territoires et possessions de sa majesté trèshdèle sont maintenus dans leur intégrité , tels qu'ils étaient avant la guerre ; cependant les 11-

• H. Labtnhc, aDcieit chef de bumu lu minutent de ta marina et dci coloDwi , ëcriiaia mëihodique, imtrait, t qui notu dcrou mr l'Afrique et le* coloaîei plniimn booi ouTngci , où l'oa apn^l OD homme jaloni d'élre utile à *on paji, Qiirite mal appricii chel BMu k 11 liril^, mai* auqoel noui ikmi* plaiioa^ d* randre boAiiiiag* toutes le* Ibi* qoo l'occatioii

DES DEUX INDES. SGg

Otites des Gujanes française et portugaise sont fixées à ]a rivière d'Arawari, qui se jette dans l'Océan , au-dessus du cap nord , près de TIlë-Neure et de nie de la PéniteDce , enTïron à un degré un tiers de latitude septentrionale. Ces limites suivront la rivière d'Arawari , depuis son embouchure la plus éloignée du Cap-Nord jusqu'à sa source, et ensuite une ligne droite tirée de cette source jusqu'au Rio-Branco '.

■ En conséquence , la rive septentrionale de la rivière d'Arawari , depuis sa dernière embouchure jusqu'à sa source , et les terres qui se trouvent au nord delà ligne des limites fixées ci-dessus, appartiendront en toute souveraineté à la république française.

■ La rive méridionale de ladite rivière ,' à partir de la même embouchure, et toutes les terres au sud de ladite ligne des limites , appartiendront à sa majesté trè»-6dèle.

■ La navigation de la rivière d'Arawari , dans tout son cours , sera commune aux deux nations. ■

Le traité d'Amiens n'ayant eu qu'une exécution momentanée , ou plutôt n'ayant point eu d'exécution réelle, nous ne sommes effectivement rentrés en possession de la Guyane qu'en vertu du traité de Paris, du 3o mai i8i4- L'acte du congrès de Vienne, du 9 juin i8i5, porte ce qui suit : « Son altesse royale le prince régent du Portn-

■ f oyoc !■ Gvte.

370 iTAT ÂCZDBL DU COXHBICB

^I et du Brésil , poia* nUDifeeter d'ime maoïièn iacoDlestable sa coasidéra'tion particulière pour

âA majesté trèg->cfarétîeaae ' , s'enga^ Â restituer â sadite majesté la Guyane française jusqu'à ia liviëre d'Ojrapock *, dont l'embouchure est située entre le quatrième et cinquième degré de latitude septentrionale ; limites que le Portugal a toujoun coDsidérées comme celles .qui BFaieot ^té fixées par le traité d'Utrecht. L'époque de la remise de cette colonie à sa majesté très- chrétienne aéra déterminée,dès que les circODstances Je permettront, par une convention particulière entre les d«ux cours , et l'on procédera i l'aDÙahle auvitôt que faire «e pourra « à la filiation définitive <das limites des Giiyanes portugaise et française , conformément au sens précis de l'article 8 du .traité d'Utrecht. 1

Ainsi la Guyane française est honiée au sud par les Portugais , et au nord par les Anglais et les Hollandais ; ces derniers n'ayant conservé que la colonie de Surinam. Nous sommes placés entre

> L'étiqurlte a'rtt guère raip«at^ cIiim ce pMHge : ^mt lilnifie * (on alteiic rojale le prince ré^Dt du Porlngil, pour mioifetter d^ttne manidrc inamtetltMe ta nnwMi^raltrti partiaitiire ' pour w mHeiTd tRi-chtiticDoe Fi Qu'eA-ce qu'une tnuMnirtùii ^■rfàna- Mr* pour le roi de Fnwcc C K quoi praurl doac M. Geaii.rrttmclc de la diploinalie gerni«Dique, lor»qu'il rëdif{eut un tii «riicle T LV t-il r«l pnrijtnoTjnCF, ou iciemmeul F Et noi miniitrci a'uDt pai &>l njer cet intolitra et peu reapectucD*» Fipreiiiooi 1

■ La prince t^gent retnncbe id i la Fraace tout ce qaiic trouTC entre la ririeie d'Annan et celle d'OjapocL , plia au nord.

ji-vGooglc

I>SS DIVX IKDI9. 371

ces deux pnjsfMoces, ayant poqr liotitea, d'uD côté h baie de Yiqçent Pmcop ' , et d^ l'autK la rÎTière de Maroqi ; ce qui doope une étendue de ceut viqgt lieqes de côtes sur uue pi»l4Qdeur iadëteroùaée. Au centre «st l'ile da Cayeouft , «éparée du cootioeot par ]es deux It^as de la rivière de tuênie nom.

L'ile de Cajepne , chef-lieu et priacipal établisaeinent de la Qujanç française , e«t afaez bien fortigée ; Qp y ept>^tena)t ordioairenaept ^n à sept cents bootmes 4& troupes réglées.

Les cdtes de la Quy^pe sont, sur uoe lai^ur de d«ux à trois lieues , iotmées (le ^rrains fangeux et noyés pendant upp partie de l'apuée. L'ipMlubrité reconnue et la difficulté- d'opérer un débarquement sont peut-être ce qpi a servi jusqu'à présent de défense à la cplonie , et de sauvegarde à Qajeuoe : au oioîna eet-il cer^io que les Anglais n'opt faitpûurs'enetppareraucuQe teptative dans la dernière guerre, quoiqu'ils se soient emparés, sur les Hollandais , de Péméfari , fie Bef-bjce, d« Essequibo et de Suriuan), qu'ils ont conservés, ejLcepté cette dernière poseessiop repdue au roy^pme des Pays-Bas.

Les il^ de Salut , sur les côtes de la Guyane fa'apçaise , et à trpis lieues de terre et de la rivière

' D'apTJi l'article ci-deanu oilë da l'icta du congru de VienDCt le* Smitc* de lu Gujaue ^tti^we ^tiat repod^ i l'Ojepoc|i, U gçfff de TÏDCcnl le trauicnit >ur le territoire porlugiit; c'eit cepcndaat de ce pMle qu'a taujaun éti cottipl^e l'jluiduc de la pœtntioa frin- (»i*c. VqjwVefuie.

379 ÉTAT ACTUEL DIT COHIIEIirB

de Kouron, offrent un port de protection et d« tenue que l'on n'a point établi , par la raison rraisemblable que ces iles manquent d'eau.

Nous n'avons pas à rechercher ici les causes physiques ou morales qui se sont opposées jusqu'à présent à la prospérité de la Guyane, dont on a ég:alement exagéré les avantages et les înconvéniens. Peut-être que le lien de déportation qu'en ont fait les ministres pour y reléguer des malheureux a jeté sur elle une défaveur qui ajoute aux difficultés que présente le local. On a fait nombre d'essais ; on a sacrifié inhumainement et sans intelligence des hommes et beaucoup d'argent; on a voulu successivement faire de ce pays une grande savane pour alimenter de bestiaux nos îles des Antilles ; une ressource pour la marine de bois de construction ; un champ d'agriculture coloniale en rocou , indigo , épiceries , tabac , etc. ; mais jusqu'ici rien n'y a prospéré d'une manière satisfaisante, excepté les épiceries et le coton : le coton y est même d'une qualité supérieure. On avait rendu le commerce libre à Cayenne, et à une époque où l'on croyait que sans esclaves on nepouvait cultiver une colonie, la compagnie du Sénégal n'avait obtenuleprivilégeexcluBÎf delà traite qu'àcondition de verser chaque année mille noirs à la Guyane.

Différens administrateurs de mérite, parmi lesquels il faut placer M. Malouct avant la révolution, et M. Lescalier ■ depuis cette époque, ont été

* Doni devoDi 1 H. Letwliw an EapoU da attymi ^mmèUcr»r <*

ji-vGooglc

DES DinX IMDB8. 373

chai^ du soio de cène colonie ; mais leurs efforts ne paraissent pas avoir obtenu de gmods résultats: cependant, sous tous les rapports, Cayenne ne peut qu'être très-avantageuse à la France ; il ne faut que huit jours pour se rendre de là aux petites Antilles , dont la Guyane doit devenir la sentinelle , la nourrice et le gardien.

On cultive  la Guyane française toutes les différentes pniductions coloniales , telles que la canne à sucre , le café , le cacao , le coton , l'indigo , le riz, le tabac. Ces productions , et surtout le coton , l'indigo et le café , passent pour y être en général d'une bonne qifalité. Le coton est doux, moelleux : on en fait deux récoltes dans la colonie , l'une au printemps , l'autre vers la fin de l'année pluvieuse. L'indigo y est également très-bon ; on en fait six , et même .jusqu'à huit récoltes dans l'année. Le café n'y est pas moins estimé que' celui de Bourbon; le rocou réussit très-bien et donne de bons produits.

On doit à M. Poivre , qui fut intendant de l'He de France ' , d'avoir introduit des Holuques à

C«<(aiM, pnblU fD 1791. Il 7 ■*«il pmti pinairun ■oDér* en ijuilitt d'adminiitralGur. IJ pr^KDte d'ntilci obicrtilions ; miia p«it-£tre ' i-t-it tiop (u )m cboiM du beau cùli. San Une doit cepcodint (tN Id , cl l'ob y pCDt pu'ixr dci lumièreii inr Ici TOOjeBa de fiire cdSd de ccpaja ai difcnciurcit jugé une colooic utile. Oo peot conaiilier buuî lu IfiMOMUf de H. HikiurtaDr la crfonia. Enfin DOna de*Ona à H. Le Blond, qni > jindé long-lempi t Cajecnt, de bonne» Oittruo' IwM mr Ut mafttMu to IroftifiMi. Dau cet ouvrage il traite dei aaladica de la Gnjane : et lOQ ouTraga mtrile de Gl«r rallenlioD. ■ Mixt «a (aBner i;86, Igé de 67 m*.

5^4 ÉTAT ACtOBl DB CbHHEICB

Ga jeu De diverses productions, qui »« peuvent que concourir à enrichir la colonie ; le poivrier , la tioix muscade , la cannelle et le girofie.

Le poivrier et le muscadier n'ont pas prospéré à l'égal des autres ; mais le cannelier et le giroflier 7 ont réussi au-delà de toute espérance : l'on a multiplié le preoMer par des boutures , et le second par te moyen de fruits connus sous le nom 4e matriea. '

Le gotiTeroement possède sur la montagne de la Gabrielle , à quatorze lieues de Gajrenoe , une pépinière considérable â« giroflier, pour satisfaire aux demandes de ceux qui veulent se tirrer à cette culture.

La Guyane offre encore pour la marine une ressource importante dans ses bois de constructiotl.. M. Lescalier a présenté dans l'excellent ouvrage que «mis avons cité , un plan trés-pri^e à faciliter l'exploitation de ces bois , et à former un établissement considérable et utile dans la colonie. ■

C'est un des moyens d'en tiret parti ; il en propose d'autres plus longs , mais sûrs , comme de civiliser les naturels du pays , les former en corps de communes ou districts , sous un régime paternel, établir des cultures en faveur des noirs, ou donnera ceux qu'on y emploierait un quart et même un tiers dans le produit de leurs travaux , de manière à faire cesser l'esclavage parmi eux ; attirer dans la coloaie des «uvrters ou autres

■is DiBx inDSs. 37^

p«T8oanes d'Europe, tt teoi accorder des moyens de eommeDcci des cvllnres, établir dans une partie désignée de )s cokinie un Heu de déportation conûé à des hommes humains , fermes et éclairés ; enriD , &ire exécuter les travaux nécessaires pour assainir les cdtes de la Guyane , comme ont fait les Holtaudais , dont la colonie de Sortnam offre un exemple à imiter *. Mais , pour l'exécution de ces moyens , il faut des ministres qui ▼euiAent s'en occuper, et qui croient avoir d'autres deroirs i remplir que de diriger des intrigues politiques, on de former des projets d'ambition et èe domination ; c'est à quoi l'auteur nu nous ' enseigne pas le moyen de parvenir.

Cayenne n'est séparée de la Terre- Ferme que par les eaux d'une rivière , comme nous l'avons dé)i remarqué; elle a quatorze lieues de tour. élevée sur les côtes, basse au milieu ,eDlrecoupée de beaucoup de marais ; ce qui rend les communications difficiles. L'entrée du port de la ville de

' Va éM lotheotique appread que pendaol l'année iSiS il eit parti 4fe Sarioaia pooi la Holhndc qualrc-TÎngt dêiii viùicaiix , ayaat i borAdii-fanit Millio«ahaitc««i nill« llnvi ptMiil de ioor, huit milliDDi quatre crut mille lirru de caré . un nillioa Iroit cent raille lÏTret de colon, qnalrr-Tingt-ieiEe uiillE linea de cacao, vt IrCDie-troîa aiiBF Utr«* de tabac.

Xn i8ig U n'eit parti de SuriaHuqueioiaaDla-linil l>ltîi»ena,cfcugét ilr quinw millioD* i}ualra ceol mille liirei peaant de HNre, cinf tniltioiu tit cent mille lÏTrei de caft , nn million deui cent toiiaole qaiaaB mille K*m ée <»<(», InMp-quatie mille litrca decaowt *t dcai mille, quatre cent Tingl livre de tabac i tant l'indiuttic bollandaiae a au tirer parti de cette colonie, dont le aot et la tituatioci diVîfCBI û pea do toT «t d« I* aitnatkiD de BOtn G(i jaae.

Z-jG ÉTAT ACTUEL DU COHHBIICE

Cay eoDe n'a que treize pieds d'eau ; les navires pourraient touvher à quatone , mais heureusement Ja vase est molle , et oe cause point d'acddens aux bâtimens.

L'abbé Raynal ue portait, en i774< '& population de la Guyane française qu'à mille trois cents personnes libres , huit mille esclaves , en y cornpreoaot l'île de Cayenue.

Far un recensement fait en 1788 on voit qu'il y avait à cette dernière époque dans la colonie treize cent sept blancs , trois cent quatre-vingtquatorze mulâtres, ou nègres libres; dix mille sept cent quarante-huit esclaves : en tout dohte mille quatre cent quarante-neuf individus.

lin étatdonnépar le même écrivain des productions exportées en France de la Guyane , les fait consister en quarante quintaux , poids de marc, de sucre, six cent cinquante-neuf quintaux de café , trois quintaux et demi d'indigo , cent cinquante-trois quintaux de cacao , trois mille quintaux et demi de rocou , neuf cent soixante-treize quintaux de coton, trois cent cinquante-trois quintaux de cuirs, et quatorze cents quintaux de bois. Un état de 178S ne porte qu'à vingt quintaux l'exportation du sucre, à cent cinquante -neuf celle du café, à deux cent dix celle du cacao, à neuf cent vingt-cînq celle du coton, à cinquante celle de l'indigo ; plus, pour une somme de a']^,ooo francs en objets divers , laquelle somme , jointe â la valeur des objets précédens, peut faire envirou

DES DXUZ INDES. 3^7

600,000 fr. pour le prix des ezportatioDS dé la colonie; preuve de la mëdioctUé de la culture et de l'état de langueur où elle se trouvait. Cet état s'est peu amélioré : cependant le succès des arbres à épiceries et une extension donnée à la culture du coton font espérer de plus grands résultats , dnnt quelques-uns sont déjà réalisés.

LaGuyanen'a jamais coûté moins de 7àâoo,ooo francs à la France ; elle ne les rendait pas, comme on a vu ci-dessus, au commerce national.

Nous avonsTu que, par letraîtédeiSoa, les limites des Gupnes française et portugaise ont été fixées ; et cependant elles ont été changées par le traité de )8i4 t en vertu duquel la colonie nous a été rendue , après être restée depuis 1 8og au pouvoir des Portugais.

Tabago. La première île française dans les Antilles était Tabago ; les Anglais s'en sont emparés pendant la dernière guerre ; elle leur a été cédée à la paix. Nous en parlerons à l'article de leurs colonies.

Sainte-Lucie. Nous faisons pour cette ile la même remarque que ponr la précédente.; les. Anglais l'ont gardée en vertu du traité du 3o mai

La Martinique. C'est , après Saint-Domingue , la plus considérable des Antilles ; elle a environ seize lieues de long sur quarante-cinq de circonférence. On y compte deux villes , cinq bourgs , vingt villages. Sa population avant la guerre s'é-

Z'ja ÉTAT ACTOIL Dt COHMEKCE

lerait à eeM caille habttans , dwit dix mille blancs, cinq mille tnuUtres ou nignts libres , et quatre- Tingt-einq miUe ewbres.

Elle est ncheenproctnctionscolonràles, telles que sucre , caféj coton, indigo, tabac, gingembre , rocou. On j cultive avec succès tous les fruits du midi.

Nous avons donné dans le tableau général des colonies le montan,t des exportations de la Martinique ; ellc9 n'ont point diminué pendant le temps que cette colonie est restée entre les mains des Anglais ; ils l'ont administrée avec l'ioteltigence et le soin qu'on leur connaît pour le gouvernement de semblables étabtissemena.

Ltê villes principal es sont le Port-Royal, le Fort- Saint-Pierre et la Trinité.

Le Fort-Royal est le chef-lieu de la marine militaire et des forces de terre. Son port est l'un des plus beaux et des pins sûrs de l'Amériqne } il est d'un accès et d'une sortie toujours libres. C'est le siège principal de nos di^MMilions en temps de guerre.

Saint-Pierre est le centre du commerce.

Deux forts , le Fort-Royal et le Fort-Bourbon , des batteries éparses sur la côte et une bonne garnison , même en temps de paix , constituent le défense de la Martinique , i quoi il faut ajouter, comme dans nos autres colonies, les milices du pays.

Le Fort-Bourbon a coûté dix millions : on le cite comme une fortification aussi régulière que

Dis DSUX INDSS. 379

celle des meilleures places d'Europe. Sa dcstinatioD est de donner en cas de siège le temps d'at-' tendre et de recetoir des secours de la métropole.

Indépendamment des produits de ses cultures, la Martinique est encore un centre d'affaires pour toutes les îles voisines et neutres.

Les Anglais y furent reçus le aÔ mars i794> appelés en partie par la cninte qu'avaient causée è la Martinique les malheurs de Saint-Domingue..

Après la paix d'Amiens (mars lâoa) cette intéressante colonie nous fut rendue , mais pour retomber fe 94 février 1 809 bu pouvoir des Anglais, qui nous la rendirent en 1814.

Elle était comptée pour vingt- six millions i peu près dans la masse des exportations annuelles des colonies françaises de l'Amérique.

Cette somme se composait de dix-huit mille sept cent quatre-vingt quinte quintaux de sucre brut , valant 686,000 francs ; de cent trente-sept mille neuf cent quarante-cinq quintaux de sucre terré, valant 8,037,000 francs; de cent dix-neuf mille quatre cent cinquante-trois quintaux de sucre tête, valant 5,o^g,QOo franca.

De soixante-huit mille cent soixante-un quintaux de café, valant 8,3i5,ooo francs.

De aeuf mille huit cent vingt-un quintaux de cacao, valant 5s3,ooo &aac^.

De oBXc mille cinq cent cinquante quintaux de coton, valant a, 355, 000 francs.

De dix quintaux d'indigo, valant 10,000 fr

38o JTAT ACTCEL St) COHHBRCE

Objets, diren, six cent soixante-quinze mille quintaux : total a5, 640,000 francs.

Ces produits sont à peu près les mêmes , et les dépenses d'administration d'environ 3,000,000.

La Guadeloupe. Cette ile, située parles 16 degrés et demi de latitude, a environ quatre-vingts lieues de tour. Elle est coupée en deux parties inégales par un petit bras de mer appelé RivitTt $alée, lequel est navigable pour les pirogues seulement.

L'une de ces parties se nomme la Basse-Terre, c'est ta plus fertile ; l'au tre, la Grande-Terre, est la moins productive, parce qu'elle est moins arrosée. Toutes deux ont un port , mais celui de la Pointeà-Pitre, à la Grande-Terre , est le plus central , le plus propre à recevoir arec sûreté des bâtimens de force.

La défense par terre consiste dans le fort Saint- Chatles à la Guadeloupe, proprement dite; le Fort-Louie à la Poiote-à-Pitre, et dans les batteries de la côte.

On y entretient un régiment de deux Sataillons et une compagnie d'artilleriei qui fournissent des détachemens aux petites fies qui d^endent de la Guadeloupe.

Ces petites lies sont Marie-Galande , la Désirade , les Saintes , et la partie française de l'île de Saint-Martin , dont l'autre partie appartient aux Hollandais.

La Guadeloupe n'eut de progrès sensibles qu'à

OEB DE0X INDB8. 38l

la pail dTtPecht. Les Anglais en firent la conquête en 1759, et la portèrent à un haut point de splendeur pendant quatre ans qui!» l'occupèrent. Elle revint  la France par le traité de 1 763 ; elle a continué de lui appartenir. Conquise de nouveau par les Anglais pendant la guerre de ta révolution , elle fut cédée par eux , en mars 1 8 1 3 , i la Suède. Elle nous a été rendue par le traité de Paris du 3o niai 18149 et le pavillon français j a été arboré dans le mois de décembre suivant.

Avant les changemens survenus par la révolution dans le commerce colonial, la Guadeloupe et ses dépendances donnaient au commerce une ' valeur de.a6 i 37,000,000 en différens produits.

Ces produits, presque doublés aujourd'hui en quantité , consistaient en onze mille cent quatrevingt quatorze quintaux de sucre brut , valant 430,000 francs ' ; en soixante-quatre mille trois cent trenle-sîx quintaux de sucre terré, valant 3,715,000 ît. i en soixante-seize mille cinq cent onze quintaux de sucre tête, valant 3, 1 54,000 francs ;

En trente -sept mille trois cents quintaux de café, valant 4>io5,ooo francs ;

En cinq cent cinquante-neuf quintaux de cacao, valant 3o,ooo Â-ancs ;

En sept mille quatre cent onze quintaux de coton, valant 1,483,000 francs -,

En sept quintaux d'indigo , valant 6,000 fr. ;

' CciidcDH Miilc«JlMdB>dcDt«M<bMU colonie.

339 <TAT &CTDBL DU COHHEBCB

ËD^n , poar l35,ooi> francs d'autras pveduotions de l'île , teUe« que soufre , oasie , rU , maù , rocou , baume de copahii , etc.

A quoi il faut ajouter les exportations de Haiie- GaUode et de Saint-Hartin pour une rajeut de 3 Â 4<*x>Ott>oo; ce qui formait pour 1a Guadeloupe et «as anqexee uae valeur de 17,000,000 dans la colonie, fajsapt 36 à 37,9oo,i»oo dans DOS ports.

Cette culture n'a poiot dimîoué , et les produits- de la colonie s'éièveut au double aujourd'hui de ce qu'ils étaient précédemment.

La population , qui consistait en quatorze fuiUe six cent blancs , quatre-vingt-neuf mille ciuq cents noirs, a cependant éprouvé une dimioution sensible par suite des évéqentens que l'on coauail i mais les cultures et les travaux sf sont accrus, et donnent au commerce de plus nombreux produits.

Cette colonie coûtait eo frais d'administration locale enviroo 4o<^)0(><' f'- > ^^ P^^ supplément, environ 900,000 francs à la caisse de la marifie d^ France.

L'interposition de la Dominique appartenant aux Anglais , eatr:e la Uar^jque et la Guadeloupe, ufiFre un grand désavantage pour nos deux colonies, tant sous le point de vue militaire, qu'à cause de la contrebande. JJ eut été â désirer que la Dominique , cédée aux Anglais p^c lo traité de 1783, nous eût été rendue par celui de iSi^-

ABS DXmx IITDM. 383

Le Vert-Louis , mu la cAte œàÀeatalt de la GraD^Terie, peut ébte reganlé coisine U capitale 4e la Guadeioiipe : oq j compte enTÏroD quarante mille babîtans. La Pointe-i'Pître , cbef-Heu -delaBafi^-Terre,'aT«c un bon port, n'escompte 4|ue sept à huit oulle '.

Les petites îles daas la dépendance ide la Guadeloupe soDt, l'IaDésirade, qui, «piati>eli«u«sde laGuadelfuipe, etd'une circooference de dix lieues, a une population d'environ neuf mille indî?idus , taot blancs que noim , «t donne du café et du cotOD ; 3* Marie-Galande, qui a quinee lieues de tour, -et une populatîond'eBTiron douze mille habrtans. ibumït du coton, du fiucre, du café, du cacao; 3* les Saintes : ce sont six petites tles qui forment «ntre dlei un aseet boa port . à six lieues sud-est de basse- Terre. On j compte environ quatorze «eoAs habitans , qui m lirrent à la culture et au -cabotage avec les autres îles voisines', 4*^aint-

' L'*ppR)TiaîoDMHi«irt de U -Haitiniqae et de U OatdHoupe en Anne tÊt na objet importait pooT noire commerce, et qoi loi til itteiri eiclwÎTcmeat. Eb Toici une prcuTc.

Il ■ él^ epporté li ce* deux tic* , peodant le moii de miî iSio , <piitortfe ceat quennte quiattiii inélrî<fiies de forîaedc blA^ct qulnie cent dnquaie qeiotaux d'totn* biioevi ; dioi le aiab de fnle, claq mille deux cent «{iiiiue quintiu mdtiiqDn de brioe de blé, et leiBe cent quintaux d'aotreg taiiatax,

Cn (juinlitei gonl ïoniffliantet ; l'approTÎnoonemcot rétame lepl mille qniatau mëlriquc* par moîi. Le commerce doit faire la pItM téàeut attenlioB 1 ce betoie pour que le govtatoemcot ne nil pa; •oUiCÎii de laire pirtager cet •pproTÏiK>DD''iiH>Dl aTec l'étrangirr.

384 iti-T ACTDBI DU COHIIBRCE

Martin , partagée entre les Français et les Hollandais ; elle a dix lieues' de tour : les Français en possèdent à peu près les deux tiers ; elle est fertile eo café, en tabac , en indigo, et en sucre.

Saint' Domingue. Cette ile, objet des regrets du commerce et du gouvecnement , nous offrirait de trop grands détails, si nous voulions entretenir le lecteur des causes qui l'ont arrachée à la France et soumise  la domination de ceux qui en sont les maîtres aujourd'hui : nous nous abstiendrons également de lechercber quels ont (m être les moteurs des scènes qui ont ensanglanté Saint-Domingue , et si ces tragiques événemens sont le résultat de menées criminelles , ou celui de la force des choses et du mouTement d'une population long-temps opprimée; si des hommes avides et iudifférens aux maux d'une immense population enchaînée à des travaux, sans équivalent pour une vie passée dans l'esclavage, n'ont pas eux-mêmes, au moins indirectement , provoqué ces terribles scènes.

Tout a été dit sur ce point de l'histoire des colonies ; les passions tt la politique ont également soutenu le pour et le contre , et chacun s'est efforcé de montrer par quelle voie. la France pour^ rait rentrer dans ce riche domaine et partager avec sécurité les avantages que l'ancienne métropole en retirait.

De nombreuses tentatives ont été faites pour réduire la colonie sous la loi de la métropole ;

DBS DIDX INDES. 385

elles ont toutes échoué , et l'ile se trouve aujourd'hui sous le gouTernement d'un seul chef qui parait ioîudre à des seDtimens pacifiques des principes fixes sur la manière de se conduire dans le poste difficile qu'il occupe. Avec ud pareil homme, tout espoir d'un arrangement couvenable n'est pas perdu. Mais si jamais la France reprenait sur Saint- Domingue quelques droits de métropole, ce ne serait qu'arec beaucoup d'art et de prudence qu'elle y parviendrait ; la conquête et l'extermination de la race noire que proposent avec aussi peu de justice que ,de raison de farouches esprits , échoueraient contre l'insurmontable résistance de six cent mille individus résolus à périr plutôt qu'à recevoir te joug dont ils se sont affranchis.

Il' faut donc reléguer parmi les rêves de l'ambition chagrine et de la cupidité trompée les moyens violens ; on ne voit de possibilité à rentrer en partage des avantages de cette belle colonie qu'en s'eoteodant avec le chef qui a l^ confiance de ceux qui en sont maîtres aujourd'hui.

Lliistorien des deux Indes a donné sur Saint- Domingue tous les détails historiques qui se rapportent à son établissement , à ses progrès et à l'état du commerce de ses productions ahx époques antérieures à 1783. Nous suppléerons à ces derniers renseigoemens par le tableau que présentait la partie française de l'Ile au moment où l'insurrection y éclata.

On sait que Saint-Domingue , appelé Haïti par

ji-vGooglc

386 iTAT ACTUEL DO COHMERCE

les naturels , et Hispaniola par les EspagDols , fut découvert par Christophe Colomb , le 6 décembre i4g3, et qu'il était habité par plusieurs nations , gouvernées chacune par un cacique ou chef. 11 fallut vaincre et mettre dans les fers ces nations que les Espagnols avaient révoltées par leurs horribles cruautés : ce qui survécut k la guerre barbare qu'on leur fit fut employé aux mines d'or, dont Hisftaniola offrait plusieurs, riches et abondantes. Les naturels périrent ainsi en presque totalité, et les vainqueurs restèrent souverains del'ile.

Saint-Domingue a, dans sa moyenne largeur, cent soixante lieues de long sur trente, et près de quatre cents lieues dt côtes entre les 17* et ao* degrés de latitude.

La partie française est à peu près les cinq douxièraes du tout : elle a beaucoup de bons ports et de rades , ainsi que des rivières navigable*; elle offre pour la défense contre les attaques extérieures dans le nord , dans l'ouest et dans le sud , des points de défense respectables , particulièrement le boulevard du Môle-Saint-Nicolas; le gouvernement y entretenait une garnison de trois à quatre mille hommes.

Les TrançaÎB qui s'y étaient établis dès le milieu du dix-septième siècle avaient conquis succès' sivement sur les Espagnols tout le territoire que nous y possédions avant l'insurrectioa des noirs, sans jamais en avoir été évincés par aucune puissance de l'Europe : aussi les anciens traités

DIS DÏUX INDES. 307

d'tJtreehtde 1713, de Paris en 1763, et de Versailles en 1 783, n'ont aocuae disposition qui concerne cette colonie.

Les Anglais, ainsi que les Espagnols, ayaient pénétré dans la partie française en 1 793 ; ils en ont été expulsés les uns et les autres.

Le traité de paix conclu à Bâle le 4 thermidor an 3 (33 juillet 1795} entre la république française et l'Espagne nous avait cédé la partie espagnole; nous en étions restés en poesession pat le traité d'Amiens du 4 germinal an 10 ( a5 mars 1803); nous l'avoDS perdue en juillet 1809. Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis le traité d'Amiens , lorsque nous évacuâmes le Port-au- Princè et le Cap-Français ».

Par le traité de Paris , 3o mai 1 8 1 4 > Qous avons rendu aux Espagnols la partie de Saint-Ddmingue qui leur appartenait ci-devant , mais dont ils ne jouissent pas plus que nous ne jouissons de la partie française.

•1 Si l'on ne jugeait que par les premières apparences , dit H. Labarthe * , en entrant en possession de la partie espagnole de Saint-Domingue , nous avions fait une riche acquisition ; terre vierge et étonnamment végétale ; superbes plaines, belles et nombreuses rivières « forêts immenses peuplées de toutes sortes de bois , savanes et hâtes rem-

' L'éncoM&ya du Port-au-Prince l'crt cKctoéc le 16 Tendéraïaûe •n 11 , Cl celle du Cup-Fraofaia le 8 frimaire laiTaitl.

586 iTAT ACTUEL DC COMHKRCE

plies d'animaux , mioes de toute espèce , emplacement à Samana pour uo grand établissement naval ; tels sont les avantages de cette réunion à la partie française.

■ Mais l'Espagnol , par sa misère même , ajoute te même auteur , nous servait de boulevart ; par son voisinage , il nous procurait des piastres contre des objets de fabrique française ; il nous foornissaït des mulets pour les travaux ; il élevait des animaux pour nos boucheries ; il nous était tributaire de 1 5 à i ,800,000 francs, que l'Espagne versait tous les ans à Saint-Domingue pour les dépenses de son administration ; l'Espagnol enfin nous restituait les cultivateurr (c'est-à-dire les. noirs ) fugitîfe de nos ateliers. En réunissant les deux parties, plus de barrières i la désertion , au marronage , à la dépopulation de la partie laborieuse. On fut exposé à manquer de bras , de numéraire et de subsistances ; il est difficile de se défendre du regret de n'avoir pas dans le temps obtenu de l'Espagne l'île de la Trinité que lui ont ravie les Anglais. C'est la vedette avancée , c'est le capitule des Antilles ; elle domine même le continent , et n'est pas éloignée de la Guyane ; ce terrain est très-fertile et bien arrosé ; il y a un excellent port. 1 Nous en parlerons plus bas.

Malgré ces remarques du judicieux écrivain , la possession de la partie espagnole de Saint- Domingue , réunie à celte dont nous jouissions , offrait un grand et véritable avantage , qui balan-

çait saos doute celui du aUméraire que nous retirioDs de San-Domingo. Quant à l'extEadhion de» noirs , il y avait un moyen bien plus simple d'y suppléer ; c'était , par de bons traitemens , d'empêcher l'esclaTe de rompre ses chaînes ; il faut avoir perdu tout sentiment de justice pour trouver étrange qu'un homme condamné à sacritier sa vieet son existence . à supporter ks plus rudes travaux pour accroître le luxe et les jouissances de maîtres superbes « cherche dans la liberté une existence moins malheureuse ; et l'on doit gémir de voir que ceux chez qui ces malheureux trouvent un refuge les livrent à la vengeance qui les attend sous la domination à laquelle ils s'étaient soustraits.

Mais, lorsque des nations civilisées , et que de plus généreux sentimens devraient diriger, autorisent l'extradition d'hommes qui fuient la tyrannie ou la persécution de dominateurs irrités , peut-oQ s'étonner que d'avides propriétaires aient regardé comme un précieux résultat du voisinage de San-Domingo la facilité de ressaisir les escla- Tes qui s'échappaient de leurs chaînes? Et faut-il trouver étrange que le souvenir d'une pareille police entretienne dans le' cœur des opprimés la volonté de résister à tout ce qui pourrait en ramener le régime ?

De nombreux écrits ont paru sur Saint-Domingue pour en montrer l'importance et apprécier l'étendue de la perte qu'a éprouvée la France

3^0 ÉTAT ACTUEL Dt) COHHEItCK

dans les malheurs de cette colonie. Mais lesécrirains diffèrent entre eux plus ou moins , suivant le «ystème d'estimation qu'ils ont adopté , et le but qu'ils se proposaient dans leur examen. Nous suivrons le travail de M. Barbé-Marbois , ancien intendant de Saint-Domingue, qui, dans le compte rendu des finances de cette Ele, en 1789, en a fait connaître la population , les productions et les exportations.

La surface de la colonie française de Saint- Bomingue ( non compris la partie espagnole ) offre une étendue de dix-sept cents lieues carrées de vingt-cinq au degré, ce qui fait cinq millions deux cent sept mille cinq cent vingt-quatre toises carrées. Le carreau , mesure agraire de la colonie , a trois cent cinquante pieds sur chaque côté, ce qui donne tro'is mille quatre cent cinq toises car^ rées de surface : ainsi la partie française de Saint- Domingue, dans son étendue de 1 789, avait deux millions six cent-un mille carreaux en superficie.

Sur ce nombre de carreaux il n'y avait en culture, d'après le rapport de M. Barbé-Maiboia , que cinq cent soixante-dix mille deux cent dix carreaux , savoir :

Soixante-dix-neuf mille deux cents carreaux employés à la culture du sucre ;

"Trois cent trente-sept mille deux cents carreaux à la culture du café;

Vingt-huit mille deux cents carreaux à celle da coton ;

DBS DZCZ ÏNDB8. 591

GeDt Tingt-trois mille huit cent quatre-vingts carreaux à l'iodigo ;

Treize ceot quatre-TÎogts carreaux à la culture du cacao ;

Trois cent cinquante carreaux en culture de sucre pour guildiTe ou tafia.

Les produits de cette culture occupaient sept cent quatre-TÎDgt douze ateliers pour la fabrication du sucre ; deux mille huit cent dix cafeteries ; sept cent cinq cotonneries ; trois mille quatrevingt dix-sept indigoteries ; soixante-neuf cacaoteries ; cent soixante-treize guildiTeries.

Ces ateliers fournissaient soixante-dix millions deux cent vingt-sep^ mille sept cent neuf livres pesant de sucre terré ;

Quatre-vingt-treize millioDs cent soixante-dixsept mflle cinq cent douze livres pesant de sucre brut ;

Soixante-huit millions cent cinqaante-un mille cent quatre-vingt-une livres pesant de café ;

Six millions deux cent quatre-vingt-six mille cent vingt-six livres pesant de coton ;

Neuf cent trente mille cent six livres pesant d'indigo i

Cent cinquante mille livres pesant de cacao ; Trente-quatre millions quatre cent cinquantetrois mille trois cents livres pesant, faisant vingtneuf mille cinq cent trois boucauds de siri^ exporté, trois cent trois. barriques , ou cent six mille cent cinquante livres de tafia exportées.

ji-vGooglc

5g3 <T1T ACTDEL bC COIfHBtCB '

On Toit par cet état que Saint-BomiDgue était sans contredit la plus riche colonie à sacre qui ait iamais existé. Sod exportatioD égalait presque les deux tiers de celle de toutes les autres colonies américaÏDes à l'époque antérieure à sa ruine, époque où le sucre du Bengale et de la Cochinchine n'entrait pas encore dans le commerce.

En efiet, par des calculs fondés sur des documens sûrs» on sait qu'en i8o5 l'exportation totale du sucre de l'ile de Cuba a été de trente-sept millions six cent mille kilogrammes;

De la Nouvelle-Esjiagne, six millions deux cent cinquante mille kilogrammes ;

De la Jamaïque , en 1 788 , quarante-deux millions de kilogrammes;

Des Vierges anglaises et d'Antigoa, quaranteneuf millions six cent mille kilogrammes ;

De Saint-Domingue, en 1788, quatre-vingtdeux millioDS de kilogrammes '.

• Je pense-, ajoute M. de Humbolt •, que T-on peut admettre que toutes les îles de l'Amérique fournissent actuellement à l'Europe au-delà de deux cent millions de kilogrammes de sucre brut, dont la valeur , dans les colonies même , est de 4o,ooo,ooodepia&tres,oudeplusde 900,000,000

' L'eipotUlioD du lucrt de Stial-Domingue, cd 171J91 n'a tlé t{ue de *îngt mitlion* quttrc ciat miltc kilogniomc» : li une de celu dimÎDDlioa l'eipliqui par l'^iit de U colonie.

* BmU «eUonMnic patitiq%m d* U NemtUa-Eijngit», lame },

DBS DSOX INDES. 5q5

de francs , en évaluaDt chaque caisse à 4o piastres fortes.

■ Trois causes ont empêché que cette denrée coloniale n'ait augmenté depuis la destruction des plantations de Saint-Domingue, saToir : l'introduction de la canne à sucre d'Otaîti, qui, sut la. même étendue de terrain donne un tiers de vezou de plus que ta canne commune ; les progrès de l'agriculture sur les côtes du Mexique , de la Louisiane , de Caracas , de la Guyane hollandaise et du Brésil ; enfin l'importatioD du sucre des grandes Indes en Europe.

■ Cette dernière importation surtout doit fixer l'attention de ceux qui réfléchissent sur la direction future du commerce. II y a dix ans que le sucre du Bengale était aussi peu connu au grand marché de l'Europe que le sucre de la Nouvelle- Espagne, et déjà l'un et l'autre rivalisent arec le sucre des Antilles. >

On roit, par les états qui en ont été dressés, .que les États-Unis, qui font prindpalement le commerce des sucres des grandes Indes , «n ont tiré , savoir: en 1800. 1801. 1809.

tilogr. kilogr. kilnp.

De Manille ai6,459 4o3,389 . 649,461

Be la Chine et des

grandes Iodes. . . Sio,oao 387.904 S74>9^

ToTAirx 506473 790)^ i,334*4i>o

• La grande fertilité du sol, jointe â une population immeiue, donne au Bengale un si grand

avantage sur tous les autres pays du globe, que le sucre exporté de Calcutta, après avoir fait un trajet de cinq mille deux cents lieues , est encore à New-Yorck à plus bas prix que le sucre de la Jamaïque , qui n'a à parcourir qu'une distance de huit cent soixante lieues.

■ On sera moins étonné de ce phénomène , ajoute M. Humbolt, si l'on réfléchit à la différence des prix de la main-d'œuvre dans les différentes parties du monde , et si l'on fait attention que le sucre de l'Indoslan est fabriqué par des mains libres, tandis qu'aux îles Antilles (Â l'île deCuba, par exemple) il faut, pour produire deux cent cinquante mille kilogrammes de sucre brut, deux cents nègres, dont l'achat coûte plus de 3oo,ooo francs. Dans cette ita^me île, l'entretien d'un esclave s'élève à plus de 20 francs par mois. ■ Ainsi la liberté dans le travail est en définitif préférable k l'esclavage, même dans l'intérêt des propriétaires.*

Outre les ateliers qui travaillaient sur les productions qu'on vient de rapporter, Saint-Domingue renfermait à l'époque de 1789, ou peu avaDt l'insurrection, trente-trois briqueteries, vingthuit poteries , trois cent treize fours à chaux ;

Trois tanneries , dont iï était exporté cinq mille cent quatrejvingt huit livres pesant de cuirs en poil , et sept mille huit cent quatre-vingt sept de cuirs dits cotes ; .

Enfin UD million huit cent mille livres pesant d'acajou , gajac et campêche , et cinq mille cjaq

DIS DEUX INDBS. 5qS

ceDts livres pesant de caret, étaiect livrés à l'exporta tioD.

Toutes ces productions du sol et de l'industrie formaient une masse d'objets de commerce et de consommation de deuxceot soixaete-quiDze millions trois.cent mille quatre cent soixante-neuf livres pesant, qui, exportés de Saint-Domingue, ontdoané i86,43i ,6i3 &. , d'après l'estimation de l'octroi.

Ces richesses étaient le fruit du travail d'une population noire de quatre cent cinq mille cinq cent vingt-huit individus , tant hommes que femmes et enfans , dont trois cent trente-deux mille sept cents étaient employés à la culture , et cinq mille huit cent vingt-huit aux briqueteries , poteries , fours i chaux , et tanneries ; deux mille cinq cents à la culture des plans à légumes pour la consommation des bourgs et villes ; cinq mille cinq cents à divers métiers et à des travaux de peine dans les plaines et montagnes ; ciaquanteneuf Bille employés à la domesticité et pour divereservîces dans les villes et bourgs.

La culture et les travaux employaient en outre cent dix-huit mille sept cent soixante-huit mulets, vingt-neuf mille huit cent trente-sept boeufs ; quarante mille trois cent trente-neuf vaches dans les' campagnes, et trois cent vingt-quatre dans les villes et bourgs ; vingt-cinq mille chevaux repartis sur chaque habitation, à raison de trois par hal»tation ; et six mille deux cent trente-deux dans les villes et boiugs.

5^6 ir^T ACTUEL DU COHMERCE

Quant à la population blanche de Saint-Domingue, elle diminuait depuis long-temps : cette circonstance pouvait tenir à l'usage où étaient les riches colons d'enroyer leurs enfaas et de venir eux-mêmes demeurer en France. Les habitations étaient confiées à des gérans qui s'enrichissaient et traitaient les nègres plus durement que n'auraient fait Traisemblablement les propriétaires eux-mêmes , qui n'étaient pas des plus humains quand il s'agissait de leur intérêt , malgré tout ce qu'en disent les partisans de l'esclavage.

Le nombre des blancs qui , à Saint-Bomingue; était de trente-deux mille six cents en 1 776 , n'était plus que de vingt-sept mille sept cent dixsept en 1789; sur quoi quatorze mille cinq cent soixante-onze hommes, quatre mille quatre cent quatre-vingt-deux femmes « et huit mille six cent soixante-quatre enfans.

On comptait de plus vingt-un mille huit cent huit affranchis , parmi lesquels un peu alus de femmes que d'hommes ; mais , sur les quatre cent cinq mille cinq cent vingt-Jiuit esclaves , on comptait cent soixante-quatorze mille neuf cent soixante-onze hommes, et seulement cent trentehuit mille huit cents femmes , qui avaient quatrevingt-onze mille sept cent onze enfans.

Outre les productions que le commerce français retirait de Saint-Domingue, les interlopes en exportaient une partie considérable en fraude. Toutes les personnes qui ont suivi les mouvemens

DIS DEUX INDES. 5g7

des exportations savent que les Anglais surtoutenlevaient, principalement dans les derniers temps, les cotons et les indigos de l'Ârtibonite et de presque tous les quartiers du sud, et qu'ils les conduisaient à la Jamaïque.

Mais ce n'est pas seulement à cause des exportations que Saint-Domingue doit exciter des regrets , c'est aussi parce que nos armateurs y portaient de nombreuses cargaisons de marchandises françaises , et que la colonie était ainsi un immense débouché. On peut en juger par l'aperçu suivant :

Saint-Domingue a reçu en 1 788 , des ports de Bordeaux , Nantes , Uarseille , le Havre , la Rochelle , Bajonne, Dunlcerque, Saint-Halo, et quelques autres petits ports, pour une somme de 54,578,000 francs de diverses marchandises.

Cette exportation de nos ports s'est faite par quatre cent soixante-cinq navires jaugeant cent trente-huit mille six cent vingt-quatre tonneaux ' : Bordeaux seul a été pour cent soixante-seize navires faugeant cinquante-quatre mille quatre cent cinq tonneaux.

La mfime colonie a reçu di| commerce étranger, pendant la même année, pour 7,380,000 francs de denrées permises par l'arrêt du conseil du 3o août 1784. U a été exporté par ce même commerce étranger pour 3,707,000 francs en objets

< Le loBDetii de mer eit dq poidi de deux mille liTre*, ou mille

3g8 ^TAT ACTUEL DO COHMEItCE

dont l'exportation est autMÎsëe par le même réglemcDt.

Les caigaJBOQs françaises envoyées alors à Saint- Domiogue consûtaient surtout en boeuf salé, Tins de Bordeaux et autres, beurre salé, bière, cidre et autres boissons, liqueurs , fruits à l'eau-de-vie, eau-dc-vie, huile d'olive, savon, suif, bougie, poisson salé, morue, animaux vivans, toiles nationales , toiles étrangères , épiceries , mousselines, mouchoirs dits de Béarn , mercerie , quincaillerie, lingerie, étoffes, papier, argenterie, bijoux, meubles, chaudronnerie, armes à teu, ■ cordages , voiles , etc.

Terminons ces importans détails par quelques notions sur l'état présent de Saint-Domingue.

Cette île, après avoir été partagée en deux dominations, l'une républicaine et assez douce sous le général Boyer , devenu président , c'est-à-dire chef du gouvernement de sa partie ; et l'autre sous la doTDinatîon du noir Christophe, espèce de fou barbare qui établit un empire avec toutes les attributions d'une cour impériale , farce ridicule qui s'est terminée par la mort voloataire de ce tyran insensé; est aujourd'hui sous l'autorité du premier , et donne l'espérance de voir un jour nos relations commerciales y reprendre quelque activité.

La population de Saint -- Domingue presque toute noire , est aujourd'hui d'environ six cent mille individus , hommes , femmes et enfans.

On peut diviser cette population en deux clas-

DIS DEUX INDB8. 399

ses : la première « qui est la moins nombreuse, est composée de quelques anciens blancs , d'hommes de couleur puissans , de quelques noirs libres d'ancienne date, et ayant quelque éducatiou : cette classe dirige la seconde.

Celle-ci est formée de la masse du peuple dans la proportion de deux tiers de noirs , et un tiers de couleur, ou à peu près.

Les onxe douzième de cette population appartiennent à une génération neuve, élevée dans le système de la liberté; et, pour la soutenir, tous sont indistinctement militaires.

La force militaire active, réunie et formée de toutes les troupes de l'ile , s'élève à près de soixante mille hommes de toutes armes ; nombre qui peut être porté au double promptemeot dans le cas où l'Ile serait attaquée.

La garde du président , chef du gouvernement de la république haïtienne , est bien habillée , bien armée, tes uniformes beaux et d'un goût distingué , les hommes choisis; la plus grandepartie est composée de noirs , et le reste d'hommes de couleur.

L'armée de ligne est habillée à la française; elle est presqu'en totalité composée d'hommes Doirs. Ces troupes sont coiffées en schakos faits dans le pays ; elles ont des pantaloifs de toile , et ▼ont les pieds nus , sans havresac ni bagage. Elles sont assez bien armées, et font le service par trimestre ; elles reçoivent une paie d'un gourdin par jour (dix-neuf sous de notre monnaie ). Hors du

400 iTAT ACTUBL DU GOVHEICB

temps de serrice la troupe ne reçoit rieo , et se livre à l'agriculture , au commerce , aux travaux publics , chacun suivant sou goût et sa capacité.

Le magasiD général et les arsenaux sont bien pourvus ; ils tirent la plus grande partie de leurs fournitures des Élats-Uois , de l'Angleterre et de l'Allemagne ; mais la confection de l'habillement se fait dans la colonie même.

Ces troupes , disciplinées sous le rapport de la police et de la hiérarchie militaire , sont loin d'avoir atteint le degré de précision dans les manœuvres des troupes européennes. Le courage, la frugalité, la force de leur constitution leur en tiennent lieu. La guerre de plaine leur serait défavorable ; mais, en récompense, celle des mornes, des bois, des buissons , des gorges, des ravines , dont le pays est couvert, leur est familière. C'est la seule guerre qu'ils offriraient à leurs ennemis. Une patate, une banane dans leur schakos leur suffisent ils marchent pieds nus sur des chemins rocailleux sans se blesser ; passent à gué les iu- Dombrables rivières et ruisseaux qu'ils rencontrent : ils peuvent long-temps supporter des fatigues aussi pesantes.

Les forces navales de la nouvelle république consistent en deux ou trois frégates de quarantequatre canons, dans quelques corvettes, dont deux du premier rang, et dans beaucoup de bâtimens légers.

L'agriculture fait peu de progrès. Cependant il

ji-vGooglc

' DES DBUX INDES. ^Ol

s'opère de nombreux défrîchemens ; des sucreries s'élëveot dans les plaines, sur les débris et en partie arec les matériaux de celles ^qui ont été dévastées. L'on compte en ce moment dans l'arrondissemeot du Port-au-Prince près de cent élablissemena en pleine activité , et des établissemens en proportion dans les autres arrondissemens. Le canton de Jacmel , dont le terrain n'est pas prf>pre à la culture de la canne à sucre , présente des récoltes abondantes en café trës-estimé. Les défricheméns vont plus vite dans les mornes, ce qu'il faut attribuer au système des petites propriétés , si favorable aux progrès de la culture. Si la population de Saint- Domiogue n'éprouve pas de grandes catastrophes, on peut prévoir que cette Ile sera, des Antilles, celle qui produira Décessairement le plus de café.

Le commerce j a fait plus de progrès que la culture , à compter de l'époque des désastres de la colonie.

Les transactions commerciales consistent principalement dans le commerce d'échange des dearées ou objets manufacturés d'Europe contre les productions du pays. Les transactions par billets , lettres de change , ou opérations de banque , sont à peu près nulles. Les ventes comme les achats se stipulent en gourdes >.

Chaque genre d'affaires est assujetti à une pa-

' lu goordc du piji, luoiiiiue coatinte . cM de mhI enu repréii'iili» par qiuin: gountittt rbiCDa de iiilgt.riDq ccm.ou de huit

4oa iTAT ICTUEL DU COHHBICE

tente annuelle de i5 à 3oo gourdes pour tes naturds, et du quadruple pour les étraofers.

Les bâtimens étrangers sont tenus dé se consigner à une maison de commerce en gros , payant patente. La commission est de cinq pour cent sur la vente ; deux et demie pour cent sur les achats en retour. Le goufernement fait en outre uoe retenue d'un et demi pour cent sur l'évaluation des cargaisons à l'arrÏTée. Cette évaluation est faite sur le tarif des droite , sauf quelques articles particuliers dont les droits sont perçus sur le prix des factures; elle est susceptible d'une appréciation arbitraire, si les factures sont présumées au-dessous de leur valeur.

Les droits d'importation sont, pour toutes les nations étrangères, l'Angleterre exceptée', de dix pour cent, pris comme ci-dessus sut l'évaluation des objets fixés au tarif. On a en outre i payer les droits de warfage ( mise à quai } , ceux de pesage, jaugeage ou cubage, depuis te demi escalio jusqu'à une gourde de la colonie , par chaque aiv ticle , et selon l'espèce.

Les droits d'exportatioa sur les denrées ou articles de la colonie se paient depuis une jusqu'à trente gourdes , selon les espèces , d'après le tarif ci-après , savoir :

«■dlini ou ^uarta de Raurdin , et finileneot de wiie demî.e>ciliDi.

La HOdrde Tint 6 lirrea 6 mu> ii^mt ooloniil, S TraDC* iS ccat.

■rgeot de Fraoce. L«t tnaMctioii4 k font en gouide* effeolÏTM dn

' L'Anglelern ne paie que cinq poor cent.

QZ8 DISX INDES. 4o.3

Boordc*.

Bois de campêcbe 3

de gayac 3

d'acajou, les mille pieds cubes réduits. aS

Café, le millier pesant ao

Coton en laine , idem ' 3o

Cacao, idem i5

Casse médiciuale , idem i o

Cire jaune , idem 3o

Écaille de carette , le cent ao

Gingembre , idem 1 5

Gomme de gayac , idem i5

Huile de palma-Cbristî , le gallon i

Indigo , le cent pesant 8

Sucre brut, le millier pesant lO

terré , idem i

Farine de manioc , le cent pesant. ,,.... i

Oranges , le baril ^5

Citron , idem. ^5

Les armes blanches et à feu , le cuiyre , le fer , les muDitioDB et autres articles de guerre , sont exempts de droits à l'importation.

Les bâtimens de deux cents tonneaux et au.dessus paient de droit de tonnage i2 gourd.e9; ceux de cent quatre-vingt dix-oeuf et au-dessQus» 8 gourdes.

Outre les droits cirdessus, le? ^niéea coloniales doivent un impAt territorial qpe l'acheteur est autoti^ à retenir sur )e paiement de ses achats ,

4o4 iTAT ACTUEL DU COHHBKCE

à moins que le vendeur ue justifie de l'acquit de ce droit, ou qu'il ue rende fraoc de droit.

Le tarif de l'impAt territorial , payé comme on Toit à la vente , est fixé ainsi qu'il suit ;

Par millier pesant de café i6

idem. de coton. . .■ 16

idem. de cacao. 8

idem. de sucre 8

idem. de bois de campèche. . 3

idem. de gayac 5

idem. de cire jaune 10

idem. de gingembre 5

La mesure de maïs sS

Le gallon d'huile de palma-Cbristi aS

Tous les droits d'importation et d'exportation se paient au départ des bâtimeos.

Le baut commerce et les consignations sont partagés entre les naturels et les^ maisons étrangères, la plupart anglaises. Ces/dernières, commanditées par des capitalistes de Londres, et avec des crédits illimités , ont un grand avantage sur les autres dans l'achat des denrées du pays, dont elles peuvent faire augmenter les prix suivant les circonstances. Il n'en est pas de même de leurs étoffes ou des objets de leurs fabriques ; ceux de France sont aujourd'hui préférés : l'on rend justice à leur meilleure qualité.

Les villes de Saint-Domingue se réparent cba-

DBS DEUX INDES. 4^^

^ue jour; les campagnes se cultivent et se couvrent de ricbes productions : encore quelques années, et l'on ne doute pas que cette belle île ne verse dans la coneomniation la même quantité de denrées qu'avant ses désastres.

La presqu'île de Sàmana , qui fait partie de Tîle de Saint-Domingue, est aujourd'hui habitée par des familles françaises réfugiées de la colonie, qui peuvent, sous la protection du gouvernement espagnol, y développer toute leur industrie. Cette autre colonie compte cinq cents individus , presque tous Français. Le café croit naturellement dans cette presqu'île ; on y cultive aussi le sucre. Il j a  Samana une ba ie superbe, où toutes les marines européennes pourraient trouver à hiverner. Les Américains, les Danois de Saint-Thomas et plusieurs Anglais ont déjà fait d'utiles expéditions dans cette presqu'île. Son commerce consiste en sucre, en café, en cuirs, et en bois d'acajou^

Saint-Pierre et Mùfuelon. Pêche de ta Morue.

Quoique la pèche de la morue n'ait rien de commun avec les produits coloniaux, on peut dire cependant qu'elle contribue aux relations que l'on entretient avec nos colonies, puisque la pêche fournit à la navigation d'excellens matelots, et qu'elle en est en quelque sorte l'école. Nous avons donc cru devoiren parler A propos de Saînt-Plerre et Miquelon , possessions qui n'ont de prix que par la pèche.

4o6 ÉTAT ACTOEL DD COHXEHCE

Nous possédions aussi autrefois une partie de l'tle de Terre-Neure ; noua y arions des établissemeos fixes, tant A la baie de Plaisance que dans la partie de l'est et du nord. Mais nous avons cédé l'île entière aux Anglais par l'article i3 du traité d'Utrecht ' , en nous réservant seulenKnt la pêche daiis une partie de file, et sur le grand banc qui en dépend , sans pouvoir y former aucun étâMissement sédentaire. Nous leur avons cédé de même , à ta paix de 1765 *, la possession de rile-Royale ou de Louisbourg , avec l'Ile Saint- Jean , et il ne nous est resté que l'fle Saint-Pierre et les deux petites îles de Hiquelon , situées par 47 degrés de latitude septentrionale.

Les-deux traités de 171 3 et de 1763 ne s'étaient point expliqués sur la ligne de démarcation de la pêche à Terre-Neuve. Il y fut pourvu par le traité de Versailles 3, mais d'une manière qui a donné lieu à des difficultés. Nous renonçâmes à pécher sur la côte orientale. On nous assigna une cdte ingrate à partir du cap Saint-Jean , passant par le nord, et le long de la cMe de l'ouest jusqu'au Cap-Rouge, pour y exercer notre droit do pêche conformément au traité d'Utrecht.

La propriété des îles Saint-Pierre et Miqueloo fut cédée à la France, qui eut te pouvoir de pêcher dans le gulfe Saint-Laurent.

' traiti! de P.rit du lO fii*iitr 17G3, irticle S cl 6.

' Tmté de TerMÎlIfi Au 3 leplembrc 17S3 , vticl« i el S.

DBS DIDX INDES. 4^7

Ce droit de pèche au grand banc de 'Terre- NeuTe, ainsi que dans le golfe Saint-Laurent, a été confirmé par l'article i3 du traité du 3o mai iSi4 ; il porte : ■ Quant au droit de pèche des Français sur le grand banc de Terre-Neure , sur les côtes de l'île de ce nom et des îles adjacentes , et dans le golfe de Saint-Laurent , tout est remis sur te pied où il était en 1 793. >

Malheureusement il a'j avait rien de bien fixe . à cet égard t et des contestations sans nombre s'éleraient sur nos établissemens de pêcheries daos ces parages , parce que, les traités se rapportant k celui d'Utrecht qui ne nous permet aucun établissement tidentaire, les Anglais donnaient à ce mot une interprétation qui rendait le droit sou- Tent illusoire.

La pêche de la morue, tant aux ilcs Saint- Pinre et Miquelon qu'au banc de Terre-Neuve, ne s'enéleTaitpasmoiosen i^SSàplusde i3,ooo,ooo de fraocspour les pèches temporaires, et i,3oo.ooo francs pour la pèche sédentaire de Saint-Pierre et Miqueloo. Ces pèches entretenaient dix mille matelots et plus de trois cents bâtimens, qui re- Tersaieat dans nos colonies, ou en Italie et en Espagne , le surplus de notre consommation en morue.

L'ile de Saint-Pierre a une rade large de quatre à cinq cents toises, et longue de mille à douze cents; cette rade se trouve dans la partie est de nie , et peut contenir trente à quarante bâtimens

ji-vGooglc

4o6 ETAT ACTUEL DU COMMERCE

pêcheurs et autres de forte dimension. On compte i Saint-Pierre environ mille habitans.

Les deux petites iles Hiqueton sont situées dans la partie ouest de Saint-Pierre. Elles ne formaient autrefois qu'une seule île : séparée par ta violence de la mer, la partie du nord se nomme ta grande , et celle du sud la petite AÊiquelon. La population des deux peut s'élever à mille habitans.

Il y a dans ces îles des échafauds oli les pécheurs français Tiennent préparer et faire sécher ~ les produits de leur pèche avant de les envoyer en Europe.

Ces iles nous furent prises par les Anglais en 1 793, et rendues  la paix d'Amiens. Ce traité porte < que les pêcheries sur les cdtes de Terre-Neuve et les îles adjacentes , et dans le golfe de Saint- Laurent, seront remises sur le même pied où elles étaient avant la guerre ». Mats on j avait trop limité la coupe du bois , et on y avait passé sous silence la conservation et réparation des cabanes et échafauds des pêcheries : il aurait donc été important, dans la dernière paix, de s'expliquer sur ces objets; mais c'est ce que les Anglais, qui ont dicté les stipulations relatives aux colonies . ont eu grand soin d'empêcher.

Ici se termine ce qUe nous avions à dire des colonies françaises d'Amérique. Jetons un coupd'ceil sur l'état de nos établissemens à ta cAte d'Afrique et dans l'Inde.

Établistemeru français en j^friijue.

Ils nous avaient été tous enlevés par l'Angleterre. La paix d'Amiene nous les rendit ; nous les perdîmes de nouveau; enfin le traité de i8i4 nous les a rendues définitivement : il est dit, article S du traité de Paris ' : ■ Sa majesté britannique, stipulant pour, elle et ses alliés, s'engage à restituer à sa majesté très- chrétienne , dans les délais qui seront ci-apres fixés , les colonies , pêcheries , comptoirs et établissemens de tout genre que la France possédait au i" janvier 1793 dans les mers et sur les continens de l'Amérique , de l'Afrique et de l'Asie , à l'exception toutefois des îles de Tatiago et de Sainte - Lucie , et de l'Ile-de-France et de ses dépendances , nommément Rodrigue et les Séchelles , lesquelles sa majesté très-chrétienne cède en toute propriété et souveraineté à sa majesté britannique ; comme aussi'de la partie de Saint-Domingue cédée à la France par la paix de Bâle , et que sa majesté trèschrétienne rétrocède à sa majesté cathoh'que en toute propriété et souveraineté. •

L'article 1 4 porte : * Les colonies , comptoirs et établissemens qui doivent être restitués â sa majesté très-rhréticnne par sa majesté britannique et ses alliés seront remis, savoir : ceux qui sont

4lO ^TAT ACTUEL DU COHHEItCE

daos les mers du nord ou dans les mers et sur les

coutinens de l'Anaérique et de l'Afrique , dans tes trois mois , et ceux qui sont au-deU du cap de Bon ne- Espérance dans les six mois qui suivront la ratification du présent traité. ■

Les établissemens rendus à la France par ce traité sont ceux qui se trouvent placés depuis le Cap-Blanc jusqu'à la rivière de la Gambie et de Sierra-Leone ; ils étaient tombés au pouvoir des Anglais en 1808. Ce fut pour en prendre possession au nom dela'France que les ministres préparèrent une expédition de quatre voiles , qui partit de l'ile d'Aix le 17 juin 1816, et dont ta Méduse , si malheureusement célèbre par son horrible naufrage , faisait partie.

L'histoire du commerce de Fraoce nous apprend que dès les quatorzième et quinzième siècles les Français commerçaient sur les côtes occidentales d'Afrique , et qu'ils j échangeaient des toiles , des couteaux, de l'eau-de-vie, des Terroteries contre des cuirs , de l'ivoire , des plumes d'autruche , de l'ambre gris, de la poudre d'or ; marchandises dont le commerce se fait dans les ports et  la c<lte , mais qui étaient apportées de l'iatërleur du pajs. ■ A mesure que les cultures s'étendaient dans les colonies américaines, et que les bras des Caraïbes assujettis devinrent iosuffisans pour les travaux qu'on en exigeait, un autre commerce j prit naissance; on acheta des noirs cultivateurs le long des côtes d'Afrique, et dès-lors naquit le trafic des

DBS DEUX IMDEB. 4' 1

bommes, dont l'Asie, terre de tout temps sou~ mise au despotisme, offrait des exemples et un modèle. Bientôt des compagnies exclusives , sous le nom de compagnie occidentale d'Afrique oïl du Sénégal t s'emparèrent de ce gtni^ de commerce. II fut ensuite déclaré iibl-e : des encouragemeiis lui furent donnés  différentes époques par le gou- Terbement français, et surtout pour la traite, saoS' prévoir que cet odieux trafic cesserait un jour, que ce jour ne pouvait être loiii , et que le commerce des nègres serait proscrit comme contraire i la morale et à l'intérêt des peuples '. L'émulation fut portée si loin â l'aide de ces encouragemens , que , dans les derniers temps qui ont précédé la révolution , la traite totale effectuée par les Français montait à quarante mille noirs par an, presque tous â la destination de Saint-Domingue.

' Il«u KTout difà reBllr<]<ri qae, iii«]gré le* iriioIatiODi prin* entre In mooirqucictl'eog^ement Ibrniel d'cmpichsr le commerce d<i Doin, il De cootinae pu inoiai d'aroir lieu diai pceMjue toalct le* coloniei.

D'^prèi dei tiblewu aotlieati^ei, il piratt qu'il > iti IniporM d'Afrique à le Ha*aDe gEulement, depnû 1790 juujn'en iHiS,ccbI riBqiuiile-Deuf mille lepl cent Inete-un eccUvrii CD i8iG,i1eiia iti importé dii-fcpl mille lept cent «iagt'deui; el en 1S17, TÏtigl- Iroi* mille einq e«nt noitâole. Une lettre Écrite le ig min 1819, par un oBcier tmplo^ 1 bord de re*cadre d»lin^ 1 ÎDiercepter lu Ml> timesi o^ierf , aiiiKiiiçiit que la traite conliniiait avec la phu grande •CtlTitt , et qu'on a'étiil tmpari de plnaienn bliimeo) , entre autna d'nae petite goektte npaguâle qui afait h bord qnitre-TÎagt-deiix «•deic* , dont Irenie-cinq Jeuan BJIe* ; et d'npe auiie goélette , où dei jenan Bllei, renfennéa dan* dea tonnetm, étaient preaqH mortel quand on le* ea fit «oitir.

'4f3 ijAT ACTL'EL DU COHXEaCE

Les autres colonies françaises de l'Am<îrique s'approvisionoaient par interlopes.

On sait que depuis la révolution la traite française avait cessé tuut-à-fait, et que les Anglais s'étaient emparés de nos établissemens à la cMe d'Afrique. Jusqu'en juillet 1809 il ne nous resta que le Sénégal. H fut pris alors par les Anglais.

A la paix d'Amiens le gouvernement tenta de rétablir notre coniuierce dans eette partie du monde ; mais, au lien d'y favoriter des entreprises agricoles et des colonisalions , il fit revivre ta traite des noirs. Les hostilités ayant recommencé en l'an 10' (i8o3), les expéiiîtions du commerce français devinrent la proie des Anglais , et nos relations avec la côte d'Afrique cessèrent entièrement.

On peut diviser en trois sections les parages où , depuis la remise de nos possessions d'Afrique > nous pourrions établir de nouvelles relations.

La première renferme la cAle qui s'étend du Cap-Blanc au Cap-Tagrin , espace de trois cents lieues , où se trouve le Sénégal par les 16 degrés trois minutes de latitude nord.

A trois lieues environ du Fort-Saint-Louis, est la rade en face de l'embouchure du fleuve du Sénégal. Cette rade, comme la plupart de celles de la côte d'Afrique, est foraine, c'est-à-dire en pleine mer'. Le fond en est bon ; mais, dans la saison de&

DES DEUX IIVES. ^l5

pluies , les Taisseaux ne peuvent résister aux ouragaDSi et chassent le plus souvent sur leurs ancres: 00 j mouille par douze ou quinze brasses.

Quand on est entré dans le fleuve après avoir franchi la barre, l'on voit à gauche la côte de Barbarie, langue de terre plate , inculte et stérile, formée d'un sable mouvant ; à droite est la Guinée , couverte d'arbres toujours verts, entremêlés de' palmiers et de boababs ' : on traverse des troupes nombreuses de pélicans , et l'on arrive à une petite ile nommée Cite aux Anglaii, presque toujours couverte d'eau, et ne pouvant servir qu'à l'établissement d'une batterie. A une lieue de là est nie Saint-Louis du Sénégal, chef lieu et principal établissement du gouvernement de la côte d'Afrique.

Cette ile , que les nègres appellent Ndar', a douze centit toises du nord an sud , et cent toises de Test à l'ouest , largeur moyenne. De la mer, elle présente un aspect agréable et séduisant ; le fort est l'objet principal du tableau ; en avant sopt tes places d'armes et une batterie de canon ; à droite et à gauche du fort s'étendent les deux parties de la ville, dont les rues sont bien alignées , com-

■ Boabib, arbre g^mt, dont rimmeiue élendne piëieatc l'imaga d'âne mooUgDC cxNKcrle de icrdure.

■ L'Jfrvi^, on Hiaoir* dei numiMt Mtagtê de* JfrieaiiM, pat H. GroSiai, dodcnr ed médecine, tome i, pafte 6S. Vojeiceigiic Dotu «Toiu ^t dg ajrite de ccl oairage dan* fiatroduelk», eo parbol de la ICDtatiTe d'éublir odc colonie aa Cap-Vtrt : projet abaD. donai parla ndgligcnee et le manqae d'ordre et de aoin dan* l'ezpéditioa dirigde pot» oel objet.

4l4 ÉTIT ACTljEL DU CUKKERCE

po&ées la plppart de*cases de paille , eDtremélées d'uo grand nombre de gaaisons eo maçoonerie , couverteB de plates-formes ; ce qui présente uo ensemble fort agréable.

Les bois qui bordent la rive gauche du fleure semblent, de ce point de rue, appartenir  t'ile,et de loin lui donnent un aspect riant et champê- * tre ; maiSi en j arrivant, l'illusion se détruit, l'on ne voit plus qu'un banc de sable maigre et stérile t quelques légumes venus à force d'eau et de culture , quelqu.es palo^iers, deux ou trois boababs et deux lataniers que l'on conserve avec soin , et qui. par leur bauteur, se distinguent d'assez loin en mer : à la pointe du nord un marais fangeux couvert de mangtiers : voilà toute la végétation de l'ile.

Le fort présente un carré dont les angles soof flanqués d'espèces de bastions mal tracés ; il sert de logement au gouverneur et à la garnison. Les remparts garnis d'artillerie , mais qui ne sont életés que de douze ou quinze pieds, ne sauraient résister à une attaque régulière ; ils ne peuvent servir que pour en imposer aux Maures et au^ naturels ; ils seraient de peu de défense contre des Européens.

La véritable défense de la colonie contre les ennemis étrangers est tout entière dans la barra du fleuve et dans une battene sur la pointe de Barbarie , vis-à-vis du fort , au village que l'on nomme Guettindar.

DSI DKVZ INDBfi. 4*^

La défense particulièf e de l'île consiste , outre le fort , dans la batterie à l'ouest en face du fort , dans une batterie au sud pour empêcher les chaloupes qui auraient passé la barre de remonter le QeuTe ', et dansuoe batterie au nord pours'opposer aux invasions des Maures et à l'arrivée des embarcations qui pourraient franchir le marigot des Maringois à la marée basse. Dans les basses eaux l'on peut passer A gué de l'ile i la côte de Barbarie.

La population de l'île Saint-Louis du Sénégal, que l'on portait en 1786 à six mille individus « tant mulâtres que nègres libres ou esclaves , était estimée de neuf mille en t8 18, y comprisles Européens et la garnison. Chaque habitant traite pour son compte en rivière le mil nécessaire à l'approvisionnemeat de sa famille ; et de plus chaque jour il se tient un marché où les habitans de la grande- Terre viennent apporter du poisson, de la volaille, des fruits du pays, du vin de palmier, et autres denrées nécessaires à la vie.

Les gens de couleur et une partie des nëgres sont chrétiens ; les autres professent le mahométisme.

Pendant huit mois de l'année l'île n'a d'autre eau que celle que l'on puise dans des trous faits dans le sable, trous qu'il faut renouveler presque tous les jours. Cette eau est furt saumfttre , et de-

' C'nt uad orpcndant qa« Iw Anglwi l'ea cnpMèreul bb juillet

4l6 ÉTAT kCrVTL DQ COMMERCE

vient plus ou moÏDS potable en h faisant filtrer à travers des pierres poreuses que l'on tire doB Canaries.

Le fleure du Sénégal ne doit point être confondu avec le Niger; celui-ci coule à l'est , l'autre à l'ouest. Les découvertes de Mungo-Parck. ont dissipé toute espèce de doute à cet égard '. Dans son cours de trois cents lieues au moins , depuis son embouchure j usqu'à Galam , le Sénégal forme un assez grand nombre d'îles, dont plusieurs remarquables par leur étendue et la bonté du terrain* qui s& prêterait à toute espèce de culture.

A soixante lieues de l'île Saint-Louis est l'île i Morphil , dans laquelle est construit le fort de Podhor, placé à six cents toises de la rivière, exposé dès-lors à manquer d'eau à la première attaque : il avait été construit pour proléger le commerce de la gomme ; il a été jugé inutile , et abandonné.

■ Depuii 1m dfcoamln de ce célèbre et malbeurrai vogr^eur. Ici Anglaii ODI pouHJ plua loio i» rcchn-chtidant l'ialéneur deTAfri. que. Voe pclire tmlxiMide Tu) ea*ovëe du fort Cipe-Coul , établi*. •emenlin^iu lUf U cdte d'Or, d.<iii le rojauine de* AicKiotèeti en ilii7. M. Edouard Bondicb, tbef de tVtp^dilîon , noni ta k donni une relation pleine de reiii>ei|;ai'ine[ii utitri lur ce rujiume de fAlriiiuc. • On ne peut le cefuiir à une rëBciioa inttireatanle tonqu'op examine le but de lemblubli;! entre prim, dit IVilimible aulear dn AnnaUé tnritima tt caùniialtt, quand , au lieu de ne tuir daoi leur itiue que le niccii d'un vujige baiardeiUi on ran«îdéti' le> molib politiqnei qui l'ont détermioé , l't qu'un en decouric tet tap. poiti >vtc le ijitime g;<!Déisl de colooitulion et de commerce taiii ■fec tant d'ardeur par rAnglelerre: *7Mème que l'élJt acluel de la popoklioD leod pieique ëgalemeat MCctaaÛe à toute l'Ban>(ie. •

D^S DBDX- INDIS. ^l--]

A deux cent quarante lieues plue loin , eu suivaut tes contours du fieuve, est placé le fort- Saint- Joseph cle Galam , abandoaoé comme Podhor depuis long-temps, quoiqu'on fasse encore le royage de Galam pour la traite de la gomme.

Od ne peuts'; rendre qu'une fois par an, parce qu'il faut profiter de là crue des eaux , soit pour monter à Galam en bateau , soit pour en descendre. C'est vers la fin de juillet, ou au commencement d'août qu'a lieu le départ ; les bâtimens se rassemblent en cooroi, et partent sous la conduite d'un petit navire chargé , portant les droits et coatumei ' pour les princes du pays, et commandé par un officier, chef du convoi.

Les bâtimens des habitaos de Saint-Louis qui montent à Galam sont ordinairement du port de quarante à soixante tonneaux ; ceux des £uro> péeos qui Tiennent pour la traite, sont ordinairement d'un port plus Considérable , quelquefois de cent soixante à cent quatie-vinçts tonneaux ; mais ils doivent ne tirer que peu d'eau. On est forcé de foire monter à Galam des bâtimens d'une grande capacité , parce que , quelle que soit leur dimension , ils paient tous les mêmes coutumes. Aviint de partir l'on fait, près de l'embouchure du fleuve, l'achat du sel nécessaire pour le voyage de Galam , dont il est un des meilleurs articles-

En six ou huit jours les bâtimens bons voiliers

4l8 ÉTAT ACTUEL Dl COHHBRCl

penveQt armer à Podor , à soixante lieues de l'ile Saint -LadIs : jusque là le Sénégal est d'une • nar^atioa : assez facile ; au^deU , il est rare qne ronitoUseaUetà ta rmïe. Aux Mages rioleiis, qui 8ont fréMfueiH danê cette ËâiioQ, succède le calme k plue profond ; le fleuve, gonflé par les eaux, est aemé de b»DCB dangereux, et charrie des arbre» énormes qu'il arrache dn ritage , et qfui exposent les navires à être crevés.

Pour remédier à vne partie des iDconvéniens dcat un Tient de parier < et former une commonicatioQ pdus aieée entre Galam et l'ile Sainl-Louis, es a teoté d'établir u» bateau à vapeur sur le fleuve; nuH», jusqu'à présent, il parait que le BDccës n'a pas eacore répondu à l'attente. On attrttiae en partie le peu de réussite de l'entreprise à la nécessité de couper du bois pour entretenir !« feu , ce qui (^ligeait le bateau de s'arrêter. GoDHoe il n'y a que des palétuviers, il faut les chercher dam des marais fai^eux qui botdent le rivage , travail qoe les malilotS' européens ne p<euf ent BUjiporter , et qui , dxiw la première expérience', a détruit l'équipage.

Oa a liea de croire cependant qu'avec de la oiostance ec de nouveihis tentatives ou parviendra à tirer partie de ce geure de navigation , qui cnnvieadtait parfattemewt sur les fleures de cette pQilie de l'Afrique.

A cent cinquante lieues en remontant le Sénégal, l'on commence à apercevoic dans lie.loiDtaîo

DES DEUX IRDIfl. 4<9

qQel<jife8' âfODticules ; on rencootre des vUlageB grands et peuplés , dont les habitations , au lieu d'être «a paille , sont en terre-glaise , que l'on eo- TÏronne de feu pour les faire cuire ; on les couvre ensuite de chaume. Le ?illage entier est entouré de murs construits de la même maoiére. Chaque village a son chef ou seigneur particulier à qui l'on fait des présens. Des pirogues abordent les bâtimens ; chacun apporte ce qu'il a à tendre , or, ivoire, millet, peaux d'animaux, etc. Le convoi avance toujours. Souvent on rencontre des îles flottantes couvertes d'arbres et de verdure ; elles ODt été détachées des bords du fleuve par la crue subite des eaux : enfin l'on arrive à Galam.

Le fort de Galam est un petit carré flanqué de quatre bastions , dont il ne reste que les fondations; il avait été construit par l'ancienne compagnie des Indes, qui avait trois autres fortins dans le pars de Bamboue. Cette compagnie xvAH conçu le projet et proposé des moyens asseZ' efficaces pour foire exploiter en grand les mines du pays de Bamboue ; mais l'insalubrité des contrées qu'il faut parcourir avant d'arriver à Galam est un grand obstacle à tout établissement dans cette contrée ; cependant , une fois à Galam , \e pays devient salubre et moins funeste aux Européens.

Cette place est le lieu du rendez-vous du convoi. C'était là que s'assemblaient les habitans du Sénégal pour convenir avec les chefs du pays ii»

. 4^0 iTlT ACTUEL DU COHHERCI

prix des eEclaTes. Tous les livres sont pleins de la manière doDt se faisait ce commerce crimioel ; nous n'en répréterons pas les détails i nous parierons de préférence du commerce de la gomme. Ce commerce a sa plus grande activité à Porteadick , appartenant depuis 17&3 aux Anglais, par l'imprudente cession que nous leur en fîmes. Avec des soins et quelques encouragemeos les Français pourraient le rappeler à leur établissement du Sénégal, comme nous l'avons tu autrefois. Voici ce qu'en dit uu des voyageurs qui ont répandu le plus d'instruction sur le commerce de l'Afrique , et dont nous ne saurions trop recommander l'ouvrage aux lecteurs qui désirent le connaître '.

t Quand les Européens commeucèrent à fréquenter Arguin , Portendick et le Sénégal , les Maures durent sans doute leur offrir la gomme ; mais alors celle d'Arabie avait seule la vogue; et ce ne fut que dans les commcncemens du dixseptième siècle que les Hollandais firent connaître celle du Sénégal à l'Europe.

■ Enfin les Français , devenus les maîtres de ce fleuve , et des mouillages d'Arguin et de Portendiclc , ne lardèrent pas à savoir que , dans les parties méridionales du grand désert du Zaarha, voisines du Sénégal, dans les contrées sablonneuses et incultes , existaient trois forêts considérables

■ Fragmtm *«r U eammertt tFJfriqvt, par M. GcJbcrrj. P«m,

DES DXCX INDES. 4^ >

d'arbres à gomme. Ils firent visiter et reconuaître les lieux où ces forêts se trouvaient situées ; les forêts elles-mêmes furent observées et examinées ; OD sut que leurs distaoces se trouvaient assez rapprochées des bords septentrionaux du fleuve , et des mouillages d'Ai^in et de Portendick , pour que le transport de cette denrée pût se faire aisément.

■ L'arbre qui donne la gomme appartient au genre des acacias, et porte, parmi les Maures et les nègres voisins du fleuve , le nom A'uereok, quand il produit de la gomme blanche , et de nébueb , quand il produit de la gomme rouge.

■ Ces deux espèces d'acacia-gommier sont les plus répandues, et se sont infiniment propagées dans les sables blancs et mobiles qui forment le sol des contrées dont la mer est bordée , depuis le Cap-Blanc de Barbarie, jusqu'au Cap-Vert , et dans celle^ qui sont situées au nord du cours du Sénégal , depuis Galam jusqu'au comptoir dît le Ditert.

« L'arbre gommier du Sénégal n'a en général que de dix-buit à vingt pieds de haut , et sa grosseur commune ne passe guère trois pieds de tour; tels sont , suivant te témoignage des Maures qui nous vendent la gomme , les arbres des trois furets de Sabet, d'AI-Fatack et d'Ël-Hiebar; on y voit cependant des gommiers de vingt-cinq et de vingt-huit pieds de hauteur dans les îles de Sort et deThiongh ; mais le sol est couvert d'une cou-

43a lÉTAT ACTUEL DU COHHBICI

che de terre végétale , et encore ces arbres d'j sont-ils qu'en très-petit oombre.

■ Les tributs maures arec Lesquelles nous sommes eu relations habituelles au Séné^l , qui fréquentent les bords oocideotaux de ce fleuTe , et qui nous veadent la gomme , sont au nombre de trois , distinguées par les noms de Trarshat . 4? Brachknaz et d'Ouled-El-Haghi ou DarmanLo.

< La possession , la jouissance et le commerce des contrées méridionales du Zaarha , situées au nord du cours du Sénégal , d^uis l'enjbouchure de ce fleuve jusqu'à la longitude de Galaxn> semblent appartenir depuis plusieurs siècles aux Maures Trarshax, aux Maures Brachkoaz , et aux Maures Ouled-ËI-3aghi , communément désignés sous le nom de Darmanko.

c Ces trois tributs ont des établissemens fixes dans qudques parties habitables de ce vaste désert du Zaarha ; les Oasis qu'elles occupent sont éloignées de près de deux cents lieues du Sénégal dans l'intérieur du désert.

< La forêt de Sabel est possédée exclusivemea t par les Trarshaz; elle est entiètcmeot composée de gommiers blancs, ou produisant de la gomme blanche, qui est la plus précieuse par sa pureté' et par sa blancheur. Saliel est situé i vjngt lieues au levant de Portendick, et à vingt-çjnq lieues au nord-est de l'escale du fleuve que fréquentent les Trarsbaz. £□ 1^87 cette forêt était |a plus importante , parce qu'elle mettait 1^ Trar^b^z eu

DSS. UILU-X IMDEfi. 4^^

relation» £i>rt actives avec tes Français du Sénégal, et avec les ÀDglais, <f.ui, depuis te traité de 1 7^5 , araicDt continué de fréquenter (es ni<HjiUa'ges roUins.

■ La forêt d'EUHiebar eat aitiiée plus au nord que les deux autres forêts de gomoùers i elle est à trente-deux lieues de l'eseatedu Cokou Coq et dufortdePodhor, à quarante lieues de l'escale du Désert, à trente lieues de Portendick, à soixante lieues d'Arguin , et à Tio^t-cinq lieues de ta ri- TÎèfe de Saint-Jean, qui s« jette dans la mer près du cap Hiricit. , et dont les Auglais s'étaient réservé la propriété par le traité de 1 783.

• Dans les premiers jours de décembre , les Maures quittent lès résidences qu'ils se sont formées dans les vastes solitudes du Zaarha, où sont réunis leurs familles, leurs troupeaux , leurs chameaux et leurs richesses ( Us quittent c«s chefslutuxoù ils passent toutes les mauvaises saisons., et chaque tribu se met en marche vt^rs la forêt' de gomuuejrs qui lui ap{iartient.

■ Il ne reste aux Qasïs que des vieillards dé^-, crépits, des vieilles femmes, des eqfaus pu Ijfts. âge, des jeunes filles, tous ceux qui sont employés aux soins des troupeaux, ik l'éducation des cher: vaux et des chameaux , et k d'autres occupatiops. iodispeosables , et les esclave» noirs.

< Tout le- reste Corme une armée, dont i^ «oui' position t&\ aussi blKaife qve sauvage i c'est un, asseoiUage C9nfu» d'hommes, de few/uçs, de

4^4 iTAT AOTUIL DD COMMERCE

jeunes gens et de filles ; on j voit même des enfans à la mamelle, et un grand nombre de chameaux , de bœufs et de chèvres.

■ Les rois, les princes et les riches montent leurs chevaux et leurs chameaux; d'autres sont montés sur des bœuâ; d'autres sont à pied. '

< £n douze ou quinze jours de marche, chaque tribu est rendue à la forêt dont elle a la propriété, et au bord de laquelle elle établit son camp.

■ Le travail de la récolte dure six semaines; quand les amas de gomme sont formés, et que tout est ramassé, on se dispose à lever les premiers camps , et à gagner les bords du Sénégal.

( Ou charge la gomme sur les chameaux ou sur les bœufs ; la charge ordinaire d'un chameau est de quatre à cinq cents livres ; celle d'un bœuf est communément de cent cinquante livres; la gomme est renfermée dans de grands et immenses sacs de cuir, faits avec des peaux tannées de bœuf.

1 Toute la gomme récoltée et emballée n'est pas tout de suite chargée sur les bêtes de somme qui doivent la porter sur le bord du fleuve, aux différentes escales où elle se vend ; les chefs des tribus , seulement , se rendent alors à ces escales , accompagnés d'un certain nombre des principaux Maures , qui , presque toujours , sont ou se disent parens des rois, ou de leurs femmes favorites , et suivis d'une escorte de gens armée.

• Pendant que les t^efs des tribus sont en pour-

parier pour cooTeoir du prix auquel la gomme sera Teodue » les camps des Maures chargent leur gomme » se mettent en route , et s'arrêtent à deux journées du fleure , où ils attendent la conclusion des conférences de leurs chefs avec les préposés du gouvernement du Sénégal , et avec les marchands français.

« Les employés et les pr^>osés à la traite de la gomme , et les marchands qui se rendent au Détert et à Podhor , pour l'acheter , savent combien dans ces foires harbares il faut supporter dincommodités , de fracas et d'ennuis.

■ Quand tout est convenu de part et d'autre , Jes chefs maures retournent aux camps, et annoncent à leurs tribus que la traite va s'ouvrir.

■ Les camps se mettent en marche, et quelques jours après sont établis sur les bords du fleuve.

■ C'est à cette escale , que les Français ont nommé le Détert, et qui est en effet un des lieux les plus arides et les plus déserts de la terre, que se tient principalement la foire de la gomme. Cette escale est située sur le bord du fleuve , à égale distance de l'ile Saint-Louis et du fort de Podhor, et les Trarshax j portent toute la gomme de la forêt de Sahel.

■ Il est difficile de se faire une juste idée du désordre et du tumuhe d'un assemblage aussi bÎKarre, et de donner le véritable tableau de la BÎogtiIière confusion qui règne dans ces camps de barbares.

4^6 ÉTAT ACTLEL DC COilHBKCE

■ Quand les Maures sont tous rassemblés sur les bords du fleuve , et que leurs camps soût établis ; quaod tout se trouve arrangé et disposé pour commencer la foire de h gomme, un coup de canon est l'avertissement qui annonce que la traite peut s'ouvrir.

< Pendant les années 1785* 1786 et 1787,1a quantité de gomme portée annuellement dans les comptoirs du Désert et du Cok s'est élevée k huit cents milliers , et , en outre , tes Maures Trarsbaz en portaient annuellement aussi à Portendick, environ quatre cents milliers qui j étaient achetés par les Anglais.

«Les trois forêts de Sahel* d'&l-Fatack et d'El-Hiebar , assurent donc une récolte constante d'au moins doute cents milliers de gomme ; et si aucune partie de la gomme de ces trois forêts n'était détournée, cette branche de commerce suffirait seule pour rendre nos comptoirs du Sénégal fort impurtans.

« Au commencement de 1784* M. de fiepentigny fit visiter et reconnaître une forât de gommiers bUncs, située à quelques lieues au nord du Sénégal et du lac de Goumel , À peu prèa entre le 5* et le 7* degré de longitude orientale de l'Hede-Fer ; elle est aussi au milieu des sables blancs et mouvans du Zaarba.

Cette forêt est principalement composée de cette espèce de gommiers blancs que les Maures appellent (/e<^, et qui appartient à 'une def cinq

nigti^aJi-vGoOgle

DES DEUX IMDIS. ^S'J

sortes d'ucaciai-gominieFs dont a fait mention U. Adanson.

■ L'andeone compagoie des Indes avait connaissance de cette forêt; et, dans l'intention d'en récolter la gomme, etle ayait formé un établissement dans l'ile de Bilbas , vis-Â-vis d'un rillage nègre nommé Guérouf/ mais il n'a pu subsister.

> La contrée où se trouve cette forêt est encore de la dépendance des deux tribus germaine* des Bracbkoaz et des Darmaoko ; il a fallu faire un traité arec eux pour la gomme ; il a été indispensable aussi d'en faire un autjre avep les Nègres^ Foulhas , que nous appelons PiuU ou PouU , pour pouvoir librement traiter avec eux des vivres, et d'autres obiets de subsistance.

I Ces traités cooclos, on forma l'établissement, «t on construisit une espèce de fort où devait être placé le comptoir ; les Maures j portèrent de la gomme ; mais , i l'époque où ils quittèrent les bords du fleuve pour se retirer dans leurs Oasis , les Foulbas se soulevèrent contre les employés que la compagnie des Iodes y avait envoyés ; ils s'étaient persuadés que le comptoir de Guérouf , trop favorable aux Uaures , leur deviendrait funeste ; et , sans égard pour le traité que leur roi , ou siratick , avait fait avec la compagnie , les Foulhas attaquèrent ce comptoir, le forcèrent, massacrèrent quelques employés et le capitaine d'un bateau de l'île Saint-Louis qui venait d'y arrivetavec des matériaux de constiuctioi).

ji-vGooglc

■ La gomme se paie aux Maures arec des pièces de toile de coton teintes en bleu indigo , qui se fabriqoeDt aux Indes, et qui portent, dans le commerce de l'Afrique occidentale , le nom de pièeti de Guinée. Ces piècen de toile ont de sept à huit aunes de longueur, et une demi-aune de largeur : ces toiles entrent comme partie essentielle et principale dans tous les miarchés qui se font, et les Maures n'admettent pas d'autres marchandises pour ta traite de la gomme.

■ On a essayé en France de contrefaire ces pièces de Guinée ; mais sans doute ces essais ont été imparfaits. Les Maures ne s'y trompaient pas ; ils avaient à cet égard uo tact qui leur faisait reconnaître sur^le-cfaamp si une pièce de Guinée avait été fabriquée en Frauce ou dans l'Inde ; ils ne s'en rapportaient ni au toucher , ni à la couleur; ils portaient uoe pièce de Guinée au nez, et c'est par l'odorat qu'ils s'assuraient de sa véritable qualité. Ces toiles de l'Inde, et l'indigo dont les Indiens se serreot pour les teindre , ont sans doute une odeur particulière' qu'on n'^ pas encore su imiter.

( De 1780 à 1787 , les Maures ont donné constamment le kantar de gomme, pesant deux milliers, pour quinze pièces de Guinée. Cette matière n'a jamais coûté plus cher à la compagnie de la gomme , établie au Sénégal en 1 784 -, et à ce prix elle en traitait annuellement quatre cents kantars, valant huit cents milliers.

NGoogk

« Quand , en 1 784 , MM. de Repeotigny et Durand conçurent le projet de donner plus d'étendue au commerce de la gomme , les Maures Bracbknaz et les Maures Darmanko offiirent d'en livrer deux cents kantars à Guérouf , dans l'île de Bilbas , et deux cents kantars à Galam ; cela Formait ensemble buit cents milliers de gomme , dont les Maures ne demandaient que dix pièces de Guinée pour le kantar i.

< Il résulte des états qui en ont été dressés, que les trois forëU de Sahel, d'AI-Fatack et d'El-Hiebar, produisaient douze cents milliers de gomme, qui se traitaient sur le pied de quinze pièces de Guinée le kantar ; que les Maures ont offert d'en fournir encore huit cents milliers des forêts de Guérouf et de Galam , sur le pied de di^pièces de Guinée par kantar. Mais supposons 4fu'à cause du trans- |K)rt de la gomme de ces deux dernières forêts , et des prèsens ou encouragemensqull conviendra de donner aux tribus des Bracbknaz et des Darmanko, pour la livrer au fort de Podhor, cette gomme soit aussi acquise au prix de quinze pièces de Guinée le kantar. les deux millions de. livres de gomme que produiraient tes cinq forêts emploieraient quinze mille pièces de Guinée.

■ Si l'administration du Sénégal sait se ménager les Maures du Zaarha , et les cbefs des nations noires qui peuplent les bords méridionaux du

' LelaDtHOIiiDcgnDdc meaure qui coDticDl dcni raille livre* pCMMl dr gonuDc.

43o ilAT ACTDBC QV COMMERCE

fteuve , si l'on sait employer avec eux une sorte (te politique bien concertée , la gomme abondera à uos comptoirs ; la traite s'en fera avec la plus grande focilité. Les résultats de cette branche de commerce sont certainement assez arantageu:^ pour mériter la considération du gouTernement.

c L'abondance de la gomme, ou des arbres à gomme, dans toutes les contrées Toisines de l'île Saint-Louis du Sénégal et des bords de ce fleuve, est immense. On a parlé des cinq grandes forêts de Sahel, d'AI-Fatack, d'EI-Hiebar , de Guérouf et de Galam; mais, outre ces cinq forêts, on trouve partout, sur les bords du fleuve et dans ses ailes , une quantité prodigieuse de gommiers , dispersés çà et là , dont il serait fort aisé d'engager les nègres i fsA'e la récolte partielle ; et cette récolte qu'offrent les gommiers dispersés se porterait peut-être à cent ou deux cents milliers de livres. »

On voit donc que le principal et le plus important objet d'échange qui se iait au Sénégal est le commerce de la gomme. Quelques difficultés 'élevées entre les Français et les chefs de Trarsbai ont eu de l'influence sur ce commerce , et ont accru la traite de la gomme à Portendick, où sont les Anglais ; mais ces diflicuhés peuvent être levées par les soins du gouvernement. La traite des noirs au Sénégal ne passait pas douze ou quinze cents autrefois. Doit-on regretter un pareil commerce , quand on réfléchit à celui qu'on peut en-

nE9 DEDX IHDSâ. 45i

core faire au Sénégal en productions db pays , qui s'y mulHpti«rotit à mesure que la civilisation y fera quelques progrès !

Les productions qu'il offre déjà consistent en poudre d'or, cristal de roche, salep, tamarin, mil, c&fé , indigo , vire , gomme , tortues , cuirs , bes- 'tiaux. C'est surtout à Saiot-Louis que se font les expéditions et tes négociations pour la traite de la gomme, de l'or et du morphil ou ivoire.

L'eseale du déseet , à fingt-cinq lieues de l'Ile Saint-Louis, dans le royaume de Brac , est le lieu où s'effectue par les Français la traite de la gomme avec les Maures, qui, comme nous l'avons TU , l'y apportent des trois grandes forêts de gommiers; elle se fait encore à Podhor , dont il a été question pins haut. Enlîn Galam , qui a un comptoir français, est célèbre et intéressant par sa foire considérable, qui se tient pendant les quinze premiers jours de novembre , et où il se fait un commerce d'échange de poudre d'or , d'iroire , de peaiix de bceuf , de riz , de gomme , contre des toiles de Guinée , des armes à feu , de fa verroterie , etc. ; aperçu qui montre que le commerce français n'est pas sans quelques ressources et quelques moyens de faire d'utiles spéculations dans nos établisaemetïs du Sénégal.

Nons pouvons y joindre i' l'île de Corée, située par le i4' degré de latitude. Ce n'est en qneTque sorte qu'un rochers mais elle offre une relâche aux vaisseaux , et a une excellente rade ;

vGooglc

433 ilAT ICTtEL DD COHHERCB

elle est à enviroD une lieue de la terre ; elle t use lieue de tour et une population de six mille habitans , naturels et Européens.

L'ile de Gorée peut se diviser en deux parties : la partie haute, formée de colonnes de basalte implantées les unes sur les autres, comme la chaussée des Gians en Irlande , élerée de près de trois cents pieds au-dessus du niveau de la mer, presque inaccessible de trois cdtés , et tenant à la partie basse par une rampe a.ssez roide où l'on a pratiqué un chemin pour conduire l'artillerie. La Tille est bâtie dans la partie basse qui se termine par une sorte de mAle naturel appelé PoiHt»~du~ nord. Ce radie renferme une batterie , et se trouve en quelque sorte isolé de l'île par le fort Saint- François , qui commande le débarcadaire.

Sur le haut de la montagne est le fort Salnt- Hichel , originairement construit par les Hollandais , qui ont possédé l'ile ; il 7 a aussi plusieurs batteries ; mais la plupart de ces ouvrages sont en fort mauvais état. Une belle poudrière , l'hôtet du gouvernement, qui est assez convenable ; un beau quartier pour la troupe , un hApital assez bien situé , mais peu spacieux , sont les établissemens publics de cette tie. La plupart des maisons sont assez bien bâties ; elles sont construites en basalte , cimentées avec de la chaux et du sable , et terrassées à ritalienae.

Gorée est devenue un point assez important pour ta protection de nos établissemens dans ces

bBS DBOX IMDKS. 4^^

parages. Halbeureusement il n'existe dans l'ilé qu'uDe petite fontaine d'eau douce, qui ne peut sufiBre à la consonsmation des habïtans ; mais il serait facile de remédier à cet inconvénient par . l'établissement de citernes : le fort Saint-François en renferme deux ; elles sont trop petites. Il serait aussi nécessaire de faire dans l'ile un approvisionnement de charbon de terre pour suppléef au bois que l'on ne pourrait se procurer du continent , en cas de siège.

La rade foraine de Gorée est assez bonne , mais les vaisseaux ne sauraient j supporter les ouragans qui régnent pendant la saison pluvieuse. Le canal entre l'ile et la grande-Terre ne sert point de mouillage ; il est trop difficile d'y appareiller , et l'on courrait risque de se perdre sur la côte.

Rafraîchi par les vents de mer , l'air qu'on respire dans cette ile, presque toute l'année, est frais et tempéré. Gorée est un des endroits les plus aalubres de la cAte d'Afrique; c'est celui où les Européens malades et habitant le Sénégal vien^ nent rétablir leur santé.

L'île de Gorée tomba au pouvoir des Anglais en 1800 ( germinal an S ). Elle devait nous être rendue d'après les préliminaires de la paix d'Amiens; mais il fallut la reconquérir. Cette prise est un des beaux faits d'armes de la garnison dii Sénégal ' ; maïs l'imprévoyance du commandant

' 18 iutTWr lt)o4i

434 ÉTAT ACTDKL DD COHHBKCB

de nie de Corée la fit retomber bientftt après au pouvoir des Anglais.

En euivant la cdte rers le sud on trouve Rufique , en langage nègre TantagueilU , Portudal ou Salit Joal ou Guivala , tous anciens établissemens des Portugais, entièrement détruits aujourd'hui, et dont on aurait peine à retrouver des traces.

Cependant la population de Jual , qui, quoique parfaitement noire, se prétend d'origine portugaise , a conservé l'apparence de la religion catholique ; les hahitans portent tous des noms portugais. Les blancs y sont en général mieux reçus que sur tout le reste de la côte.

On a essayé d'établir un comptoir à Cakont, capitale du pays de Salum , situé dans le haut de .la rivière de ce nom ; mais ce projet n'a pas réussi.

Dans cette partie de la cdte que nous venons de parcourir, c'est-à-dire depuis le cap Blanc jusqu'au cap Tagrin, nous avons encore l'établissement de ta petite île d'Arguin , à dix-sept lieues sud-est du cap Blanc, et dans le golfe de son nom. Cédé aux Anglais par le traité de 1763 , il nous fut rendu par celui de 1783; repris par les Anglais dans la dernière guerre , nous y sommes rentrés par la paix de i.8i4- Nous y avooâ un comptoir. Le commerce qui s'y fait est surtout celui de la gomme, que les Maures y apportent du Dûsert : commerce très-diminué aujourd'hui, ou pour mieux dire que nous avoos laissé en-

Tahir par les Anflais à IN>rtendîck ; man eofiD qui peut rerirre un jour.

Oq peut eo dire autant des petites Iles Bista-^ gots . qui D0U8 BODt communes ayec le Portugal ; des idoles et de h mière de Sierra-Leone , en commun avec les Anglais ; euflD du comptoir d'Albreda , sur la rivière de Gambie t c'est un village asseï considérable, et dont on pourra un jour tirer meilleur parti pour les établiseemens à foi^ mer sur cette côte.

Nous avons dé}à parlé des essais d'établissement qui ont été faits dans ces derniers temps au Cap- Tert , et dont le chevalier de Boufflers avait jeté les fondemeoB en 1 786.

Il s'agissait de former un établissement colonial dépendant de la France ; on j aurait réuni des colons européens, et l'on aurait répandu les principes de la culture et de la civilisation chei les ttoirt de cette partie dé l'Afrique , où tout se montrait favorable à ce projet. Ce n'est pas, au reste, la seule fois que les entreprises les mieux conçues ont été BaM snccès; aussi ne peut-on s'étonner que , par un enchaînement de fautes ou de mauvaises dispositions , le gouvernement ait fait dans ceUe-ci des sacrifices considérables sans qu'il en soit résulté rien de satisfaisant.

Hais ce mécompte dans l'exécution d'un aussi grand et aussi important projet ne doit point en détourner pour toujours ; des circonstances plus heureuses, un meilleur choix d'agcns et de mojeni;

436 trkT ACTUEL DO COHlfBRCI

peuTeDt faire réussir ce qui n'a maDC[ué peut-être que par défaut de prudence , d'ordre et d'économie '.

En suiraat la seconde division de la côte d'Afrique du cap Tagrin au cap de Lopez-GonsaWex , daos une étendue de six cents lieues , on trouve ta Guinée t la Côte-d' Ivoire , et /a Côte-d'Or.

La France , dans cette vaste étendue , n'avait que deux comptoirs, celui d'Amokou, et celui de Juda ou Juîda, où se trouvaient aussi un comptoir anglais et un comptoir portugais. Ce pajs est un des plus beaux que l'on puisse voir ; il est trèsfertile et le plus commerçant de la haute Guinée ; malheureusement la cdte est d'un abord difficile,* par une barre qui rend périlleuse l'approche des canots. Le pays ou royaume de Juida est ud de ceux où la traite des nègres a toujours été la plus abondante ; elle s'y fait encore avec activité , tant est grand l'empire de la cupidité sur la justice et les lois; elles avouent leur impuissance à en arrêter les excès.

Les comptoirs sur cette côte ont été abandonnés , et nos navigateurs ne se dirigent à Juida que pourpartagerle commerce clandestin de la traite.

Le comptoir de Juida ne relevait ni du Sénégal ni de Gorée. Il coûtait une quarantaine de mille francs d'entretien , y compris les présens ou cou-

' Une «nocUlioa de cipîtalùlei, d'hommca initmilt et lilé* , pnitégii par It gouTernement, pournll reprendre ce pro)el, el Vtiécuter m grind innMge du comnMrre ei de cent qui le aeninit LnUrewéi 1 *on lucota.

DES DKOX INDES. 4^7

tûmes pajëes au roi de Bahomé , tyran ou uiaître de cette contrée.

La troisième dirisiou que noua avons établie des côtes d'Afrique s'étend du cap Lopez au cap Negro.

Dans cette étendue de côtes on trouve Loango , Congo, Angola, etc. , fréquentés par toutes les nations.

De nombreuses contestations se sont élevées entre les Français , les Portugais et les Anglais , relativement aux droits que ces derniers prétendent avoir exclusivement sur les côtes où ils ont des établissemens; maie ces droits prétendus sont chimériques, si, comme l'établissent les pubticistes, on ne doit respecter l'exclusif que dans l'étendue de la portée du canon , au-delà des derniers ouvrages des forts.

On se raf^elle qu'en l'^SS les Portugais firent une invasion à Cabinde ' , et forcèrent les traitans français à se retirer. Cependant, l'année d'après, le gouvernement commanda une expédition armée ; l'établissement fut repris , et le Portugal reconnut les droits de la France.

Le reste de la côte d'Afrique jusqu'au cap de Bonne-Espérance a été jusqu'ici peu fréquenté des Européens, même des Portugais et des Anglais.

■ C'ttt DO eodrait dâkinii de la cdie d'Angola , où l'on fallait la tttÏM dcf aAgm, et <A nooi pourrioni fonner une colonie accole- Le* Fortngaia, pom a'ea rcndic mitirMi j avaient ^iiblt un fort, liuîale* FratiçableasDchaaièrent, et natticnt nittce* de cette inlé> RMiDle pgMeaùoD «piia la piix d« 17S},

436 tTAT ACTDKL DU COMMERCE

Hais ces detDÎen , maitres du cap de Bonne- Espérance, ont de grands moyens de s'avancer dans les parties intérieures, où ils font marcher de front ta culture et la civilisation : heureux effet de cet esprit pubhc , enfant de la liberté , dont nous aTODS si souvent occasion d'admirer les pro* diges, en plaignant les peuples qui n'en savent pas assez apprécier les avantages !

Le commerce que faisait la France au Sénégal, à Corée el aux établissemens voisins , était indépendant de cette côte.

On voit, parle tableau du commerce et de ta navigation eutre la France et les contrées occidentales d'Afrique , le Sénégal , la Guinée, etc., que , pendant une année moyenne de 1787 à 1789 inclusivement , i) est sorti des ports de France , pour le commerce avec ces réfçions , cent huit bâtîmens jaugeant trente-huit mille cinq cent quatre-vingtseiie tonneaux ; et qu'ils y ont porté en marchandises et productions nationales des cargaisons montant à une valeur de i8,356,ooo francs. Cinq bâtimens jaugeant huit cent trente-trois tonneaux sont venue de ces mêmes régions en France pendant le même temps . avec des cai^aisons d'une valeurtolale de 3,094,000 fr. : di£Eérence qui montre que , dès cette époque, la balance avec l'Afrique était en faveur de notre commerce. La traite des QOÎrs n'est point comprise dans cette estimation.

Le commerce français ne paraît pas avoir encore assez apprécié les avantages que loi offrent

ji-vGooglc

BXS DIDX inDKS. 4^

nos possessioDS d'Afrique : habitués à ne les conaidérer que sous le rapport de la traite des noirs , nos spéculateurs ne semblent pas se douter qu'il existe dans ces régions des sources de richesses bien autrement importantes que ce trafic inhumain si justement proscrit : on a cependant sons les yeux le récit des efforts que les Anglais ne ces* sent de faire pour étendre de plus en plus leurs relations avec les peuples africains. Tandis que les événemeDS de la guerre nous interdisaient l'approche de ce continent , de grandes tentatives ont été faites par l'Angleterre pour y introduire la cirilisation ' et le goût des produits de l'indostriei On sait qu'une compagnie prifilégiée exploite le commerce britannique en Asie; mais il est permis à tout sujet de cette puissance de déployer ses spéculations dans l'Afrique occidentale.; et depuis quelque temps des plans saramment combinés promettent de changer la face de cette partie du monde. Toujours sûrs de l'intention du gouvernement , libres dans leurs actions prirées , encouragés parles applaudissemens de leurs concitoyens et l'appui des ministres , ordinairement grands hommes d'état , les Anglais exécutent leurs opé-

' C» teatitifa, ckwl pluiinuiont iiccoaroDDée*daiuGcèi, lool duci i b laeUU afrùmln*, compoiée d'Angliii ktlachit 1 li proi' péiM de leur piji , el qo*!! ne faai pM confMtdK areo U eomfagnië érjfri^^. Kd iSiS celte loàiti ■ taioji hait miHiiWMiru I l'onai derAfriijne, deax an nord de l'Iode, et oenf * UHoDTelle- ZéUnde. Se* rtveov l'àlMÙCnl k »8,ooo Uvie* «lerliaB ; tm dipcDic* à U mtme Munme.

44o iTAT ACTUEL DU COMMERCK

rations avec cet esprit d'ordre et de patience qui triomphe de tous les obstacles , et finit par cap< ter les faveurs de la fortune : c'est par un grand nombre de rivières que leurs bâtimens et leurs embarcations pontées parviennent jusqu'à des distances considérables dans l'intérieur du pays*» c'est ainsi qu'ils y introduisent leurs missionnaires , leurs savans voyageurs et leurs négocians. Les bords de ces rivières , fort peuplé» et trèsfertiles , sont des marchés toujours ouverts où ils tiennent leurs comptoirs , et où se rendent une foule de marchande oègres qui leur apportent -les précieux objets pour lesquels ils entreprennent des courses vers le centre de ces immenses régions. L'établissement de Sierra-Leone, malgré quelques revers , est un des foyers de cette grande activité. Sur ce point important viennent se réunir les denrées les plus recherchées , et les plus riches métaux. Les Africains , s'habituant peu à- peu aux usages des peuples policés , commencent à goûter les agrémens d'une vie commode , et se font des besoins de ce qui sort des manufactures d'Europe.

L'avantage que nos voisins auront trouvé à opérer cette révolution , nous aurions pu nous le procurer sans tes guerres étrangères et les discordes civiles, qui ne nous ont pas laissé le temps de porter nos regards au-del des mers.

' fayet ce que dois diionr de li Siitigamii* angltùn, dim l'arficle dti poMCMiooa briliDnîijiie* ta Afrique.

DE6 DEDX IHBES. 44*

Ed dous restituant le Sénégal , l'Angleterre lions a mis à même de profiter des améliorations que ses industrieuses relations y ont pn produire, soit à l'égard des cultures , soit dans les habitudes des Africains : ne doutons point que des établi»semens d'où se propagerait dans toute l'Afrique française l'usage de nos produits industriels ne nous dédommageassent en partie de nos pertes en Amérique. Si l'on considère que les bénéfices de la métropole dans ses colonies consistent moins dans les productions qu'elle en retire , et dont elle peut se pourvoir ailleurs , que dans l'espèce de monopole qu'elle exerce en les approvisionnant exclusivement , on reconnaîtra facilement combien nous pouvons gagner dans l'exploitation d'un grand fleuve dont noi^ tenons la clef, où nous pouvons être les seuls navigateurs, et qui nous ouvre l'intérieur d'une riche partie du monde. Ceux qui , au sujet des colonies , ne savent faire des vœux que pour notre rentrée à Saint-Domingue ne remarquent pas que les avantages, qu'ils regrettent tenaient à des circonstances qu'il n'est plus guère permis de voir se renouveler ; ces avantages résultaient surtout de la vente au -dehors de la plus grande partie des denrées coloniales , parce que nous étions alors pour le Levant et l'Italie , et presque pour tout le nord, les principaux pourvoyeurs de ces denrées.

Le commerce qu'on peut faire par le Sénégal ,

44s AtAT ACTOKt DO COMKEBCE

«n s'occupaot de la cirilisatioD d'uae infinité de peuples , est le plus simple et le moins hasardeux ' que l'on connaisse. Ce fleuve , auquel on suppose six cents lieues de cours , et qui est uavi^ble presque jusqu'à la moitié, ue nous garantit-il pas, dans les vastes régions qu'il traTerse , un rentable monopole pour la rente d'une innoiùbrable quantité d'objets , dont les peuples prendront promptement le goût ou le besoin ? Ce trafic paisible , qui oe craint point la concurrence d'autres nations , n'exige pas la sortie du numéraire comme celui de l'Inde ; des arances considérables n'y sont point exigées comme dans dos iles pour l'achat des esclaves et des plantations ; les envois n'j sont point de nature à souffrir des retards que pourrait éprouver leur débit ; les marchés ne s'y font que par échanges , et le négociant n'est pas plus tôt dessaisi de sa marchandise , qu'il en reçoit la valeur accrue d'un bénéfice considérable.

Les objets qu'on a expédiés jusqulci pour le Sénégal ont donné des profits, dont quelques-uns s'évaluent à deux cent pour cent. A ceux de ces articles déjà connus , tels que la verroterie , la poudre A canon , le papier, les chapeaux , les bonnets de laine rouge , la laine filée , les serge» , les draps, les toiles de lin et de chanvre , le coutil , les indiennes , guinées et autres toiles de coton , l'ar^ gent, l'étain , le cuirre ouvragé , le fer en barres , toutes sortes d'iostrumens et d'outils de fer , le sel, la bière, l'eau-de-vie et autres liqueurs fortes ,

DES DEUX IHDES. 44^

on pourrait ajouter les étoffes de suie. Les femmes des borda du Sénégal ont commencé à en foire entrer dan» leurs ajustemens. On pourrait s'y procurer avec le débit des grains d'ambre jaune, du corail traraiUê , et des cornalines en cordes ou chapelets, celui d'uue grande quantité d'écbarpes de taffetas à franges fausses.

De son c6té la Séoégambie a de quoi recounaitre les préseas de l'Europe. Les habitans, accoutumés à plus d'aisance et k la consommation de nos marchandises , s'apercevront de plus en plus qu'il ne tient qu'à eux de les obtenir par-l'échange des dons d'une terre libérale. On peut trouver en Afrique tout ce que présentent les autres parties du monde; ses terres chaudes et huoùdes ne refusent de produire ni les denrées de l'Inde , ni celles que nous faisons produire ù grands frais dans nos Iles d'Amérique. Peu de temps suffirait pour que tes bords des rivières se couvrissent de plantes et d'arbres aromatiques , de canne i sucre , de cafe, de cacao , de rocou , d'indigo, de coton , de tabac , et même de lin. L'indigo a dans le royaume de Salum ' un terrain très-propre

' Le pifa de Salnm , litni «ir !■ lÏTC gauche de la Gunbie ou fiMabn, «oB hin de loa emboucbnre, pcot atoÏT loiiaole Hcaei ^fétt»éan de l'tal i fouMt, lur une laigns naoTenne de Tiaft-dn<l liauM. Sa po^alioD Mt ealiin^ de prèi de troi* cent mille linei.

lie Maraii ou lîrière et ftiltim oe remonte paa daui l^tjrienr dea Inn* a>>4elt de tteuM lievee. '

Caheae e« la eapiia)* de Sdum el la TMdenM dn prioee; la marie ■■■H)»U |uai|u'à odle TiBe. On peut moaffllcf par ni braiiM i C»' hola , Tinâge i nae lîeae an-deaaow de CahoM.

ji-vGooglc

444 liTAT ACTDIL DO COHKEICK

à sa culture. Les plaines qu'on traverse en allant de Rufisque à Saint-Louis en donnent la preuve ; l'indigo , ainsi que le tabac , dont cette contrée abonde également , sont d'une excellente qualité. Le tabac vient très-bien dans le pays de Cayor, ainsi que dans l'ile dite de Jean-Bart. Les cotonniers réussissent parfaitement et sans culture dans toutes ces contrées , surtout près de Guiora et au royaume de Salum. On en tirerait aussi le mastic, la manne , la casse , l'euphorbe , la térébenthine, et des bois pour la marqueterie , la teinture et ta construction ; celui de ces deux dernières espèces, ainsi que beaucoup de cire, viendrait de Salum. Il y a près du lac de Panîa-Fouli ■ une forêt de bois d'ébéne ; il n'en coule que la peine de l'exploiter et de le transporter à bord des barques, sans compter les grandes levéesqu'on en peut faire quand les eaux sont hautes à Donai sur le fleuve, au Marigot de Bolle , dans le royaume de Fou- Ihas, dans celui de Falémé , et au royaume de Galam. On y trouve aussi de très-beaux marbres de diverses couleurs ; ce marbre ne coûterait que le travail nécessaire pour l'extraire des mines, qui

' Ifont TJpëtoDt à noi lecleor* <^a'î\t nt IkmkciodI aneun de en lietu. et bien d'antre* de li dobtcIIc géographie, Atut lei d!clioaoiicca même Ici phu modernei , toiu fiiti mr lei tmàroa , ou pat dei penoBon £traDg£rei k cei djuili ; ili ■» pcuieni prenfae plot aertîr pour l'élude dn camiiierce . dn dénouTertei et de l'hûtoîre da globe, fiolre Utt^Iure ■cîeatifl<ine t bewMQ d'on diotioDiwiie de géographie rùlior de uooTellet btiee, et d'epiéi une nomen^lan ploi complèle qne !'■■

DBS DEDX IMDES. 44^

sont à quelques lieues au-dessus deXuabo, et près de Tafaliega.

D'immeosea proTisions soot transportées des mouillages duBur-Sio à l'île de Corée. Les habitaos du contiaeut , qui o'oDt pas d'autre débouché, les j Teodeut à très-bas prix : aussi pourrait- OD joindre au commerce de cabotaf^e que fait cette île un autre commerce doutla valeur pourrait dépasser trois millions, si l'on y établissait des communications par caravanes avec le pays de Bambouk , ou si l'on formait un établissement commercial et agricole à Baot , pour mettre dans les élats du Damel l'agriculture en faveur ■; car les nègres , chez eux , n'ont besoin que d'être excités par le désir d'avoir de quoi faire des échanges , et par l'exemple de ceux qui exerceraient sous leurs yeuxl'art d'obtenir de la terre d'autres trésors que des métaux.

Les marchés qui se tiennent sur le cours de la principale branche du Sénégal, ainsi que sur la branche qui porte le nom de Riviire^-Morphil , sont tellement pourvus de blé de Turquie , que , dans les environs de l'île Saint-Louis, le prix en est tombé à lo sous le quintal. Les habitans font du blé de Turquie leur principale nourri-

' Ce dcnii« point Knil diiScite, è noidi qu'on DC cbingell !■ foa*eracm«(it de ce pij>. Le Damcl eat un impitojiblr Ijnn, uni IW et Mm ficin. Il bndnit diei le Kcptre de Çejor i d» mainj leinlci do Mnf; det hommei, cl le placer diof cellei d'un prince bumain cl riiionDible. foy. le Tojige de M. Hollicn, fuit en iSiK par «rdi* du giNiTerneiDeot , et impritt^ en iSui cb» la teaie Counàrr.

ture. Le riz Tient aussi en abondance au rnyKume de Salum , et dans tous les cautons inondés. Le« pois et la plupart des légumes d'Europe j sont très-communs, surtout dans les terres du lac Pania-Fouli, que l'on met en faieur au temps des basses-eaux. Le froment, une fois acclimaté, pourrait y donner des récoltes comparables i celles de l'Egypte.

Les Maures vont se pourvoir tous les ans dans les belles campagnes de Cayor et de Bondou , de plus de trois mille quintaux de dattes , et en laissent encore assez pour la consommatîon des habitans. Les bestiaux et ta Tolaille sont k très^wn marché. Tout le canton de Ghildée est fort renommé à cet égard. Dans le pays de Cayor et de Bondou on a , par le bénéfice de l'échange , un bœuf pour la valeur de a à S-francs; et des moU' tons qui ne reviennent pas à plus de i o à i s sous. Tout cela explique comment , arec 6 sous et trois Kvres de millet par jour, les esclaves qui servent de matelots sur le Qeure, et qui ne travaillent guère que six mois de l'année , ont de quoi nonr* FÎr leut famille , même en retranchant de Ce modique salaire la moitié qui en revient au maître.

A ne considérer le commerce du Sénégal que sous un rapport tout-à-fait indépendant des accroissemens dont il est susceptible , oo peut juger que depuis long- temps il porte sur un fonds assez riche, quand on pense que la compagnie, qui en avait obtenu le privilège en 1679, vendit deux ans

DES DEOX INDIS. 44?

après pour i,oio,oi5 fr. les habittitionB , forts, comptoirs, meubles, marchandises et effets, qui De lui avaient coûté que 75,000 fraocs. Ce commerce nous a toujours fourni la gomme , l'iroire , Tor en poudre, ea paillettes et en grains , l'ambre gris et la cirette , une grande quantité de racines et de plantes employées en médecine ; des plumes d'autruche et des cuirs. Ce que nous rendons au Foulhas ' , de ce dernier article , et particulièrement les cuirs de bceuf qu'on reçoit de Bilbos , ne reviennent pas à plus de 5 à 6 sous, pièce de troc. Le Séaégal peut donner à l'Europe près de deux millions de livres pesant de gomme, qui représentent, au prix moyen, une somme de 3,5oo,ooo francs, et o&ent un bénéfice d'environ 3,ooo,ooo ; cet article se traite avec les Maures du Saarha , et nous en avons fait connaître le commerce avec toute l'étendue nécessaire eu parlant du Sénégal C'est sur la rive droite de ce fleuve qu'il se fait, aux lieux appelés etealet. La gomme de la forêt de Sahe) est apportée à l'escale du Diêtrt, qui n'eu est éloigné que de vingt-huit à trente lieues. Celte des autres forêts , éloignées de près de quarante Heues , viennent au maiché de Shodorfc , et aux escales du Cok et du Terrier-rouge.

t Vpri In Hiurcei du Ttio- Grande, Âquatre-Tinglilieuet doremboo' chvrc de la ririire de Siern-LcaaF , ctt le «Mte lerritoire cobbo lotn le nom de paji dît FouiAM oa Foiiic^iw. TeamboucD nt il oipiida.

Lct (leuplea de l'élat de Baodou l't c«Iui du Peuli, Poulet on Foolct, >ool dea colooiei de* FouUiM, que qaelqtM* gdapiplia ■omiDciil Mud Poulet cl Poakt.

44^ ^TAT ACTDBL DO COHMEIGE

L'iroire est un autre objet considérable qui s« traite particulièrement dans les iles à Horphi) et de BilboB . aux rillages de Guion , Haïie et Bolle. Les caravaoes que les Maures conduisent à Galam et daas le pays de Tomboucto nous en rapportent l'ivoire avec d'autres productions. C'est encore de leurs mains que nous tenons les plumes d'autruche , ainsi que la cirette, le besoard et d'autres drogues ; mais l'or est la principale chose que ces Maures ont en vue dans leurs courses lointaines. On ne peut pas douter que ce ne soit de ces coulrées, et surtout du pays de Bambouck, quelquefois appelé Terre-d'or ', que vient tout ce qu'où présente de ce précieux métal dans les marchés des diverses parties de l'Afrique. C'est des Maures que nous tenions tout ce que le commerce nous procurait de cette poudre, outre ce qu'avant la destruction de notre commerce dans cette contrée nous en recevions de notre établissement de Galam et de notre traite de l'tle deBilbos.

Ce que nous venons de dire suffit pour inspirer le désir de redonner de la vie et de la solidité au commerce d'Afrique en formant des étabb'ssemeoe le long du Sénégal , dont la possession peut acquérir une si grande valeur.

On doit cette justice au gouvernement, qu'il

■ D*iu]efi*ja de Bambouï, >u rtppOrt dei Tojageurs , et damln GODlréei Bdjiceutn, lur udc éteaduc de plui de doute ceoit Itnin canie*, ror n maotre de toulea pirta , latM itcc !?• lenci, la Taiie et le nble ; il rtx rofinie probable que , plui oo g'a* luceri *en l'tit , plua oa d4rouirira de ces rictie* lépou.

DIS DEUX INDKS. 449

s'est montré accessible aux divers projets qpi lui ont été préseatés pour l'amélioratioD et l'extensioD de nos élabljssemens d'Afrique. Hais , lorsqu'eo 1819 le ministre de la marine présenta son budjet à la cbambre , un débat violent s'éleva eur les sommes qu'il demandait. ■ La discussioa animée qui eut lieu , dit le ministre dans son rapport , lors du vote des crédits applicables à la colonie du Sénégal, a été pour le ministère un avertissemeot de marcbei avec circonspection dans la route nouvelle qu'il avait jugée ptJssible d'ouvrir i ta fortune nationale , et de ralentir le développement de quelques-uns des moyens d'exécution du plan précédemment adopté. Des ordres ont en conséquence été donnés pour faire toutes les économies possibles sur les fonds accordés, qui, étant d'abord de a,ooo,ooo, ont été réduits à i ,aoo>ooo &ancs.

• Le commandant du Sénégal a conclu des traités avec plusieurs chefs du pajs. Des envois de machines oat été faits pour l'extraction du coton ; ' plusieurs milliers de lainage sont parvenus dans nos ports , et l'on annonce qu'il en existe beaucoup en graines dans les magasins de la colonie '. •

Bodfel i* iHm>.

45o ÉTAT ACTOEL DO COMHBKCE

Étabtiisemeni des Françait dans Clnde.

Nova ne l^viendrons pas sur ce qUe le savant auteur de l'Histoire philoBophàfae h dit de nos premiers établissemens dams la presqu'île de llnde, des réTolutions diverses qpe notre commerce y a éprouvées, et do peu de auccès des ^orls que nous avoDs faits pour noirs y maintenir. Il faut, ponr conserver à une nation une prospérité constante dans ces grandes entreprises, cet esprit public , cette préférence donnée à la patrie sur tout -aMtre sentiment, cette liberté, «n un mot, liont l'Abglais semble avoir donné seul un exempte soutenu en Europe, «t dont le reste du monde parirït condamné à être privé en réalité, ou du moins à ne jouir qu'en théorie.

Ce n'est pas îd -non plus qtfe nous "devotis examiner si le systétte 'des 'conquêtes et d'ooe souveraihelié tertitoriale Qvm llndc est nécessaire pour y^laMir un gfaftd conWHe«e, et ni, ptltm qu^cme tiation rirale a constamment traM ce système , nous ne -devions pas l'imiter , et redoubler d'efforts pour obtenir les mêmes avantages qu'elle. Mais ici la même objection se présente. Que peuvent le génie , l'industrie , les ressources individuelles dans une nation, lorsque l'esprit d'intérêt d'une part, et la plus parfaite indifférence de l'autre, arrêtent les entreprises ou n'em-

DIS DEUX INRES. 4^>'

ploient les moyens de l'état que d'après les plans souvent mal entendus de ceux qui commandept ? Il faut donc que la France, renonçant à ses grandes destinées, se borne au rôle secondaire où la retiennent ses habitudes politiques, les préjugés et les petites factions qui l'agitent plutôt qu'ils, ne la dingent.

Ce ne sont pas les lumières qui ww, man^ quentt mais poturquoi n'avoos-nous de force, pourquoi n'arons-oous de dignité , de bfine pour la sottise, d'amour pour ce qui est juste, et d^' patriotisme que pour en raisonner dans tise-ljms? Mais revenons i l'Inde.

Oserons-nous, lorsque nous n'f ^^ipTues que des p7gmées, parler encore df la préfér¥iH3e.qu,'oii. doit donner à la libcité, daos le commerce qu'on peutf faire, sur le [Mririlége d'une compagnie dont, tant de personnes ne .vanfent Jes avantages qw, parce qu'il cadrerait mieius aveeleun Tvas-quç. le commeive libre , toujours un peu ind^endaqt de sa natufe? Sans nous arrêter à c^tte considération , nous toucherons .cepenidant pet^ qnesr, tion; et, pMir qu'on ne nous soupçonne pf^:d#; penser comme un particulier., tl tout autzem^fU que ne ferait un adninistreteur sur cA UMtiè-r Tes, nous empiuntevoas ici d'un mimstte «lême , ministse d'un despote trè»4^uolu f, ce que nou«^ allons en dive.

' M. le comte CUphd , MicicD nibr-tn ilc tlMMaiiV. OaC^nMiii-, trie /t««f*iu . («me i , page 1 19.

453 AtAT ACTCBI. du COMHEaCB

« Les pays avec lesquels nous commercions ^ dit-i), au-delà du Cap de Bonne-Espérance, étaient rile-de- France et de Bourbon, l'Inde et la Chine. Ce commerce a joui d'une assez grande prospérité pendant un siècle, et avait pour nous l'avantage de fournir un débouché considérable aux produits de nos fabriques , et de former de bons marins.

( Le commerce des Indes orientales a été d'abord exploité par des compagnies privilégiées, et lé résultat moyen des rentes annuelles calculé depuis 1725 jusqu'en 1769 a été de 8,376,337 fr. A cette dernière époque ce commerce devint libre ; et la Valeur moyenne des importations, déduite de sept années consécutives, a été de 3o,ag5,ooo fr.

• Malgré cet avantage énorme du commerce libre sur le commerce privilégié, la compagnie fiit.tétablie'en 1 7S5. Le résultat de ses opérations pendant les deux années qui suivirent a été de ?f 1,769,000 francs, tandis que les retours arriérés diTcommercelibre^ joints aux importations opérées par dos particuliers qui avaient obtenu la permission d'efpédier quelques bâtimens, s'élèvétft't'dans le 'lAéme nomltfe d'années, â une sondme de 65s557,ooo frahes.

« Le commerce libre avait enooxe un autre avantage.sur le coinoierce privilégié ;le8 bâtimens des particuliers eiiportaient un tiers, ou moitié plus, eu produits de.oQtce industrie que ceux de la compagnie.

« D'après les événemeus qui sont sutrenus , le commerce des Indes orientales ne peut plus ètte le même pour nous ; la perte de l'Ile-de-France D0U8 prive d'une partie des denrées qui vomplér taieot nos retours. Nos places démantelées , ^épourrues d'une force suffisante pour faire respecter DOS propriétés et mettre à couvert le commerce, ne présentent plus ni sûreté, ni garantie. L'immense population de ces vastes états, soumise presqu'en entier à l'Angleterre, ne consomme que les produits qui lui sont fournis par la métropole ; de sorte que nos vaisseaux ne peuvent aborder dans les ports de l'Inde qu'en y apportant du numéraire pour faire des achats.

« A ta vérité le besoin du commerce des Indes orientales est beaucoup moins senti depuis que , par les mécaniques perfectionnées, on est arrivé H fabriquer en Europe les toiles de coton qui formaient la presque totalité des retours ; mais rien ne peut compenser ta perte que nous avons faite d'un débouché d'environ i5,ooo,obo pour nos produits d'industrie , et d'une grande école de navigateurs. ■

En parcourant nos établissemens de l'Inde , nous verrons les ressources qui nous j restent. fions croyons inutile de nous appesantir sur l'état de leur ancien commerce ; l'historien des deux Indes a donné d'amples et utiles renseignemens sur ce sujet. Nous transcrirons seulement le tableau suivant, qui remplira deux objets : i* celui

de faire connaître l'état de notre commerce de llode souB l« régime de ta compagnie et de la liberté ; a* et qui formait le fonda de ce commerce.

11 a été importé par le commerce libre, en 1776, de rile-de -France et de

Bourbon, en café, pour 5,348t000 fr.

Des états de llnde , en épiceries, en poivre et cannelle 2,449>ooo

Mousselines ' 1 2,000,000

Toiles des Indes en bafetas, garas, guînées blanches et bleues,

nankins , etc io,i83,ooo

De la Chine , en porcelaine ,

pour ' 300,000

Soie 1,382,000

Thé. 9,876,000

Objets réunis , comme cauris , étoffes de soie , rotins , salpêtre 5,38o,ooo

Total pour l'année 1776. 36,a4iiOOO fr.

11 a été importé sous le régime du privilège , en 1787, de llle-de-France et de Bourbon, en épiceries, eo poivre et cannelle,

par la compagnie , pour. . ■ >

par les particuliers ' * •

' On lait que l> coopagDÎc Kcordul ■ des pnliculien , loui cerlaÏDn Ttitnmucta et oondilioai, de Tiin: le commerce de l'Inde en « «*«e eltp.

DES DEUX IMDES. 4^5

Café, par la compagnie. . .' ■ >

par les particuliers 3,656,ooo fr.

OotQp f par la compagnie > *

par les particuliers 147,000

Dea états de l'Inde, en café,

par la compagnie, pour. . . * 187,000

par les particulière ag^aoo

Epiceries en poirre et caqnellc ,

par la compagnie. 1 ,757,000

par les particuliers 772.000

Mouchoirs , par la compagoie. . . 1 ,339,ooq

par les particuliers 3,5oo,ouo

Mousselines , par la compagnie. . .4,384,000

par les particuliers 9,623,000

Toiles des Indes en bafetas, garas, guinées blanches et bleues ,

par la compagnie 6,099,000

par les particuliers 21 ,488,000

De la Cbinç , eu épiceries ,

parla compagnie, po\ir. . 161,000

par les particuliers 5o,ooo

Porcelaine , par la compagnie. . . 4 ' f*^^^

pa'r les particuliers 36,oop

Soie, par U compagnie 375,000

par les particuliers * >

Thé , par la compagnie 74 1 ,000

par le^ particuliers 30,000

Toiles, nanjtios, par la compag*'. ^07,000

par les particuliers 1 34,000

456 ' iTAT ACTUEL DU COHHEKCE

Objets divers réunis, comme cauris, salpêtre, étoffes dÏTerses, rotin, toutenague, pat la comp'*. 595,000 fir. par les particuliei's t ,6so ,000

AÎDsi , sous le régime de la compagnie , la valeur des importations faites par elle s'est élevée, eD 1787, à 16,285,000 francs; et par les particuliers, à 40,074,000 francs.

En 1776, époque du commerce libre, le montant des cargaisons avait été de 36, 000,000 fr. ; c'est plus que le double de ce qu'elles ont été sous le privilège en 1787 : d'un autre cfttë, le commerce par particuliers, avec la permission de ta compagnie , a été également de plus de 40,000,000, pendant que celui de la compagnie n'a été que de 16,000,000

Point de doute donc que la masse du commerce national sous le régime de la liberté doit être plus considérable que sous celui d'une compagnie, et que ceux qui, par amour des privilèges, par intérêt ou par entêtement , soutiennent qu'une compagnie pourrait seule relever notre commerce de l'Inde se trompent, ou cherchent à tromper; l'infériorité de notre commerce dans ces régions doit naturellement résulter de la grande supériorité de celui des Anglais , des soins qu'ils y donnent , et du triste état de nos ètablissemens.

La prévoyance anglaise a eu soin de nous mettre dans l'impuissance de les étendre ou de tes amé-

DES DEDX ISDES. ^^"J

I!orer:on ne peut blâmer ce gouTernemeot d'avoir soDgé à ses intérêts et de profiter de notre incurie pour cimenter sa domination dans l'Inde en j détruisant jusqu'aux plus simples élémens de ta nôtre. L'article 1 3 du traité de Paris , du 3o mai i8i4) où les Français n'ont tu que la fin d'un régne qui leur déplaisait, et l'eapoir d'un nouvel ordre de choses , porte : « Sa majesté britannique s'engage à faire jouir les sujets de sa majesté très -chrétienne , relativement au commerce et à la sûreté de leurs personnes et propriétés , dans les limites de la snureraineté britannique sur le continent des Indes , dés mêmes facilités , privilèges et protection qui sont à présent , ou seront accordés aux nations les plus favorisées. De son cdté, sa majesté très-chréttenne, n'ayant rien plus à cœur que la prospérité de la paix entre les deux couronnes de France et d'An- N glelerre , et voulant contribuer autant qu'il est en elle à écarter dès  présent des rapports des deux peuples ce qui pourrait un jour altérer la bonne intelligCDce mutuelle , s'engage à ne faire aucun ouvrage de fortification dans les établissemens qui doivent lui être restitués , et qui sont situés dans les limites de la souveraineté britannique sur le continent des Indes , et à ne mettre dans ces établissemens que le nombre de troupes nécessaires pour le maintien de la police. •

Il est aisé de voir qu'avec une pareille disposition l'Anglais peut s'emparer demain de tous nos

ji-vGooglc

458 ÉTAT ACTVEt DD COHHERCB ,

établissemeM où nous iw pouvant faire aucun ou^ vragede fortification , et où noui ne pouvont avoir de troupe» tfue pour ta police. Toute réflexion sei&it ici superflue , et nous dou» en abetieudrous. Que dire d'aitleun à uue uatioD qui se laisse aiusi dépouiller saus demaader compte aux diplomates qui ont gigaé cet article des motifs d'uoe pareîUe vonceasioD ?

ReprenoQs l'exameo de nos ctablissemen» dans l'Iude ; les uus soDt dans les iles, les autres sur le continent.

Parmi les premiers se présente l'île Bourbon , la seule qui uous reste des deux qui, réunies sous notre domination, nous assuraient une part cunsidérable dans le commerce de l'Inde, dont l'Anglais est seul maître aujourd'hui par la cession de rïfe-de-France, ou île Maurice.

L'Ile Bourbon , appelée d'abord Maicarenhat, est à trente-cinq lieues de distance de l'Ile-de- France ; c'est une colonie qui produit d'excellent café.

Cette Ue a six lieues de circonférence , et une population qui , en 1S17, était de soixante-huit mille huit cent quatre'Viogt-oa%e babitans , dont quarante-neuf mille cinq cent cinquante noirs esclaves, quatre mille troÎH cent quarante- deux nègres libres , et quatorze mille neuf cent quatrevingt-dix-neuf blancs.

Les productions qu'on en tire, tantpourJ'Europe que pour les possessions nationales ou étrangères

de rinde et de l'Afrique , soDt surtout de t'ambre gris , du corail , du benjoin , du froment , des fruits , des légumes , du riz, du poivre blaoc , du café excellent , mais qui diminue en quantité depuis quelques années ; des épices , et du sucre , vers lequel l'industrie se dirige de préférence-

Les hàbitaos emploient pour la fabrique du sut cre dés moulins à vapeur qui accélèrent les travaux et diminuent le nombre des bras nécessaires : déjà ces sucreries , au nombre de vingt en 1817, ont donné au-delà de deux millions pesant de sucie.

L'on envoie i l'ile Bourbon des vins , de ta soie, des eaux-de-vie , des raisins secs , des salaisons et des objets manufacturés , dont nous donnerons plus bas te détail : on y Reçoit de l'Inde» du savon, du riz, du sel, des nankins, de la porcelaine, du thé , et d'autres marchandises moins importantes.

L'ile Bourbon avait en quelque sorte fait scission avec la métropole depuis l'époque de 1795, que l'aastitnblée de la colonie ne voulut pas recevoir les commissaires Envoyés par le directoire exécutif pour mettre à exécution le décret sur la liberté des noirs.

Elle tomba au pouvoir des Anglais au mois d>.' juillet 1809, et nous a été rendue en i8i4-

L'on sait que les arbres à épices introduits avec beaucoup de peine par le célèbre Poivre , intendant de nie-de-France et de Bourbon , font aujourd'hui une des richesses de cette colonie : on

46o ^TAT ACTCF.L DU COMMERCE

admire les magnifiques plaotations de g:irofliers, formées surtout dans la partie du sud ; mais te furieux ouragan de 1806 a porté un coup funeste à cette branche importante de la culture coloniale.Beaucoup d'habitans ont été découragés en voyant disparaître en si peu de momens le fruit des soins de tant d'années-, en voyant brisés et renversés ces superbes arbres qui annonçaient la plus riche récolte. Le peu de canneliers qui existent dans l'ile , les muscadiers , les cacaotiers , le ravende-saras ' que l'on y cultive, souffrirent également , et depuis cette époque n'ont donné que de faibles produits.

Les vues des colons se tournèrent dès-lors vers la culture de la caune à sucre qui craint moins ces ouragans si communs entre les tropiques, et qui donne l'espoir de jouir promptement.

Comme aux Antilles, on a introduit à l'ile Bourbon les moulins à vapeur pour la fabrication du sucre, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus ' haut ; ils donnent déjà plus de deux millions pesant de sucre, dont la moitié est exportée : depuis 1817, les établissemens étant augmentés, ainsi que les plantations de la canne à sucre , la quantité de la production et les exportations ont dû suivre la même proportion.

' Arbre tniuplaiilé de Hwligiicir; touin Kt partiel, ficepti mb biA, qui nt dur el pewDl, Kint aromatiqueii, et lerredr d'aioiiiHiDemenl dini )ei meti. Le nom de weiule-Kitat ngnifie, du* le Uogige de HidagMcar, feuilles boDDCi, odoranm. Le* noii, comme ctUct de DOI Qojen, dooneul uae huile par e.

DES DIDX INDES. ^6l

L'ile est entrecoupée de ravines , à peu près sèches pendant unepartie de l'année, et qui , pendant une autre , sont des torrens rapides et dangereux ; la communication entre les diverses parties est souvent interrompue pendant ]a saison Vies pluies.

Il n'est aucune de ces rivières dont l'eaibouchure présente des facilités pour l'établissement d'un port; la côte est bordée de rescifs de corail qui en rendent l'aboid difficile ; et les rades de Saint-Denis et de Saint-Paul ne sont que des rades foraines où les bâtimens ne peuvent tenir dans les mois d'hivernage , c'est-à-dire pendant la mauvaise saison sur mer.

La position de l'île Bourbon et ses productions offrent de si grands avantages au commerce, que , malgré ce qu'on vient de dire de la difficulté de son abordage , de nombreux bâtimens s'y rendent, et que son commerce est très-étendu ; ce commercé avait souffert pendant que les Auglais étaient maîtres de l'He , à cause du privilège de ta compagnie des Indes qui le paralysait ; mais, depuis i8i4 1 il a repris de l'activité : ou en jugera par tes tableaux que nous mettons bous les yeux du lecteur.

46a ili-T ACTOIL DD COHMEIICE

IMPORTATIONS dm» CUe BouHfoa.m i8i5, iSiee/tSi?.

DES

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