‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 2 sur 34 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Lii commerce n'est plus une profession obscure destinée à satisfaire l'ambition et la cupidité de quelques hommes aclîfs et entreprenans; il fait partie des ressources nationales : et l'étude de ses élémeos comme de ses moyens de prospérité entre dans la science de l'administra lion des états et de la politique moderne. Cette importance explique l'intérêt qu'inspirent depuis' un siècle les ouTrages consacrés à en simpliiîer les connaissances comme à en inspirer le goût et en étendre la ^hére.

Tout a contribué à cette révolution dans la marche des idées et des intérêts des peuples. Les découTertes géographiques, les progrès. de l'in-

ji-vGooglc

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dustrie, les rivalités des nations européennes , de nouveaux besoins sont venus soutenir et fortifier ce penchant aux relations commerciales qui forment aujourd'hui ud lien général entre toutes les parties du globe.

Une philosophie sévère pourrait peut-être trouver une fâcheuse compensation des bienfaits du cummercedansles guerres qui eo ont été la suite; dans cet amour du gain qui a enchaîné des peuplades entières aux vues mercantiles de quelques compagnies privilégiées , enfin dans ce trafic des esclaves dont avec tant de peine et de difficulté noua voyons aujourd'hui commencer l'abolition.

Sans doute tout n'est pas pur dans le principe moteur du commerce ; des motifs peu dignes de notre estime souillent quelquefois des entreprises marquées au coin des plus habiles combinaisons ; mais un grand résultat n'échappera pas aux yeux ilu philosophe jadicieux : le commerce est enfant de la liberté, et par cela même intéressé à défendre sa mère et à en proclamer les droits partout où il porte son Influence active. Le commerce a rompu le charme attaché au despotisme de la propriété ; on a cessé de confondre lo droit du propriétaire avec -celui demaître des hommes , depuis qu^une carrière aussi vaste que celle du commerce a été ouverte au génie de l'indépendance '€t du travail. Eu vain de dangereuses méprises reportent dans les institutions politiques modernes ce système du droit exclusif des pro-

priétaires au partage de l'autorité législative ; une force puissante, celle de la raison, appuyée des serrices rendus à la patrie par tous les genres d'industrie et par les prodiges du commerce, ramènera à la jouissance de tous des prérogatives dont t par une exception injuste , on a fait le droit du nombre favorisé.

Tel est donc un des bienfaits du commerce, qu'en égalisant autant qu'il est en lui les moyens de bonheur et d'aisance parmi lel hommes, il inQue encore sur leur existence politique en portant Jes mêmes principes de justice et d'égalité de partage dans la participation aux droite que réclame le mérite du travail et des services rendus à la société.

Et en effet, est-il un sujet de l'état plus intéressé que l'homme industrieux, que l'agent du commerce, au repos et k la stabilité des états? Pbis son existence est artificielle , et plus elle tient au repos public et au maintien sévère des lois. Où trouver des partisans plus zélé» de l'ordre que ceux dont l'existence est tout entière dans le maintien de la tranquillité au-dedans et de la paix au-dehors?Le propriétaire terrier, confiant dans la nature de sa fortune , dans les ressources de ses domaines, craint peu les orages politiques ; il ne semble tem'r au souverain que par l'orgueil de son titre, par le caractère de la seigneurie de fait attachée à la possession territoriale. Le négociant, l'armateur, l'homme industrieux , y sont liés par

l'intérêt de leur fortune et le besoin de soutenir leur famille et les charges de l'état.

Oo t'a dit : l'histoire de la propriété serait celle de la tyrannie , à commencer par les patriciens de l'ancienne Rome jusqu'aux exemples qu'elle a offerts dans nos temps modernes. Etait-ce donc après de semblables leçons qu'on pouvait s'attendre à voir un tel système prédominer dans la législation du dix-neuvième siècle? Et le commerce , l'industrie , ces instrumens de toutes les richesses, ces moyens de toutes les jouissances dont l'influence a agrandi le domaine de l'homme, pouïaient-ils s'attendre à l'eshérédation dont ils ont été frappés ? Le temps apprendra jusqu'à quel point la sagesse s'est égarée, et comment on a pu asseoir l'ordre sur une des bases dont la chute a entraîné de ai yiolentes secousses.

Ces considérations ne sont point étrangères à l'objet qu'on se propose ici ; elles serviront d'explication à quelques doctrines quel'enchaînement des faits nous conduira à établir dans la suite. Il était juste de signaler d'avance à nos lecteurs qu'en donnant notre assentiment aux institutions politiques ou aux lois qui régissent quelques contrées de l'Europe, nous étions loin d'adopter le principe qui a concentré la prérogative civile , et les droits politiques, entre les mains de ceux pour qui les périls de l'état, la servitude ou l'essor des talens, la prospérité publique ou la ruioe des fortunes ne sont que des accideos se-

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condaires qui ne font qu'accroître leur suprématie territoriale ou fortifier leur orgueil. Ce contrescDS dans la législation moderne intéressait trop le commeice pour ne pas te signaler au début d'un ouvrage comme le ndtre , lorsque nous n'avons pas seulement pour objet de faire connaître ce qu'il est aujourd'hui , mais encore ses rapports avec la civilisation, et de montrer l'influence des gouvernemens sur les relations coEomerciales , et particulièrement celles que l'Europe entretient avec les deux Indes.

La tâche que nous nous sommes imposée ici se présente à nous avec une telle étendue, que nous sommes effrayés , nous l'avouons , de l'avoir entreprise. Les colonies , le commerce * les intérêts divers qui en résultent, les voies à suivre poux en tirer tout l'avantage possible , après les changemens qu'ont éprouvés les deux mondes ; la nécessité de guider le commerçant à travers un dédale d'institutions renversées ou reprises , éparses dans le Nouveau et l 'Ancien-Monde , ouvrent une carrière immense que complique encore la variété des opinions sur les droits et les prétentions des nations entre elles , sur ceux des peuples et des rois , des diverses classes de propriétairea ou de salariés de la société. L'histoire du commerce et la statistique de sa situation se composent aujourd'hui de tant d'élémens divers , que ce n'est qu'i l'aide de leur, rapprochement qu'on peut en reculer les limites ou en étendre les connaissances.

Telle n'élait pas la difficulté qu'eut à surmonter le savant auteur de l'Histoire philosophique des deux Indes. Tout était encore fixe au moment où il écrivait. Le gouTernement absolu régissait encore l'Europe et les colonies ; le commerce était soumis à dfs lois positives ou à des privilèges connus, et son histoire se trouvait tracée en quelque sorte par les progrès mêmes des établissemens à déerire. Un coup-d'œil sur l'aspect des choses montre combien noua sommes loin aujourd'hui d'une aussi grande uniformité dans la marche de nos recherches. Des états se forment, d'autres succombent k la vétusté ou aux folles mesures de leurs maîtres; le commerce s'essaie sur des points où il suivait précédemment une routine consacrée; là il espère, ailleurs il craint*, d'un côté la liberté semble lui promettre de nouveaux marches , d'un autre le changement d'intérêts lui laisse peu d'espoir de voir sa prospérité s'étendre. Cependant, au milieu de cette confusion de vues et d'idées , l'industrie le prei^se ; ses progrès , en multipliant les produits au-delà des besoins des consommateurs, l'oblige à chercher de nouveaux débouchés. Mais, au lieu de les rencontrer, il ne trouve souvent que des peuples qui, précédemment habitués à lui demander ses marchandises, en fabriquent aujourd'hui , et les lui offrent même à des prix inférieurs aux siennes. Ainsi l'industrie manufacturière, premier aliment d'un grand commerce , e^t devenue par son extension et par son

universalité t si l'oo peut parler ainsi, une des causes qui en changent les élémeos , en le poussant à de nouveaux efbrts ou à de nouveaux s%criSces.

Lorsque Raynal écrivait son éloquent ouvrage , il était loin de trouver une semblable difficulté. Le commerce se présenlait à lui sous les formes les plus prospères : de riches colonies, uoe paix générale , et l'attention des hommes d'état dirigée vers les progrès des arts et de la civilisation. Maintenant les sources du commerce s'épuisent, et l'on semble vouloir déclarer la guerre à ces mêmes principes qui venaient i l'appui de ms moyens de prospérité l

C'est assez en dire pour montrer dans quelle différence de situation se trouve l'écrivain qui traite ce sujet aujourd'hui, et l'hiEtorien des deux Indes au moment où il prit la plume. Que de faiXa h saisir ! Quels aperçus fugitifs s'offrent à la réflexion ! Avec combien de prudence et de mesure doit-on flatter l'espoir du eommexce et diriger ses spéeulatioDs !

Hais, quand nous parlons ici de cette langueur, notre attention s'éloigne de cette étonnante nation dont la politique comme l'industrie a résisté à toutes les attaques que la jalousie ou le besoin des autres nations lui ont suscitées; heureux effets de cet esprit public, enfant et soutien de la liberté , sans lequel l'ingleterre, réduite au tôle d'un peuple aeservi , n'aurait juste que ce qu'il

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faudrait de force pour se tenir au rang d«s troisièmes puissances, privée qu'elle serait de ces domaines immenites qui égalent ses négocians aux souverains du monde!

L'examen de ce grand phénomène, fruit de la sagesse plus encore que du hasard , ne sera pas un des moindres sujets d'instruction dans notre ouvrage ;elnouspourrons, en suivant la tracede notre modèle, y dévoiler aux yeux du monde commerçant les prodigieux effets de l'ambition joiote à l'énergie du patriotisme et du goût pour les grandes opérations de commerce.

Un plus important sujet de méditation que notre prédécesseur n'a pu prévoir, et qui rend notre travail éminemment intéressant, ce sont les deux grands établîssemens , l'un formé, l'autre qui se forme sur le continent de l'Amérique. Quels changemeos ils ont déji apportés et apporteront encore dans le commerce des nations continentales de l'Europe ! L'Amérique espagnole, par la nature de sa position et ses richesses, doit offrir de vastes dednmmagemens aux pertes qu'elles ont faites ailleurs; et, pour mieux en montrer la possibilité . nous nous attacherons et bien en faire connaître l'intérieur et l'essor que doivent donner à ses uioyens les évënemens remarquables qui s'y passent.

Mais, tandis quel'Amérique attire ainsi nos regards, nous devons aussi lesdîrigersur deux points placés en quelque sorte aux extréiuités du globe ,

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aâadesouteDir les efforts de notre industrie croissante, et de porter ses produits chez des peuples où ils trouveront encore des ptacemena avantageux. La Cochinchine, pays dédaigné par la compagnie anglaise , mais fécond en ressources pour nous , semble tendre les bras au commerce français; d'heureux essais viennent à l'appui de cet e^oir, et la France pourra peut - être un jour compter cette riche contrée au nombre de celles qui favoriseront les spéculations de ses marchands.

Cependant l'instant approche où une révolulioD d'une autre espèce peut donner une nouvelle vie à notre commerce et à celui de l'Europe, et où cette surabondance de produits dont nous parlions trouvera un marché, et ne sera plus un fardeau plutôt qu'une richesse pour ses industrieux possesseurs.

La Turquie d'Europe est ce marché ; c'est dans les îles de Chypre , de Rhodes , de Candie , de l'Archipel ; c'est dans les riches contrées de l'Asie mineure que la population européenne doit refluer avec les besoins et les ressources qui l'accompagnent. Une puissance rivale mine et sape l'empire de Constantinople : sa chute est prévue , et avec elle les grands résultats qu'il faut se hâter d'en faire naitre. Des peuplades rendues à la liberté , d'autres gouvernées par des lois plus humaines, par des hommes moins barbares, des communications établies dans ces belles provinces où l'on ne peut aujourd'hui marcher que soua.

]a protection arhetée d'avides pachas, doivent faire une mémorable époque dans l'histoire du cooimeree. L'Angleterre, ennemie seule de cette révolution, l'Angleterre y opposerait de vains obstacles, si, au lieu de laisser une ou deux puissances l'effectuer à leur avantage, «ne coalition sagement combinée l'entreprenait au profit de l'Europe entière. On a vu quelquefois une ambition trompeuse et trompée suggérer des mesures de conquêtes, pourquoi ne serait -il pas permis d'en tenter une aujourd'huiqui rendrait à la civilisation, au commerce, aux arts, le plus beau et le plus malheureux pays du monde? Pourquoi ne ferait-on pas par ces grands motifs ce qu'on a essayé pour de moins grands intérêts? Les peuples ont aussi leurs droits; et l'on aime à croire qu'en reprenant ces anciens domaines des nations de rOccident , on n'oubliera pas que c'est pour les hommes laborieux, ptilcs, industrieux, et non pour quelques pui^isans seulement, que ce grand événement s'eiîectueraît.

Mais nous anticiperions sur ce que nous avons à dire dans la suite, si nous poussions plus loin ces aperçus; ils suffisent pour attester au lecteur que la situation des choses donne à l'histoire du commerce des deux Indes une importance et des difficultés qu'elle n'avait pas vers la fin du siècle dernier; ils prouvent aussi que, pour eu mieux saisir les traits et les résultats, nous avons besoin d'attacher nos regards un moment sur la situa-

tioQ actuelle des états de l'Europe à qui la guerre et le commerce ont laissé des possessions coloniales.

On jugera de leur importance par le tableau du produit que l'Europe en retire , et des avantages proportionnés dont elles font jouir leurs possesseurs.

Qu'on ne s'attende pas cependant ù trouver dans cette analyse la précision d'un calcul arithmétique ; c'en est un d'appréciation , mais suffisant . Déannwûns pour se former une idée de ce que peuvent être les richesses coloniales distribuées dans les milliers de canaux où elles circulent.

Remarquons que, pour être justes appréciateurs dans ce résultat, nous ne devons pas rechercher seulement ce qui revient aux métropoles par leurs colonies, piais encore ce que les colonies font produire aux métropoles. Cette réciprocité double les avantages des possessions coloniales. En effet, tout ce qu'elles demandent à la métropole, et la forcent par l'attrait des bénéfices et des échanges d'ajouter à ses produits et à ses travaux, sont des valeurs nouvelles que les colonies versent dans son sein. Ainsi, lorsqu'une d'elles livre à la mère-patrie ceut millions de denrées pour une valeur de cinquante millions qu'elle en reçoit, le résultat de cet échange, produit par l'intermédiaire de la co< lonie, n'équivaut pas seulement à cent millions, mais à cent cinquante, parce qu'elle a commandé k la métr<^le un travail de cinquante millions

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qui, sans elle, n'aurait pas eu de consommateurs, et par conséquent u'aurait pas existé.

Il est donc vrai que les colonies et les métropoles réagissent utilement les unes sur les autres ; que les premières, en offrant des consommateurs aux secondes, j excitent l'industrie et offrent des salaires au travail; qu'ainsi, pour bien apprécfer les colonies , il faut tenir compte de cette double action. On peut même aller plus loin ; car, regardant toute colonie, u ne fois qu'elle est formée, sous quelque régime qu'elle existe , comme un nouvel état habitué aux jouissances de l'Europe, on doit, dans l'estimation qu'on en fait, faire entrer même celles qui ont cessé d'appartenir à la métropole , et qui ne tiennent à elle que par le grand lien du commerce, qui unit toutes les nations. Ainsi les États-Unis, quoique séparés et indéppndans de l'Angleterre, ne cessent pas d'entrer dans l'ordre colouial de l'Europe comme formés par elle, consommant un grand nombre de ses produits, et lui restant attachés par des rapports que le changement de la domination politique n'a pu détruire.

U résulte de ces considérations deux vérités importantes au commerce : l'une que , dans la perle que quelques états ont faite de leurs colonies ou de quelques-unes d'elles, le dommage n'a pas été seulement d'être, privés des riches produits qu'ils en tiraient, mais encore des débouchés qu'elles offraient aux produits de leur industrie ; en second

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lieu , que cette dernière perte n'est pas totale, et que , tous les genres d'industrie ne pouvant pas , arec un égal avantage, s'établir partout, l'Europe trouve toujours dans les étàblissemens coloniaux des débouchés, lorsque ces étàblissemens n'ont point passé sous une domination étrangère et exclusive, mais ont subi quelque révolution qui les a rendus indépendans comme les États-Unis, Saiut- Domingue,etl«s colonies espagnoles d'Amérique. Cherchons donc à apprécier les avantages des colonies relativement i l'Europe par l'estimation des valeurs qu'elles mettent dans le commerce et qu'elles offrent aux divers genres de consommateurs. Quoiqu'un pareil tableau ne puisse être d'une exactitude parfaite , nous le répétons , il n'en offrira pas moins l'état probable des possesuons coloniales envers l'Europe , et celui de l'Europe envers elles.

Le Portugal retire de toutes ses colonies une valeur de 8o,ooo,ooode francs ; les métaux et les diamansentrentdans cette somme pour 55,000,000; iî envoie dans les colonies en marchandises de son crû pour 10,000,000. On sait que les diftmans et les métaux sont le produit de la souveraineté, c'est-à-dire qu'ils ne sont mis dans la circulation que par l'entremise du gouvernement. Les marchandises portugaises entrent dans ce commerce pour un peu moins d'un quart, c'est-àdire comme i est à 4 {• *

* M<KN dnao* obMTTcr qiie> qocli qae MÙent It* manxlkniaii on

l4 ETAT ACTDCL DU COHXERCK

La Hollande ne reçoit de ses colonies de l'Inde, après le paiement des frais de la aouferaineté, que 7,000,000. Od sait que dans un espace de dix ans les ventes de la compagnie' hollandaise se sont élevées annuellement à une somme de 43,uoo,ooo; mais on ignore à quelle somme de marchandises cette vente pouvait correspondre , parce que ses produit» se composent de plusieurs branches, et parce qu'aussi la Holbnde, unissant la souveraineté au commerce , la force à l'industrie, comprend dans celte somme les produits d'arrangemens faits avec de petits princes qui lui cèdent à très-bas prix des objets qu'elle vend fort cher en Europe. Il est connu que, dans l'espace de quatorze ans, la Hollande exporta aux Indes une soinme métallique de 14^,000.000; -elle retirait de ses possessions au Cap de Bonne- Espérance, de Surinam, de Curaçao et Saint- Euslache, pour uue valeur de i5,ooo,ooo de francs.

L'Angleterre entre pour la moitié des envois que le Portugal tait au Brésil, même depuis l'établissement de la cour de Lisbonne dans cette colonie : cette moitié peut s'élever à une sommede 10,000,000 de francs. Le Canada lui produit 58,000,000; Terre-Neuve et les pêcheries

■cnitoa* politiqun d'un éiil, il cit pouibic de Ira coiuidértir cd mmc pour appiécirr M rii'hrtHr rolooûdr, loNqup itt parliu dimembtiet Hnl miia iadiptndinln ou •ooi dnu rncUon* du mjmc gouvenenicat, Ici quVat le Portugal aujourd'hui, diviié eu deux gnodi >i^*« df U MuTcniiMt^.

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40,000.000; riade, tous frais payés, 4o<ooo,ooo, en j comprenant la moitié de cette somme apportée aunuellement par les employés de ta compagnie des Indes ; la valeur des marchandises anglaises portées dans l'Inde, 60,000,000 ; ajoutons à ces résultats considérables ceux du commerce d'fudeen Inde, de la merRougeetdu golfe Persique,qa 'on ne peut évaluer à moins de 30)000,ooo.

L'Angleterre fait un très-grand commerce avec les Etats-Unis; il offrait en i8oi une exportation pour cette partie du monde qui s'est élevée i 1 55.000,000, et en recevait pour 45, 000,000 en marchandises du pays ; des îles anglaises des Antilles, i3o,ooo,ooo; la traite i5,ooo,ooo;le commerce avec le continent espagnol 5g, 000, 000.

La France n'a jamais regardé comme d'un revenu avantageux sous le rapport commercial les établissemens des Ile-de-France et de Bourbon; nos comptoirs de l'Inde même ne jetaient pas dans la circulation -des valeurs au - dessus des frais qu'ils entraînaient ; mais Cayeane , donnait 5o,ooo,ooo ; Terre-Neuve 7,000,000; et Saint-Domingue, la Guadeloupe, la Martinique, :i5o,ooo,ooo.

La France consommait pour i5o,ooo,ooo de denrées coloniales ; elle revendait le reste. L'étendue de cette revente faisait pencher en sa faveur la balance du commerce qu'elle obtenait annuellement, et qui allait à la somme de 40,000,000 L'Espagne retirait de ses colonies , en mé-

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taux, 100,000.000 de francs; eo marchandises 300,000,000. Elle yenvoyait en marchandises de son crû ou de celui des étrangers pour 1 20,000,000. Les établissemena suédois et dauuis produisent à leurs métropoles des échanges ou des consommations pour une somme de 1 2 ,000,000 de francs.

La contrebande que font tous les peuples coloniaux pourrait s'estimer de 100,000,000. Ainsi le total du produit colonial pour l'Europe , prise en masse, offre la somme annuelle de 1 .290,000,000 de francs ; car ce que l'un des états coloniaux a perdu depuis vingt - cinq ans est compensé par l'augmentation qu'a éprouvée un autre état.

Ce qui est aussi important que ta somme même, c'est qu'elle l'acquiert avec à peu près 5oo,ooo,ooo d'envois de son sol et de ses fabriques, et par conséquent avec un avantage de deux cents pour cent qui entretient chez elle le haut prix de la main-d'œuvre et la valeur des objets de première nécessité.

On pourrait ajouter aujourd'hui à cette somme, mise eu circulation par le commerce colonial, celle qui résulte des exportations et importations des Etats-Unis. Elles s'élevèrent en 1806, les premières à 5, 200,000, et les secondesà 200,000,000.

Tel est l'aspect que l'Europe présentait naguère j envisagée dans chacune de ses parties sous te rapport de l'intérêt colonial; et si cet aspect à chaugé pour la distribution des richesses, en faisant passer à une puissance toutes ou partie

des eoloDÎes qui appartenait à une autre, la niasse des richesses qu'oa vient d'énumérer ne s'en répand pas moins sur l'eosenible du continent européen , et j forme un des élémens de la prospérité et de l'éclat des nations qui l'habitent.

En effet , on pourrait dire que c'est aux colonies que l'Europe doit cette immense marine militaire et marchande qui, pour entretenir les rapports entre elles et les métropoles , fait en quelque sorte que la mer est habitée comme la terre ; c'est i elles qu'on peut attribuer la création ou l'accroissement prodigieux des cités auxquelles elles doiVentleur naissance, et dont depuis elles ont été le soutien et la gloire ; enûn cette population immense sur laquelle l'Europe étend son influence et sa puissance au-delà des mers peut être répartie ainsi au moment où nous écrivons.

Les Anglais régnent dans l'Inde sur trente-deux millions d'individus ; aux Antilles et en Amérique sur huit cent mille ; l'Espagne en tient , sur le continent américain , quinze millions sous ea domination ; A Saint-Domingue , à la Havane , aux Philippines, deux millions deux cent mille; la France en a À Bourbon, dans les Indes, aux Antilles, cinq cent mille, etquatre centmitle encore, si on compte Saint-Domingue , qu'elle a peuplé ; les Portugais régnent au Brésil sur trois millions cinq cent mille, et dans leurs autres colonies, sur quatre cent mille; la Hollande, à Batavia et à Surinam, curiix cent mille; la Suède et le Danemark, sur

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deux cent mille. Âiosi l'Europe peut regarder cette immense popuUtioD comme une extensioD d'existence qu'elle doit à l'ordre colonial.

Ne aerait-îl pas permis d'y joindre, i" les États- Unis eux-mêmes, dont la population s'élève à sept millions six cent mille individus, puisqu'ils doivent leur existence à l'Eurtipe , et qu'ils en ont les mœurs , les usages et les besoins ; a* la population européenne qui travaille pour le commerce ou la consommation des colonies ; population qui, avaint les pertes que la France a éprouvées, allait pour elle à plus de cinq millions de bras» consacrés ù la production des objets que demandaient ses colonies: agricujteurs, fabricans, constructeurs , agens de commerce , navigateurs , employés civils et militaires de terre et de mer, et toute la population subalterne qui s'y rattachait? En appliquant cette proportion aux autres états de l'Europe qui possèdent des colonies , on trouverait qu'il doit y exister douie millions d'hommes dont les colonies sont le principe d'activité industrielle ou commerçante ; et en les joignant aux sujets coloniaux, reconnus ci-dessus de cinquante-cinq millions six cent mille , ou soixantetrois millions deux cent mille avec ceux des États- Unis, on a un total de soixante-quinze millions d'individus vivant aux colonies pour l'Europe , et en Europe pour les colonies.

Tel est l'aspect imposant qu'otîrent, sous le rapport des richesses et de la puissance , l'établis-

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saneot des colonies , leurs progrès et leurs relatioDs arec les métropoles.

Hais, si l'oD poussait plus loin les avantages que le monde en a retîcés et ceux qu'il peut s'ea promettre eocore, oe pourrait-on pas a)OUter qu'elles ont contribué aux progrès des lumières et des codoaissaoces; qu'elles ont accéléré les progrès de ^ la civilisation , et fourni à la liberté un auxiliaire contre la perpétuité du despotisme européen ?

Od a beaucoup déclamé, on peut encore se récrier contre les excès des colons , et les philanthropes doivent déplorer sans doute les affreux tarages que la lutte des propriétaires et des esclaves a amenés dans les colonies ; mais les germes de la liberté ne s'en sont pas moins conservés purs ; ils sont pleins de sève ; Us ne peuvent manquer, par une heureuse harmonie, de- se reproduire sous l'empire de lois sages et protectrices : ee qui s'est passé au nord, ce que nous voyous au midi vient à l'appui de ces réflexions , et confirme cette opinion , que les tempêtes d'outre-mer, après avoir serri à la cupidité et au pouvoir absolu , ae peuvent que produire llndépeudaDce politique , que nous voyons s'avancer avec des chances si diverses.

Il n'est pas de notre sujet de dire ici ce que les états coloniaux peuvent faire , non pour comprimer, mais pour mettre à-profit ces grands changemeng. Va sage gouvernement, la garantie des libertés pubhqueâ et privées, le respect des droits indi-

TÎdtiels, peuvent attacher les colonies à la mèrepatrie long-temps encore , et conserrer à chaque état l'avantage qui résulte de liaisons étroites et particulières avec des établlssemens formés par elle.

Mais une semblable marche n'est pas également appréciée des hommes qui président aux destinées de l'Europe ; le partage des opinions, et quelques erreurs mêlées à dès maximes salutaires, peuvent retarijer eqcore ce que la prudence commanderait de faire aujourd'hui. Cette vérité sera plus sensible après que nous aurons fait connaître la part de chaque puissance coloniale dans les possessions existantes aux deux Indes, lorsque nous en aurons tracé le tableau , et offert avec l'aperçu de chacune d'elles celui de leur commerce depuis l'époque mémorable qui j a apporté de si nombreux changemens.

Mais, avant de nous engager dans cette carrière, arrêtons un moment l'attention du lecteur sur un des plus grands résultats dé la philanthropie de nos )ours : l'abolition de la traite, abolition qui ne peut manquer d'être suivie de celle de l'esclavage, malgré les efforts du parti contraire et l'empire des préjugés.

L'Europe cesse enfin de sacrifier à quelques intérêts précaires ces principes et ces sentimens d'équité sur lesquels repose la civilisation. Trop heureuse si plus tôt elle eût embrassé cette résolution, Saint-Domingue serait encore pour la France un riche domaine cultivé par des hommes

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libres, et que de terribles resseotimens ont armés contre elle, et rendront maîtres long-temps encore du sol qu'ils avaient si long-temps cultivé pour ses possesseurs trop peu reconnaissans. - '

L'abolition delà traite a changé le système .colonial; elle nous parait devoir contribuer de plus en plus à l'amélioration de ses diverses branches; et la lutte qu'elle éprouve encore pour se consolider ne servira sans doute qu'à la rendre plus complète par les moyens de répression dirigés contre ceux qui , au mépris des lois , j chercitent des bénéfices criminels et les dangers qui les accompagnent.

Hais, de tous les moyens propres à détruire ce mal dans la racine, il n'en est peut-être pas de plus efficaces et de plus durables que ceux qui ont pour objet de répandre la civilisation en Afrique , tentative déjà pratiquée dans quelques établissemens, sous l'influence de Thonorable société établie à Londres pour cette grande et importante mesure. Entrons dans quelques détails.

Depuis nombre d'années , des hommes zélés , pleins de lumières et de justice, comptant, il est vrai, pour peu les spéculations de la cupidité.des planteurs américains , s'étaient occupés à rassembler des faits sur le commerce des esclaves. !Nonsealement ils ont par leurs recherches fait connaître la condition déplorable des nègres aux tles et sur le continent de l'Amérique, mais ils ont encore prouvé que le système -qui avait donné

aa iTAT JICTDEL ut COHHERCE

naissance à ce commerce des hommes sur la cMe d'Afrique était aussi ennemi de l'intérêt public que contraire à Hiumanité.

Ponr parvenir à une démonstration plus complète de ces principes , ils ont cherché à jeter sur les côtes d'Afrique les germes de la civilisation et de l'agriculture ; de là cette intéressante colonie dda Sierra-Leone , qui , malgré les contrariétés qu'elle a qirouvées, se soutient et montre que nonseulement les nègres sont susceptibles de travail et d'habitudes morales, mais encore que le continent qu'ils habitent peut offrir aux Européens des débouchés pour les productions de l'industrie, et des denrées pour suppléer à celles que les colonies viendraient à refuser.

Et en effet, des voyageurs qui ont parcouru l'Afrique occidentale s'étonnent qu'on ait pu si longtemps négliger un objet de cette importance. Ils en attribuent avec quelque raison la cause aux intérêts des propriétaires des fies , intérêts qui ont prévalu dans les conseils des états coloniaux, et empêché que le commerce de6 esclaves ne fût interdit, ou que la culture de l'Afrique fût encouragée d'une manière à nufre aux spéculations des planteurs insulaires.

Parmi les hommes qui ont attiré l'attention de l'Europe sur Une aussi étrange conduite, nous signalerons à la recoanaissance publique M. Wadstrom, Suédois, «t le docteur Smeathman, Anglais. Pendant quatre ans que ce dernier a résidé aux ties

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de Bananas, dans le Toisioage de Sierra-7..eone, il a fait plusieurs course^ dans l'int^ieur du codctineDt , et 7 a reconiiM la possibiM,^ d'y faire des établissemeoa coloniaux. Son zèle l'a porté à en fairela propositïoa, tant dans l'intention d'ouvrir de noureaux débouchés au commerce de son pays que d'étendre la cirilisation en Afrique , et surtout d'abolir la traite.

Les recherches et te» travaux de ces hommes estimables ûxèrent l'attention publique en Angleterre, au point que l'université de Cambridge proposa en 1 7S5 de discuter la question del'esctaoag» ft du eoamteree de l'etpèce kamainf f ce sont ses expressions. Le prix proposé fut remfWrté pai H. Clarkson , le même que-nous verrons bientôt gouverneur 4e la nouvelle colooic de Sierr^^Leone. Il démontra avec une évidence sans réplique l'inhumanité du commerce des ooire, répoiodit aux sopbismesàelacuptdîté.etmoqtraqueriDAérétbiea entendu de tous les peuples était de l'Interdire à jamais. Bieatdt M. V/ûberfoçe, adoptant tes mêmes idées, se montra dans la chambre des communes partisan de la même doctrine , et fut imité par HH. Charles Fox, Grey, et enfio M- Fitt lui-même, trop éclairé pour avoir une opinion contraire.

I^es choses étaient en cet état lorsqu'en 17SS un vertueux philaothçope, M. Granville-Sharp , fit partir à ses frais un vaisseau chargé de provisions et de matériaux , avec trente - neuf colons, afin d'établir ua« colonie à Sierra-Leone-

Mais la fortune d'un seul particulier étaat insuffisante aux frais d'une pareille entreprise ,' M. Gran ville-Sharp forma au mois de février 1790' uoe association de vingt-une personnes dont les principes lui étaient connue. Cette société , détenue très-nombreuse en peu de mois, obtint du parlement un acte par lequel elle fut autorisée à former une compagnie i]ui conserverait pendant trente-un ans son privilège , à dater de juillet 1791. Le premier acte de cette compagnie fut d'exclure de son sein tout individu intéressé à la traite des esclaves.

M. Thomas Clarkson, si justement célèbre et honoré pour le zèle qu'il mit et le succès qu'il obtint à faire abolir la traite , fut nommé gouverneur du nouvel établissement. Il l'admiDistra avec un soin et des travaux qui lui ont mérité l'estime de ses compatriotes et la reconnaissance de la colonie de Sierra-Leone. Il ne l'a quittée qu'au mois de décembre 1 79a. Avant de se séparer de ceux qu'il avait gouvernés avec fermeté , justice et modératioii , M. Clarkson crut devoir les exhorter à vivre en paix , à suivre les règles qu'il leur avait données pour la prospérité de la colonie. Il leur fit sentir que la crainte de Bieu était la meilleure règle de conduite qu'ils pussent suivre pour prospérer et pour être heureux. Il s'attacha ensuite à lenrpeindre les défauts auxquels ils étaient le plus sujets, et qui consistaient principalement dans une trop grande vivacité de caractère*, et dans ub

tn^ grand penchant au mécootentemeiTt et à la défiance envers leurs chefs. II les exhorta à se corriger , et termina son discours par une prière adressée au ciel pour le honheur et l'amélioration morale de la colonie. Ces exhortations firent une heureuse impression sur les auditeurs , et laissa une profonde et salutaire impression dans leur âme.

H. Clariison a mérité d'autant plus d'éloges pour la conduite qu'il a tenue pendant le temps de sonadministiation , qu'il eut de nombreux obstacles à surmonter, dans les premières années surtout. Ce n'était pas une chose aisée que de se maintenir en paix arec les chefs des nations nègres du voisinage, et dont l'établissement d'une colonie aussi nombreuse devait exciter les défiances et les craintes.

Hais ces difl5cu1tés étaient encore provoquées et accrues par les commerçans d'esclaves , intéressés à traverser une entreprise qui était de natuve à nuire à leur trafic. Ils mirent tout en œuvre ' pour exciter des craintes et faire naître des alarmes. Heureusement que , par la conduite sage et éclairée du gouverneur, la paix , une fois rétablie, se maintint avec le voisinage , et que lui-même se fit respecter et chérir des rois ou chefs nègres avec lesqueb il avait à traiter.

M. Dawes remplaça M. Clarkson dans l'administration de la colonie , en décembre 1 793. Il eut i éprouver de plus grands obstacles encore que son prédécesseur , et sans doute par les même» causes et les mêmes motifis. Les armateurs , ceux

ji-vGooglc

a6 ÉTAT ACTDBC DU COHUERCE

qui faisaient la traite , se voyaient , par cet établissement, entravés dans leurs spéculations; les plapteurs des îles étaient ou se croyaient aussi intéressés à traverser l'établissement. Ces causes, et quelques autres, en retardèrent le succès, et, contre l'attente de toutes les personnes qui s'y intéressaient, l'ont tenu long-temps dans un état peu ûosissant.

On a Heu de croire aussi que le mauvais système de gouvernementadopté d'abord parlacolonie s'opposa à ses progrès. L'introduction de mesures oppressives , et qui étaient en contradiction avec les sentimens et les préjugés des babitans , a failli plus d'une fois à tout y détruire. Plusieurs des habitaos nègres les plus industrieux l'abandonnèrent ; d'autres cherchèrent un refuge dans le territoire de leurs anciens chefs; quelques-uns se retirèrent dans les montagnes. On voulait assujettir tous ceux des colons noirs qui étaient en état de porter les armes à devenir soldats ou matelots , et à être transportés, suivant les ordres du gouverneur, dans quelque partie de l'Afrique que ce fût. Cependant ces troubles furent successivement apaisés ; mais la colonie en souffrit long-temps.

Un autre danger la menaça. La guerre qui existait à l'époque de 1794 entre l'Angleterre et la république française donna lieu à une attaque hostile que fit contre l'établissement le commandant d'une escadre française. Une mésintelligence dans la manière dont on s'expliqua sur les ménagemens

DES DEDX INDES. 27

que l'on devait pour Sierra-Leone pendant la guerre fit tout le mal. Il n'était point dans les principes de la république de détruire un établissemebt consacré à favoriser les principes libéraux. Mais la morgue politique du cabinet de Londres empêcha que l'on ne s'enteadit, et le conunandant français attaqua et détruisit la nouvelle ville et les cultures environnantes.

Les principes qui avaient présidé à l'établissement de la colonie cessèrent d'y être suivis. Elle languissait, lorsqu 'en 1808 la compagnie de Sierra- Leone céda son établissement au gouvernement anglais. Les affaires se firent arec mystère , et de manièie à ne point porter ombrage aux intéressés dans le commerce d'Afrique et aux planteurs des colonies.

Cependant la dépopulation continuait toujours ; quelques nouvelles rigueurs 'exercées contre les colons les avaient exaspérés , un bon nombre s'en étaientéloigoéB.DaasrintentioDderétablirrordre, le gouverneur publia la proclamation suivante , qui n'eut pas tout l'effet qu'il en attendait, mais qui fixa la police de la colonie.

« Nous avons jusqu'ici différé (porte cette proclamation au Qom du roi de la Grande-Bretagne) d'ordonner l'application des peines prononcées contre ceux qui refuseraient de prêter le serment prescrit par un acte du gouverneur et du conseil de notre colonie de Sierra-Leone , portant la date du ao novembre 1811, dans l'idée que la

30 KTAT ACTUEL DD COHHERCE

généralité des citoyens qui se trouvent atteints par ledit acte reviendraient d'eux-mêmes à des sentimens plus conformes  leur devoir; mais cette indulgence de notre part, au lieu de produire les salutaires effets que nous en espérions , n'a eu qu'un résultat tout contraire sur plusieurs des habitaos.

t C'est pourquoi nous avons , et d'après l'avis de notre capitaine-général et gouverneur en chef, et aussi d'après l'avis de notre conseil de la colonie , jugé convenable d'émettre la présente proclamation royale, pour publier et déclarer, afîn > de pourvoir à la sûreté immédiate aussi-bien qu'à la sécurité future de cette colonie naissante , que toutes les personnes qui se trouvent atteintes par ledit acte, ou dont l'âge esteotre treize et soixante ans, lesquelles, en refusant de prêter ledit serment de milice, ont ainsi donné à leurs enfans et à leurs apprentis l'exemple de la désobéissance et de l'insubordination , ont perdu tous droits et titres à toute (espèce de propriétés , soit meubles ou immeubles , et sont en conséquence , conformément aux première et seconde sections dudit acte, déclarés bors de la loi. L'indulgence que nous leur avions accordée par des principes d'humanité , qu'elles n'oot pas eu assez de gratitude pour apprécier et pour reconnaître, touche à sa fin. Qu'on sache donc qu'aussitôt que la saison des pluies fiera passée, ou qu'à compter du ao novembre prochain, c'est notre volonté que toute personne

Dss DEUX INDES. ag

passive de l'acte de milice, et qui persisterait dans soQ refus de s'y couformer, ou de se soumettre à quelque autre loi imposée i nos sujets, doit cesser de faire sa résidence dans aucun lieu de la péninsule de Sierra-Leone.

< Cependant , pour ne pas nous écarter de ces principes de douceur et de modération qui nous ont constamment dirigés dans les mesures de gouremement de notre colonie , et dans lesquels quelques habitans n'ont voulu Toir que de la faiblesse et de la timidité , il nous plaît de déclarer que ùi Prineeue Charlotte j ou quelque autre de nos raisseaux, conduira, avec leurs familles, sur tel poJDt de la côte qu'elles voudront désigner les personnes qui seraient mécontentes de notre régime actuel. ' >

Cette proclamation ne fit qu'irriter les esprits. ■ Notre intention , disaient les habitans de Sierra- Leone, n'a jamais été de nous soustraire à l'obéissance que nous devons au gouTemement. Nous verserons jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour Ja défense de la colonie ; mais nous sommes attachés à nos femmes et à nos enfans , et uous ne pouvons supporter l'idée de contracter un engagement qui pourrait un jour nous obliger à nous séparer d'eux. >

Ces raisons méritaient d'autant plus d'être écoutées, que les habitans de la colonie, surtout les marrons, ou nègres fugitifs qui s'y étaient réfu-

' DMafelPMMawo,cb^-liiudcUcolonie,lci6Mpteiiibre iSii.

3o ÉTAT ACTUEL DD COMMERCE

giés , ont toujours montré de la vigpueur et de fa bonne Tolonté toutes les fois que la sûreté de la colonie a été menacée. Us sont naturellement attachés à la liberté , et ne pensent qu'avec horreur à ces règlemens de la discipline militaire qui soumettent le soldat à la peine du fouet. Us l'abhorrent d'autant plus qu'ils ont eu occasion de le voir infliger à de malheureux esclaves noirs dans les Indes occidentales.

On conçoit qu'avec de pareils seutimens ces colons ne purent admettre qu'avec une répugnance soupçonneuse l'idée de se soumettre à un serment d'après lequel ils s'engageraient comme matelots sur des bâtimens qui , si le service du roi l'exigeait, pourraient peut-être , en les reconduisant dans ces mêmes Indes occidentales , les replacer encore une fois sous la verge de leurs bourreaux. Quoi qu'il en soit, le gouvernement anglais persista dans ces mesures rigoureuses , et n'eut aucun égard aux sentimens des colons.

Loin de diminuer la dépopulation , cette mesure l'augmenta; plus de cent lots ou portions de terre furent abandonnés ; les maisons des malheureux qui s'étaient enfuis furent marquées de la lettre R (rebelle) ; les moissons qu'ils avaient fait naître dans les petits carrés de terrain qui leur avaient été départis impitoyablement détruites et pillées par les régimens africains et les nègres prisonniers.

Cependant le gouvernement chercha <le dou-

DES DEUX INDES. 3l

Teau à rappeler ces fugitifs , et à obtenir d'eux la jwcstation du serment; il y réussit à l'égard du plus grand Dombre, en promettant qu'on n'en abuserait point pour les contraindre à s'expatrier. Hais c«tte réconciliation n'a point détruit le mal dans sa racine; le même esprit d'aigreur et de mécontentement s'est conservé dans la colonie; il durera et mettra obstacle aux progrés de la colonie tant que les règlemens ne seront pas changés.

La capitale de Sierra-Leone se composait en i8i4 de deux mille noirs, que leur constitution pbysique rendait propres au travail. On ne comprenait pas dans ce nombre les esclaves pris sur mer, qui ont été délivrés par la cour de l'ami- Taulé, et qui formaient une population de près de trois mille individus. Aujourd'hui la capitale renferme dans ses murs quatre cents maisons , dont h valeur est estimée a6,ooo livres sterling.

Au mois'd'avril iSao il n'y avait pas moins de six miUe nègres captorés , qui avaient été envoyés dans la colonie depuis la suppression de la traite en 1 807, par les vaisseaux de guerre anglais. A leur arrivée , ceux qui ont l'âge convenable sont envoyés dans les villages voisins ; on assigne à chaque famille une habitation et une portion de terres , et ils sont entretenus aux frais du gouvernement pendant une année , à l'expiration de laquelle ils sont tenus de pourvoir à leurs besoins. Les enfans capturés sont aussi envoyés dans les villages, où ils restent à l'école jusqu'à ce qu'ils se

32 lËTAT ACTDEL DU COHHEBCE

marient ; ce qui a toujours lieu de bonne heure. A la tête de chaque village est un missionnaire salarié par le gouvernement, qui y exerce la double fonction de pasteur et de maitre d'école.

Les premiers noirs qui ont fait le fonds de la colonie ont été transportés , comme nous l'aTons dit, de la NouvellerËcosse et de la Jamaïque. Les colons sont en général pauvres, et ne peuvent que difficilement se défaire des produits de leur culture. Cependant Freetown est située d'une manière avantageuse pour ce qui concerne les rela* tioDS commerciales. Le territoire qui l'environne est montagneux , à la vérité, mais les vallées sont fertiles . si on en exepte quelques endroits qui , par les larges pierres dont ils sont couverts, ne peuvent recevoir le soc de la charrue.

Le climat est bvorable à la culture du coton , du café, de l'indigo, du tabac, du riz, du mais, etc. Cependant les bénéfices qui pourraient résulter, pour les habitans, de l'exportation de ces objets sont encore peu considérables , les cultivateurs s'occupant surtout à faire croître dans leurs petits carrés de terrain de la cassave , des fèves , etc. , et cela dans une quantité proportionnée aux besoins de leur consommation journalière ; de façon qu'en y ajoutant ce qu'ils se procurent d'alimens par la pêche , ils se trouvent pour les autres provisions dans la dépendance des naturels du pays. Cette situation est entretenue par le manque de capitaux nécessaires pour se livrer avantageuse-

DX9 DBDX inDKS. 35

nWDt à l'agriculture. On a d'ailleurs eu à leur égard des procédés inquiétaos pour leurs petites propriétés; on a exigé d'eux des sommes d'argent beaucoap au-dessus de la valeur de leurs possessions.

Quant au commerce des habitans de la péninsule où est située Freetown ,, capitale , il est encore également très-circonscrit. Us préfèrent s'adonner à la pèche , dont les profits sont plus certains, ainsi qu'à quelques arts industriels. Plusieurs d'entre eux sont employés comme courtiers dans une' espèce de trafic qui a lieu entre les marchands européens résidant dans la colonie, et les naturels du pays. Ces marchands européens confient à quelques planteurs noirs , dont la prohité leur a inspiré de la confiaoce, une certaine quantité de marchandises venues d'Europe, que ces derniers échangent avec les naturels du pays contre du bois de campéche, de l'iToire, dii rii, de la poudre d'or et autres productions indigènes : les principaux bénéfices reviennent à celui qui a fait les arances ; mais le courtier retire aussi ses arantages de ce petit trafic.

La Société det Amis qui s'est formée à Sierra- Leone en 1 8 1 3, pat les soins et par le zèle du capitaine Paul Cuffée , et qui se compose de ce qu'il y a de plus distingué parmi les colons , a pour but d'encourager le commerce et l'industrie des habitans. Cette société se charge elle-même de tout ce qui concerne l'exportation des produits de U

54 ÉTAT ACtCtL DU COHHEIICE

culture ; maiii, pour rénsair dans ce dessein , il a , été nécesBairc de commencer par établir des rapports directe avec l'Angleterre. Une société fut donc formée à Londres par M. Clarkson , qui put correspondre avec la Société des Amis de Sienra- Leone. Pour en être reçu membre, il fallait verser dans la caisse du trésorier un don de vingt livres sterling, ou s'«ig«{er payer anotieUement une somme de deux guinées. Par ce moyen la Société des Amis se trouva i même de réaliser ses utiles pro)ets.

Les communications avec TAD^eterre étant assurées, la colonie, par le mojen de la Société des Amis ,' fait passer k Londres du rix , du bois de campéche, de l'ivoire, de l'huile de palmier, du café , etc. Tous ces objets sont vendus par la société de Londres , qui fait passer en échange aux colons de la péninsule d'autres objets à leur usage, à l'exceptioD d'eau-de-vie, de poudre à canon, et d'iastrumens de guerre, qui jusqu'à présent ont été exclus de ce comuerce.

Les bénéfices qui résultent de cet échange sont abandonnés à la colonie. En outre, comme les colons ont souvent de la peine à obteoir ^s capitaines de navires qu'ils veuillent bien se charger du transport de leurs cargaisons en Angleterre, la société de Londres a frété des bâtimens pour cet objet. -

Ail Teste, le but que se propose cette société est moins de faciliter les opérations mercantiles des colons que de les encouragera la culture des pro-

DES DEDX IHDSI. 35

(hiclioDS qui peurent être exportées avec avan-

Aprèa des contrariétés et des accideus Dombienz , cet établissement , conaatté au plus estimable des projets , celui de faciliter l'abolitioD de la traite , en jetant le germe delà civilisation dans In contrées occidentales del'Afrique, ne peut donc manquer de prospérer et de couronner de succès les déurs de ses généreux auteurs. Quelques vices dans son o^nisaticm politique et morale avaient besoia d'être réformés : l'acte d'organisation avait laissé trop peu de pouvoir au gouverneur ; ce pooToir était partagé entre s^t chefs qui composaient le conseil privé. U résultait de cette disposition, peu praticable dans une colonie naissante et formée de personnes peu éclairées , que l'oa perdait i défendre ce qu'on appelait wi privilèges des tnomens que l'on aurait pu employer ao bien général. Un autre inconvénient de ce manque d'unité dans le pouvoir, était de donner oaissancei uoe sorte d'aristocratie, d'autant plus faite pour iodi^oser les nouveaux colons, que te souveDÎrdc leur ancienne condition d'esclaves tes rendait f^us susceptibles et plus irritables envers tout ce qui pouvait offrir l'apparence du mépris , ou présenter le caractère d'une supériorité dédaigneuse et hautaine. Qu'anrïvait-il de ce conflit ? Que les mesures les plus sages prescrites par le gouverneur ne pouvaient être qu'ioiparfaitement exécutées , cMume , par exemple , la division

56 ÉTAT ACTUZL DC COMMEHCE

des lots de terrain promis aux noirs venus de la Nouvelle-Ecosse, dès qu'ils seraient arrivés dans la péninsule. La paix et le bien-être de la colonie naissante étaient fort intéressés à ce que cet arlaDgement fût immédiatement fait ; cependant les chefs composant le conseil ne cessèrent d'y apporter des obstacles , et de contrecarrer le gourerneur. Aussi un pareil incoQvéoieaî ne se rer Douvela-t-il pas ; on apporta à la constitution de la colonie des chai^emens qui accrurent le pouvoir du gouverneur; il en profita pour réparer le mal qui avait été fait; mais il ne put parvenir i effacer entièrement les traces de cette anarchie primitive , et surtout à détruire le germe des dissensions et du mécontentement qu'elle avait fait naître; cependant, comme nous l'avons ru, ces contre-tempe ne découragèrent pas l'estimable M. Clarkson; et lorsqu'il quitta l'administration de la colonie à l'époque que nous avons indiquée» elle marchait visiblement à un état de prospérité etd'amélioration qui n'a fait que s'accroître depuis.

A ces faits joignons-en quelques-uns qui fassent connaître l'état moral de la colonie; nous les empruntons du mémoire que M. Dawes , gouverneur, a adressé aux directeurs de t'itutitution nfrieame établie  Londres.

• Le nombre des mécootens ou des perturbateurs s'élève tout au plus à une vingtaine dans la colonie , adonnes à l'intempérance ou à la débauche; le reste des habitans tient une conduite sage

DBS DEUX INDES. 37

et laborieuse. Ces hommes, que nous sommes accoutumés à regarder avec mépris, ue maD.]ueflt oi d'iotelligeoce ni d'industrie ; ils paraissent satUfaits de leur condition, et en général montreot du' goût et du penchant pour les habitudes morales.

■ On a remarqué qu'en général les noirs de la Nouvelle-Ecosse , sans être précisément vicieux , aTait:Dt cependant fait moins rapidement que les autres colons des progrès dans la civilisation ; cette différence peut s'expliquer par leur ancien état. JDes hommes encore flétris des stigmates de l'esclavage ne peuvent pas s'élever tout à coup aux sentimens des hommes' libres. Or, la servitude des noirs dans la Nouvelle- Ecosse est encore plus abjecte et plus dégradante que dans les autres colonies européennes. •

Ces observations ne sont pas les Seules que, dans l'Intérêt de l'amélioration de la race africaine , la Société des Amis ait fait passer h celle de Londres. Od a remarqué encore que la plupart des punitioDS juridiques qui ont été prononcées dans la colonie portaient sur des matelots noirs ; la classe des cultivateurs s'est montrée plus morale et plus éclairée dans ses devoirs.

La peine du. fouet, infligée pour la répression des délits, n'offre depuis l'établissement de la colonie, au rapport du même gouverneur, que deux exemples, t'un d'une femme mariée quisubK ce châtiment poux crime d'adultère, et l'autre d'un

38 ÉTAT ACTDIL DU CUHMERCE

colon noir à qui la même péioe fut infligée pour s'être cDivré et s'être rendu coupable, dans cet état, de plusieurs violeDces condamnables. L'I- Trt^nerie est devenue très - rare, ainsi que l'habitude de jurer et de blasphémer, qui était commune parmi les noirs dans les premiers temps de l'établissement. Ces hommes sont donc en général bons et âdèles sujets ; ils ne se distinguent pas moins par des qualités domestiques, étant bons pères et époux attachés à leur famille. Il existe parmi eux une coutume qui devrait être imitée ailleurs. Les enfans en bas âge , devenus orphelins par la mort de leurs parens, sont tout de suite adoptés par leurs parrains et marraines, qui les recueillent chei eux et les élèvent comme leurs propres enfans.

Les cérémonies religieuses les attachent beaucoup i ils aiment le chant des hymnes ou des cantiques, suivant l'usage de la reUgion réformée qu'ils professent ; ils observent régulièrement les dimanches et les fêtes. La colonie possède une église de cette communion; elle est très-fréquentée , sans coopter des assemblées religieuses qui ont pour directeurs et ministres évangéliques des colons noirs.

L'instruction publique, quoique peu avancée encore, offre néanmoins des ressources aux habitans pour apprendre les élémeos de la lecture, de l'écriture, du calcul et de la religion; on y compte plusieurs écoles, tant pour les garçons que

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pour les filles , et la société africaiue De perd pas de rue ce grand moyeo de remplir un des objets de sa louable institution.

Quelques esprits mal disposés , des boonnes intéressés au maintien du commerce des nègres ODi attaqué cette intéressante colonie ; ils l'ont peinte comme ayant manqué son objet, et comme n'ofirant aucun résultat pour la cirilisalion intérieure de l'Afrique. Ils voudraient qu'en quelques années on eût obtenu ce qui ne peut être que l'effet du ten^ et des progrès lents et successifs des institutions politiques. Mais, quand Sierra- Leone n'aurait pas été aussi utile à l'abolition de la traite que ses généreux fondateurs l'auraient espéré , elle n 'aurait pas moins contribué à en «ntietenir l'idée et le désir* et à soutenir les amis de l'humanité dans ce noble projet.

Ne cherchons pas à saroir dans ce moment si cette abolition ne fut qu'une mesure politique de la part du gouvernement britannique, un point de haute coorenance pour son commercç , et une prévoyance des dangers qu'il y aurait à courir pour la continuer au milieu du système apposé , qui faisait chaque jour de nouvelles conquêtes,

La société ou institution africaine dont nous avons déjil parlé a été le point de réunion des lumières et des faits qui pouvaient concourir à cette mesure , et le gouvernement anglais en a toujours secondé les opérations avec çmpressement et constance. ,

4o ^TAT ACTUEL DU COMMERCE

Cette inatitutioD a fait ce que le-parlemcot ne pouvait pas faire; non -seulement elle a formé . des établissemens et entretenu des relations pour faciliter l'abolition de la traite ; mais lorsque , comme nous le verrons tout à l'heure, ce commerce odieux eut été prohibé, elle surveilla l'exécution de l'acte du parlement qui le défendait, en faisant poursuivreà ses frais ceux qui se trouvaient en contravention , et en faisant déclarer par le parlement ces contrarentions félonies, c'est-à-dire crime capital. Cette société rend annuellement compte de ses travaux, et reçoit de tous ceux qui veulent lui en adresser des renseignemens pour le grand objet de ses soins. Composée d'bommes distingués par leurs tatens' et leur fortune, elle réunit le double pouvoir du zèle et de la considération; son désintéressement, ses vues élevées, son noble caractère, répondent de la pureté de ses motifs, et ne laissent aucun sujet de croire qu'une basse jalousie contre les autres nations l'ait portée à seconder le gouvernement pour opérer la ruine des colonies étrangères.

C'est le reproche qu'on fait au gouvernement anglais ; on a voulu que ce qui est regardé comme un procédé de justice et de philanthropie n'ait été de sa part que le résultat d'une prudence intéressée et d'une politique adroite.

Écoutons sur ce point un des écrivains modernes qui ont le mieux écrit sur l'Angleterre et fait connaître l'esprit de son gouvernement, et l'on

Terra que ^ si les arantagea que les Anglais ODt retirés par le fait de l'abolition de la traite ont pu être un motif de plus pour la 4>oursuiTre, rien ne prouve cependant, malgré l'opinion de l'auteur,' qu'ik s'j soient déterminés par ce seulfintérét, et qu'il faille en tirer des conséquences contre cette ^ode et estimable résolution.

■ La traite à la côte d'Afrique , dit M. de Mont- Teran * , est plutôt un bien qu'un mal pour ces nations brutales. Elle enlève des esclaves dévoués à la mort , ou à une captivité plus cruelle que celle de nos colonies. Car là aussi il 7 a accroissement de la population , et à défaut de pouvoir s'occuper i des défrichemens , à des émigrations , il j a des guerres qni viennent , comme en Europe , ia remettre de niveau. Si la traite ne se fait pas sur la côte occidentale , elle se fera à la côte septentrionale , et elle viendra recruter les armées des puissances barfaaresques et des pachas.

■ Les nations civilisées ont droit dérégler cette traite des esclaves pour leurs colonies d'Amérique, et d'en éloign<» les dangers et les abus ; et ce droit ne peut £tre plus ^gement exercé qu'en obligeant les colons à adopter un régime d'esclavage donx et humain, et les gouvernemeos à limiter llntroduction des noirs dans leurs colonies, dans une pn^rtion de neuf k dix noirs contre un blanc , et de quatre femmes noires contre six

' BitUire «rJftfiM t nttWMti* J* U tihtntùm 4e t'AngttUrrt «« i* famtiër iBifi, looie i , page S96.

43 ÉTAT ACTUEt BC COHMEBCE

hommes , et à faciliter les affranchissemens. Alter au-delà serait uo-abus de la force, qui n'est jamais qu'éphémère; rester eo-deçà serait une imprévoyance criminelle, dont les désastres de DOtre colonie de Saint-Domingue ont trop constaté les dangers. >

L'auteur ajoute à ces considérations* réfutées vingt fois, ou démontrées insufGsautes contre l'abolition de ta traite , les réQexioDS suivantes , que nous soumettons au lecteur, parce qu'elles présentent des faits positifs et un système d'affranchissement qui serait préférable à l'ordre de choses établi dans quelques colonies , mais qui ne remplirait pas le vœu des ennemis de l'esclavage, et serait toujours une approbation implicite du commerce des hommes.

( Il est de notre dessein , dit donc M. de Montveran , d'ajouter, i° que la traite des noirs n'a pas cessé d'être faite en contrebande dans les colonies an^aises , et que le nombre des esclaves , en raison d'une introduction frauduleuse pour une grande partie, et des acquisitions' de quelquesunes des colonies étrangères , s'y élève à un million , de six cent mille qu'il était en 1 806. * Sur quoi M. de Montveran rapporte comme un fait qui montre le danger pour les colons des systèmes d'affranchissement, que l'assemblée coloniale de la Jamaïque s'était opposée à l'aboli tion de la traite ; qu'elle n'avait fait aucune loi pour défendre d'y introduire des noirs esclaves, de quelque part

DES -DEUX IKOES. 4'^

qu'ils fussent apportés ; que, M. Wilberrurce ayaot demaDdé en iSi o , pour empêcber toute nouvelle introductiuQ, que les esclaves fussent eoref^istrés, cette mesure, qui ne fui pas exécutée, d'cd «xcita pas moias une insurrection à la Barbade, et qu'on l'attribua à l'opinion répandue que le parlement d'Angleterre avaUprononcé l'affranchissement général en ordonnant que les esclaves fussent enregistrés.

* a* On ne peut assignerpour cause decette augmentation du nombre des esclaves l'accroissement des naissances. On a acquis la certitude que , malgré la faveur accordée aux mariages des noirs et les soins plus étendus donnés à l'éducation de leurs enfans, les décès de chaque année excédaient les naissances de huit sur cent, dans l'ensemble de la pt^ulation noire.

■ C'est à la contrebande seule , à l'introduction des DOÏI8 en habits d'uniforme ou comme ouvriers du gouveroemeot , ou à des enlèremens de noirs , comme on en a vu des exemples ' , qu'un doit assigner l'augmentation du nombre des escbves dans les colonies anglaises.

t 3* Malgré les soins de Vinêtitution africaine, Cormée en 1807, et de Viiutitution africaine et atûti^ue de iBia, malgré l'attention que la lé-

' L*itrt«ir eitt cotre autre) l'enlèTemeDl di; cinq tenu nègm de 1i baie de CbrupMcli, en aoAl tSiS, ooapable* de» nuuacrvi de leur* naître*, rmfyi daai In coloniei laffÂtti «t celui <;■■ fut tmt • la 181S, de qaatre MlHe wmt boBi Mkailletin , ^Oa nom dejowiiiw ; petM ImateMC panrb coloaôe.

ji-vGooglc

(délation anglaise a apportée au sort des DOirs, l'esclavage dans les colonies ao^^aises a très-peu perdu dé sa dureté.

* 4° Enfin aucune prescription législative n'a été faite en Angleterre pour arriver graduellement à la liberté des noirs, et pour favoriser leur affranchissement par les colons. On croyait ( c'est toujours M. de Montverao qui parle ) que c'était beaucoup d'avoir obtenu l'abolition de la traite, et d'avoir fait sentir aux colons qu'elle leur était utile en ruinant les cultures rivales. ■

Que cette intention ait été ou n'ait poiat été celle du gouvernement anglais dans l'initiative qu'il a prise pour cette grande mesure ■ , on est fondé à croire que le parlement et la nation n'ont pas été mus par ce seul motif, mais par des considérations plus élevées ; et.si aucune prescription législative n'a été fuite pour l'affranchissement général des noirs, c'est que l'on a craint que l'instant ne fût peut-être ))as encore arrivé d'opérer ce changement.

Il n'en est pas moins vrai qu'on a compté près de neuf cents pétitions adressées au parlement, en i8ia et i8i3, par les principales villes des royaumes unis , et signées par un million de personnes de la classe la plus capable d'apprécier les conséquences de leur démarche , pour demander

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l'abolitioD de t'esclaTage ; et l'on cite des exemples de colons qui à la Jamaïque ont af&aDchi leurs esclaves sans incoDrénîent , et à leur avant»ge. •

A la Térîté , ou signale aussi le barbare Hodge, membre du conseil de sa majesté britannique aux îles deê Vierges, qui , pour les tourmens et les violences qu'il exerçait eur les noirs , a mérité " et subi la peine de mort , juste chÂtiment de son crime; un Hugginas, également propriétaire et colon, bourreau de ses esclaves /qui n'a échappé au supplice mérité que par des moyens inconnus, et peut-être coupables; exemples qu'on pourrait accumuler sans doute , mais qui prouvent seulement que l'avarice et la cupidité peuvent inspirer de pareilles atrocités , sans rien préjuger contre le principe de l'affranchissement graduel, et surtout de l'abolition de la traite.

L'auteur de VHi$toire critique de l'jingleterre voudrait que la liberté ne fût accordée aux noirs que successivement. C'est sans doute un parti mojen préférable à l'esclavage; mais il foudrait le suivre de bonne foi; autrement vous exaspérez le captif , et l'io vitex à briser ses chaînes. Ecoutons au reste M. de Montveran :

< Les partisans de l'affranchissement successif, dit-il, auraient voulu qu'on leur eiït accordé une

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