COLONIES RUSSES
L*'i8T uDe nouveauté que d'entendre parler de colonies russes. Cette raste etcnvahissante puissauce semblait devoir rester dans les limites que la nature lui avait tracées sur le continent. Il semblait que 80D intérêt devait luf conseiller de développer les arts et la civilisation chez elle avant de s'étendre au loin ; mais le voisinage de la mer au nord et à l'orient , l'illustration que donnent à un peuple les expéditions maritimes , le mouvement que ces expéditions impriment à l'esprit national, ont dû agir puissamment sur le gouvernement russe, et le porter à s'élancer dans la carrière des colonisations: l'avenir apprendra jusqu'à quel pointées essais seront heureux, et si l'Angleterre attendra, pouraller au-devant des entreprises de ce redoutable rival, qu'un rivalaussi puissant lui ait enlevé l'empire de l'Océan, ou en ait au moins partagé le domaine - avec elle.
La cession de la Californie à la cour de Saint- Pétersboui^ est une démarche qui- doit tenir en éveil le cabinet de Londres ; elle lui annonce pour l'avenir un partage dans des mers où jusqu'à présent le pavillon britannique n'en avait rencontré aucun autre.
La position de la presqu'île de Catifornie est
propre à des établissemens Bur la côte ouest de l'Amérique ; elle fournirait ud point d'appui pour les autres établissemeos russes daos le nord du même coutineut ; oo ne peut doue pas s'étouner qu'Alexandre en ait fait la demande à l'Espagne , et quecette négociation soit restée secrète jusqu'au moment où l'exécution en a divulgué le résultat.
S'il fallait s'en tenir à des récits qu'on a lieu de croire fondés, le comte de Nesselrode, ministre des affaires étrangères en Russie , aurait eu avec le ministre d'Espagne, au congrès de Vienne en 1814* des entretiens où la question de la cession de la Californie aurait été décidée. Alexandre a dû approuver les arrangemeos conreniu entre les deux ministres. La communication aux autres puissances n'eut pas lieu , par la crainte sans doute de choquer inopportunément l'Angleterre. Les ministres anglais ne tardèrent cependant pas à soupçonner qu'un traité secret avait été fait entre la Russie et l'Espagne ; le départ de la flotte russe pour Cadix acheva de les confirmer dans cette opinion ; ils demandèrent des explications à la cour de Madrid , et surent qu'une partie considé • rahle de la Californie devait être cédée à la Russie ; le secret fut gardé.
Quelque opinion que l'Angleterre se fût faite de cette cession , on pouvait croire de deux choses l'une , ou qu'elle y avait donné son adhésion , ou que , ce qui était plus vraisemblable, les deux cours contractantes s'étaient décidées à maintenir leur
7o6 ilkT iCTCEL DU COHKEIICE .
traité ) i la condition que celle du nord dooDcnit du secours à l'Espagne dans les événemens qui s'y passent, ou dans le cas d'une rupture avec l'Angleterre ; DMÛâ tout porte à penser que l'exécutioD du traité n'a pas eu liéii.
Sans nous arrêter , au reste > i de plus longs détails sur ce point historique , remarquons que les établiMCOiens russes en Amérique ne sauraient s'étendre ou 9e maintenir sans avoir ou quelque port «u quelque possession plus au sud, qui puisse fierrir les vues de l'empereur Alexandre et de son ministère '.
Mais, avant de nous en occuper, doon<ms une idée des rapports du commerce entre la Rusne et la France ; c'est toujours le point , l'aspect princî-
' Le miDitlèrc de Swal-Pélenbontg eat cooduil luîCHinUDÎ priocIptleiAcDl pit M. le comte de Neuelrode , que nous miou tu ï fHÏ* , [euae, acitf , ainbiticDX , cxxiDaMHDt bïea U France et THarope, cl )emad>nt ton millie dmai \n projeli politique* qai l'wmCDl : c'eit le Pitt du nord, i qui il de manque, pour jouer lu «nui gnnd riit qoe cdui derAaglcten«, qne d'aroir amine hû oa parti pirleœDlaira doat tour à toui U psiiae employer lea lamôèm d IVnirgie, et l'eo faire un mayen de succès et de coolre-poïilt.
M. du flespelrode a succMé à U. le comte de Romaataoïr dau tea ahlra étrangires i Salai - P^rsboarg. Ma ce auwacBt , k ■ jMeae potique de celle cour a clua^ de caractère , od ptbiât es a pn aa qui tienl 1 celui du miDiitrc actuel.
C'est à la baiue que H. de Ileuelrode BTiit conçue pour loMpaalc ^at CK coloase doit m cfaule ; cl noua ae regardoai paa comme aac cbose ilnagère 1 autre sujet , de dire que parmi les tnili siupilîen du règne knpjrlal il but compter celui d'aTd/Tu I Paris H. de Hea- Mlmde cB iSio, préparant peut-être dea mofcna boatîlw coartie HapolèoD, (ans que celui-ci, maigri la police au cent jeia , ait ÎMupçoDné les TUes kccrèlei de l'envojé luiie , el Irouii aiupecle u prtlendira mhrioA Ml«asîble.
, paj SOUS lequel nous Rêvons considérer nôtre sujet. La Russie offre, d'après uu receosement de 1 8 1 8, une pQpulatioii de cioquaote-trois millions troip cent seise mille s^t cent sept habitaos ', sur une étendue de neuf cent quaraote-neuf mille trois cent soixante-treize tîeues carrées , non compris la Pologne. Les quatre cinquièmes de cette immense surface s'étendent en Asie ; la fiussie touche à l'Océan boréal du cdté du levant, à la mer Glaciale au nord , à la Tartarie et i la Chine au midi. La Russie est essentiellemoit agricole ; elle a une surabondance de productions territoriales qui sont la base de son commerce ; elle échange ses suifs, ses bois de marine, ses dianvres et son goudron contre les vins , les caux-de-vie , les draperies, les soieries, l'huile d'olire, les fruits sec^, du veidet, de la crème de tartre de France , du crêpe , de la gaze , des mouchoirs de soie , de la nibanerie, de la honneterie, des bronzes dorés, des meubles * des modes pour les femmes , de la librairie. Nous eo tirons de la graine de lin , de la
■ Sot om ainquaaU-ttaii tnillioni troii ocat asùe mtUe leptoMt •ept baitiuiit, on eo oomptc trente-bnil millioiu deui cmt loiuaudaiu mille qui profeMcnt ta religiOa grecque. La Pologne , qui bit ■ aujourd'hui partie de U puiotanoe nuK, a une populatioo de de» nûllioM *ept cent tiente-deui mille trait ceot Tingt-quatre habiiau, qui, ijODl^ t œlle de la Buuic, doooe ta MNobre rond cîaquaiklcaix millioBi d'âne*.
La population de la Buuie o'eit pM propodimiafa t l'élaBdue de M p*j*, UDidoule ; mai* rile j c*t rapide, i nteiure que le* cultuMi ~1 j • en BuHÎe plu* d« (Emuct, lelaliiement an •t qu'eu aucun autre Alat de l'Europe ; ella j
708 ÉTAT ACTO£L DO COHHERCB
cire, des soies de porc, du fer, du cuivre, de U "potasse, des pelleteries, et, au besoin, des grains par Odessa et les autres ports de la mer Noire. Les Russes ont perfectionné ta disiiilatioQ ; ils ont établi dans Moscou et dans les eoriroQS des fabriques de soieries communes. L'art de travailler le cuivre , le fer , l'acier , a reçu ches eux de trèsgrandes améliorations '.
De tout temps le gouvernement français a tenté d'établir ud commerce régulier et avantageux avec cet empire. Le cardinal de Richelieu essaya un des premiers d'y parvenir par un traité conclu avec le czar Michel. Cotbert créa en 1669 une compagnie pour exploiter le commerce du nord pendant vingt ans ; mais les Anglais, qui s'étaient frajé une route par le port d'Archangel, vers le milieu du seizième siècle , se trouvaient déjà en
' La Buuie doil à den houone* d'tt>t um partie dei piogrè* qna l^duitrie j • faiU depiù* dii «ni. L'un, If. le comte de KotKboabej, nt lujouTil'hui miDutre denottrienri il l'Hait dijâ itéen 1806. Il a lojtgt dint loate l'Europe, cl ■ recueilli let reiueigaemeDi et la cotioiiMaDcn qui pooTaient , tf paoduei en Ruwie, j fiTorber le piogrt> d«i art* et dei ètabJiBemeai agricolea. Ami de ti liberté et dca •ôencea , U le* praline partoat où l'état dei cboaei le lai permel.
H. le.comie de BorudIkiw • le mJiDe foAl et le mtme tèlc poor !■■ iatrirtli de wn p*j>' On le cite comme ud dei bomuei de <«ar lei plai aimahlei et la plui accompli*; il en a toute* le) qualité*, juaqu'i celle d'otiUler le* aerricei, qu'il croit lufiammeni pa;^ pai .rboaneur de partager lei igrémen* de n aociété. II eit gnad-chaacelier en Ruiaie, aimé eo Fiance, où noui l'ivou m mmiitKi plAnipolenliaiie en 180B. Betournë eu Buuie, D l'eat td remplacé dan* 1* miniflÈre dei iffairei éttangire* pat M. de TTciiiiliiiili Aleiaodre a récompenté le* aerdce* de M. de Romantjon par use irande iligniié; M , ce qui >aai mieni , pat nta e*
ji-vGooglc
possession du commerce russe , et les efforts des FraDvais échouèrent contre les habitudes et le crédit que les Anglais s'étaient déjà fait dans le pays.
Le régent profita du séjour de Pierre i" à Paris pour lier les deux oatioDs par le commerce. La mort du moDarque russe oe permit pas de réaliser les projets qu'ils araient arrêtés. L'avènement d'Elisabeth au trdne > de Russie fut favorable pour renouer des négociations. Les dispositions amicales qu'elle montrait pour la France paraissaient être d'un heureux présage ; maïs le projet échoua , et l'habileté des ministres anglais l'emporta sur celle des nAtres. Peu de temps après Woronsow * signa un traité avec Ui ferme générale pour la vente des tabacs de l'Ukraine. Des plaintes qui s'élevèrent des deux parts rompirent ce pacte et élevèrent des préventions contre nous.
La France a fait constamment de vains efforts pour donner à son commerce avec la Russie l'étendue dont il paraissait susceptible. Tâchons de connaître les causes de cette impuissance.
l'La navigation de la Baltique et des mers du
■ En 1741.
* G'ttt le comte Michel de Woi'oatow, gnnd-chineelier de llDwe wui ÉUnbelh, tou* Pierre ni, et na Cithcriaeii , un de cem qui piTticipireot lUcompinlioD qui fit perdre I» vie à [Merre, et dooiu 1* couroDoe I Ccllieiine II. Celle princeiie maDtalchcid, dit l'autEur deMTie[H.CHtenJ, e(, l'jp^ aue t U maio, une branche de chtne
•oloar de m Ule , iUi joindre le< troapei. L'empeieu ae pré-
lenle tin peu aprt* i nu pente pour se rendra à Croiuladl .- Haut «u •0«u «maaMfoiu pt , •'écrient le* «oldaU : viv i'impiralriet Catti»ri»é! Dit cet iniUnt, U riiolution fut fiite, el U laorl de Pierre *ini, hiiit)oan*pTM, UMuiUcrd'uni-riiDeiDulile(giuillel 1761 )■
710 ÉTAT ACTOKL DU COHIIEIICE
Dord est périlleuse ; l'habitude et une cODoai»' BSDce approfondie de ces para^» peaveot seaU ea surmoDter les dangers. Dans les temps de nos plus grandes relations arec la Russie , on a tu constamment des vaisseaux hollandais , suédois , danois , hambourgeoïa ^ etc. , venir charger dans nos ports nos vins , nos huiles , nos eaux-de-rie , pour les porter dans le nord. Le nombre de vaisseaux français qui passaient le Sund figurait i peine à côté de ceux des autres nations : Hnexpérienee que notre marine a de ces mers noQs a donc forcés de faire intervenir des étrai^ers dans le partage des bénéfices de notre commerce ; ce qui a dû nécessairement le réduire.
3* Les Anglais , qui depuis long-temps ex|^oitaieot le commerce de la Russie > s'étaient fait accorder des privilèges si avantageux , qu'aucune autre nation ne pouvait soutenir la concurrence : ils étaient autorisés à pajer les droits de douane en monnaie du pajs , tandis que les autres nations payaient en rîxdallers , qui leur coûtaient 970 copecks ' , et n'étaient reçues que pour 170; ce qui donnait au commerce anglais un énorme avantage pour le paiement des droits.
3' Ce privilège pouvait être aboli ; et il le fut en effet par le traité que négocia M. le comte de Ségur avec l'impératrice Catherine >, traité très-
' CenI coperki (bot on noble, maaniie de compte el mODMie rMIe de Btuiie.
* CoQcla à Suat'Ftlenboarg leSi décembiie 1786 ( *ieai «(jle), - Sm«ii7«7-
DIS DSUX INDI9. 711
8TaDtag«ux i la France , et dont la rérolQ- (ioD a suspendu l'ex^ution. Hais ce qui n'a pas été aussi facile à détruire , ce sont les habitudes commetciales contractées depuis long -temps entre les Anglais et les propriétaires de l'intérieur de la Russie ; il suffit d'y connaître leur position respective pour s'en convaincre : nou-sculeinent les Anglais ont des maisons de commerce dans les ports de Russie, et occupent tout un quartier de Pétersbourg , mais ils ont établi des comptoirs et formé des établîssemens dans l'intérieur des terres : leurs agens j sont naturalisés ; ils parlent la langue du pays ; ils achètent et vendent sans intermédiaires ; ils font des avances aux propriétaires sur les denrées à livrer; ils paient , si on le désire, les frais de culture et de récolte ] et ils ont par conséquent sur les commerçans des autres natioûs l'avantage de faire leurs achats de première main , et de vendre directement au consommateur.
4* Si l'un réfléchit que la marine anglaise est plus considérable que celle d'aucune autre nation, et que presque tous ses approvisionnemens en bois, en chanvre et en goudron sont fournis parla Russie , on sera pep étonné de la prépondérance qu'y exerce son comdierce , et de l'immense débouché que doit trouver son industrie pour y établir des échanges. Mais la nature a imprimé une telle différence entre les productions de la Russie et celles de la France , les besoins réciproques en sont si
•Jia JTAT ACTUEt DO COHMIKCI
bien seDtis partes deux nations , qu'il parait impossible que des relations commerciales très-étendues ne s'établissent pas entre elles : nos vins , DOS eaux-de-vie , nos soieries , dos fruits secs , nos rerdets, nos crèmes de tartre doivent DaturellemeDt j être échangés contre les suiEs , les bois de mariDe , les chanvres , les goudrons , qui appartienoeot plus spécialement à la Russie.
Depuis le règne de Pierre i" jusqu'à ce jour , tous les souverains qui ont occupé le trûne de la Russie oDt cherché à s'affraochir du tribut de l'iodustrie étrangère en protégeant les arts , cd appelant les artistes pour les fixer dans leurs états; ils sont même parvenus â faire fabriquer divers objets qui ont insensiblement diminué les importations de plusieurs produits du reste de l'Europe : nous en citerons deux exemples ; le perfectionnement que les Busses ont apporté dans la distillation de leurs grains , l'habitude que le peuple a prise de l'eau-de-vie qui en provient , et . le bas prix auquel cette liqueur est livrée au consommateur , ont influé à notre désavantage sur le commerce des eaux-de-vic; les fabriques de suieries qu'on a établies à Moscou et dans les environs ont reçu de tels eiicouragemens , qu'elles peuvent concourir pourles tissus communs avec les nôtres ; l'art de travailler le fer , l'acier «t le cuivre , a reçu aussi de grnnds perfecttonnemens.
■ La Russie , dit M. le comte Chaptal , pourra sans doute parvenir à élever soki industrie au point
DES DEDX 1NDE9. 7l3
de fournir aux besoins connnuns de ses habitans ; mais j'ai de la peine à croire qu'elle réussisse de loDg-temps à transplanter chez elle la fabrication des objets de luxe que recherchent avec empressement les riches propriétaires de ces vastes contrées.Gettehaute industrie se compose de tant d'élémens, qu'il est bien difËcile de les réunir '. >
C'estpar l'abondance de ses productions territoriales' que la Russie doit et peut étendre son commerce ; la nation est essentiellement agricole ; elle doit donc porter ses soins sur l'agricul-i ture, et faciliter l'écoulement de ses produits.
On a vu des preuves de l'importance de ce commerce dans ces dernières années : les blés qui sortent par les ports d'Odessa , de K.erson , de Tangarock , et autres de la mer Noire , ont été un objet d'une si haute importance , qu'ils ont fixé l'attentijon des propriétaires des autres nations agr^les. Les blés de Russie , après avoir approvisionné la France et l'Angleterre dans les disettes de t8i6 et 1S17, ont continué d'affluer dans ces états , et ils ont porté atteinte au prix de cette denrée de manière à inspirer des inquiétudes aux cultivateurs.
> Le commerce des blés en Russie , dit M. Anthoine *, date de l'époque où par leurs conquêtes
■ IUi'IttdmlrUfra»fms»,t.t, p. 5o.
■ Vojei ï'Bt*ai Awfanfua rur U eammtreé €t fa novîy a(û» ^ i* mf Notir«,fn H. Aolboine, buno de SaiDl-JoMpb , iDcicn niaira de M*Tiei]le, et membre de l'acadimic de cette *ilJc, i toi. in-S*i iSj«. C'ïil uu dei on>rjg('i le* mieux hit* et la mkai éci'at lat le
7l4 ÉTAT ACTUEL DU COHMEBCE
sur ]es Turcs , les Russes soot deveaus maîtres de la plupart des prorinces et des ports situés à la proximité ou sur les bords de la mer Noire , et à l'époque oii la porte ottouiane a consenti à laisser naviguer sut cette mer les bÂtimens marchands de toutes les nations. Depuis lors la Russie a prodigué les encouragemens de tous genres A l'agriculture de ses nouveaux étals. En même temps qu'on fondait des villes , les plaines immenses qui les euvironnaieot étaient desséchées } et les terres rierges ont produit les plus abondantes moissons : il résulte de leur fertilité en blé ud superflu de cette denrée qui a donné lieu à des exportations devenues , d'années en années , plus considérables, et ont enrichi les proTÎnces roisioes de la mer Noire , particulièrement en 1816 et 1817. »
Telle a été l'impression qu'a produit^ sur les esprits en France et en Angleterre l'impor^^oD extraordinaire qui s'y est faite des blés de R-ussie, que les propriétaires de ces royaumes l'ont considérée comme préjudiciable au prix et à la consommatioa des blés du pays ' , et en oat demandé
commerce : l'auteur, qui iTiiit Jojafi en Buhîf pir ordre du gomtrnemeul cd 1781 , et quî niil tortai ud bel étibliiKinent fnoçû a KenoB ea ijHS, a rëuDi diui cet ourngè lei pltuiâre* nolioiu «or llmporlaut comoietce de li Ituuie par la mer Hoiie. Le n^gociiat, le géograpbe, rhamine d'ilat, j lioalent ègalcnent t a^ortniBC Hoiu en ooiiMiUou b lecture 1 ceui qui anraicat à parler «ii le eoaamarce de cette mtion, el qui, k l'iaterae de cartaiot ontctm, n'aiaaereienl pu i en entretenir lei ■uliea avant de le coDDaltre eai-méuM*. ' Le lerteurpcutreeoariianx.débili qnioBl en lien
DES DECX IHDEâ. ^iS
la prohibition ou l'iotroduction soumise au prix de la denrée dans les ports natiopaux.
Le lecteur Terra par te tableau suiraot la nature et la quantité des objets que uous tirions de la Russie à l'époque de 1 7S9 : on 7 a réuni ceux de la Pologne septentrionale , tant par rapport à l'identité de ses produits arec ceux de la Russie que parce que la Pologne fait aujourd'bui partie de cet empire.
Blé , pour une valeur de 1 19,000 fr.
Chanvre 3,231,000
Lin 131,000
Bois 890,000
Cire 1 8,000
Suif I ,o3i ,000
Graine de lin ,. 3^6,000
Goudron . 68,000
Fers 55o,ooo
Indépendamment de ces objets, nous tirions de la Russie des potasses , des pelleteries , etc.
Le total des importations en France de ces divers objets, pendant les trois années 1787, 1788, et 1789, prises pour terme moyen, s'élève, savoir :
Eo 1 787 , à 6,547,700 fr.
des dcputii, pcndiat lemoii d'nril iSii, niictlte(|ue«(kHi, à l'occaaioa de I* noanllc UA nir l'importaliini dn bUa ^Inugeri.
7l6 ÉTAT ACTrZL DU COHHEICB
Les objets d'exportation de France en Russie coDsistaient en boisBODS, en comestibles, et en pro* duïtsde notre iodustrie.Atnsi les Tins, les eauz-derie, l'huile d'olive, les fruits secs, les draperies, les soieries , les ^azes , les crêpes , les mouchoirs de soie , la rubaoerie , la bonneterie , les bronics dorés , les meubles , les modes de femmes , la librairie , le verdet , la crème de tartre , composaient , en y joignant une grande quantité de sucre , de café , provenant de nos colonies , notre principal commerce avec la Russie ; commerce que les Anglais et les Américains partagent aujourd'hui avec un grand avantage surtout pour les denrées coloniales.
Nos exportations étaient, en 1787, 1788, 1789. de la valeur suivante :
En 1787, d« 6,63o,ooo fr.
1788, de 5,977,000
178g, de 6,963,000
Ce serait cependant se faire une idée incomplète de nos relations commerciales avecla Russie à cette époque que de les juger d'après ces résultats ; ils ne peuvent exprimer que le commerce direct de la France avec la Russie, tandis que ce commerce se composait encore d'une foule d'objets que nous vendions à Francfort , à Leipsick , i Hambourg , et dont la plus grande partie passait en Russie et formait l'objet des expéditions des négociaos trafiquant dans ces place».
' DBS DEOX INDES. 71^
Quels que soient, au surplus, tes efforts de ta Fraoce aujourd'hui, et malgré la liberté deTiodustrie qui j produit des prodiges de perfection et de buD marché , ne nous attendons pas à des exportations et i un débit comparables à ceux des vingt années antérieures à la révolution. Depuis cette époque, et pendant la guerre des coalitions contre la France , les états européens ont formé chez eux des établissemens d'industrie qui fournissent une grande partie des objets que la France y enrojait ; l'Angleterre partage le même déficil dans ses expéditions sur le continent: ce déficit seraitencore plus grand, si le système de corporations privilégiées , de gène où restent le trarail et la liberté dans la plupart des états continentaux , venait  être remplacé par un régime plus favorable au développement des facultés industrielles chez eux. Alors, à l'exception des produits d'art que repousserait la nature du climat et le goût des habitans , l'industrie se mettrait-de niveau entre tous les peu~ pies ; mais l'Europe n'en est pas encore là.
En attendant, la Russie n'oublie rien de ce qui peut donner, par le commerce, du développement et de l'extension i sa puissance , déjà immense; les mers qui bordent sa cdte orientale en offrent des preuves évidentes : c'est là qu'elle pense i former des colonisations , et qu'elle espère s'en aider pour s'étendre peut-être un jour dans l'Océan ëquinoxial , depuis les rivages occidentaux de l'Amérique jusqu'à ceux du japon et de la Chine.
^iS éTAT ÀCTOEt DD COHHBKCE
Ses établissemeDs vont déjà du Kamtschatka à l'oueat de l'Amérique, où ils oot un fort garni de cent pièces de canoas à Norfolk-Sound. Les Russes avaient, d^uis ifti3, descendu le long de la cdte, dépassé de cinq cents lieuesl'eaibouchuR de la rivière Columbia , et formé un établisaeioeot àfiodega, à treote lieues de eaux des Espa^idï dans la Californie : établissement qu'ils ont dû abaodouner, comme nous verrons plus bas.
Suivant le North-Amêriean-^evitw , la colonie russe de Norfolk-Sound , à 57 degrés de latitude nord, a été fondée en 1793 par le négociant Berenow , après une résistance prolongée de la part des naturels. Il en est aujourd'bui chef eu gouverneur ; il emploie les Russes qui y sont établis . ainsi que les naturels dont il peut disposer, à la chasse aux pelleteries. Tantdt il expédie les produits de sa chasse directement pour les marcbéî de la Chine ; tantôt il les échange avec des bltîmeos américains contre des objets nécessaires i la colonie , formée d'un mélange de Russes et d'indigènes. Ses troupes soat composées des deux nations , exercées k la manière russe. Four ses expéditions commerciales, Berenow ne se sert point de ses bàtîmens , mais de navires européeoi et des États-Unis.
S'il fallait en croire un papier am^icain , liu New-Yorck-Speetatar { a6 février 1819), après diverses négociations , la Russie aurait céiié aux États-Unis toutes ses prétentions aux contrées si-
DBS DSDX INbEfi. 719
tuées sur la cûte nord-ouest au sud des 56 degrés de latitude septentrioDale ; et cela d'accord avec l'Angleterre. La Russie se serait ainsi renfermée dans les ëtablissemens au nord de ce point , mais qui s'étendent encore du détroit de Bering à la rivière Golumbia , sous le nom é'Ainéri^ue ri««.L'étaliUssement de Berenow, et ceux qui se sont formés aux environs ive peuvent manquer de prendre de grands accroissemens. La Russie renonce à la Californie d'i^rés cet arrangement, et peut prévenir parla lesinquiétudesqu'elIeiBspireauxAnglais. En effet, l'Ângjeterre a plus d'un motif pour craindre les effets de l'ambition russe ; il ne serait pas impossible que , dans une contestation entre ces deux puissances, la Russie fît avec lés États- Unis, moyennant quelques concessions de leur part, une alliance secrète; que le motif en fût re:q>UtsioD des Anglais ^ leurs colonies du Canada , et que la Russie obtint un second port plus au sud , qui serait peu dangereux aux Am^icains, et funeste au commerce et i la suprématie britannique. L'immense territoire de l^Union n'a pas besoin de s'agrandir, sans doute; mais l'inquiétude , les haines et les ambitions républicaines ne sont pas moins opiniâtres , et quelquefois aussi aveugles que celtes des monarchies. Tout doit faire présager et craindre à l'Angleterre des rapprochemens entre la Russie et les États-Unis. Mais il est temps que nous nous occupions de ces derniers.
irkT ACTQKL DO COHHSICI