‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes (volume 4)Chapitre 34 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

JJans le tableau que nous Tenons de tracer des posseesions et du commerce des Européens aux Indes , nous nous sommes abstenu de toute considération étrangère à l'objet principal ; notre plume, s'est refusée à peindre les scènes direrses qui ont fait naître ou que préparent les éïénemens qui agitent les colonies ; non qu'un si grand sujet eût nui au mérite de l'instruction que nous aTÏODS en vue, mais parce qu'il eût été difficile de ménager les passions jalouses ou haineuses daos les détails où nous serions entré. L'Europe, qui donne le mouvement au reste du monde , qui en règle les destinées et y entretient la guerre ou la paix au gré de ses caprices, n'est pas assez d'accord avec elle-même pour qu'on puisse lui présenter des principes de conduite à suivre dans ses étabtissemens coloniaux ; son orgueil et son imprudence rejetteraient des conseils qu'elle croirait dictés par l'esprit de parti , et qui ne seraient que le fruit de l'expérieace et de la méditation. Tout annonce au reste que l'empire européen sur les deux Indes tire à sa fin. C'est surtout dans le nouveau continent que tous les symptômes d'une scission prochaine se développent avec une remarquable activité ; non qu'un plein succès

puisse être le résultat d'une première tentative; mais chaque jour en anaoDce la couclusion , chaque jour fait voir que , s'il est possible de tenir des établissemens insulaires dans la dépendance d'une métropole , il ne l'est pas que cette métropole tienne des royaumes et des continens entiers enchaînés à ses pieds.

Mais ces grandes scissions produiront-elles des monarchies? seront-elles l'origine de nouvelles constitutions fondées sur la souveraineté des peuples et la liberté personnelle? voilà ce qui ne devrait pas faire de doute , et ce qui pourtant en élève dans l'esprit des hommes les plus judicieux. Notre dessein n'est point de résoudre cette difficulté, non plus que de prévoir quel sera l'état de l'Europe après un pareil changement. Ce qu'il j a de plus probable , c'est que les nations de l'ancien continent , privées de ces riches possessions et des grands avantages qu'en retiraient rindustrie et la classe des non-propriétaires, sentiront ce malaise et ces mouvemens séditieux , enfans du besoin et de la détresse , et plus dangereux que les explosions que fait si souvent éclater de nos jours l'amour de la liberté. Les états seuls qui auront su se préparer de grandes colonisations insulaires pourront rester étrangers à ces nouveaux périls.

Mais peut-être qu'alors les Européens , resserrés dans des limites trop étroites , jetteront en6n les yeux sur l'ancien domaine que leur ont ravi tes

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laroucbes enfans de Mahomet. La Turquie curopéCDue appelle des libérateurs ; elle offre des cultures , des richesses , des ressources , des débouchés à t'actÎTilé de l'Occideot ; la Méditerraoée, peuplée d'iles qui autrefois furent des républiques puissantes , peut dédommager la France , l'Espagne, la Hollande, des pertes de l'Amérique, en rendant à ta civilisation, aux arts, k la liberté, ces belles contrées de l'Orient : alors ces états multiplieront le nombre de consommateurs , trop disproportionné aujourd'hui aux prodiges de la reproduction et à la perfection du travail en Europe.

Hais pour un si grand dessein il faut de l'unioD, de l'esprit public, et ce degré d'élévation dans les opinions politiques qu'à regret nous n'apercevons que sur quelques points et pour quelques intérêts temporaires.

L'Europe semble en effet rester stationnaire; on dirait même qu'elle tend à rétrograder ; effirayée de l'orage auquel de mauvais pilotes l'ont exposée, elle se tient sur des bas-fonds et des Ttscits plus dangereux que la haute mer. De nobles desseins , des vuei magnanima et Ubéralei se perdent au milieu des craintes et des incertitudes de l'avenir ; l'hésitation , le double sens des choses prennent la place du génie politique et de la plénitude des droits. Tout se mêle, s'aigrit, s'obscurcit à défaut d'une règle qui , quoique susceptible d'exceptions et d'écarts , n'en trace pas moins la conduite des hommes et la direction des choses.

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Quand on Toit l'ancien continent mettre en oubli les leçons de l'expérience , et flotter au milieu des mesures que commandent les circonstances à une époque de tant d'espérances et d'utiles innovalions , quand on le voit se déclarer contre les lumières qui semblent n'a? oir plus de refuge que dans les livres , comme autrefois à l'approche des barbares elles n'en trouvèrent que dans les lieux consacrés à l'étude et aux vertus religieuses, on est tenté de croire que le triomphe de l'ignorance est l 'avant-coureur de l'impiété sociale. Trop favorable au vice, l'ancien continent n'offre i la )ustice et à la vertu qu'un impuissant secours contre les abus de la pensée, les méprises de la liberté, ou les excès de la tyrannie.

En décriant la philosophie , cette noble consolatrice des peines de l'existence , on a porté une atteinte grave à cette autre vertu que la foi fit descendre du ciel pour fortifier la première ; la charité chrétienne , en un mot , s'est changéeeo procédé de parti , et le beau caractère qui en fit la première fondatrice de la liberté chez nos ancêtres a disparu sous tes prétentions de l'orguei) et de l'intérêt blessés.

Ses efforts n'ont pu soutenir le zèle des puissans de la terre dans le religieux dessein d'affranchir l'Europe chrétienne du joug de Tunis et d'Alger; des combinaisons intéressées ou craintives ontarrétéressord'uo aussi généreux dessein; peu s'en est fallu que la dérision n'ait été la ré-

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compCDse de ceux qui l'araient conçu ; et lorsqu'on cite un tel fait , peut-on s'étonner que la traite^ dont l'abolition a été si solennellement proclamée par les plus grands monarques du monde, subsiste encore de fait , arec son hideux cortège et ses odieux auxiliaires.

La législation a dû faire quelques progrès cependant à la suite des lumières que le dernier siècle a fait refluer )usque dans le conseil des rois et les cabinets des ministres : mais la liberté de fait s'est à peine fait sentir : au milieu des constitutions destinées à soutenir les droits politiques , une puissance incoDOue à nos ancêtres, active, souple , armée de tous les moyens de séduction et du prestige de la sûreté générale , s'est élevée tout à coup d'un bout à l'autre de l'Europe ; elle a encbaîné les individus . soumis à tous les contrôles qu'exigeait sa surveillance les hommes et les choses ; des barrières se sont élevées de tous côtés ; le droit de refuge , le plus saint et le plus utile dans les orages politiques , a cessé d'exister; il a fallu périr sous la main de l'anarchie comme sous celle du despotisme , et la liberté de fait n'a été qu'un vain mot , sous l'empire même des institutions créées pour le maintien de toutes les libertés civiles.

Ce ne sont pas les seules contradictions qu'offre aujourd'hui l'aspect de l'Europe ; mais elles suffisent pour montrer que tant qu'elle sera soumise à de semblables mobiles , aucun des grands pro-

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jets qui intéressent sa prospérité future et celle des peuples amoncelés dans son sein ne pourra parvenir à maturité ; ils avorteront tous par des Tues ou des intérêts secondaires ; et au milieu de l'Europe , toujours ballottée entre le présent et l'arenir, rien ne sera en harmonie avec l'état des esprits et les besoins des nations.

L'aspect des colonies suffît pour appujer cette assertion ; les grandes masses des établissemeus coloniaux qui faisaient la richesse et la force de plusieurs puissances s'ébranlent, se séparent, s'isolent , se forment en états encore irréguliers , mais dont tout annonce l'indépendance inéTÏtable.

L'histoire de ces mémorables commotions doit être pour la postérité , pour ceux qui président i la destinée des peuples , et pour les peuples euxmêmes , la plus riche école, où ils puissent con- . naître leurs droits et leurs devoirs : en fixant l'état où sont les colonies aujourdliui , nous avons en quelque sorte jeté les bases d'un semblable travail ; il avait déjà, sous la plume de l'éloquent historien des deux Indes , reçu un commencement d'exécution : puisse un esprit dégagé des intérêts de parti , à l'abri de la crainte et du besoin de flatter , entreprendre de terminer une aussi noble tâche! ce sera un bienfait à ajouter à tous ceux que la philosophie et les lettres ont répa ndus sur les peuples auxquels elles ont fait connaître leurs véritables intérêts. Mais , après avoir montré

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l'Europe dans son éta.t de fluctuation , d'agitation et d'aaxiété , qu'il nous soit pennis de préseater ici le tableau de sa coDaîstaace politique , si l'on peut se servir de cette expressioQ pour désiguer l'étendue , les forces et la richesse respectives des états qui ta composent. Ce rapprochement ne sera pas sans intérêt; il mettra sous les yeux du lecteur UQ tableau de l'organisation actuelle de l'ancien continent : c'est un point de départ pour l'arenir. Nous terminerons notre travail parce renseignement important : puissions-nous avoir fait un ouvrage utile , et nos vœux seront exaucés !

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Ce tableau, rédigé sur des documens officiels, fixe un point de comparaison de la situation de l'Europe. On y trouvera quelques légères différences arec ce que nous avons dît du nombre des habltans des colonies nationales ou étrangères. Hais f outre que ces différences sont peu considérables , il faut remarquer qu'elles se rapportent i une époque plus rapprochée de nous de plusieurs années que celle où nous sommes arrêté.

On voit figurer ici la population de l'empire turc pour vingt-quatre millions dliabilans à peu près ; mais ce n'est guère que pat approximation que ce nombre est indiqué. Comment avoir des données certaines sur des pays désolés plutAt que gouvernés par le farouche Ottoman. De longtemps encore la liberté , les arts et la civilisation ne pourront faire germer en Turquie les connaissances qui font la base de l'économie politique ' , et rendent nécessaires les recherches de la statistique. Obéir, ramper, payer les impôts, subir la mort au gré d'un pouvoir cimenté du sang des

' Qodquei-QDCi du nombrfuio m'ioiu qui géminent Miu le jODg du Sinil foDt diDi ce moment dea eflbrii pour brùer lann duloet. Le ittXs du monde lemble loîr itec trop d'iodiBëmiee cette lutte eu taTcat du chrialiaDiime et de la plu* mIbIC de! caum. De trmàt diplomcte* n*; aperçoiTent qu'une T^Tolte. lU ignoreat uu doute que le dnut du Mbre teul fait la baie de la puituacc qui iî^bc Eue l'empire de ConilaDlia, cr que Au chriliens dc peaveat qoe faire dei vaut en bieui dc l'ëleuilird de la croix , qui dût tuv en <n<me teinpi ici eelui de la liberté.

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peuples , tels sont les résuhats du régime sous lequel gémissent les peuples de la Turquie. Peuton eD attendre des dénombremens exacts , des calculs semblables à ceux qu'on trouve chez les autres nations ?

La population totale de l'Angleterre est établie ici d'après l'état des conquête? britanniques et les derniers calculs faits sur le Royaume-uni en Europe. Quant aux Etats de l'Union américaine, pour lesquds le tableau donne onze millions d'individus, quatre millions par conséquent au-delà de ce que nous avons fixé d'après M. Warden , pour )8iD, il faut se souvenir que , le nombre des mariages, la proportion des femmes aux hommes, plus grande que dans les autres pays ; la vie active, l'aisance , les bonnes lois , favorisant la population dans cette imoieose république, elle a dû, d'après les rapports de sa progression annuelle, s'élever facilement à onze millions en 181&, de sept millions qu'elle était en 1810.

Le dernier recensement de la Russie > effectué en 181S, porte sa population un peu au-dessus de ce qu'on voit ici, c'est-à-dire à cinquante>trois millions trois cent seize mille sept cent sept habiians, parmi lesquels on en compte trente-huit millions deux cent soixante mille professant la religion chrétienne du rit grec '.

' ■•■ popuUiioa doii marcbrr npidemeDl en Ruhîc ■ e*u«e i* de la vreporlioQ den remmci lui hommti El de leur Ucondîlé) >• d« U vitalilj dn mf»*, dont il ncutt moîni an bu Age qu'on ne

Le même dénombrement donnait deux millions sept cent trente-deux mille cinq cent ringtquatre habitans pour la Pologne ; ce qui met à la disposition de la Russie une population de cinquante^six millions d'indîridus.

La confédération germanique est ici un nom collectif qui désigne trente-quatre états ou souverainetés représentés à la diète de Francfort, jouissant de l'indépendance politique , et parmi lesquels sont deux grandes puissances , la Prusse et l'Autriche , et une moyenne , la Bavière.

Bientôt peut-être il faudra diviser les grands états policés en états libres ou constitutionnels, et en états despotiques ou soumis au pouvoir absolu.

Peut-être aussi le» révolutions, ou plutôt les agitations dont l'Amérique est le théâtre , nous donneront-elles une autre division en puissances indépendantes du Nouveau et de l'Ancien-Monde. Mais quelles que soient les causes et le titre de ces distinctions, c'est de la liberté , de l'essor des talens et de l'esprit public qu'elle fait naître qu'il faut que les peuples attendent désormais leur gloire et leur prospérité. Ces élémens sont devenue ceux de la puissance publique , comme l'industrie , le travail , sont les élémens des richesses et des revenus nationaux. La contrainte , la force

poarnil 1« croire chei dd peuple ea graode patlie MKOce cMbie i S* en6D 1 cioMt de* Kiii» <]n'eD géoirel le gouTenement donne t 1* etaHc piDira et adliritrioe de l'empvc.

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PREFACE

Lit célèbre auteur de l'Histoire philosophique avait posé la phime en 1783. Depuis lors de grands changemens s'étaient opérés dans le régime des colonies ainsi que dans le commerce qu'elles font avec leurs métropoles. U fallait faire connaître ces changemens pour épargner au lecteur des méprises sur la situation du commerce des deux Indes pendant cette période. C'est la tâche que nous nous sommes imposée.

Nous avons dû recueillir les nouveaux documens, les connaissances positives que les voyageurs, les publicistes, les économistes et les actes des divers gouvernemena nous ont offerts. Aucun historien n'avait encore rassemblé dans un corps d'ouvrage les faits et les données propres à offrir le tableau complet des révolutions qui , depuis trente-sept ans , ont changé la face des ccJoaies; nous signalons les causes qui les ont tour à tour fait passer d'une domination à une autre, qui ont agrandi leur existence politique au détriment de leur existence commerciale , ou agrandi leurs relations commerciales en diminuant leur importance politique ; nous .

t) pbeface

suirons les progrès des établUsemens fondés sur des plages nouTellemcDt découvertes ; nous observons la progression toujours croissante de l'industrie qui a étendu ses mille bras sur toutes les parties du globe, et fait jaillir du sein des terres incultes les sources de la vie et de la civilisation.-

Notre opinion sur quelques points pourra différer de celle de certains esprits pour qui toute idée nouvelle est suspecte , et doit être proscrite sans examen, par cela seul qu'elle est nouvelle.

Appuyé de quelque expérii^nce au milieu de la guerre des partis et des opinions qui a tristement signalé la dernière moitié du dix-huitième siècle, nous avons cru pouvoir nous exprimer franchement sur les libertés que réclame le commerce, mais que la fitiblesseet l'irrésolution craignent d'affranchir de ses entraves.

Xous n'avons pas cru que la volonté changeante des hommes pût utilement pour les peuples remplacer ta stabilité des institutions fondées sur la raison; et si la liberté du travail nous a paru l'âme de l'industrie et la première richesse des nations , nous avons pensé aussi , avec les monarq,ues les plus éclairés de nos jours, qu'elle

PREFACE. VI

doit être égalenieot la source la plus pure de la civilisation et la base I9 plus solide des empires.

Nous désirons avoir fait un livre digne de son objet , et avoir contribué ainsi aux progrès des conaaissaDces utiles et â rétablissement des vrais principes de l'ordre social ; c'est du moins le motif qui nous a déterminé à écrire cet ouvrage. Puissions-nous avoir réussi !

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS

Pion* arioDB d'abord annoncé que noua doDoerions «n an Mul volume le tableau de tons lea changemena qai ont eu lieu dans les colonies depuis que l'abbé Kaynal a cessé d'écrire ; mais l'auteur , en élaborant les nombreux et intérewans matériaux qu'il avait rassemblés sor cet objet ) a reconnu rimpoMÎbililé de les renieriMr dans an seul volume, i moins de ne donitar qae des notions tout-à'fait superûcielles et insuffisantes sur les colonie*. Il s'est donc attaché à donner au supplément de VBiitoirc phUoiophi^ue tous le« d^veloppemens qull a jugés propres à mieux laire oonnatlre l'histoire des colonies, i tempérer la sécheresse des calculs on des détails statistiques auxquels il a dû se livrer, et k établir de justes proportions entre le nouvel ouvrage et VBittoire phiiolopfùqtu.

Le travail de H. Peuohet étant ainsi mis en bannonie avec son modèle, dont il est la suite et le complément, a produit deux vtdumes, qui forment les tomes xi et xii de VBiiUnrc phUoaophique. Nous nous plaisons 1 croire que le public nous saura quelque gré de cette augmentation , qui tourne tout entière à l'avantage de l'ouvrage. Les personnes qui, jusqu'à ce jour, ont souscrit à cette nouvelle édition , ne paieront pas ce douiième volume. Le seul désir de présenter un ouvrage com.plet nous a décidé À foire ce sacrifice.

peureot domiDer, contenir, mais elles ne créent pas , et doivent laisser bien en arrière des états libres , celles des nations qui voudraient en faire un appui de conduite et de système. Enfin , si ces considérations ont quelque vérité de fait, c'est surtout aux colonies qu'on peut l'appliquer; et nous croyons en avoir offert quelques preuves dans cet ouvrage.

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